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Tech.Rocks Summit 2020
Tendances tech à venir
- Bruno Sportisse (Directeur général, Inria)
Tech.Rocks Summit 2020 · 10 décembre 2020 · 18 min · en français
Résumé
Quelles tendances technologiques marqueront les cinq prochaines années ? Sur quels sujets de recherche faut-il se positionner dès maintenant pour préparer l'avenir ? Le directeur général d'Inria répond à ces questions.
Summary
Which technology trends will shape the next five years? Which research topics should we position ourselves on now to prepare for the future? The CEO of Inria answers these questions.
Thèmes : Architecture & développement
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Agir sur les technologies nécessite de les anticiper et ça c'est tout le travail de l'Institut National de Recherche Informatique Appliquée. Et nous avons l'immense chance d'avoir son PDG, Bruno Sportisse, qui va nous expliquer les 5 tendances à venir dans le monde de l'informatique. Merci Elsa, bonjour à toutes et à tous. Je suis heureux de pouvoir participer à Tech.Rocks. C'est la première fois, pour être honnête, et c'est assez impressionnant car cela veut dire parler devant l'écosystème de la tech française, celles et ceux qui portent le business de la transformation numérique. Et puis il va falloir essayer de dire des trucs pertinents, pas trop convenus, parce que là c'est du sérieux, c'est pas du vent. Et en tenant compte du fait que je ne sais pas lire dans le mar de café, ça fait beaucoup de contraintes. Je me présente d'abord, je m'appelle Bruno Sportisse, je suis PDG d'INRIA, l'Institut National de Recherche dans les Sciences et Technologies du Numérique, c'est-à-dire en informatique et en mathématiques appliquées. Je suis aussi membre du board de l'EIC, l'European Innovation Council, un prototype à 2 milliards d'euros dont c'est doté l'Europe pour accélérer le scale-up des startups technologiques au niveau européen.
J'ai un parcours de management en R&D, dans le numérique, dans le privé, dans le public, dans l'innovation. J'ai dirigé aussi une ETI industrielle dont j'ai engagé la transformation digitale et j'ai cofondé une startup technologique. J'ai eu la chance dans mon parcours aussi d'essayer... de peser sur les politiques d'innovation, sur les politiques publiques pour le numérique, notamment auprès de Fleur Pellerin. INRIA, ce sont 4500 personnes dans notre écosystème, 220 équipes projet, 3500 scientifiques et ingénieurs, beaucoup d'ingénieurs de développement chez INRIA, une centaine de logiciels édités par an, pour la plupart en open source, mais pas toujours, 200 startups qui ont été créées en 20 ans, une affilée au Nasdaq, et le creuset pour la French Tech, il y a maintenant une petite dizaine d'années, avant que cela ne devienne un projet porté par l'État. Et puis des projets comme les standards ouverts du web, le W3C, dont on reste le pilier européen, il y a 30 ans, INRIA a été engagée dans sa création.
Et puis des projets comme TousAntiCovid, plus récemment. Alors quels sont les grands défis technologiques du numérique? L'exercice est difficile bien sûr. Le décor on le connaît tous, pas un seul secteur n'échappe à la tech, ce qui était un sujet de tuyau, un sujet technique il y a quelques années pour les décideurs et enfin devenu un sujet stratégique. Tout le monde a compris que sans la maîtrise du numérique, sans la maîtrise de la tech, whatever that means, ça allait être dur de continuer à capter de la valeur. Et moi je fais partie de celles et ceux qui pensent que la question des infrastructures numériques, des infrastructures technologiques pour le numérique est centrale. Et que sans leur maîtrise, on va définir positivement devenir un pays, un continent de seconde zone sur le plan économique et politique aussi. Quelles sont ces infrastructures qui façonnent le terrain de jeu, le champ de bataille, à vous de choisir le terme selon votre référentiel culturel? Alors, il y a évidemment les systèmes d'exploitation, que ce soit pour les smartphones ou les objets connectés, des systèmes de calcul et de stockage, ce que l'on désigne par le cloud, et puis toutes les boîtes à outils logicielles pour générer, manipuler, traiter, visualiser de la donnée, les rendre intelligentes,
c'est-à-dire le socle technologique de l'intelligence artificielle. Toutes ces infrastructures numériques se caractérisent par le rôle central que jouent les données, les algorithmes, les technologiciels, c'est-à-dire la base de toute l'offre de produits et de services que vos entreprises développent, que vous développez. Moi, je vais aller droit au but. Je pense que celui qui maîtrise toute ou partie de ces infrastructures a accès à la puissance numérique et sinon, il subira les effets de cette puissance, même s'il peut en ramasser quelques miettes. Et on a accumulé des années, voire des décennies de retard, de décrochage sur ces sujets. Des infrastructures. Et moi je pense que notre grand sujet collectif, notre sujet d'écosystème, c'est d'être capable de construire ensemble les conditions de cette maîtrise, ce que l'on désigne par la souveraineté technologique, avec tout ce que ce terme contient de références positives, je fais de l'humour, avec des succès indubitables depuis 50 ans. Ne pas oublier qu'Inria est née du plan calcul il y a 50 ans, mais ne pas oublier aussi que nos équipes bossaient à Stanford
