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Tech.Rocks Summit 2023
Retour sur son parcours en tant que Tech Leader
- Luc Julia (Chief Scientific Officer, Renault Group)
- Elsa Da Costa (CEO, Ashoka France) — interview
Tech.Rocks Summit 2023 · 8 décembre 2023 · 42 min · en français
Résumé
Interview de Luc Julia, Chief Scientific Officer de Renault Group, lors du Tech.Rocks Summit 2023. Il revient sur son parcours de tech leader.
L’essentiel
Au Tech.Rocks Summit 2023, Luc Julia (Renault Group), cofondateur de Siri, revient sur son parcours de tech leader : faire de la technologie « pour les vrais gens », manager par l’inconfort, et sa lecture de l’IA générative.
Pour discuter de la finalité des projets techniques, de la composition des équipes et de la place de l’IA générative dans l’entreprise.
Les idées clés
- Faire de la technologie « pour les vrais gens ». Luc Julia explique à ses ingénieurs qu’il ne fait pas de la technologie pour elle-même, et compte les utilisateurs réguliers de ses technologies : 17 millions pour ses startups, 80 millions la première année chez HP, 300 puis 500 millions pour Siri, un à deux milliards chez Samsung. Il retient d’Amazon l’habitude d’écrire le communiqué de presse du produit avant de le développer, ce qui concentre les équipes sur le produit. à 8:08
- Le « management par l’inconfort ». Il recrute des profils très différents du sien (psychologues, ergonomes, ingénieurs) et les place sur des sujets dont ils n’ont pas l’habitude ; certains ne le supportent pas, mais ceux qui s’y mettent apportent, selon lui, l’étincelle de l’innovation. à 11:07
- Selon lui, l’IA générative n’est pas une révolution mais une évolution des IA statistiques ; ce qui change, c’est l’interface de chat, utilisable par tout le monde sans apprentissage. Chez Renault, designers et acheteurs commencent à l’utiliser avec leurs propres données, ce qui la rend, dit-il, bien plus pertinente. à 39:02
Questions pour votre équipe
- Pour qui construisons-nous réellement ce projet, et combien de personnes l’utilisent régulièrement ?
- Quels profils différents des nôtres pourrions-nous intégrer à l’équipe ?
- Pourrions-nous décrire notre prochain produit par un communiqué de presse rédigé avant de le développer ?
Il s’agit d’un entretien sur scène, riche en anecdotes personnelles et en opinions tranchées (sur les géants de la tech, l’éducation, le capital-risque). Les chiffres d’utilisateurs sont ceux que donne l’invité, sans source ; l’entretien s’appuie sur son livre, dédicacé à l’issue de la session.
Chapitres
Summary
Interview with Luc Julia, Chief Scientific Officer at Renault Group, at the Tech.Rocks Summit 2023. He looks back on his career as a tech leader.
Thèmes : Recrutement & carrière
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Je vous laisse tranquillement vous installer pour pouvoir accueillir dans les meilleures conditions notre prochaine invitée. Au revoir. Voilà, très bien. Alors, il voit sa vie professionnelle comme des cycles de 10 ans. Vous allez voir, on va en reparler tout à l'heure. Il a une règle d'or, celle des 7 minutes. Ça aussi, nous allons en parler. Et pour lui, la vie, c'est un jeu, un véritable jeu. Et la technologie aussi. C'est le père cofondateur de Siri. Je vous demande d'accueillir Luc Julia, Chief Scientific Officer de Renault Group. J'avais dit le divan, Luc. Voilà, là on passe en mode introspection personnelle. Oui, ça va être joli. Non, non, en tout cas, on est ravis de vous accueillir. Alors, je précise aussi que nous avons quelques ouvrages à dédicacer. Donc, j'en appelle évidemment à vos questions en fin de session, parce que vous nous faites le plaisir et l'honneur de justement passer un petit peu de temps ensuite pour dédicacer ces ouvrages.
Alors Luc, comme je le disais, on est évidemment ravis de vous accueillir, surtout pour ce 7e Summit qui est consacré à l'efficience. C'est quoi votre définition à vous de l'efficience? C'est faire les choses mieux, plus vite, avec moins. C'est ça, efficient. Et vous trouvez que vous êtes efficient? J'essaie, oui. Pas toujours, je ne suis pas à 100%, mais j'essaie. Pour préparer cette interview, on a passé un peu de temps ensemble. Moi, j'ai passé du temps dans votre livre et puis après, on a eu la chance de partager un moment. Je dois dire que je l'ai dévoré. Ce n'est pas mon habitude sur des bios comme ça d'être à fond. Je l'ai dévoré parce que, déjà, j'ai appris que vous étiez fait une promesse à vous-même, qui est ce fameux cycle des 10 ans. Je le disais en introduction, est-ce que vous pouvez nous en parler de ce fameux cycle des 10 ans? Oui, depuis tout petit. Tout petit déjà? Tout petit déjà. J'ai envie de faire des choses. différentes. Et donc, quand j'ai commencé à travailler, je me suis dit, je vais faire des décennies.
Donc, j'ai fait une décennie de recherche, après une décennie de start-up, après une décennie de grandes compagnies américaines, enfin aux États-Unis. Et là, j'ai décidé de faire une décennie de grandes compagnies en France. Grandes ou grosses, comme on dit, larges. Et donc voilà, pour l'instant ça marche, ça veut dire que ça fait 32 ans que je travaille, ça c'est pas une bonne nouvelle. Mais voilà, c'est rigolo, ça change un peu. Quand on pense de la recherche aux startups, la recherche on n'a pas d'argent mais on fait des trucs rigolos. Les startups on n'a pas d'argent, on fait des trucs rigolos. Et les grandes compagnies, on a plein d'argent, on fait des trucs moins rigolos. Ça veut dire que dans les grandes compagnies, mais lesquelles? Celles dans lesquelles vous êtes par exemple aujourd'hui ou pas? Est-ce que c'est moins rigolo? Je plaisante un peu. Évidemment, moi je fais ce que je veux, donc je fais des trucs rigolos. Mais c'est vrai que quand on arrive dans une grosse structure, et surtout quand on n'a jamais travaillé avant avec beaucoup, beaucoup de gens, et puis surtout des gens au-dessus de vous, ils vous donnent des ordres.
On n'a pas l'habitude quand on a fait ses propres boîtes. Mais non, mais... Aux États-Unis, j'étais chez HP, Apple et Samsung. Samsung, ce n'est pas américain, mais on ouvrait les labos de Samsung dans la Silicon Valley. Donc, c'est des grosses structures quand même. C'est du lourd. Mais bon, justement, avec l'indépendance que j'ai, parce que je peux me dire... permettre de faire ce que je veux, comme je viens de dire, on vient apporter une certaine culture, alors ça c'était vrai déjà même dans la Silicon Valley avec ses grosses boîtes, une certaine culture de l'efficience, dans le sens où on faisait, tous mes groupes, et aussi ici aujourd'hui chez Renault, on essaie de faire des trucs à l'intérieur qui ressemblent à des start-up. Et donc, du coup, on a une certaine indépendance. Et surtout, on se donne le droit de partager et de faire des choses avec d'autres compagnies à l'extérieur. Ce qui n'est pas du tout la politique, chez Apple, tout le monde sait, la politique du secret. Donc, vous imaginez bien que ce n'est pas fastoche.
