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Tech.Rocks Summit 2023
Géopolitique du numérique : Faut-il changer de logiciel...?
- Ophélie Coelho (Spécialiste de la géopolitique du numérique, PASRL)
Tech.Rocks Summit 2023 · 8 décembre 2023 · 61 min · en français
Résumé
Le numérique occupe désormais une place centrale dans nos modes de vie et accompagne, voire alimente, les grandes mutations d'une époque marquée par le changement climatique, la hausse des inégalités et les crises idéologiques. Ophélie Coelho montre comment le rôle et la responsabilité des acteurs techniques, souvent des entreprises privées, s'en trouvent redéfinis. La géopolitique du numérique concerne ainsi la manière dont la technologie s'intègre à l'échiquier mondial et l'influence, et pose une question : est-on prêt à changer de logiciel pour naviguer dans ce nouveau monde ?
L’essentiel
Ophélie Coelho, chercheuse en géopolitique du numérique, décrit avec ironie comment les multinationales du numérique créent la dépendance et conquièrent des territoires, puis propose de mesurer ses dépendances et de mieux former aux alternatives.
Pour discuter des dépendances technologiques d’une entreprise et de l’impact de ses choix d’infrastructure.
Les idées clés
- Créer la dépendance, une « règle » décrite avec ironie. Ophélie Coelho décrit, sur un ton satirique, comment on « enferme » les clients : offrir des mois de service gratuit avant de le rendre payant, puis former des professionnels dont la valeur sur le marché du travail dépend uniquement d’un produit privé. à 5:50
- Internet n’est pas un monde sans frontières. Ce sont des réseaux terrestres, reliés par des câbles et des accords politiques ; selon elle, la globalisation est un choix politique. Les centres de données pèsent sur les territoires : elle cite l’autorité du Grand Londres, qui a annoncé en 2022 qu’aucun nouveau projet de logement ne pourrait être construit jusqu’en 2035, faute de réseau électrique suffisant. à 20:18
- Mesurer ses dépendances plutôt que parler de souveraineté. Elle propose de remplacer des mots devenus des « buzzwords » (souveraineté numérique, IA, cloud) par une analyse des dépendances et des rapports de force, par exemple un tableau d’évaluation des composants AWS les plus utilisés : tous ceux qu’elle a analysés ont des alternatives, plus ou moins longues à mettre en place. Elle recommande aussi de former les développeurs à égalité aux plateformes dominantes et aux alternatives. à 33:56
Questions pour votre équipe
- De quelles plateformes dépendons-nous, et en combien de temps pourrions-nous les remplacer ?
- Nos développeurs sont-ils formés à des alternatives aux plateformes que nous utilisons ?
- Quel impact territorial (énergie, eau) ont nos choix d’hébergement ?
Il s’agit d’une keynote de clôture dont la première partie est une satire volontairement ironique des stratégies des multinationales du numérique. Les chiffres cités (consommation d’eau, capacités des câbles) sont donnés sans source détaillée et les propositions restent générales. La fin de la vidéo est consacrée aux remerciements de clôture de l’événement.
Chapitres
Summary
Digital technology is now central to the way we live, accompanying and often driving the major changes of an era marked by climate change, rising inequality and ideological crises. Ophélie Coelho shows how this redefines the role and responsibility of technology players, which are often private companies. The geopolitics of digital technology is therefore about how technology fits into and shapes the global chessboard, and it raises a question: are we ready to change our mindset to navigate this new world?
Thèmes : Impact & numérique responsable
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Il ne nous reste plus qu'un talk. Après, c'est fini. Après, c'est le verre de l'amitié, on a dit. Parce qu'il y a eu des amis pendant ces deux jours. Donc, on va faire le verre de l'amitié. On a beaucoup, beaucoup, beaucoup parlé d'intelligence artificielle depuis ces deux jours. Elle est sur toutes les lèvres. Elle angoisse, elle fascine. Et elle a des impacts majeurs. On en a parlé aussi au démarrage hier et aussi avec Luc Julia. Il y a la guerre informationnelle, la surpuissance de certaines entreprises, plus que même de certains États aujourd'hui. Comment on arrive à naviguer dans ce monde où une nouvelle géopolitique se déploie? Et pour nous expliquer tout ça, je vous demande d'accueillir Ophélie Coelho, qui est spécialiste de la géopolitique du numérique. Ophélie! Ma chère Ophélie, comment ça va bien ? Ça va bien. Est-ce que tu as besoin d'une zapette? Oui, vaut mieux. Voilà, tout est là. Si tu veux même t'hydrater, il y a verre d'eau et compagnie. Je te laisse. Merci. A tout à l'heure.
Merci beaucoup. Alors, je suis ravie d'être là et un grand merci franchement à l'organisation, à Elsa également et à l'ensemble de l'organisation de Tech.Rocks parce que super orga, franchement, aux oignons. Alors, pour ma part, je vais vous parler de géopolitique du numérique et le titre de cette keynote de clôture s'appelle« Faut-il changer de logiciel? Pour ceux qui me connaissent un petit peu, je suis chercheuse indépendante en géopolitique du numérique. Et ça fait un peu plus d'une dizaine d'années maintenant que je travaille aussi dans le secteur. Donc du coup, ça me fait un pied sur le terrain, un pied dans la recherche. Et donc, ce que je vais vous présenter est une réflexion un peu interdisciplinaire, voire carrément interdisciplinaire, pour le coup. Pour cet événement sur le thème de l'efficience, je me suis posé la question de ce que c'est que l'efficience pour une entreprise et à quel moment une entreprise est efficiente.
Une entreprise est efficiente, a priori, si elle arrive à augmenter ses revenus, à augmenter ses ventes, en utilisant le moins de ressources possible. C'est-à-dire, en termes de ressources, moins de temps possible, le moins d'argent possible. Gens possibles et moins de main-d'oeuvre. Grosso modo, c'est ça. Une entreprise efficiente. Et l'efficience, c'est quelque chose qui n'est pas nouveau, la réflexion sur l'efficience, sur le fait d'optimiser au maximum les choses. Ça a beaucoup commencé avec le développement de l'industrie au XIXe siècle, et notamment avec la mesure. Alors quand on parle de mesure aujourd'hui, quand on parle d'analyse de données, ça nous semble... Quelque chose de tout à fait cohérent, compréhensible, assumé, etc. Au début, ce n'était pas forcément le cas, puisqu'on est passé d'une mesure du travail qui était à la tâche, c'est-à-dire qu'on avait un livrable, on le livrait et on était payé par rapport à ce livrable, à un travail qui a été mesuré par le temps de travail, à l'heure. Et en plus de ça, au XIXe siècle, on a eu les moyens techniques pour le faire, puisqu'il y a un ingénieur, Alexander Day, qui est un Écossais, qui a créé la première pointeuse, donc, au XIXe siècle, afin de mesurer le temps de travail des ouvriers.
Donc c'était super, on pouvait mesurer le travail et le travail du travailleur. Et puis par la suite, vous connaissez tout ce qui s'est passé par la suite, la mesure des données, on est passé du recensement, de la mesure du travail à la mesure de la consommation, du consommateur, des usages, à la capacité de voir où se baladent nos yeux. Sur un écran, à la capacité de compter les consommateurs qui rentrent dans un magasin et de savoir qui ils sont par la reconnaissance faciale, etc. Donc l'efficience, c'est en fait accompagner d'une mise en avant et d'un développement d'un ensemble de technologies qui étaient sur la mesure, sur la captation de données et sur leur mesure. Au-delà de ça, l'efficience doit prendre en considération le fait que le marché est une jungle. Clairement, on n'est pas tout seul sur son marché. Donc en général, quand on veut s'en sortir, il faut faire face à la concurrence, au fait que l'investissement et le profit sont deux notions extrêmement interdépendantes.