sur la naissance d'Internet au moment où la France faisait le virage du Minitel, et puis qu'on a été le pilier technologique du web avec le MIT, il y a 30 ans j'en ai parlé, et ne pas oublier aussi qu'on a lancé parmi les premiers fonds d'investissement technologiques pour les startups, il y a 20 ans, au moment où les décideurs ne savaient pas orthographier le mot startup, je pense. Les ingrédients, je pense qu'on a... On les connaît tous et la France a parfois de la peine à comprendre qu'envoyer une fusée sur la Lune ou sur Mars éventuellement, ce n'est pas la même chose que de construire un leader mondial du numérique ou de construire, d'aider un écosystème numérique mûr. Même si les choses bougent beaucoup depuis plusieurs années. Alors, je peux essayer de vous parler de quelques grands défis scientifiques et technologiques vus par le monde académique. Il y en a quelques-uns qui sont incontournables, mais vous n'apprendrez rien, je pense, à moins de vivre dans une grotte. Le premier enjeu, on a devant nous un renversement possible de la table si on arrive à construire l'ordinateur quantique ou quelque chose qui y ressemble, car les puissances de calcul
auxquelles on aura accès auront des conséquences majeures sur la cybersécurité, sur tout ce qui est transactionnel de manière générale, sur les applications gourmandes en calcul, par exemple pour simuler des médicaments. Et à côté de tout l'effort pour construire un tel ordinateur quantique, avec un effort en physique notamment, en hardware, il est majeur que l'on arrive à construire la pile logicielle pour faire tourner ces ordinateurs, s'ils arrivent. Et donc, comment programmer ces ordinateurs quantiques? Quel langage? Quels algorithmes? Si on ne construit pas cette pile logicielle quantique maintenant, le business se fera sans nous si un tel ordinateur quantique arrive à être construit. Il ne faut pas non plus vendre du rêve. Et cela passe par travailler dès à présent. sur les versions imparfaites de l'ordinateur quantique, ce que l'on appelle les machines NISC, des machines bruitées, pour essayer de trouver aussi des applications pour lesquelles le calcul quantique a des performances vraiment significativement meilleures dès à présent que les ordinateurs classiques.
Donc ça, c'est un premier enjeu. Un deuxième enjeu, c'est l'intelligence artificielle de confiance. Moi, je n'aime pas bien le terme intelligence artificielle, qui est pour moi juste le packaging de ce que l'on sait faire maintenant en termes d'utilisation d'algorithmes que l'on applique à des données. Bref, c'est d'arriver à maturité de l'algorithmique, donc beaucoup, beaucoup, beaucoup de domaines, là où il y a des données disponibles. L'IA de confiance, c'est la maîtrise de ce que l'on fait, c'est-à-dire être capable de donner des garanties à l'utilisateur et ne pas juste faire tourner des codes avec des algorithmes sur étagère. Et cela nécessite aussi beaucoup de travaux de R&D parce qu'il faut ouvrir la boîte noire d'une certaine manière. Il faut faire des mathématiques, il faut ouvrir la boîte noire, comprendre les algorithmes, pourquoi ils marchent, pourquoi ils ne marchent pas dans certains cas de figure et comment on certifie tout ça. Ça, c'est l'IA de confiance. Le troisième enjeu, qui n'est pas complètement décorrélé, c'est la confiance dans le logiciel, dans les technologies logicielles.
Je ne parle pas que de cybersécurité, qui n'est que la partie... visible de l'iceberg. Ça fait des années que la recherche en informatique travaille sur des langages de vérification, sur des approches qui permettent de donner des preuves pour garantir qu'un logiciel fait ce qu'il est supposé faire et éventuellement certifier ce logiciel. Ça a de la peine à percoler au niveau industriel, notamment en France. Pourquoi? Comment on peut accélérer la diffusion de tels concepts, de telles approches? Comment on peut construire de la valeur business sur la base de ces concepts? Moi, je pense que c'est vraiment important pour vous, pour l'écosystème de tech providers. C'est important aussi pour vos clients, des grands groupes industriels, que d'être capable d'avoir accès à tout cet environnement de confiance sur le logiciel. Je pense que dans d'autres pays, notamment aux États-Unis, on sait que le temps perdu au début va être vraiment amplement remboursé ensuite.