Je me demande comment ils vont traduire Fastoche. À voir, attendez. Ils ne traduisent pas, en fait, parce que c'est en français. Ah, c'est en français. Donc, ils me traduisent en français. C'est bon, les gars. Non, c'est la vélotypie, c'est pour que ce soit inclusif pour tout le monde, en fait. D'accord. Fastoche, c'est Fastoche. Bon, bref. T'as dit que ça a été orthographié correctement. Oui, oui, c'est pas mal. C'est pas mal déjà. C'est pas mal. Donc, du coup, faire amener cette tendance, on va dire, à être un peu indépendant et un peu différent, on va dire, parce que c'était le but, finalement, on se rend compte que ça fait du bien à ces grandes boîtes, ça les fait respirer. Pour M. HP, ça, il y a très longtemps, c'était en 2009, 2010, j'ai amené la... l'agilité, l'agile, faire des projets en agile. Je peux vous dire que c'était du waterfall avant, et c'était rigolo. Parce que pour faire des imprimantes en agile, ce n'était pas exactement ce qu'ils avaient dans la tête.
C'est des projets qui durent moins que les voitures. Les voitures, c'est 5-6 ans. Les imprimantes, c'était au moins un an. Et là, il fallait faire les imprimantes beaucoup plus rapidement. Et puis surtout qu'ils soient évolutifs, parce qu'il y avait beaucoup plus de software. Du coup, c'est nous qui avons fait le truc qui s'appelle ePrint, qui est aujourd'hui la connectivité des imprimantes HP. Et donc, il fallait pouvoir changer le software, faire ce qu'on appelle aujourd'hui de l'OTI, de l'Over the Air Update. Et donc, c'était inimaginable pour la plupart des gens. Ça cachait les codes, ça repoussait complètement les frontières. Justement, un truc, ça ne fait pas plaisir au RH quand je dis ça, mais nous, on est là pour casser les règles, justement. Et donc, des fois, ça frotte. C'est ça l'innovation, c'est casser les règles aussi. Alors, vous avez dit que vous étiez indépendant, moi j'irais un peu plus loin, si je peux me permettre. Je trouve que vous êtes profondément un être libre, en vrai. Je raconte ça parce que c'est ce qui m'a marquée dans le livre aussi, c'est que dès l'âge de 9 ans, vous avez construit un robot pour faire votre lit. Voilà.
Parce que vous n'aviez pas envie d'être asservi au fait d'avoir un garçon lit. Ça fait quand même chier de faire le lit. C'est clair. C'est clair. Oui, et puis en plus, ce n'est pas comme les gamins d'aujourd'hui. Aujourd'hui, ils ont une couette, ils font ça et c'est fini. À l'époque, c'était le lit avec les draps, la couverture, tout le truc. C'était embêtant. J'ai fait un robot qui ne marchait pas du tout. Parce que les draps s'en souviennent, comme dit la chanson. J'ai déchiré pas mal de draps, ma mère n'était pas très contente. Mais bon, le truc que j'ai essayé, j'ai passé je ne sais pas combien de centaines d'heures. J'aurais pu faire à peu près toute ma vie le lit en faisant le robot. Mais bon, c'était pas marrant de faire le robot. Et donc, il a marchouillé un peu, mais il ne marchait pas bien. Je ne pouvais pas le commercialiser. Vous racontez avec un bras d'aspirateur? Oui, c'était un moteur d'aspirateur. Déjà, c'est débile pour commencer, mais bon. C'est comme ça, c'était un moteur d'aspirateur sur lequel j'ai transformé la rotation en translation, donc avec un bras en bois. Au bout du bras en bois, j'étais très fier, il avait une jolie main en mousse avec un gant blanc.
C'était magnifique. Donc, il était censé faire ça, le long du lit. Et le truc faisait une translation le long du lit pour border. En fait, ça ne faisait que border. Et donc, évidemment, je vous passe les détails. J'ai un regret absolument énorme avec cette machine, c'est que je n'ai pas de photos. À chaque fois que j'en parle, je l'ai là, je la revois comme si c'était hier, mais je n'ai pas de photo de ce truc-là, et c'est vraiment dommage parce que c'était vraiment débile. C'est sûr, j'imagine. Ça me permet quand même de vous poser une question un peu plus philosophique. Par exemple, là on est parti pour 5 heures. Non mais sur le côté justement technologie, là on rigole avec cette histoire de robot, mais en fait... Ça a l'air de se faire. Ça montre aussi que la technologie, ça peut être aussi bien une forme d'asservissement, comme on peut le ressentir aujourd'hui, comme une forme d'émancipation. Vous placez où le curseur, vous? Le curseur, pour moi, il est simple. La technologie, si j'en fais, ce n'est pas pour faire de la technologie. Donc ça, c'est ce que j'explique à mes ingénieurs en longueur de journée, parce qu'on est très fort, surtout en France, pour faire de l'ingénierie, pour faire de l'ingénierie. Donc l'explication, elle est simple.
Moi, je fais de la techno pour les vrais gens. J'étais un vrai genre quand j'avais 9 ans et quand je voulais un truc pour faire mon lit. Et c'est vrai que le fil rouge depuis maintenant longtemps, c'est d'essayer de faire en sorte que quand on crée de la techno ou quand on utilise la techno, que ça soit pour un but réel, pour que les vrais gens s'en servent. Et en fait, j'ai un jeu, je vais vous donner un secret, parmi tous les jeux que j'ai, parce que vous avez dit tout à l'heure, je m'amusais, c'est vrai que je m'amuse, et les chiffres sont des choses importantes pour moi. Et donc, un de mes jeux favoris, c'est de compter le nombre de gens qui utilisent mes technologies. D'accord? Parce que je ne compte pas un par un, parce que vous allez comprendre pourquoi. Bon, quand on fait de la recherche, Égal à zéro. Donc personne n'utilise, sauf nous à l'intérieur, etc. Mais on montre quand même qu'il y a quelque chose. On faisait déjà dans la recherche, on faisait quelque chose qui allait être pour les vrais gens. Mais on n'a pas de débouchés. Dès qu'on fait des startups, là, vous commencez à avoir des débouchés, vous êtes obligés, il faut gagner des sous à un moment donné.