Quand j'investis, je veux que ça me rapporte derrière. Des rapports de force entre entités qui ont des équilibres et des pouvoirs différents sur le marché, et des défis organisationnels, c'est-à-dire que quand je commence avec une PME de trois salariés, ce n'est pas la même chose que quand j'arrive à 50, à 100, à 200, à 1000, etc. Et du coup, la recherche du succès conduit à tout un tas de choses, tout un tas d'actions que je vais accepter ou pas de faire, d'ailleurs. Dans la concurrence, il va falloir pour moi la dominer à un moment donné. Ben oui, je veux gagner plus d'argent que les autres. Donc il va falloir à un moment donné dominer cette concurrence. En mesurant le consommateur et en trouvant des stratégies pour pouvoir lui vendre du produit, je vais forcément manipuler le consommateur. On peut parler d'une autre manière. Donc, on peut employer un autre mot, mais aujourd'hui, on ne va pas s'embêter avec ça, on va dire manipuler le consommateur. Et puis également, comme les États m'embêtent souvent, parce que franchement, ils sont relous, je vais essayer de créer les conditions de la liberté d'entreprendre dès qu'il est possible de le faire.
Notamment, si j'ai la possibilité de payer des cabinets de conseil, des cabinets de lobby, ou de créer mon propre lobby à moi, je vais pouvoir aller peut-être payer des déjeuners aux parlementaires, ou pourquoi pas aux sénateurs, aux députés, ou voir aux chercheurs indépendants qui travaillent en géopolitique du numérique et que j'inviterai à déjeuner pour leur parler de mon super cloud de confiance, par exemple. Et du coup, franchement, petit à petit, j'apprends un certain nombre de règles qu'on apprend en école ou qu'on n'apprend pas ou qu'on apprend sur le terrain. Par exemple, la première chose, l'une des premières règles que j'ai apprises, c'est à enfermer à tout prix. Et à enfermer à tout prix, clairement, c'est jouer sur la dépendance. Il y a plusieurs méthodes de ça, je ne vais pas vous apprendre les choses. Si c'est gratuit, c'est vous le produit, vous connaissez le slogan, clairement. Pour les individus, le modèle économique de la gratuité de service sur le web, c'est évident que dans les années 2000, ça a quand même été vachement bien, parce qu'à ce moment-là, on ne parlait pas trop du fait qu'on captait les données,
on donnait l'impression que c'était gratuit, et donc du coup, on pouvait récupérer les données, les utiliser sur des annuaires, etc. Vous connaissez l'histoire. Donc ça, c'était assez top. Bon, maintenant, c'est un peu plus compliqué parce que les gens sont de plus en plus sensibilisés sur la question. Et puis pour les entreprises aussi, ça a été assez génial de se dire qu'on va offrir des crédits, c'est-à-dire que plutôt que de les laisser venir et de les laisser découvrir notre produit, on va aller taper à leur porte et on va leur dire, pour pouvoir mettre le pied, apprendre à utiliser notre outil, on va vous offrir... On va vous offrir 6 mois, 1 mois, 6 mois, 1 an de service gratos. Comme ça, vous pourrez découvrir vous-même notre produit. Et puis, quand vous aurez bien le pied dedans, quand vous serez bien habitué à la technologie et que vous n'aurez pas du tout envie d'en apprendre une autre, à ce moment-là, on va vous dire« maintenant, ça devient payant, on vous avait prévenu». Et surtout, évidemment, viser ceux qui en ont le plus besoin au début, c'est-à-dire les entreprises qui démarrent, les startups, et si possible, essayer d'aller chez les licornes.
Vous savez, génial, dans son pool de startups, par exemple. Et évidemment, les secteurs stratégiques. D'ailleurs, je vous... Je vous conseille d'ouvrir des services spécifiques aux administrations et au gouvernement pour leur proposer des produits scalés pour leur activité. Alors évidemment, le produit offert, du coup, c'est une dépendance à long terme. Ça vous garantit quand même des sous sur le long terme. Et au-delà de ça, vous pouvez jouer sur des discours, en fait, qui vont être notamment pour les entreprises qui ont un petit peu de mal au début à s'en sortir avec les défis organisationnels auxquels ils font face et qu'on a vu précédemment, vous pouvez leur dire que l'outil va leur permettre de simplifier leur travail. Par exemple, ce qui s'est passé, par exemple, quand AWS a créé sa plateforme en 2006, c'est ce qu'ils ont fait avec les développeurs. Clairement, ils ont été vraiment au top là-dessus. C'est-à-dire que les développeurs, à l'époque, on leur disait« il me faut un site internet, gratos, ou en tout cas pas cher».
Le développeur disait« oui, mais alors pour faire ton truc, ça va te coûter tant parce qu'il faut gérer l'infrastructure, il va falloir que je crée le site, etc. » À l'époque, il y avait moins de librairies toutes faites, donc c'était un peu plus artisanal comme métier. Et bien du coup, AWS, bien sûr, ils ont trouvé un peu le truc. Ils ont cru qu'Internet, c'était gratuit. En fait, non. Ça coûte de l'argent. Et pour faciliter les choses, pour que le développeur ne soit pas tout seul devant son manager à essayer de négocier les prix et le temps de travail, on va lui donner de l'aide. On va lui dire, OK, alors toi, mon cher développeur, tu n'auras pas à gérer toute la partie infrastructurelle. On va te faciliter les choses. On te vend de l'infrastructure, du service infrastructurel, pas trop cher, que tu pourras scaler par la suite. Il n'y a pas de problème. À long terme, ce qu'ils n'avaient pas vu venir, c'est que du coup, il n'y aurait plus de professionnels capables de gérer ces infrastructures dans leurs entreprises, forcément. Parce que comme ils n'en avaient plus besoin, ils n'avaient plus besoin de les embaucher. Alors, à la base, ça fait une petite économie, c'est vrai. Mais au final, ça leur coûte très cher. Parce qu'à chaque fois, ils font appel à nous.
Du coup, à chaque fois qu'ils ont besoin de rajouter un service, il faut qu'ils payent quelque chose de supplémentaire. Mais ça, c'était bien vu quand même. Et bien sûr, pour les managers, histoire de contrôler tout ça, on va leur produire des tableaux de bord. La fameuse mesure, en 19e siècle, ils avaient déjà tout compris. Au-delà de ça, toujours pareil, pour créer de la dépendance, on va former des ambassadeurs des technologies. Ces ambassadeurs, on va les former en proposant des formations dans des écoles privées, en université. On va signer des contrats aussi avec le gouvernement, Pôle emploi, etc. Pour que les gens apprennent. Des outils censés être simples, rapides, etc. Comme ça, tout le monde saura utiliser Microsoft, tout le monde saura utiliser AWS, tout le monde saura utiliser Google Cloud, etc. Même les enfants, puisqu'on a des formations pour les enfants et leurs parents, le contrôle du contenu. Donc c'est vraiment... Assez brillant et ça nous permet de former des passeurs de technologies dont la valorisation sur le marché du travail dépend uniquement d'un produit privé.
Voilà, donc au moins, le développeur Azure, le développeur AWS, le développeur Google Cloud, le développeur Oracle, demain, si ces plateformes disparaissaient, si elles étaient bouffées par un concurrent, il faut qu'ils retournent à l'école. C'est vrai, en fait. C'est dommage. Alors, je suis un petit peu cruelle. Ce n'est pas complètement des techniciens d'interface. Ce n'est pas complètement des techniciens de plateforme. Ils sauront apprendre autre chose. Mais c'est quand même beaucoup plus compliqué pour quelqu'un qui a été conditionné à une plateforme de revenir à des langages natifs et à se retaper la connaissance technologique du départ. Et de ce point de vue-là, je fais plus confiance à un développeur qui a 20 ans de métier. Règle numéro 2, je vais m'adresser aux reptiles. Vous savez, le reptile qui est en chacun de nous. Dans les années 2000, en fait en 2000, Steve Krug a révolutionné le domaine du design. Alors bon, il s'était quand même un petit peu inspiré, ce n'était pas nouveau le design, l'UX, l'ergonomie et tout ça, en fait on connaissait déjà.
A la base, l'ergonomie, ça a été créé par des designers, par des architectes d'intérieur même, qui ont commencé à travailler sur le confort du travail. Le fait que le salarié, comme il passe beaucoup de temps dans son bureau, il fallait bien qu'à un moment donné, il soit à l'aise pour travailler. D'autant plus qu'on comptait en heures maintenant, le travail. Donc il fallait quand même qu'il soit pas mal. Steve Krug a fait la même chose pour Internet, en quelque sorte, lui et les autres. Mais bon, en tout cas, il a écrit ce bouquin qui est devenu vraiment une référence dans le métier. Don't make me think. L'idée, c'est le consommateur d'interface que nous sommes ne doit pas réfléchir pour pouvoir naviguer sur un site Internet. Ça ne doit pas être compliqué. Je veux dire, pour ceux qui ont connu le bruit du modem, le fait que la page s'affichait au bout d'une minute, ligne par ligne, vous voyez, vous vous souvenez un petit peu de ce sentiment pour ceux qui ont connu ça? c'était insupportable, on en avait marre. Aujourd'hui, c'est tellement facile. Je m'énerve si ma page ne s'affiche pas au bout de 5 secondes.