Le quatrième enjeu, c'est la privacy, c'est-à-dire tout un ensemble d'algorithmes, d'approches qui vont permettre de respecter la vie privée, que ce soit pour, au sens large du terme, que ce soit pour des utilisateurs privés ou que ce soit pour des entreprises. Comment on fait pour sortir de la dépendance à quelques acteurs de la tech sur ces sujets, comment par exemple, ce n'est qu'un exemple, on arrive à participer à une refondation du web, à l'instar de ce que veut faire Tim Berners-Lee, le fondateur de la tech. du web avec son projet solide. Alors si je mets de côté la question capacitaire, c'est à la révolution que peut apporter le quantique, qui va poser aussi de sacrées questions en matière de sécurité, je l'ai dit, en matière d'implication pour le transactionnel, si elle advient, cette révolution quantique, les trois enjeux que je viens d'évoquer concernent la confiance. Comment on fait pour que la poule aux œufs d'or, elle ne disparaisse pas? Moi, je pense que l'on est sur une ligne de crête, parce qu'il faut vraiment...
on arrive à garantir cette confiance dans le numérique, à la fois pour les citoyens, à la fois pour les entreprises. Et je pense que les acteurs business comme vous, qui vont investir dans ce cadre de confiance, qui vont garantir des logiciels certifiés prouvés, qui vont investir dans l'IA de confiance, qui vont garantir la privacy, ils vont construire de la barrière technologique, ils vont construire un socle de valeur pour le client, pour leurs entreprises, ils seront les vainqueurs. C'est pour ça que je pense que ce sont des enjeux hyper importants, avec une grosse mobilisation de R&D à effectuer, pour vous également. Et si j'étais investisseur, si j'étais entrepreneur, ce qui était le cas il y a encore trois ans, c'est là-dessus que je mettrais le paquet, car je pense qu'il y a un vrai différenciateur. Il y a de la tech à développer pour garantir la confiance en la tech. Et vous ne pourrez pas le faire seul, il vous faut une stratégie d'écosystème, et c'était là où je voulais en venir. Un écosystème tech, ce sont des compétences, c'est un flux permanent d'innovation, c'est-à-dire des startups, notamment technologiques.
Et puis, c'est évidemment une capacité à financer par le business, par l'equity. Et la donne a changé en France avec un rôle massif de l'État à travers ce que fait BPI France depuis plusieurs années, que je vois comme une période de transition, de bootstrapping, avant qu'on ait beaucoup plus d'argent privé, ce qui est indispensable, notamment de la part d'entrepreneurs, ce qui commence à arriver. Le premier enjeu, c'est celui des compétences, donc de la formation, qu'elle soit initiale ou tout au long de la formation. Et c'est pour cela qu'à INRIA, on est à fond derrière les universités, parce qu'on a un besoin d'un flux massif de jeunes qui apprennent le numérique, qui apprennent à développer, et c'est l'université qui peut garantir ce flux massif de jeunes. Et puis, parce que vous savez qu'il y a quand même une très forte, évidemment, vous connaissez la tension sur le marché du travail, sur ces métiers, sur tous ces talents. Et puis, il y a la formation continue. Et c'est pour ça qu'Inria vient de lancer Inria Academy, qui est notre dispositif pour accompagner la formation continue aux technologies logicielles, notamment open source pour les entreprises.
Et on vient de commencer avec une première grande session consacrée à Scikit-learn. Scikit-learn, c'est mon petit instant de publicité, c'est la boîte à outils française de la data science et de l'IA. C'est né chez Inria, c'est plus d'un million d'utilisateurs, c'est-à-dire au même niveau que PyTorch dans l'écosystème Facebook, c'est-à-dire moins, mais pas tant que ça, que TensorFlow, qui est, comme vous le savez, dans l'écosystème Google. Et je pense qu'il faut vraiment promouvoir collectivement Scikit-learn, parce qu'on sera plus fort si on a un écosystème de développeurs, d'utilisateurs, de business makers autour de Scikit-learn. Et on serait vraiment ravis, à Inria, de vous accueillir dans cet écosystème. Le deuxième enjeu, c'est celui de l'innovation de rupture, avec bien sûr le flux de start-up technologique. Moi, je n'ai pas de mon parcours. vision fantasmée des startups. Pour moi, le seul sujet est l'efficacité. Et pour moi, une startup, c'est un mode de management très efficace pour gérer du risque, pour trouver un chemin qui va assurer un avantage concurrentiel pour un produit, pour un service.