Donc là, mes startups, c'était 17 millions d'utilisateurs. Alors il faut dire que c'était des trucs super compliqués, machin, qui... qui était à la limite de la recherche. Je pense que les 17 millions d'utilisateurs, c'était les 17 millions de geeks qui existent dans le monde. Parce que c'était impossible à utiliser le truc. Les pionniers. C'était vraiment des pionniers. Donc ça, c'était 17 millions. Après, quand on passe dans les grands groupes, alors là, c'est là où c'est facile. C'est là où, quand j'ai dit, il y a des sous, il y a du marketing, il y a tout ça. Donc là, vous touchez plein de gens. HP, 80 millions la première année. Donc ça commence à monter, ça pourrait être sympa. Puis après, Siri, on est passé à 300 millions la première année, 500 millions après. Quand je parle d'utilisateurs, c'est des utilisateurs réguliers, ce n'est pas des utilisateurs... Donc 500 millions. Après, Samsung, c'est maintenant la plateforme des objets connectés. Samsung vend un milliard d'objets par an. A l'époque, il ne les connectait pas. Maintenant, il les connecte. Et là, on se retrouve avec plusieurs milliards d'utilisateurs. Bon, pas plus de 7, il ne faut pas exagérer. Mais là, on est en train de compter à peu près, on est à 1 milliard, 2 milliards d'utilisateurs. Ça commence à faire. Alors ça vous fait quoi? Je ne les compte pas un par un. Le joueur que vous êtes, ça lui fait quoi de savoir ça?
Ça fait sympa. Ça veut dire que l'objectif qui était de faire de la technologie pour les vrais gens, il n'y a pas loin d'être atteint, parce que les vrais gens, c'est eux qui l'utilisent. Il y a aussi quelque chose qui est hyper intéressant dans votre ouvrage, c'est que vous racontez que vous avez une technique, justement, pour provoquer en permanence cette innovation, c'est d'aller chercher des gens dans les équipes qui sont extrêmement différents de vous, pour jouer cette forme d'hétérogénéité. Et vous avez une formule, vous dites en fait c'est du management par l'inconfort. Je trouve que c'est assez intéressant, il ne faut pas trop le dire au RH. Il ne faut pas le dire au RH, il faut encore me tomber sur le nez. Oui, il y a deux choses aussi. Vous gardez ça pour vous. Oui, vous gardez pour vous. Ça reste dans la salle. Faites-le, mais gardez-le pour vous. Donc, c'est quoi le management par l'inconfort? C'est effectivement, déjà, vous prenez des gens qui ne sont pas comme vous. Parce que si vous prenez des gens qui sont comme vous, ça ne sert à rien parce qu'ils sont comme vous. Donc, ils vont avoir les mêmes idées, ils vont prendre les mêmes directions. Et donc, quand on veut innover, quand on veut casser les règles, il faut que les gens regardent les choses avec un autre prisme, que ce soit un prisme culturel ou éducationnel, je ne sais pas si on dit ça.
Bref, donc, effectivement, dans... Toutes mes équipes, à chaque fois, j'embauchais des gens qui étaient différents, mais très, très différents. Moi, je suis informaticien, mathématicien, donc je fais ça. J'embauchais des psychologues, j'embauchais des ergonomes, j'embauchais plein de gens. Il y a aussi des ingénieurs, évidemment. Tout ça pour dire que, déjà, pour avoir ce que j'appelle le silex, Les gens qui s'entrechoquent et qui font des étincelles, il faut que ce soit différent. Donc ça, c'était marrant. Mais l'incofort, il est où? Il est dans le fait que, justement, je les mets, ces gens, dans quelque chose qui, eux, n'ont rien à voir avec ce qu'ils font. Moi, je continue à faire ce que je fais parce que c'est moi qui décide, c'est moi le patron. Mais eux, je les mets dans des situations. Qui sont compliquées parce que je leur demande de faire des choses dont ils n'ont pas l'habitude. Et justement, c'est là, c'est à ce moment-là qu'on voit la magie du machin, où on voit les gens qui se... Bon, au début, ils sont vraiment inconfortables, parce qu'ils se disent, le gars, il est taré, il me fait faire des trucs, je ne comprends rien. Et puis, petit à petit, ils se mettent dans le projet, ou pas d'ailleurs, il y en a qui ne peuvent pas le supporter, mais ceux qui le supportent, ils se mettent dans le projet et ils nous sortent justement cette étincelle dont on parlait et qui est super intéressante.
Et c'est là qu'on voit que ces groupes aussi, qui sont hétérogènes, sont des bons groupes où on sent vraiment l'esprit de famille. C'est un peu exagéré ce que je dis, mais pas loin en fait, parce que je vois que tous les gens avec qui j'ai travaillé depuis 1998 me suivent. Ça, j'allais vous demander, parce que vous comptez les utilisateurs des technos auxquels vous avez participé, que vous avez créé. Vous comptez aussi le nombre de personnes que vous avez encadrées. Vous les suivez ? Oui, je les suis. Ils ne m'ont pas tous suivi dans tous les trucs parce qu'ils grandissent eux-mêmes dans des postes qui sont beaucoup trop chers pour moi après. Mais c'est super. C'est l'inconfort partout aussi. C'est même l'inconfort économique. Évidemment. Mais ce qui est bien, c'est qu'effectivement, ces gens-là, on les voit grandir, on les voit développer des... Cette certaine philosophie et on les voit aller évangéliser ça dans d'autres boîtes et dans d'autres endroits. Donc c'est effectivement super simple, c'est très gratifiant. Moi je suis super content de voir. Mais c'est systémique, ça marche dans les deux sens en réalité en fait.
C'est-à-dire que ça leur donne confiance parce que vous les sortez de leur zone d'habitude plus que de confort d'ailleurs et ça devient de l'inconfort et ça développe de la confiance en soi, de la volonté de devenir aussi un peu entrepreneur, c'est-à-dire être constamment en train de chercher des solutions et d'innover là-dessus. Mais vous aussi, en fait, ça vous apporte des choses, parce que quand vous travaillez avec un psychologue qui est quand même super éloigné de ce que vous faites au quotidien, ça révèle des choses aussi. Oui, j'apprends tous les jours, et c'est ça qui rigole aussi, parce que si je ne comprends pas ces gens, j'essaye de les comprendre, et on essaie de discuter. Donc quand on a la discussion, juste ça, c'est l'éducation. Et c'est là où c'est super gratifiant, effectivement. J'ai une question personnelle, Luc. Vous avez mis du temps à choisir votre pantalon pour venir aujourd'hui au point? D'accord. Non, je dois dire que c'est assez simple. Ma garde-robe, c'est que des... Je ne vais pas donner la marque, mais c'est des Lululemon. Et je n'ai que ça. Ils sont à peu près tous de la même couleur. Ils sont tous en bon état, surtout. Ils sont tous en excellent état. Ce qui n'est pas forcément le cas. C'est le cas de certains. Ah, d'accord, je vois où vous allez. D'accord. Oui, effectivement. Comment va?