C'est devenu insupportable à ce point, encore plus même. Donc, en fait, bref, je ne veux pas avoir à chercher. Donc, je vais garder toujours les mêmes habitudes de consommateur d'interface et je ne veux pas qu'on me force à ouvrir. Une console ou quoi que ce soit, pour que ça fonctionne. Au final, je ne sollicite pas trop le cerveau du consommateur. Ce qui doit rester en état de trance permanente. Ne jamais le brusquer. Et du coup, tant qu'à faire, on va faire appel aussi à ces hormones, la dopamine, Ceux qui ne le savent pas encore, il y a tellement de choses qui sont parues sur le sujet que forcément, vous trouverez. Évidemment, la dopamine, l'hormone du bonheur, chaque clic est un shoot de dopamine. Donc, puisque de toute façon, le manque de sommeil, à force de rester sur les écrans, on a de moins en moins de temps de sommeil. D'ailleurs, en 50 ans, on a perdu de 1h à 1h30 de temps de sommeil. Et il se trouve que quand on manque de sommeil, on produit moins de dopamine.
On produit moins de dopamine, mais ce n'est pas grave, puisque plus on clique, plus on en produit. Donc, au final, ce n'est pas plus mal. Remplaçons notre sommeil par les écrans. En fait, on s'y retrouvera largement. Et je pense aussi qu'ajouté à cela, on peut aussi aller flatter un peu son égo. Vous avez pensé un petit peu aux entreprises auxquelles vous allez proposer vos produits et finalement vous ne leur vendez pas que de l'outil, vous leur vendez aussi une manière de penser, une manière de communiquer. Tiens, pourquoi pas? C'est ce qu'on va faire, on va faire du prêt-à-penser, du fast-thinking. Au lieu du fast-food, ça va être du fast-thinking. Et donc, en fait, on va leur donner l'impression de faire partie d'une communauté incroyable, qui est la communauté des changemakers, qui est une communauté qui considère que l'entreprise est bien meilleure que l'État, L'entreprise est lean, agile, disruptive, flexible, scalable, innovation-led, proactive, smart. Elle est tout ce que l'État n'est pas. Et nous, du coup, on a tout compris. On a vraiment tout compris là-dessus.
Et on est si fort. On est si fort qu'on a l'impression d'être du bon côté du voile. Et d'ailleurs, quand on est une entreprise, la bonne façon de faire, c'est de faire croire à sa communauté qu'elle fait partie des gentils. De faire croire à vos salariés qu'ils sont des gens qui sont des gens. qui font partie des gentils, de faire croire finalement que derrière le voile, il n'y a pas tout ce qu'il y a derrière notre consommation, notre production de produits. Et d'ailleurs, à cela, je peux rajouter une petite anecdote d'il y a quelques années. Dans une grande entreprise, dans les bureaux, il y avait des centaines d'écrans. Dont des très très gros écrans qui consommaient et que personne n'éteignait jamais. Je veux dire, on partait tard le soir, on revenait tôt le matin, les écrans étaient toujours allumés. Les lumières souvent aussi, je ne sais pas, il n'y avait pas de bouton apparemment. Le jour où j'ai voulu éteindre les écrans, il a fallu chercher la télécommande quand même. Personne ne savait où elle était. Eh bien, il y avait la journée internationale de l'environnement, et ce jour-là, tous les écrans étaient allumés, à l'arrivée du matin, 6h, 7h du mat, l'écran était allumé avec un superbe écran vert, telle entreprise, donc je ne vais pas vous dire le nom de l'entreprise, mais
la marque, donc, soutient la journée de l'environnement. Bon, je ne sais pas quoi vous dire. Il y a quelque chose là-dedans. Et il y avait des employés qui étaient très fiers de ça, bien sûr. Il y a même eu des t-shirts portés par certains. Donc bref, c'est très facile, en tout cas, faire... Appel à l'ego de la personne, que ce soit le salarié ou le consommateur, c'est un bon moyen de lui faire croire que finalement, derrière sa consommation excessive et son mode de vie contemporain, ce n'est pas une si mauvaise. Personne. Ça va, quoi. Par ailleurs, en plus, aujourd'hui, la vie numérique, c'est aussi l'avatar numérique. Et l'avatar numérique, c'est beaucoup. C'est toute notre identité aujourd'hui, pratiquement sociale. Même si dans la vie réelle, vous êtes en train de vous effondrer, que ça ne va pas du tout, que votre cerveau est en berne, que vous n'êtes même plus capable de lire une page de bouquin sans vous endormir, En fait, en ligne, vous pouvez faire croire que vous êtes le roi du monde et que vous avez réussi votre vie.
Tout ça aussi, le monde dans lequel on vit, va flatter notre égo pour nous faire croire que finalement, les choix qu'on fait ne sont pas si mauvais que ça. Continuez à les faire rêver en leur faisant croire que vous pouvez tout faire. Votre technologie, elle propose tout. Quand ils ouvrent la page, vous avez des milliers de services qu'ils n'utiliseront jamais. Mais vous les avez. Et vous pouvez leur donner l'impression, les noyer sous une provision de services, Peu importe qu'ils ne les utilisent jamais, ce n'est pas grave. Vous pouvez par ailleurs leur assurer que tout est simple et rapide, à condition que vous les formiez, bien sûr, mais ça, ce n'est pas grave. Et surtout que vous êtes capable de tout faire, même si vous ne maîtrisez pas la technologie. On a un professionnel de cette situation-là, du rêve, qui est Elon Musk, qui crée des entreprises et puis après qui réfléchit à si elles sont vraiment viables. En gros, Elon Musk crée Neuralink à un moment donné et puis finalement il s'étonne que quelques années plus tard, il n'a pas réussi à faire autre chose que tuer des dizaines et des dizaines de chimpanzés par exemple.
Il n'y a pas de réalité scientifique derrière. Il y a du rêve, de l'opportunisme et surtout une envie de gagner beaucoup d'argent. Et finalement, d'autres entreprises le font. Les entreprises de logiciels, c'est ça. Peut-être que le truc qu'il y a derrière encore plus, plus derrière, c'est le fait que derrière ça, non seulement eux ne font pas le produit, mais c'est vous qui faites une bonne part du travail. C'est par le recueil des données de vos données à vous, par le recueil de votre expérience utilisateur, de vos parcours usagés, qui vont pouvoir améliorer le produit que vous payez. C'est quand même assez brillant. Et enfin, la règle numéro 3, conquérir de nouveaux marchés. Ça, on a une très très très très longue histoire de l'Internet et du cyberespace qui nous dit que, et ça c'est John Perry Barlow, John Perry Barlow, petit rappel, dans les années 90, c'est l'auteur de la déclaration d'indépendance du cyberespace. C'est le gourou du web à l'époque. Bon, le cyberespace est une région de l'esprit plutôt que de la géographie, qui est à la fois partout et nulle part.
Il n'y a pas de frontière nationale. Les seules frontières significatives sont celles que l'on franchit en saisissant un mot de passe. L'emplacement de ces systèmes est sans importance. C'est magique, c'est vraiment super. Je pense que si vous recherchez dans votre mémoire médiatique, etc., vous vous souviendrez du nombre de fois où dans la presse vous avez lu que Internet était un monde sans frontières. Ça vient de là. Le village global, le monde sans frontières, etc. Nous sommes tous dans un monde uni face au désir de Splinternet, par exemple. Bon, bref, tout ça. Alors, franchement, merci John, parce que c'était magique. Par contre, c'est totalement faux. C'est totalement faux parce que, finalement, l'idéologie de la vie, L'Internet global, c'est totalement la soupe, la soupe Campbell que je vous ai montrée tout à l'heure, c'est tout à fait ça. Techniquement, ça n'a aucun sens. Vraiment. Pourquoi? Parce qu'en fait, le réseau Internet, c'est comme la radio, c'est une technologie. D'ailleurs, on n'écrit pas radio avec un R majuscule.