Ça nécessite des entrepreneurs, des équipes, des investisseurs qui prennent des risques. Et évidemment, les organisations qui sont capables d'identifier ces startups le plus tôt possible, qui sont capables de leur parler, qui sont capables de nouer des partenariats avec elles, le cas échéant de les acquérir, c'est-à-dire en général acquérir des compétences, vont prendre un avantage majeur, ça vous le savez. Et je pense que ça vaut aussi pour vous. Et ce n'est pas réservé aux grands acteurs de la tech que, on va dire, jouer avec ce flux d'innovation, profiter de ce flux d'innovation technologique, notamment qui est en provenance des laboratoires de la recherche publique. Chez INRIA, on a 800 jeunes qui sortent chaque année de nos équipes avec un gros bagage tech, avec un gros bagage sur le numérique, bien sûr, avec beaucoup de... De développeurs, de gens qui ont des très fortes compétences en algorithmique. Et c'est pour ça qu'on a mis en place il y a un an ISS, ce n'est pas la Station Spatiale Internationale, c'est INREA Startup Studio. L'objectif, c'est de pouvoir accompagner d'ici 2023-2024 100 projets de startups technologiques par an, porté par ces jeunes.
Et on va y arriver, on a fait x3 en une année, il nous reste un x3 à faire. Pluguez-vous à ce pas de tir, aidez-nous à le monter, et sinon d'autres le feront, et ce n'est pas l'objectif, parce que c'est votre écosystème qui doit aussi pouvoir en bénéficier. Qu'est-ce que j'essaye de vous dire? J'essaye de vous dire qu'il faut vraiment venir nous voir. C'est important que vous puissiez construire un socle plus stable, un socle plus stable pour votre business, et ça passe par renforcer l'écosystème technologique souverain, smart, j'utilise intentionnellement le terme, aussi un peu pour provoquer. Qu'est-ce que j'appelle la soupe? Vraie NT technologique smart, c'est un flux de compétences issu du monde académique, j'en ai parlé. Si vous êtes plugué au monde académique, vous pourrez aussi peser sur l'offre de formation initiale et continue, vous aurez accès à ces talents. C'est le flux de projets de start-up technologique. Si vous êtes plugué au monde académique, vous pourrez renouveler votre offre technologique, la faire monter en gamme, vous pourrez construire de la barrière technologique aussi. Et puis, vous nous aiderez à décloisonner les mondes, les silos, et ça, c'est très important.
Et puis, c'est un flux de technologies, de concepts, c'est ce dont j'ai parlé tout à l'heure, au sujet de la confiance, de tout le socle technologique qui est associé. Ce n'est pas du pipeau. Si ce n'est pas vous, ce sont les autres, les GAFA, les BATX, qui le feront. Et ce sont eux qui construiront les business models dessus, pas vous. Et vous courrez après, au sein de leur écosystème. Et si chacun vit dans son silo, on n'y arrivera pas. C'est pour cela que je suis super fier, par exemple, de ce que l'on a fait avec un projet comme StopCovid, Already Knows As Tous Anti-Covid. On a fait de la souveraineté technologique smart. Au service d'une noble cause, comment aider les pouvoirs publics dans la gestion numérique de la crise sanitaire, dans le cadre d'un consortium vraiment inédit, avec de la recherche, INRIA, avec des acteurs publics de la tech, comme l'ANSI, avec des studios, des start-up, comme Lunabi Studio, comme WeFix, et avec des grands groupes, comme Capgemini, comme...
range comme Outscale d'Asus System. Est-ce que c'était trop institutionnel? Probablement, mais on a eu que quelques jours pour monter une équipe qui s'est avérée être vraiment une super équipe. Et puis, on a été capable de dérouler et de fonctionner tel que vous le connaissez dans vos entreprises, Execution first, execution first, execution first. Et c'est pour ça qu'on a été capable de développer un produit en six semaines. Ce qui n'est pas nécessairement les habitudes, on va dire l'environnement dans lequel on travaillait. Et on a construit un socle, une plateforme sur laquelle on agrège, sur laquelle on capitalise, sur laquelle on construit et sur laquelle on a beaucoup testé et appris. Et bien sûr, comme on est en France, on n'a pas toujours été particulièrement supporté, on va dire. Mais à l'arrivée, on est passé, comme dirait l'autre, de 0 à 1. Et on a une team sur laquelle maintenant on peut compter, qui fait que la France a l'autonomie stratégique pour la gestion numérique de la crise, et surtout qu'on a beaucoup appris.
Et c'est un exemple qui me fait dire que moi, je rêve de plein de projets à la StopCovid, à la TousAntiCovid, avec des acteurs de la tech comme vous, entre vous et nous. Et c'est ce que j'appelle moi aussi la souveraineté technologique smart. Voilà, c'est comme ça qu'on réussira à construire cet écosystème sur des vrais projets, pas des objets en suspension, pas des objets institutionnels. Et vraiment, je suis à disposition, on est à disposition. Tout notre écosystème est à disposition pour pouvoir construire des projets ambitieux en ce sens. Voilà, merci et bon Tech.Rocks!