Racontez-nous cette anecdote avec Steve Jobs, justement. Il faut vraiment regarder pour vous. Il y a des journalistes ici? Vous l'avez écrit dans votre livre, donc c'est mort. Je ne me rappelle plus. C'est bon, je peux vous la raconter. C'est ma première rencontre avec Steve Jobs. Steve Jobs avait une particularité, c'est qu'il avait toujours le même turtleneck, le même polo noir. Mais il avait les jeans aussi, et il avait les jeans déchirés, le garçon. C'était sa spécialité. En 2003, première fois que je le rencontre, On lui montre une démo, un super machin, c'était une de mes boîtes, une de mes start-up. On était très fiers du machin et tout ça. Donc Steve Jobs arrive avec deux de ses acolytes et on commence la démo. Moi je dis« Voilà Steve, tu vois, il y a ça, ça marche comme ça, blablabla». Je ne peux pas vous dire ce que c'est parce qu'il y a des raisons légales, mais je ne peux pas vous en dire plus. Mais en tout cas, on lui montre le machin. Donc moi je continue, je parle, je parle. Et au bout d'un quart d'heure, Steve Jobs se lève, dit« C'est de la merde, il se casse». Non, merci de suivre.
Alors bon, là, c'est juste pour vous dire que le gars, il est aussi sympa que ce qu'on vous raconte. Il est socialement complètement impair. C'est un peu Elon Musk puissance 3. Et donc, je me suis... C'était gratuit, mais ça me fait plaisir. Donc, merci beaucoup. J'ai plein d'histoires, mais ça sera pour une autre fois. La chute est bonne, attendez la chute, la chute est très bonne. Donc là, très bien, on est un peu étonnés, les deux gars qui étaient avec lui, qui étaient quand même des gars qui aujourd'hui sont les seigneurs vice-présidents chez Apple, donc des gros légumes sont là, et ils nous disent, vous n'en faites pas, continuez la démo, on va regarder. Donc la démo se déroule, tout ça, très bien. Et puis on s'en va, on rentre à la maison, et dans la démo, il y avait un truc assez particulier, c'est la seule chose que je peux vous dire, il y avait un petit robot qui se baladait, et qui avait une caméra et qui prenait des photos, toutes les... seconde. Très bien. Et donc, on arrive à la maison, on déballe un peu tout le machin, et je commence à développer, alors c'était sur une carte SD quand même déjà, on n'est pas à la préhistoire.
Donc, je commence à regarder les photos, et là, je me rends compte que les photos, elles ont toutes été prises sous la table, par le robot. Et ce brave Steve, avec son jean déchiré, non seulement il a un jean déchiré, mais il ne porte pas de slip. Et donc, il y avait une coupure du pantalon excessivement bien placée. Donc, je peux dire aujourd'hui, je pense que je suis le seul au monde à avoir une photo des couilles de Steve Jobs. Je pense que je vais bientôt en faire un NFT. Et donc, je vais peut-être gagner de l'argent finalement avec ce truc-là. Vous voyez, grâce à Steve Jobs, pour une fois que ça soit dans le sens là. Justement, ça me permet de vous poser aussi la question, quel regard vous portez sur les gamins aujourd'hui? Parce que vous les connaissez bien, notamment aussi vous avez bossé un peu chez Amazon, très très légèrement. Oui, ça c'est pas marqué, je crois, je ne sais pas si c'est marqué ou pas, mais c'est vrai que j'ai passé quand même trois semaines chez Amazon. Si vous le dites aussi. Donc c'était une ténure très très longue.
Oui, parce que je déteste Facebook. Je suis désolé s'il y en a ici, mais Facebook, ça ne m'intéresse absolument pas. Je n'ai pas Facebook. Je ne comprends pas Facebook. Je ne comprends pas. Je suis asocial, d'un sens, ça va être pour ça. Donc, les gamins... Donc Google, j'ai travaillé un peu pour Google pour un projet particulier. Après ça, Apple, Siri évidemment. Meta, je viens de vous le dire. Microsoft, je n'ai jamais travaillé, c'est à peu près le seul. Et Amazon, donc voilà. Donc ce que j'en pense, c'est qu'il y en a que je respecte et d'autres moins. Apple, j'ai toujours un petit pincement quelque part. Je pense que, parce qu'après cet épisode de 2003, en 2009, quand... Steve Jobs décide tout seul de racheter Siri parce que c'est lui qui a la vision. Siri date de 1997, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent. Ils pensent que ça date de 2011 quand c'est sorti. En fait, ça date de 1997, les premiers brevets qu'on a fait avec mon ami Adam Shire.
Et donc, on a attendu 14 ans avant que ça soit un vrai produit pour les vrais gens. Mais donc, quand Steve rachète le machin en 2009, il a la vision de comment l'utiliser correctement dans un téléphone. Et bon, il y a toujours un peu cette... C'est lui qui a acheté le machin et c'est lui qui a fait que ça soit public et donc avec ses 500 millions d'utilisateurs. Donc Apple a toujours une petite place particulière. Microsoft, je les aime bien globalement, parce qu'ils ne me dérangent pas, surtout depuis qu'il y a Satya et les gens d'avant, c'était des bouffons. Mais c'est vrai que quand vous voyez comment ils ont racheté, ils ont racheté, ils ont racheté plein de trucs pendant des années, ils les ont incorporés, ils les ont tués. D'accord, ça c'était le balmeur, le mec qui sautait partout en transpiration, complètement fou. Donc lui, il a racheté. plein de trucs, il les a cassés. Et puis après est arrivé Satya, lui il a racheté des trucs comme LinkedIn, comme Nuance, un truc que j'ai créé en 94. Donc il a racheté plein de trucs, mais il ne les a pas tués. Il les fait vivre à côté. Donc il les fait grandir et puis il a la notion d'open source. C'est intéressant.
Donc j'aime bien Microsoft d'aujourd'hui. Et puis, malgré l'épisode que vous connaissez certainement d'il y a 15 jours avec OpenAI, c'était à mourir de rire, mais bon, on n'a pas le temps. Et donc, après ça, les autres, Amazon, c'est extraordinaire. C'est tout pour le client. Donc c'est un respect total aussi pour ça, mais alors rien pour les employés. C'est absolument terrible. Je ne sais pas comment les gens survivent dans ce machin-là. Et puis après, qu'est-ce qu'on a? Amazon, pardon, je vous coupe, Luc, mais vous avez quand même gardé des techniques aussi, même en trois semaines. Le système DRP est quand même dingue. Le truc qui est super, c'est effectivement la façon dont on présente les projets à l'intérieur des équipes et qu'on va décider si elles sont bonnes ou pas. Et justement, c'est relié à ma philosophie de tout pour les vrais gens. C'est qu'on écrit la presse release dedans, deux ans, trois ans, un an, de quand le produit sortira. Et donc la presse release explique exactement ce que le produit fait. Et donc c'est la presse release, c'est le truc qui dit ça y est, je suis en train de sortir une voiture avec des ailes, machin, tout ça.