En fait, le réseau Internet, c'est des réseaux. Soyons clairs, c'est des réseaux terrestres avant tout. Terrestres avant tout, qui sont connectés entre eux. C'est des réseaux au pluriel à tel point que non seulement il faut une réalité physique qui est le fait de câbler des câbles ensemble, mais il faut aussi des accords politiques qui sont les accords de transit de pays à un autre. C'est comme ça qu'on fait, en fait, à la base. Parce qu'en réalité, alors ça c'est pas du tout vrai ce que je vous montre, mais je vous montre une image de ce qui pourrait être la malléabilité des réseaux, c'est ça. Ce que vous voyez en rouge, c'est des réseaux qui pourraient décider de dire« Ah non, je ne veux plus te parler». Ils auraient des internets à eux. Alors les États-Unis pourraient se dire« Ah, je vais continuer à me lier à l'Europe, mais par contre, au Canada, je ne veux plus. » J'en ai marre, il y a des Canadiens, ça suffit. En violet, vous avez ceux qui choisissent le filtre. Ils ne coupent pas complètement les réseaux, mais ils filtrent certaines informations, certains câbles.
C'est ce que fait la Chine aujourd'hui. On parle d'un intranet, ce n'est pas un intranet la Chine, c'est Internet. C'est juste qu'ils ont choisi de filtrer l'information. Ils font de la censure et de la propagande. Et ce qu'il y a en bleu, c'est ceux qui décident de se connecter. Donc là, par exemple, on pourrait avoir un Internet africain, un Internet continental. Donc arrêtons avec cette idée que les frontières n'ont pas d'importance. La réalité technique, c'est que Internet est malléable. L'interconnexion est un fait technique malléable, plastique comme le cerveau. La globalisation est un choix politique avec des implications géopolitiques. C'est ça en fait. Et du coup, quand on change un petit peu ce paradigme et qu'on essaie de prendre un petit peu de recul, on se dit, ok, alors il faut que je considère Internet à la fois comme un objet global, mais aussi comme un objet local. Et c'est d'autant plus important qu'aujourd'hui, et ça les Américains le savent bien, on a quand même un très gros problème avec les infrastructures. Conquérir des marchés, c'est conquérir aussi des territoires, c'est conquérir des ressources de territoire.
Aux États-Unis, le problème, c'est qu'ils ont 30% des centres de données mondiaux. 30% sur le territoire américain, alors que c'est un pays qui va beaucoup souffrir du réchauffement climatique. Ils le savent bien, ils commencent à en souffrir beaucoup dans certains terrains. Il commence à faire des études, et notamment, l'une des études, c'est de dire qu'il y a 73 millions de litres, de mètres cubes d'eau qui ont été consommés uniquement par les centres de données. Ça représente la consommation de 9 millions d'habitants par an. C'est-à-dire, c'est la consommation d'eau du Togo, de la Hongrie, de l'eau. Autriche, pendant un an. C'est beaucoup quand même, 9 millions de personnes. Enfin, moi, je trouve. Donc oui, ça a un impact sur le territoire. On commence à le sentir en Europe. On commence à sentir le poids des choix irrationnels. Parce que quand même, je veux dire, en 2022, L'autorité du Grand Londres annonce aux promoteurs immobiliers qu'il ne sera plus possible de construire de nouveaux projets de logement jusqu'en 2035.
En gros, les gars, ils ont accueilli sur leur territoire tellement de centres de données, et puis finalement, ils ont réfléchi. Ils se sont dit« Non, mais ce n'est pas possible, ça consomme trop. Ça consomme beaucoup trop d'énergie. On n'a absolument pas le maillage électrique pour pouvoir faire face à ça. Donc ils ont dit aux promoteurs, annonce publique, les gars, non, plus possible, là on ne peut plus, on ferme. C'est assez génial. D'où d'ailleurs les coupures aussi, il y a un an, justement en 2022, Google a eu énormément de problèmes avec ses centres de données à un moment donné, qui étaient justement dans cette zone-là. Pas assez de jus. La numérisation territoriale, on a un cas vraiment, un cas d'école, qui est la transformation numérique africaine, qui a commencé déjà depuis une dizaine d'années et qui est en train de s'accélérer, mais alors vitesse grand V. Qu'est-ce que c'est la numérisation territoriale? C'est le fait, par exemple, que quand vous voulez conquérir un territoire, et que vous êtes une entreprise du numérique, la meilleure façon de procéder, c'est d'aller construire déjà des câbles.
On l'a vu, il faut relier des territoires, c'est physique, donc il faut construire des câbles. Puis il faut quand même un endroit où vous allez stocker les données à un moment donné. Donc vous allez aussi faire en sorte de construire des centres de données qui vont avoir un impact sur les territoires. Et vous allez faire ça sur tout le chemin. Que vous souhaitez occuper. Par exemple, on a un cas, alors qu'il y a un cas que j'étudie, dans le cadre d'une thèse qui est le continent africain certes, mais aussi l'Afrique du Sud. Donc d'abord, je vous montre le continent africain. Le continent africain, aujourd'hui, la transformation numérique africaine, se fait notamment par la conquête d'un côté des technologies américaines et de l'autre des technologies chinoises. Ici, je vous ai fait une classification. Des capacités des câbles sous-marins en terabytes par seconde, c'est-à-dire le nombre de données qui peuvent transporté par seconde. Et donc, il y a plusieurs données. Il y a d'abord la donnée historique qui est le fait qu'avant 2010, c'était surtout des consortiums de télécoms qui créaient les câbles sous-marins.
Et puis après, on commençait à venir les multinationales du numérique qui étaient arrivées à un niveau de capitalisation boursière, à un niveau de capacité financière tel qu'ils étaient capables d'investir un marché aussi cher et aussi complexe que le câble sous-marin. Ils ont beaucoup fait peur au télécom à cette époque-là, avant de devenir leur partenaire numéro un. Après 2010, on voit apparaître des câbles d'une très grande capacité de la part de ces entreprises, de ces multinationales du numérique. Et les choses sont extrêmement logiques, en fait, notamment du côté américain, parce que quoi qu'on en dise, du côté chinois, alors je vais montrer après qu'il y a des cartes chinoises, évidemment. Vous avez Peace Cable, qui est un câble chinois. Vous avez Amitié du Nord. Et Kiano, qui est côté full américain. Vous avez To Africa, qui est une collaboration entre les deux. To Africa, c'est Meta China Mobile. Il y a aussi MTN. Il y a un petit peu Orange dedans aussi. Bref, tout ça pour dire que si vous voyez les capacités, c'est extrêmement logique.
Amitié et du non, 400, 250. Il faut être en capacité d'envoyer des données pour l'Europe et pour l'Afrique. On va s'arrêter en Europe, on va construire pas mal de centres de données. Un point d'étape important. Parce qu'en plus de ça, en Europe, c'est quand même pas mal. On peut construire du centre de données assez facilement. On a les structures administratives, on a tout ce qu'il faut sur le territoire. Même si ça bloque un petit peu, ça commence à bloquer sur le maillage électrique et tout ça, c'est pas grave. Pour la transformation numérique africaine, on va continuer à en construire. Et ensuite, on construit tout Africa et Kiano, évidemment, peace cable du côté chinois, qui sont en capacité à 180, c'est énorme. Je ne sais pas si vous vous rendez compte. On est passé de capacité de câble qui était à moins de 100, et encore là, j'ai mis une limite un peu trop élevée, parce qu'au final, ici, on est plutôt sur du 1 à 50, voire 1 à 70 max. À des capacités énormes qui ne seront probablement pas complètement utilisées pendant bien des années.
C'est un pari sur l'avenir. C'est un peu comme Neuralink, d'une certaine manière, ça n'a pas les mêmes impacts, mais c'est quand même assez fou. Et alors, quand on parle de territoire, c'est d'autant plus compliqué et d'autant plus sensible quand on parle de territoires qui, à la base, sont déjà soumis à de fortes inégalités. Quand je vous parlais tout à l'heure de Londres, c'est embêtant que jusqu'en 2035, on ne puisse pas construire de nouveaux logements dans cette zone, c'est clair. C'est aussi un problème qu'il y ait des centres de données qui se construisent en Espagne sur des zones déjà arides. Ça va être un problème aussi sur nos territoires. Et on commence à parler aussi en France de problèmes liés aux centres de données. Il y en a déjà beaucoup en Europe du Nord, des problèmes avec les centres de données, parce qu'ils ont ouvert leur territoire à bras ouverts. Ils se sont dit« Ouais, génial, la transformation numérique, venez avec vos sous, venez construire des centres de données chez nous, parce que de toute façon, on a plein d'eau, notre climat, il est froid, et en plus de ça, on a de l'électricité renouvelable. » Donc, l'énergie renouvelable, venez, mais finalement, ils en reviennent un peu.
Ça coûte quand même très cher en termes d'eau et de consommation électrique, cette histoire. Mais bref, on est en Europe quand même, donc on arrive quand même à s'en sortir. Au pire, on cherche dans nos fonds de poche, où on va aller taper à la porte de la BCE, qui va nous faire de la monnaie, et puis éventuellement, on peut s'en sortir. Par contre, en Afrique du Sud, c'est un peu différent, par exemple. L'Afrique du Sud, j'ai choisi ce terrain-là parce que c'est un terrain profondément inégalitaire à la base. socialement, économiquement. Ils ont une histoire très lourde, en fait, qui a créé des inégalités sociales derrière. Ils ont aussi une histoire avec l'Europe qui n'est pas simple, et avec l'Occident en général. Le néocolonialisme, là-bas, ça a une saveur différente. Qu'est-ce qui se passe dans la ville où se fait aujourd'hui, où se développe de plus en plus le cluster de centres de données de l'Afrique du Sud? L'Afrique du Sud, juste pour remontrer, c'est la porte sud du continent africain, c'est-à-dire que c'est l'Afrique du Sud qui va venir alimenter le reste du réseau subsaharien.
Ce qu'il y a dessous le Sahara, toute l'Afrique subsaharienne. Donc c'est quand même pas rien. Et donc, en fait, qu'est-ce que ça donne dans un pays où il y a de telles inégalités que, dans certaines zones, 50 à 60% de la population n'a plus d'électricité régulièrement? 50 à 60% de la population dans certaines régions, telles que Merafong City, Ekouruleni, etc., n'ont plus accès à l'électricité assez régulièrement. Il y a des coupures régulières parce que l'électricité n'est tout simplement pas suffisante pour l'ensemble de la population. Donc là, on a quand même des sujets qui prennent une autre dimension et qui posent la question suivante. Dans les choix que va faire une entreprise pour être efficiente, se pose la question de l'irrationalité sociale. Et il y avait un sociologue, que vous connaissez forcément, qui est bourdieu, qu'on ne connaît pas forcément sur ces sujets de l'économie, mais je vous conseille justement d'aller voir ce qu'il a dit sur l'économie, plutôt que seulement sur le caractère social, les différences sociales, les classes sociales, etc.
Vous avez l'économie, et il dit que la science que l'on appelle économie repose sur une abstraction originaire qui consiste à dissocier une catégorie de pratiques, les pratiques économiques, de l'ordre social dans lequel toute pratique humaine est immergée. Oui, en effet. L'économie vit par elle-même et généralement se déconnecte des réalités sociales dans lesquelles nous vivons. C'est assez fou, mais c'est vrai. On fait rarement le lien entre les deux, en fait. Et c'est d'autant plus important cela parce qu'aujourd'hui, dans le monde dans lequel nous vivons, si on continue comme ça, le scénario actuel, on va plutôt tout droit vers une accentuation des inégalités de pouvoir. Ces inégalités de pouvoir, elles seront inégales, de plus en plus inégales entre les entreprises. Les plus grands mangent les plus petits, c'est de plus en plus le cas. Il va y avoir des traits. Des grosses entreprises, des très grosses multinationales et des plus petites.
Avec de fortes inégalités de pouvoir, notamment politiques. Notamment politiques, et ces États et ces multinationales, justement, les multinationales, qui acquièrent de plus en plus de pouvoir parce qu'elles mangent les plus petits, se retrouvent avec des pouvoirs équivalents, ou en tout cas comparables à ceux d'État. Et au-dessous de ça, vous avez également une forte accentuation des inégalités de pouvoir entre individus. C'est tout à fait logique. Tout à fait logique. Il y aura de moins en moins de ressources. Il y aura aussi une très grosse différence de répartition des richesses. La logique, ça va aussi se répartir, cette inégalité, sur les individus et sur les sociétés. Donc, la question, quand on est une entreprise, ou quand on souhaite travailler pour une entreprise, c'est comment, aujourd'hui, on peut être une entreprise efficiente et garder les pieds sur terre? C'est-à-dire ne pas garder cette séparation entre désir...
d'avoir une entreprise qui fonctionne, qui continue à faire vivre mes salariés, qui en tout cas fait des choses qui me donnent envie de me lever le matin. Et peut-on être efficient sans impacter négativement le reste du monde aussi? Ça, c'est une question. Du coup, j'aurais presque envie d'avoir une règle numéro 4, mais je crois que la vraie solution, c'est en effet de créer une nouvelle règle. C'est un peu de couper la tête du roi, en effet, et là, on est en France, donc on peut le dire. La première chose, c'est en trois grands axes. Le premier grand axe, c'est vraiment de se donner les capacités de penser la complexité. Alors c'est très compliqué, mais essayez d'aller au-delà de la première page. Et pour ça, on va arrêter aussi d'utiliser des termes qui sont des buzzwords et que les médias adorent. On va arrêter les discours de cinq minutes. On va essayer d'aller au-delà. On va arrêter d'utiliser le terme souveraineté numérique, qui est extrêmement politisé aujourd'hui et qui ne veut absolument rien dire.
Parce que souveraineté numérique, c'est quoi? Et le logiciel, les données, les mines de cobalt, les câbles, c'est quoi la souveraineté numérique ? C'est avant tout un mot qui est utilisé par les politiques et par les entreprises pour faire du lobbyisme aujourd'hui. Je ne dis pas que ça n'a pas un sens plus fort que celui-là, mais malheureusement, c'est devenu un buzzword vide de sens. Parlons de gestion des dépendances, de rapport de force, rapport de pouvoir. Arrêtons d'utiliser les termes comme IA, intelligence artificielle. Non, non, arrêtez. Il y a des outils de statistique avancée, des maths, il y a des générateurs de contenu, des générateurs d'images, en fait. Vous avez des capteurs, des capteurs, voilà, si vous voulez. Mais ce n'est pas de l'intelligence. Encore une fois, c'est Pas Internet avec un grand I. Arrêtez de mystifier les choses. Ce n'est pas l'intelligence. Le cloud. Non, ce n'est pas le cloud. C'est une bibliothèque de services numériques. J'enlève même plateforme parce que ce n'est pas ce que j'aurais dû mettre.
C'est une bibliothèque de services numériques. Vous ouvrez, vous avez des services. C'est tout. Il n'y a pas de rêve derrière. Les GAFAM, ça ne marche plus. Il faut arrêter d'utiliser les GAFAM aussi. En fait, il y a un modèle d'entreprise. Le modèle de la big tech, pour faire simple, mais en fait, non. Le modèle, c'est la multinationale du numérique. C'est une multinationale comme toutes les autres, comme la Big Pharma, comme la Big Oil, comme tout ça. Ce qu'elle a peut-être en plus, c'est qu'elle a un pouvoir technique qui joue aujourd'hui sur l'information. Et donc qui jouent énormément sur la société et sur la politique. Mais appelons un chat un chat, c'est une multinationale. Ça replace les choses dans le contexte capitaliste, en fait. Ce ne sont pas les GAFAM, ça pourrait être aussi Huawei, ça pourrait être Eng Tong, vous voyez? Et puis, Meta n'est pas la même chose que Google, aussi. Il faut arrêter avec ça. Donc ça, c'est la première chose. Remettons de la complexité là où on a voulu simplifier à l'extrême, parce qu'on n'a plus de temps de cerveau aussi, il faut dire.