Et donc ça explique ça. Et donc après, on se met d'accord dessus. Il n'y a pas de PowerPoint. Tout ça n'existe pas chez Amazon. Et du coup, on écrit la presse release. On passe le temps au début de chaque meeting à les lire, ces presse release, pour pouvoir les comparer. Et puis, on écrit une deuxième presse release, qui est la presse release, cette fois-ci, interne, qui est celle pour les développeurs. Et donc, celle que nous, développeurs, on va suivre pour pouvoir arriver au produit. Donc, les timelines, toutes ces choses-là sont basées sur cette presse release qu'on a écrite pour le 4 avril 2027. Et ça, c'est vraiment très, très intéressant parce que ça focus les gens sur le produit. Alors, ça veut dire que, surtout quand on est dans des... structures qui veulent être un peu agiles, ça veut dire qu'on ne va pas pivoter. Un jour, on va la déchirer, cette presse release, et puis on va en écrire une autre qui va être un peu différente. Mais ça, c'est effectivement super intéressant. Mais elle force aussi à être très explicite, à vulgariser aussi pour convaincre le maximum de personnes. Oui, parce que quand vous écrivez la presse release, la presse release, elle est faite pour les vrais gens, donc elle est faite pour que les gens comprennent ce que ça veut dire, le truc qu'on est en train de faire.
Donc, c'est des presse release products qui sont super, super intéressants. Ça, c'est très efficient pour le coup. Une dernière question pour ma part, parce qu'après, évidemment, j'imagine qu'il y a pas mal de questions dans le public qui seront, je le rappelle... Récompensé par un ouvrage dédicacé. Oui, il y en a cinq. Non, il y en a plus. Je ne voulais pas amener toute la pile. L'IA pose de plus en plus de questions aujourd'hui. On en a discuté tous les deux, notamment quand on parle de l'information, en réalité. C'est vrai qu'il va y avoir pas mal d'élections dans beaucoup de pays en même temps, dans les années qui arrivent, même l'année prochaine. Je crois qu'il y a 24 pays qui vont avoir des scrutins extrêmement importants. Comment vous voyez ces nouvelles interactions entre l'IA et les médias, qui sont un peu au cœur aussi de notre paysage démocratique. Les journalistes ont très peur, on parle des IA génératives, la dernière génération d'IA qui est sortie pour le public il y a un an maintenant, et qui existe depuis six ans à peu près. Donc ces IA génératives, effectivement, font très peur. Il y a des raisons d'avoir peur, mais il faut se calmer aussi, il faut respirer un tout petit peu, parce que ces IA génératives, comme toutes les autres IA, on commence par en faire un gros machin en disant que ça va nous remplacer, que ça va remplacer le monde, que ça va nous tuer, etc.
Puis après, petit à petit, on se rend compte que ce n'est pas comme ça et qu'on va l'utiliser dans des slices particulières et ça va aller. Donc, ça va aller. Mais ceci dit, les journalistes ont toujours peur aujourd'hui et les journalistes nous font peur parce qu'ils ont peur. Ils nous disent effectivement que tout va être cassé et tout ça. Et quand je parle aux journalistes, je leur explique simplement, écoutez les gars, en fait, non seulement ça ne va pas vous remplacer, mais en fait, ça va exacerber votre qualité et vous allez avoir besoin de beaucoup plus de journalistes. Donc pourquoi je dis ça? Parce qu'en fait, ces IA génératives, effectivement, elles génèrent, elles peuvent générer n'importe quoi. Et quand on génère n'importe quoi, on peut générer des deepfakes, des fake news, enfin tout ce que vous avez entendu avant. Et vous voyez donc le pape qui fait du ski avec sa doudoune, machin, bon voilà. En fait, ça c'est une bonne nouvelle, parce que ça veut dire que les journalistes, il va falloir qu'ils aillent investiguer ça. Et leur métier, ça devrait être l'investigation. Donc la quintessence même de leur métier va être exacerbée grâce à ces outils, ou à cause de ces outils, et il va falloir qu'ils soient beaucoup plus nombreux, du coup, à aller investiguer et faire ces investigations. Et donc, du coup, ça ne va non seulement pas disparaître, mais ça va demander beaucoup plus de journalistes qu'avant.
Merci de conclure sur ces mots-là. On va effectivement les former aussi, d'autant plus à ces notions et ces compétences techno. On a 11 minutes. Ah! Alors, tac, un, deux, trois, peut-être, je crois que Raina, tu dois être pas très loin pour faire passer les micros devant. Ouais, merci, c'est mieux avec la lumière, parce que sinon c'est assez inconfortable. Merci. Monsieur, si votre question est bonne, il y a un livre. Si elle n'est pas bonne, il y a un livre. Pas de livre. Grosse pression. Donc on n'a pas eu le temps de parler de votre dernière expérience chez Renault. Et donc ma question c'était pourquoi être revenu après 30 ans? Et puis pourquoi pas avoir commencé en France? Qu'est-ce qui manque pour qu'on puisse faire tout ce que vous avez fait en France? Bon, dans l'histoire de pourquoi avoir commencé en France, c'est parce qu'à l'époque, moi je voulais être un entrepreneur, je voulais faire des choses. Et c'est vrai que quand on faisait de la recherche et quand on voulait être entrepreneur, il y a 30 ans, c'était compliqué. Je ne sais pas comment c'est aujourd'hui, donc je ne critique pas aujourd'hui, d'accord? Mais il y a 30 ans, c'était compliqué. Aujourd'hui, je crois que c'est plus facile grâce à la French Tech, etc. Une dizaine d'années, c'est beaucoup plus facile. Donc à l'époque, ce n'était pas possible. Je suis parti au MIT, je suis parti à Stanford, c'était plus facile. Et puis voilà, je suis resté collé là-bas.
Donc ça, c'est la raison. La raison pour laquelle je reviens ici, alors ça va être grandiose, vous êtes prêts, parce que c'est parce que je veux rendre quelque chose à la France. La réalité, c'est que j'adore la France. J'y suis une semaine par mois depuis 25 ans. D'accord? Donc ça prouve quand même quelque chose. J'ai beaucoup de maïs. Et donc, du coup, j'adore ce pays. Je trouve qu'on est extraordinaire d'un point de vue engineering, d'un point de vue mathématique, d'un point de vue éducation, malgré le fait qu'on se flagelle en permanence et tout ça. Donc on est très, très fort à ça. Mais j'adore ce pays. Et donc, au bout de mes trois décennies de faire autre chose, je me suis dit, quelle est la quatrième? Et la quatrième, pour moi, c'était évident. De venir en France pour aider. Alors c'est peut-être un peu exagéré de dire le gars il est tout seul, il va aider la France, mais voilà, c'était ma vision, c'est ce que je pense, et c'est ce que j'essaie de faire. Et quand je suis arrivé, je me suis dit, quelle est la compagnie à laquelle je peux contribuer le plus? J'aime bien les systèmes autonomes, pas les voitures autonomes, on peut en parler, mais ça c'est autre chose. Mais du coup, je me suis dit, Renault qui était un peu dans la difficulté, et puis le nouveau CEO qui venait d'arriver qui disait, je veux faire une tech compagnie, Alors on s'est rencontrés, ça a matché et voilà.
Et ce que j'y fais aujourd'hui pour continuer rapidement, tout et n'importe quoi. C'est-à-dire que j'ai le droit, parce que je me donne le droit et parce que j'ai des cartes blanches globalement, d'aller voir un peu partout, n'importe où dans la compagnie pour voir où on peut mettre de la technologie pour améliorer la vie des vrais gens, que ce soit nos vrais gens à nous, nos ouvriers, nos employés, ou que ce soit nos ouvriers. que ce soit les vrais gens qui vont conduire nos voitures après. Exemple rapide, par exemple, dans les usines, on va aller faire de la maintenance prédictive. C'est assez facile, il y a plein de robots et on peut savoir quand est-ce que les robots vont tomber en panne et on fait en sorte que les chaînes ne soient pas cassées. Et comme ça, il n'y a pas de chômage technique, blablabla. Donc les gens sont plus contents. Un autre exemple, aujourd'hui, en utilisant l'IA générative pour les designers, c'est rigolo parce qu'ils peuvent faire des trucs un peu débiles qui vont booster leur créativité. Contrairement à ce qu'on peut croire, ces IA génératives boostent la créativité et ne la diminuent pas. Et puis, un autre exemple pour les gens qui vont acheter des voitures, il va falloir attendre un tout petit peu. En septembre 2024, vous verrez les trucs qu'on a fait dans la nouvelle Renault 5 qui sort à l'automne 2024, où on a fait des trucs rigolos dans la voiture.
Pour que les gens se sentent un peu mieux et comprennent un peu mieux, parce que les voitures électriques, c'est aussi une autre bestiole, c'est un peu différent de la voiture d'avant. Et donc, il y aura un petit truc qui va vous aider à comprendre cette voiture. Merci Luc. Marie? Merci Luc. Vous venez de parler d'autoflagellation. Alors vous qui avez cette double vision France-US, qu'est-ce que vous pensez de l'éducation sur l'IA en particulier aujourd'hui en France? Qu'est-ce qui nous manque? Qu'est-ce qu'il faudrait faire prochainement? Et peut-être un petit mot d'optimisme pour rendre les Français fiers. Bon, on est les meilleurs. Alors déjà, quand je dis qu'il faut arrêter de se flageller, c'est qu'on est les meilleurs. Mais ce n'est pas une blague. Vous vous marrez, mais ce n'est pas du tout une blague. Moi, je suis dans la psychologie depuis 30 ans. Tous les chefs d'IA, Dans la Silicon Valley, des grosses boîtes. On a parlé de Facebook, de tous, tous, d'accord? C'est les Français. Donc déjà, on se calme un tout petit peu, d'accord? Pourquoi ils sont partis, ça, c'est une autre histoire. C'est peut-être comme moi, c'est ma génération, et donc on est partis peut-être parce qu'on n'arrive pas à faire des trucs ici.
55 000 Français dans la baie, quand on parle à un Français dans la baie, et quand on le regarde, c'est du respect. Donc déjà, ça ici, il faudrait qu'on comprenne. Et pourquoi moi j'ai créé plein de trucs ici? Quand j'étais chez Apple, quand j'étais chez Samsung, j'ai créé des groupes ici. Pourquoi? Parce qu'on est les meilleurs. Alors maintenant, expliquons pourquoi on est les meilleurs. Depuis 300 ans, on est les meilleurs en mathématiques. Et ce n'est pas moi qui le dis, ça s'appelle les Medaille Fields qui le dit. Medaille Fields, c'est le prix Nobel de mathématiques, l'équivalent. On en a le plus au monde avec les Américains. Mais les Américains, ce n'est pas vraiment des Américains. Et donc, nous, on est les meilleurs en maths du monde depuis très longtemps. Et il se trouve que l'IA, c'est des maths. Depuis 1956, officiellement, l'IA, c'est des maths. Et donc, on est les meilleurs en maths, donc on est les meilleurs en IA. Donc arrêtons de nous flageller. Pour ça, on est les meilleurs. Déjà, on est comme ça. Après, notre éducation, qu'est-ce qui manque? Il ne manque rien. Ce qui manque certainement, c'est la façon dont on crée l'école et on fait l'école, où on laisse trop de gens sur le côté.
Ça, c'est embêtant. Et ce n'est pas ceux-là qui vont à la fin être dans les élites, ce qu'on appelle les élites, et qui vont pouvoir être les racistes. Mais c'est cela auquel il faudrait s'adresser. Parce que pour les autres, ceux qui sont dans les élites, encore une fois, on est les meilleurs. Donc cela, il n'y a rien à faire de plus. Surtout, ne faisons pas des trucs spéciaux d'apprendre des langages à la maternelle, des langages informatiques à la maternelle, ça ne sert à rien. Parce qu'entre la maternelle et le temps qu'ils aillent au boulot, les langages, il y en aurait mille. Donc ça ne sert à rien. Donc apprenons les mathématiques, apprenons à raisonner, apprenons à apprendre. Il y a un truc qu'on fait super bien ici dans ce pays, et moi je peux vous le dire en comparant ce qu'ont fait mes enfants aux Etats-Unis, et ce qu'ont fait mes enfants ici, c'est qu'aux États-Unis, l'éducation, c'est de la merde. Là, on peut le dire clairement, ce n'est pas compliqué. Jusqu'à l'université. Jusqu'à l'université, c'est nul. Ils ont deux, trois machins. Mes enfants ont eu un cours de géographie en six ans. C'est pour ça, après, vous ne vous demandez pas pourquoi ils ne savent pas où est la France sur la carte. Ils n'en savent rien. Ils s'en foutent. Ils restent au Texas. Mais donc, ils n'ont pas d'histoire, ils n'ont pas de géographie, ils n'ont pas tout ça.