Ensuite, la deuxième, c'est combiner l'approche territoriale à la configuration globale. Et bien en fait, comme je vous l'ai dit, évidemment, quand on parle d'Internet et des technologies de l'information, il faut prendre à la fois le contexte global, ce que c'est en tant qu'objet global, on va dire, et notamment en tant qu'objet politique, et ce que c'est en tant qu'objet territorial et son impact sur notre vie. Notre vie là, sur Terre, c'est-à-dire que quand je sors de chez moi, j'ai des câbles autour de moi aussi, éventuellement, ce n'est pas dans les airs. Donc, il y a un impact. Et bon, il y a évidemment, heureusement, des ingénieurs qui ont commencé à travailler sur ces questions-là, notamment aux États-Unis. Avec les problèmes d'énergie et d'eau, ils se sont dit, attends, comment on peut faire quand même pour choisir les bons territoires ou construire des centres de données? C'est le cas de Abou Bakar Sidik et d'un certain nombre de chercheurs avec qui il a travaillé, qui ont essayé de voir à quel endroit il serait plus intelligent, la vraie intelligence, de construire des centres de données afin que ça n'impacte pas trop le territoire.
Donc il faut faire ça. Toujours penser, rationaliser les choses avant de les faire, et surtout ne jamais faire un choix de territoire sur une question économique telle que la zone de chalandise. Et enfin, troisième, mais assez large. Je suis contente, je suis en train de respecter le temps, c'est cool. Je ne vais peut-être pas dépasser ce qu'aussi, c'est bien. Alors, agir sur le terrain en quatre points. Agir sur le terrain, je me suis arrêtée sur cette slide d'abord parce que l'idée, c'est de mener un projet de société à long terme. L'idée, c'est de, au final, garder, construire un contrôle collectif sur ce qu'on a l'impression de ne pas contrôler aujourd'hui. Pourquoi c'est important? Ce n'est pas seulement dire« on va retrouver le pouvoir en tant qu'individu». Non, arrêtez avec ce discours aussi, on va l'arrêter. On va arrêter ça. Ce n'est pas aussi de dire« l'État, le collectif ne peut plus rien, il faut agir au niveau individuel, au niveau personnel». Ok, non, mais on va arrêter aussi avec les discours politiques. Non, ce n'est pas le problème, en fait.
Le sujet, c'est qu'à un moment donné, il va falloir se coltiner l'existant. Vous savez, quand vous créez un logiciel, ou plutôt, quand vous créez un produit, en fait, quand vous créez un produit logiciel informatique, il y a toujours un moment donné, je ne sais pas, au bout de quelques années, vous avez une dette technique, terrible, souvent, parce que vous avez pris des raccourcis, Vous avez voulu aller vite dans le développement de certains endroits, de certaines parties du code. Et donc, en fait, vous vous dites... Bon, il va falloir que je me coltine l'existant et que je remette tout ça à plat parce qu'on ne s'en sort plus. C'est un peu ça, en fait. L'existant, à certains endroits, il ne fonctionne plus. On a déstabilisé certaines parties de notre société, notre modèle économique. Donc il va falloir le reconstruire et équilibrer les choses. Par exemple, équilibrer les rapports de force, les rapports de force technologiques. Et pour ce faire, il faut d'abord avoir une idée de ce que sont ces rapports de force. Et on va le faire à plusieurs niveaux. On va le faire au niveau individuel, c'est-à-dire moi, en tant que personne, je suis dépendant de quelle technologie en particulier dans mon existence numérique.
Dans mon existence sociale et politique? En tant qu'entreprise? En quoi suis-je dépendant de telle ou telle technologie? Dans mon existence sociale et politique? Et en tant qu'État, collectivité, État, continent, à plusieurs niveaux, on a un vrai travail à faire. Et ça, ça se fait au cas par cas parce que rien n'est jamais simple dans ces dimensions-là. Et la mesure des dépendances, ça peut être par exemple? de se faire un tableau d'évaluation finalement, et de considérer techniquement par exemple, là j'ai affaire aux composants les plus utilisés d'Amazon Web Services par exemple, et bien certains sont plus ou moins remplaçables. Ils ont tous des alternatives par contre. En tout cas ceux-là, ceux que j'ai pu analyser, ils ont tous des alternatives. Mais ils demandent plus ou moins de temps pour les remplacer. Ça, c'est l'exemple, encore une fois, du logiciel, mais tout est applicable au rapport de pouvoir. Le deuxième point de l'agir sur le terrain, c'est la maîtrise technologique.
Ne pas être un simple consommateur d'interface, mais être à la racine éventuellement de la technologie. En fait, finalement, on peut vraiment voir les choses de cette manière-là. Aujourd'hui, dans le monde entrepreneurial ou dans le monde technologique, vous avez un réseau d'acteurs immense. Vous avez ceux qui sont à la racine des technologies et du pouvoir, ceux qui développent. Cette activité, et vous avez ceux qui peuvent éventuellement jouer sur les nœuds de pouvoir. Par exemple, dans le domaine du câble. Dans le domaine du câble sous-marin, vous avez ceux qui sont propriétaires des câbles, vous avez ceux qui les utilisent, vous avez ceux qui font par exemple la maintenance. La France, en termes de maintenance, n'est pas trop mal placée, parce qu'on a encore Orange Marine. Qui est la troisième flotte cabillaire au monde. Avec un historique, un savoir, une connaissance assez faramineuse. Donc ça, par exemple, ça constitue l'un de ces nombreux leviers de pouvoir, ces nœuds qu'on peut utiliser comme pivot sur un marché pour déstabiliser les rapports de force.
Aujourd'hui, vu l'existant qu'on a à gérer, Il est très utile de s'intéresser à ces nœuds de pouvoir, à ces nœuds pivots. Quand on n'est pas capable de faire le cœur, ou d'être à la racine. Alors évidemment, quand on peut être au cœur et à la racine, c'est le top du top. Troisième, une approche pragmatique du droit. Comme j'ai commencé à dépasser, je ne vais pas forcément préciser la logique d'individualisation du droit, mais j'en parle vraiment à d'autres moments et j'ai pas mal écrit sur le sujet aussi. En revanche, le fait que le droit du numérique aujourd'hui n'a pas les capacités de se faire respecter, ça on peut le dire sans pour autant dire un gros mot. On a passé des années et on passe des années à construire un droit du numérique qui est très intéressant, qui permet de débattre de questions fondamentales. Mais on n'a absolument pas les capacités de le faire respecter aujourd'hui. Et par ailleurs, notre droit du numérique ne se fonde que sur l'interface, et non pas sur le code informatique.
Donc on a un problème. Et enfin, la formation tout au long de la vie. Ça fait un peu tarte à la crème, mais c'est ce qui fait tenir tout le reste. La formation tout au long de la vie, c'est commencer évidemment par l'enseignement de la technologie, non pas comme une matière à part, mais comme un élément de pensée dans toutes les matières qu'apprend un enfant à l'école. Par exemple, apprendre... Que les câbles sous-marins, à un moment donné, étaient aussi des câbles télégraphiques, quand on apprend l'Empire britannique, au XVIIIe et XIXe siècle. Apprendre que, justement, quand ils sortent de chez eux, le Internet n'est pas dans les airs, mais au coin de la rue, par exemple. Comment la mesure du travail, à commencer aussi par les pointeuses au XIXe siècle, a lié la culture du numérique, non pas au fait d'apprendre à coder en HTML, CSS,
mais apprendre à partir des matières de base, l'histoire, la géographie, l'éducation civique, etc. C'est ça qu'il faut apprendre. Aujourd'hui, les seuls lycéens, parce qu'après l'analyse des... Je suis allée regarder les programmes scolaires. Les seuls lycéens qui apprennent l'existence des câbles sous-marins, par exemple, c'est ceux qui sont en ST. C'était en filière technique. Pas possible. Mais cela dit, je comprends pourquoi ces dernières années, j'ai eu plein de gens de ma génération et plus âgés qui m'ont dit« Ah mais je ne savais pas que ça passait par les capes sous-marins, moi je pensais que c'était par les satellites! » Bref, il faut arrêter avec ça. Il faut une culture générale technique sans pour autant créer des programmeurs, des développeurs. Ce n'est pas le sujet en fait. La compréhension de la technique, c'est extrêmement simple et c'est ancré dans la société. Ce n'est pas détaché comme l'économie. Ce n'est pas des choses détachées du tout. Et pourquoi il faut faire ça? Parce que même le développeur de demain, n'importe quel salarié qui, à un moment donné, se coltine un projet de choix de produits numériques, de transformation numérique, de transformation de l'organisation, etc.
Et bien à un moment donné, il va se poser des questions sur l'impact de ses choix à long terme. Enfin, j'aimerais bien, en tout cas, ce serait pas mal. Et pour ça, il faut lui donner les armes, il ne peut pas le savoir tout seul. Voilà, tu ne peux pas le savoir tout seul. À un moment donné, il faut aussi aider un peu les gens. Tu ne peux pas les laisser tout seuls. Sans rien. Et donc pour ça, la formation, c'est important. On peut le faire par des leviers qui sont déjà existants, par exemple la formation des salariés à la gestion des risques. C'est quelque chose qui existe déjà, qui est appliqué à d'autres domaines et qu'on pourrait tout à fait lier au choix technologique. On peut tout à fait ajouter à la formation des risques un volet sur les technos, et notamment sur les technos numériques. La formation des développeurs aux alternatives. Plutôt que de créer des formations qui sont spécialisées sur des plateformes, faire en sorte que quand tu formes des jeunes, tu les formes à... Égalité sur les plateformes dominantes et sur des alternatives. Parce qu'avoir des alternatives, c'est la gestion des risques de base, en fait, en informatique. Sans compter le fait qu'il faut aussi redonner un petit peu plus de temps sur du langage natif, c'est-à-dire qu'il faut peut-être rajouter quelques mois supplémentaires à se taper des langages bien durs, en tout cas ceux qui permettent de créer au départ les briques, et non pas l'inverse.
Voilà, ça c'est pour l'agir sur le terrain. Et la question fondamentale, c'est qu'est-ce qu'on veut après derrière, tout simplement? Quelle société on veut? Et quand je parlais de« faut-il changer de logiciel? », c'est vraiment ça. Faut-il changer de logiciel? Alors ça peut être vraiment en pratique, justement. Est-ce qu'il ne faudrait pas que je change de logiciel et que j'arrête de donner du pouvoir à des mégas entreprises qui ont un impact négatif sur la société? C'est un choix politique, c'est un choix social. Si vous avez des enfants, c'est un choix personnel aussi. Bon. Changer de logiciel, c'est aussi changer de logiciel mental et de modèle de société. Est-ce qu'on a vraiment envie de continuer à vivre dans une société comme celle-là? Ouais, on peut se dire non mais c'est bon, de toute façon c'est même pas la peine, on n'y arrivera jamais. Alors pourquoi est-ce que je jouerais le jeu? Pourquoi je serais tout seul à agir? Et bien en fait, c'est à ce moment-là que pour moi, ça c'est important, le temps long. Et toutes ces expressions qu'on garde en mémoire, comme ça, de se dire« petit à petit, l'oiseau fait son nid, grain à grain, la poule remplit son ventre». Bon. En fait, finalement, elles ne sont pas si fausses que ça. Rome ne s'est pas faite un an jour, justement.
Commençons par des petites briques. Je pense qu'on a un problème avec le temps. On veut aller trop vite. Mais très honnêtement, il faut qu'on change un peu. Donc ça va prendre du temps, ce ne sera peut-être pas pour nous, mais on va commencer, non ? Voilà. Donc c'est ce que je voulais vous dire aujourd'hui. J'ai 7 minutes de retard, mais franchement, ça va, je n'ai pas trop dépassé. Je fais de la pub. Alors, le truc, c'est que quand on dépasse, on n'a plus beaucoup de temps pour les questions. Ah, c'est ça qui est dommage. Moi, je m'assois parce que je suis un peu... Oui, mais en fait, tu sais quoi? Je vais m'asseoir aussi parce que je... Voilà, donc on va avoir très, très peu. Donc là, on a mis quatre, mais en fait, vraiment, on est au max du max. Alors, y a-t-il des questions? Parce que je vais faire... La formidable présentatrice du télé-shopping de Tech.Rocks, Parce que nous avons deux livres d'Ophélie à dédicacer pour les questions qui vont arriver. Alors, une question à droite et une deuxième.
À gauche, pardon. Oui, je ne sais plus. Bonsoir. Je n'ai peut-être pas très bien compris la présentation, mais j'ai l'impression que tu nous as adressé un portrait assez gris foncé de la partie numérique et que le message derrière, c'est un peu qu'il faut aller vers la décroissance pour éviter, pour limiter tout ça. Mais j'ai sans doute mal compris. Alors non, mais c'est un joli raccourci. Après, ce n'est pas tout à fait ça. Parce que ma conviction profonde n'est pas qu'il faut supprimer la technologie, par exemple. Mais par contre, le modèle, si tu veux, je pense qu'il y a une différence à faire entre décroissance et modèle de société. C'est plus large que ça, en fait, finalement. La pensée, l'idéologie de la croissance, de toute façon, elle ne tient pas. Tu vois? Elle ne tient pas, en fait. C'est juste qu'à un moment donné, tu ne peux pas continuer sans cesse à développer ou à créer de la richesse ad vitam aeternam.
Il y a forcément un moment donné où ça va se stabiliser, voire même ça va baisser. Du coup, le discours de la décroissance, c'est simplement le fait de faire baisser les choses. Mais ça dépend dans quel sens aussi. Ça dépend ce que tu crées pour remplacer ça aussi. L'idée finale, c'est vraiment que ce soit positif pour la société. Et quelle société? Pour moi, le schéma de la décroissance est super intéressant. Je veux le mettre à l'épreuve des territoires. Je veux le mettre à l'épreuve des gens, en fait. Et le problème aujourd'hui, c'est qu'on a beaucoup de mal avec ce discours, malheureusement. Ils politisent énormément les choses et les gens ne sont pas prêts à entendre qu'il faudrait couper et arrêter un certain mode de vie. Donc pareil, il faut les accompagner. Je ne sais pas si j'ai vraiment beaucoup répondu à ça, mais voilà, je fais un pas un peu de côté. L'avantage, c'est qu'on a le verre de l'amitié pour débattre derrière. Ça va être vachement sympa, je pense, ce verre de l'amitié. Bonsoir. Vous avez parlé des multinationales, mais quid des pays? En fait, on sent instinctivement en ce moment qu'il y a un gros match entre les États-Unis et la Chine, l'Europe en spectateur, en rêveur, tout ça.
Mais vous qui faites des recherches et qui travaillez sur le sujet, c'est quoi votre avis? On a deux empires qui se battent et qui ont leurs propres partenaires. La Chine a les BRICS, par exemple, et d'ailleurs l'Afrique du Sud en fait partie. Alors aujourd'hui, les États-Unis restent dominants, il ne faut quand même pas se leurrer. Et ils ont un contre-pouvoir derrière. Nous, on se fait embarquer là-dedans parce qu'on n'a pas le pouvoir de réagir face à ça. On aimerait construire une troisième voie, et aussi une troisième voie qui serait celle d'un autre modèle de société. Voilà. Franchement, aujourd'hui, on est très très très loin d'être en capacité de le faire. On n'a pas de pouvoir de négociation. Donc oui, on a deux empires, il y a une bipolarité, il y a une polarisation du monde d'une certaine manière, avec des fortes puissances et des partenariats qui se font, et qui se font parfois sans vraiment le vouloir. Alors il y a des pays comme l'Afrique du Sud qui choisissent volontairement d'avoir une diplomatie de non-alignement, parce que justement ils sont d'un côté
historiquement liés aux Etats-Unis, et de l'autre ils ont des nouvelles alliances avec les BRICS, et notamment la Chine, donc ils se disent, ok, nous, politique de non-alignement, on ne prend pas part aux sujets politiques qui sont touchy. En Europe, c'est moins le cas. En Europe, on n'a pas tellement la liberté de choisir en général. On a une histoire tellement ancrée avec... Enfin, voilà, transatlantiste, que de toute façon, même si on n'était pas d'accord avec certains sujets, on aurait du mal à être contre, en fait, à s'y opposer. Donc notre question aujourd'hui, c'est vraiment ça pour l'avenir. Dans un monde qui sera de plus en plus en crise, comment est-ce qu'on fait pour renverser un peu la tendance? Et pour ça, il nous faut des arguments. Il nous faut des arguments, certes économiques, mais il nous faut des arguments qui soient aussi purement stratégiques. Qu'est-ce que nous, on apporte sur l'échiquier? Est-ce que ce n'est pas lié aussi au fait qu'en Europe, on est plusieurs pays avec des intérêts divergents ? La question européenne. Moi, je fais partie de cette génération qui a été bercée vraiment par le rêve européen, cette idée d'universalisme issu des Lumières, etc.