Nous, on est... On parlait de multidisciplinarité tout à l'heure. On est multidisciplinaire. C'est compliqué, des fois, c'est trop, on dit beaucoup de choses, mais c'est super, parce que ça ouvre les chakras. Et ça, cette volonté d'apprendre à apprendre, c'est ça qui est super chouette. C'est non seulement qu'on est les meilleurs en maths, et en plus, on est les meilleurs... À s'adapter. Parce que quand on parlait de cette histoire, encore une fois, de pouvoir être dans l'inconfort, de pouvoir faire quelque chose qu'on n'a jamais fait, ça, nous, on le fait super bien. Donc, on est les meilleurs. Continuons. Tu voulais de l'optimisme? Tu en as un, Marie. Bonjour, Luc. Je suis par là. Ah, pardon. Excusez-nous. Après, ce sera vous. J'ai une petite question plus sur Renault, que vous puissiez nous éclairer sur l'avenir de Renault. Donc Renault, il y a 10 ans, c'était les moteurs. Les ingénieurs chez Renault, ils étaient fiers de leurs moteurs. Quelques années plus tard, il rachetait Intel dans le sud de la France.
Et il commence à faire du software, je ne sais plus, c'était il y a 7-8 ans peut-être. Aujourd'hui, il y a Orsay Ampère. Ça change beaucoup, ça mute beaucoup. Vous, vous arrivez au milieu de cette mutation incroyable. Qu'est-ce qu'il faut à Renault demain pour continuer un peu ce développement et être un fer de lance de l'automobile demain en face de Tesla et des autres acteurs qui sont arrivés depuis longtemps? Il faut de l'efficience. Donc il faut qu'on apprenne à travailler mieux avec moins et beaucoup plus efficacement dans nos systèmes de développement. Aujourd'hui, la réalité, c'est qu'une voiture, ça met 4-5 ans à être mise au point. Il faut certainement que ça fasse comme ce qui se passe dans la Silicon Valley avec les trois marques de la Silicon Valley, Tesla, Lucid et Rivian, qui eux mettent 18 mois pour faire des bagnoles. Donc il faut qu'on arrive à faire des trucs comme ça. Donc pourquoi? Ça veut dire quoi? Ça veut dire qu'il faut passer de waterfall à machin.
Qu'est-ce qui se passe? Oui, parce qu'en fait, je n'ai pas précisé, on a donc Thomas, enfin Tommy Dessine qui est avec nous et qui croque les toques. D'accord, merci Thomas. Là, il en a fait un très bon. Mais on vous remontrera celui d'avant qui était pas mal non plus, si je peux me permettre. D'accord, ok, ça va être joli. Donc... Voilà, regardez juste, pardon Luc. Il revient pour 2024 et il aime bien la bagnole. Il croit qu'on ne le voit pas venir? Ça vous rappelle une phrase qui a été dite il n'y a pas très longtemps? Non, ça ne me regarde pas. Je ne le connais pas. Donc voilà, il faut un peu apprendre des nouvelles. nouvelles méthodes, on va dire des process qui soient beaucoup plus efficaces. Alors là, je ne vais pas critiquer en général, mais là, je vais critiquer en général la France. D'accord? Parce que je peux me permettre de le faire. Là, je prends mon passeport américain. Quand je suis arrivé ici, donc je n'avais jamais travaillé en France avant, quand je suis arrivé ici, je dis, les gars, tout excité, la Silicon Valley, ma chemise hawaïenne, tout ça, on va faire ça, on va faire ça, on va faire ça. Alors là, c'était... Ça ne va pas marcher. Ce n'est pas possible.
Donc ça, et je vais après dans toutes les boîtes, vous pouvez prendre toutes les grosses boîtes françaises, je vais dans toutes les boîtes, je discute un peu avec les gens, c'est ça, hop, hop, hop, hop, hop, hop, hop, hop, attends. Donc ça, ça me gêne un peu. Et c'est pour ça que les équipes que je crée, c'est des équipes agiles, des équipes un peu à côté, comme j'ai dit, et il n'y a pas de hop, hop, hop, hop, hop. C'est on y va et ils me donnent encore plus d'idées et l'idée que moi je leur ai donnée, ils l'exacerbent, ils font encore mieux que ça. Voilà, c'est ça, c'est comme ça qu'il faut faire. Ça, bon, ça veut dire qu'il faut entraîner des fois assez lourd. Un côté très entrepreneurial dans votre démarche aussi, trouver des solutions. Toujours, on n'est pas là pour... Vous savez, quand j'avais 5 ans, je disais à mes parents que je voulais être chercheur au CNRS. Vous avez fait un petit bout, un tout petit bout. Oui, j'ai fait un tout petit bout, mais bon, 5 ans, déjà, il faut être timbré. Mais en fait, plus tard, après, vers 10 ans, je disais que je ne voulais plus être chercheur au CNRS, je voulais être trouveur au CNRS. Et c'est... C'est la grosse différence. C'est clair. Trois autres questions.
Là aussi, pardon. OK. Bonjour, j'ai une question. Vous avez parlé de différence d'environnement entre les États-Unis et la France en termes de start-up. Pouvez-vous nous dire comment empêcher les gens de partir aux États-Unis? Pour les garder ici, pour qu'ils puissent travailler et ouvrir des startups ici. C'est une super question. Et donc, la réponse n'est pas loin. dans ce qu'on est en train de faire en ce moment. En ce moment, c'est depuis 10 ans qu'en 2012-2013, a créé la French Tech. C'est super. C'est très bien. Plus la BPI. Donc pour l'amorçage, tout ce qui est amorçage, tout ce qui est création des pépites, à mon époque, on était à peu près 0,2% à vouloir créer des boîtes dans les grandes écoles. Aujourd'hui, c'est 52% des étudiants dans les grandes écoles qui veulent soit créer des boîtes, soit rejoindre des startups. Et ça, c'est bien, parce que c'est l'esprit entrepreneurial. Les Américains me disent, tu parles toujours en permanence d'entrepreneur, entrepreneur, entrepreneur. Je rappelle quand même que le mot entrepreneur, c'est français. Donc nous, on a oublié l'entrepreneuriat pendant des années, mais depuis 2012-2013, ça recommence.
Il y a un petit truc. Donc ça, ça permet de... Je recommande d'aller joindre ces startups. C'est super. Il y a une ambiance qui est intéressante et tout ça. On a un petit problème après, par contre, après la startup, c'est le scale-up. Et le scale-up, il ne se fait pas par la BPI ou par l'État ou machin comme ça, il se fait par de l'argent privé. Et c'est vrai que l'argent privé, c'est un tout petit peu compliqué en Europe à trouver parce qu'on n'a pas le capital risque. On n'a pas la notion de risque, de toute façon. Et dans la Silicon Valley, par exemple, on a la notion de risque, on a des capital risqueurs, c'est des vrais VCs, des vrais venture capitalistes qui font du risque et qui risquent. C'est-à-dire qu'ils savent très bien qu'ils vont investir dans 10 boîtes, il y en a 9 qui vont mourir, et il y en a une qui va faire x200. Et le risque, c'est ça. Et nous, ici, nos vici, et bon, pas d'offense, parce qu'il le sait très bien, nos vici, c'est des banquiers. Et quand on est un banquier, on est averse au risque. Donc c'est notre petit problème aujourd'hui en Europe. En plus du fait qu'on n'a pas de... Parce que Bruxelles s'occupe des patates au lieu de s'occuper de faire autre chose. Mais bon, ça, c'est autre chose. Et pas les mêmes patates, en fait. Et surtout d'autres patates, peut-être aussi.
On a moins de minutes. Oui, on a moins de minutes. J'aurais voulu savoir, en fait, justement, vous avez parlé de Syrie qui a mis 14 ans, en fait, entre 1997 et 2011. Ça demande une patience, une persévérance. Est-ce que c'est parce que c'est le temps de l'industrialiser qui prend ce temps-là? J'imagine que vous avez plein d'autres idées qui n'ont peut-être encore jamais vu le jour. Je vous confirme. Et ça va arriver. Et du coup, je voulais savoir justement, est-ce que vous avez des signaux qui vous permettent de dire qu'il faut persévérer dans une voie plutôt que d'abandonner, peut-être parfois? Et attendez, j'ai une toute petite question aussi subsidiaire. En fait, il veut trois livres. Pourquoi? Il veut trois livres. Pourquoi avez-vous deux montres? D'accord. Alors, le premier point, c'est super intéressant. C'est qu'effectivement, moi, je suis têtu comme une mule. Donc, quand je pense que j'ai quelque chose, j'essaie de le pousser à bout le plus longtemps possible. Siri, c'était évident pour moi. Mais c'était évident si on savait, en 97, que ce n'était pas le moment. Donc on a mis un peu sous la machin. En 2007, on a créé une boîte. Donc 10 ans plus tard, on a fait le truc. On savait que ça allait être chaud.
C'était quand le iPhone sort. Et bon, après, ça s'est bien passé. Par contre, ce que je recommande toujours aux entrepreneurs, et la vérité, je ne le recommande même pas, c'est que c'est la vérité de l'entrepreneuriat, c'est qu'il ne faut pas hésiter à pivoter. C'est-à-dire que vraiment, quand on voit le mur, il ne faut pas taper dans le mur tout le temps. Quand on comprend pourquoi il y a le mur, là, on comprend. On peut garder le truc et le mettre au chaud pour passer le temps du mur. Mais sinon, le pivot est super important dans des boîtes. Il ne faut pas hésiter à écouter le marché, regarder les technologies qui arrivent pour s'adapter. Donc il faut être, encore une fois, l'agilité est clé. Donc le pivot est important. Comprendre le monde est important. Comprendre ce que veulent les vrais gens, c'est important. Deux montres, c'est parce que là, c'est une vraie. C'est ma montre de tous les jours, ma Apple Watch. Et ça, ce n'est pas une montre en plastique, mais c'est une montre que je teste en ce moment. C'est pour les prochains, justement, les prochaines innovations. Une toute dernière question. C'est ça, je parle sous contrôle de Guigui. C'est bon, on a une minute.
On a une minute pour une question. On a peu parlé des IA génératives. Je suis là. Bonjour. Qu'est-ce que vous, vous voyez comme étant les disruptions? Parce qu'on pose beaucoup de questions sur les cas d'usage. C'est compliqué sur l'innovation de rupture de savoir. Qu'est-ce que vous, vous présentez? Non, mais je vais vous le dire, parce que je le sais, en fait. Vous êtes prêts? Donc, déjà, ce n'est pas une révolution. D'accord? Donc, un truc qui m'énerve quand les journalistes nous parlent de révolution dans les IA génératives, ce n'est pas une révolution. Les IA génératives, elles sont héritières des IA qui sont connectiques, tout ce qui est statistique qui existe depuis, sur lequel on travaille vraiment depuis les années 80, les années 80. Depuis 1956, c'est les premières IA, mais on a oublié, il y a eu l'hiver des IA, blablabla. Donc depuis 20-25 ans maintenant, on travaille vraiment. sur ces IA, et puis on a fait du machine learning, 100 000 morceaux de data, du deep learning, 1 million, 10 millions de morceaux de data, et maintenant on est dans l'IA générative, 2 000 milliards de données, de paramètres pour ChatGPT 4.0.
Mais c'est une évolution. Du nombre de datas, des CPU, des GPU, du calcul. On met beaucoup plus de data, big data. Il y a plein de problèmes parce que ça fait des trucs complètement, des hallucinations, des machins comme ça, parce que les datas sont toujours biaisées. Mais bon, on met ça. Mais qu'est-ce qui est intéressant dans ce machin-là et pourquoi il y a cette évolution qui s'accélère ? Ce qui est intéressant dans le chat GPT, en fait, ce n'est pas GPT. Donc ce n'est pas la partie IA, c'est la partie chat. Et donc l'accélération qu'on a vue, ce qui est une révolution peut-être par contre, c'est la façon dont on utilise ces machins. Parce que tout le monde peut l'utiliser maintenant. Parce que la partie chat, c'est quoi? Il n'y a plus d'interface. Il n'y a plus de trucs compliqués. Il faut choisir des API, des SDK, des machins, je ne sais pas quoi. Je peux juste utiliser en tapant dans le prompt. J'utilise directement le machin. Et donc ça, même dans l'utilisation des entreprises, c'est super fastoche à appliquer. Et on voit d'ailleurs, vous savez, la fameuse courbe de Gartner de hype. Donc on voit le hype, le truc monte, après il descend, et puis après il remonte, il rebondit un tout petit peu pour être utilisé dans les entreprises.
En général, cette courbe de Gartner, elle prend à peu près entre 5 et 10 ans. La technologie arrive, il y a du hype, puis ça redescend parce que les gens ne savent pas que c'est de la merde, et puis après ça rebondit parce qu'on trouve des applications dans l'industrie. Donc ça c'est Gartner. La courbe de Gartner pour l'IA générative, elle a fait ça en 6 mois. Pourquoi? Parce que le hype, c'était en janvier-février, 100 millions d'utilisateurs. Donc après, on s'est aperçu que c'était de la merde. Mais par contre, on s'est aperçu que c'était de la merde seulement quand on l'utilisait d'une manière générique. Mais quand on commençait à faire ce qu'on appelle le fine-tuning, et à faire des choses où on met nos propres données dedans, et le truc commence à être beaucoup plus pertinent que quand il est normal, quand il sort de chez M. OpenAI, là on trouve des applications dans les entreprises. Et ce qu'on a déjà commencé à faire, chez Renault, les designers, les gens des achats, tout le monde commence à utiliser ces IA génératives avec leur propre data. Et donc là, on a des pertinences de 99% qui fait que l'outil devient utilisable. Donc, pas de révolution, mais une évolution extraordinaire et une possibilité d'utilisation extraordinaire parce qu'il n'y a plus à l'apprendre.
Normalement, c'est du langage naturel. Ce sera notre mot de conclusion. Merci beaucoup, Luc. C'était passionnant. Vraiment, c'était trop chouette. Merci.