Le bon côté de l'image européenne. Après, quand on creuse, il est évident que sur certains points, il faut beaucoup de temps pour construire une alliance européenne. On a manqué de temps. Clairement. Et en effet, c'est problématique quand on a affaire à des puissances qui peuvent eux-mêmes, par exemple, créer leur monnaie, alors que nous, on a des règles extrêmement contraignantes, qui sont celles de la BCE, par exemple. Donc on peut aller dans le détail. Sur certains points, c'est une force, et sur d'autres points, c'est malheureusement une faiblesse. Mais le verre de l'amitié, ce n'est pas une faiblesse. Et ça, on ne peut pas continuer? Ah mince! Si, mais vers de l'amitié, parce que j'ai plein de trucs à dire avant de... En tout cas, Ophélie, merci infiniment. C'était vraiment passionnant et je pense que ça va l'être pour le verre de l'amitié. Je te propose de repartir avec tes ouvrages que tu vas faire dédicacer juste là pour nos deux poseurs de questions extraordinaires. Merci infiniment et à tout à l'heure pour le verre de l'amitié. Alors, c'est la fin, c'est le tout dernier jasmin, comme dirait Juliette Armanet.
Ou Michel Sardou, vous choisirez celui qui vous intéresse le plus. Plein de choses à vous dire. La première chose que je veux vous dire, c'est que la photo 48 a gagné. Bah mais oui les filles, on est super content, vous avez gagné une bouteille de champagne. Donc Ludie, Evelyne et Nathalie, vous avez gagné avec le concours remote hier de la photo. Les autres, vos photos étaient nulles, donc forcément vous n'avez pas gagné. Voilà, donc ça je voulais vous le dire aussi. L'autre chose que je voulais vous dire, ça c'est un message personnel que je vous adresse, donc j'en profite, je vais faire un peu ma promo. J'en ai déjà parlé à quelques-uns d'entre vous hier dans le verre qui n'était pas celui de l'amitié vraisemblablement, puisque c'est ce soir le verre de l'amitié. Je fais partie d'un groupe de travail pour les états généraux de l'information donc ça fait une transition toute trouvée avec ce que vient de nous raconter Ophélie en partie donc je serais ravie que certains leaders justement certains tech leaders de la communauté Tech.Rocks puissent réfléchir aussi avec moi ou sans moi vous n'êtes pas obligé de réfléchir avec moi aux propositions qui pourraient être faites et versées au pot commun
justement sur une forme de régulation de l'IA notamment dans le paysage informationnel français. On en parlera un peu plus dans le verre de... Enfin, pas dans le verre, mais pendant le verre de l'amitié. Pourquoi que dans le verre aussi, ça pourrait être drôle. Voilà, je vous glisse ça, parce que je trouve que vous n'êtes pas suffisamment représentés dans les cinq groupes de travail qui font partie des états généraux de l'information. Et c'est une thématique qui est plus qu'au cœur de la démocratie et du paysage informationnel français. Voilà, ça, c'était le moment un peu sérieux, un peu promo, parce que je peux être sérieuse aussi. Alors ensuite, évidemment, j'ai énormément, énormément de remerciements à vous faire. Déjà le premier, il vous est adressé à vous. Merci d'avoir été aussi nombreux pendant ces deux jours, d'avoir été réactifs, d'avoir caché parfois le fait que vous pouviez dormir après les tomates farcies, comme moi ce midi, parce que c'est difficile ces moments où on peut être comme ça en digestion un peu lourde. Je vous parlerai de mes problèmes personnels après, évidemment, comme ça vous aurez un peu accès à tout. Je voulais dire un énorme merci évidemment à Guigui. Guigui! Voilà!
Viens Guigui! Viens avec moi Guigui! Mais oui! Faut qu'on te voit Guigui, parce que c'est toi le maître du temps, le maître du temps de Tech Rocks. Je voulais dire merci à Vanessa, la merveilleuse accompagnatrice. Allez Vanessa, viens avec moi! Voilà, où tu veux. Viens Vanessa, grâce à toi nos speakers ont été choyés et tu as couru partout comme d'habitude. Je voulais aussi faire un énorme big up à toute l'équipe de Tech.Rocks. Alors Noémie, Lucas, Aurélie, Marcha, Amélie, Charlène, à la venez-venez. Évidemment, prenez place. C'est beau. Je n'ai oublié personne. Merveilleux. Il y a plus de monde que prévu. C'est génial. Mais regarde, en même temps, un événement pareil, il faut une belle équipe. Je voulais évidemment dire merci à l'équipe de Stories, qui ne pourront pas monter sur scène malheureusement, parce qu'ils filment. Donc Denis, Mathieu, Hélène, formidable aussi, qui est en régie. Merci Hélène.
Merci Hélène, parce qu'on a eu pas mal de petites galères techniques. Vous n'avez rien vu. Et ouais, on a tout géré parce qu'on a des professionnels qui nous accompagnent depuis 4 ans maintenant et c'est un plaisir. Je voulais aussi remercier l'équipe Movimiento qui est aussi en régie. Donc Élise et Cédric. Et ceux qui ont beaucoup plu à Luc Julia, évidemment, les messengers pour la Vélotypie. Voilà, parce qu'il a fait une petite remarque très appréciée, qu'ils nous ont signé à chaque fois tous les talks. Et ça, vraiment, c'est une épreuve assez intense, en fait, de pouvoir le faire aussi bien en anglais qu'en français. Donc, on peut les applaudir aussi. Ils seront très contents de savoir. Les membres du comité de contenu, Didier, Marie, Philippe, Nicolas, ceux qui sont encore là, venez sur scène, s'il vous plaît. Bon, ils ne sont pas là. Écoutez, les membres du comité de contenu ne sont pas là. C'est merveilleux, ce n'est pas grave. Malheur Didier! Oh, allez Didier! Ensuite, évidemment, Thomas, Tommy Dessine.
J'ai donné ton vrai nom. Oh. Voilà, merci infiniment, tu nous as bien fait rire, comme d'habitude. Victoria à la com. Victoria à la com. Oui, Victoria. Victoria. Pardon. Victoria, donc, à la com, Victoria. Voilà. Avec Charlène, mais Charlène, j'avais dit déjà, mais je n'avais pas dit que c'était Charlène à la com. Vous êtes sœur. Votre nom de famille, c'est à la com. Bon, ce n'est pas grave. Je pense qu'on est fatigué. On va arrêter. Valentin pour l'animation. Voilà, Valentin. Super. The Presenters pour le coaching. Est-ce qu'il y a encore des The Presenters? Non, ils sont partis se coucher. Après, ils étaient un peu fatigués. Ils ont tout donné. Ninon, évidemment, aux photos, qui nous fait des portraits magnifiques. Merci, Ninon. L'assaut réagir pour ces super hautes. Cistec, évidemment, tous les speakers. Donc, s'il reste des speakers, venez monter sur scène avec nous. Ludivine, la maquilleuse. Nos partenaires, sans qui rien ne serait possible. Vous les avez vus, ils ont évidemment eu pas mal de workshops et on les a vus aussi hier.
L'espace Tech Talent Startup. J'en ai 100 comme ça, je vous le dis. Les ambassadeurs et ambassadrices. Et je pense que nous avons oublié personne, me semble-t-il. Tout le monde est là? Non? Merci. Ah si, nos fondateurs, évidemment. Ah oui, Francis et Nicolas. Les deux derniers démoïcons sur les quatre qui sont restés. Merci. Et donc dans ces moments-là, je crois qu'on peut aussi lancer une petite musique. On a le droit de lancer une petite musique. Il y a une chorégraphie, n'hésitez pas. Attention, parce que c'est le verre de... C'est le verre de... C'est le verre de l'habitude. Bravo! Voilà, donc là on peut faire une photo de famille tous ensemble parce qu'on la rate chaque année.
Alors venez, on passe au... C'est le sketch de Picard, vous savez, ce truc un peu chiant. Mais venez devant! Venez petit devant et on va faire comme ça. Allez hop! Qui vient à côté de moi? Non, en fait, tu ne peux pas. Ça va? On va faire un regard ça. Ça va bien, les mecs? Vous voulez pas qu'on vous mette le chouchou sur le haut? Et alors, on est à 30 ?
