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Tech.Rocks Summit 2025
L'IA, une révolution humaine avant tout
- Charles Gorintin (Co-founder & CTO, Alan)
Tech.Rocks Summit 2025 · 2 décembre 2025 · 47 min · en français
Résumé
Au Tech.Rocks Summit 2025, Charles Gorintin défend l'idée que l'IA nous rend plus humains : elle libère les développeurs des tâches répétitives pour qu'ils se concentrent sur la créativité, l'architecture et la résolution de problèmes complexes. Elle démocratise l'accès aux capacités techniques, permet aux non-développeurs de créer et fait évoluer le métier vers davantage de collaboration et d'innovation, une révolution culturelle autant que technique.
L’essentiel
Charles Gorintin, cofondateur et CTO d’Alan, soutient que l’IA nous rend paradoxalement plus humains : elle réduit le poids de la capacité technique au profit du pouvoir d’action et du discernement. Il démonte quatre « mythes » qui freinent l’adoption et appelle à un « optimisme exigeant ».
Pour ouvrir une discussion d’équipe sur les peurs liées à l’IA et sur la manière d’accompagner son adoption au-delà de l’outil.
Les idées clés
- L’adoption est freinée par la peur, et le vrai risque est l’inaction. Selon lui, l’innovation va très vite mais l’adoption très lentement, parce que l’IA remet l’humain en question ; donner un chatbot aux équipes sans accompagnement culturel et RH ne sert à rien : le sujet est « à 90 % humain ». à 3:34
- L’IA détruit des tâches plutôt que des métiers. En s’appuyant sur le paradoxe de Jevons, il pense que la baisse du coût du code rendra viables beaucoup plus d’outils sur mesure et fera augmenter la demande de développeurs. Chez Alan, des personnes des équipes antifraude et service client sont passées de tâches répétitives à la supervision et à la création d’agents d’IA. à 11:28
- Capacité technique, pouvoir d’action, discernement : l’IA « écrase » le premier sommet de ce triangle et recentre sur les deux autres. Chez Alan, tout le monde peut construire (design, support client, opérations), ce qui libère les équipes techniques pour l’architecture et les choix de stack. à 8:25
Questions pour votre équipe
- Quels freins humains, plutôt que techniques, ralentissent l’adoption de l’IA chez nous ?
- Quelles tâches répétitives de nos équipes pourraient être confiées à des agents supervisés ?
- Comment réinvestissons-nous les gains de productivité : réduire les coûts, faire plus, faire mieux ou travailler moins ?
Il s’agit d’un talk volontairement philosophique, fondé sur des analogies historiques plutôt que sur des données. L’intervenant dirige la tech d’Alan, qui recrute (un moment « pub » assumé), et a contribué à la création de Mistral, éditeur de modèles d’IA ; les résultats d’Alan sont cités sans détail.
Chapitres
Summary
At the Tech.Rocks Summit 2025, Charles Gorintin argues that AI makes us more human: it frees developers from repetitive tasks so they can focus on creativity, architecture and solving complex problems. It democratises access to technical capabilities, lets non-developers build, and shifts the profession towards more collaboration and innovation, a cultural as much as a technical revolution.
Thèmes : IA
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Alors je suis très heureuse de vous laisser en charmante compagnie avec Charles, qui je vous le rappelle est cofondateur et CTO de Alan et investisseur chez Mistral pour 40 minutes d'humain. Let's go. Bonjour à tous, merci beaucoup, parce que je suis très très heureux d'être ici avec vous. Alors déjà, j'ai essayé de faire un talk qui était plutôt philosophique pour une bonne raison, c'est que chez Tech.Rocks, ils nous font envoyer les slides un mois auparavant. Et vu la vitesse à laquelle va l'IA aujourd'hui, en fait, faire un talk technique avec des slides envoyés un mois auparavant, ça allait être complètement outdated. Alors, qui ici utilise des outils d'assistance au code?
Levez la main. Ça fait pas mal de monde. Qui a peur de se faire remplacer dans son boulot? Ah, une personne là, ça ne fait pas tant de monde. Qui espère que ça remplacera son boss? Il y a déjà plus de monde, c'est assez encourageant. Donc l'idée, c'est vraiment que je ne suis pas venu ici pour vous faire peur. Je ne vais pas vous dire que l'IA va détruire votre travail. Je ne vais pas vous dire que vous êtes tous fichus, même si je le pensais. Au contraire, je vais essayer de vous donner de l'optimisme. Essayez de vous montrer que l'IA vous rend plus proche de vous-même. Essayez de vous montrer que l'IA nous rend tous, paradoxalement, plus humains. Et en particulier, les développeurs et les CTO sont bien placés pour le savoir, parce que sans la technologie, Je pense qu'aucun d'entre nous ne ferait le métier qu'on fait aujourd'hui.
Et donc, c'est vraiment pour ça que c'est important de bien comprendre pourquoi est-ce qu'on fait cette technologie, parce qu'on est les premiers, en tant que CTO, en tant que développeur, à douter de cette technologie. Donc, comme ça a déjà été dit, je suis Charles Gorintin, je suis cofondateur et CTO de Alan. J'aime bien écrire des choses sur l'IA. Notamment, j'ai fait un petit bouquin pour montrer que l'IA, c'est une révolution humaine avant tout. Et aussi, j'ai une petite newsletter pour parler de ça. Mon point de départ, c'est que le futur est déjà là, mais malheureusement, il est très inéquitablement distribué. C'est-à-dire qu'on a tous des démos, on a des futurs, et derrière, en fait,
Dans plein d'entreprises, on voit que c'est encore les années 90, mais un petit peu plus après, les années 2000, les années 2010. Et c'est difficile de répandre et d'adopter cette technologie. Et en fait, je pense que c'est assez intéressant parce qu'on a vraiment une déconnexion entre l'innovation, qui va vraiment super vite, et si vous suivez les choses sur les réseaux sociaux, si vous essayez de suivre l'IA en lisant des papiers, je pense que vous êtes tous débordés. Par contre, l'adoption, ça va lentement, très lentement. Et donc, on voit dans toutes les boîtes que ça met du temps de se transformer, d'avoir la dernière innovation. Et moi, mon interprétation, c'est que c'est parce qu'on a peur. On a peur parce que ça nous remet en question en tant qu'humains.
Alors pourquoi est-ce qu'on a cette peur? Pourquoi on a cette peur qui ralentit l'innovation? Qui ralentit l'adoption et la transformation. Mon analyse, c'est qu'on n'a pas arrêté d'être décentré en tant qu'humain. Donc ça, c'est dans toute l'histoire, on a été décentré. Donc ça a commencé avec un mec qui s'appelle Copernic, qui est venu et qui a dit, bon les gars, vous n'êtes plus au centre de l'univers. Bon, c'est un petit coup, on s'en est remis, on sait que la Terre n'est plus au centre de l'univers. au centre de l'univers. Là, il y a un deuxième mec qui vient et qui s'appelle Darwin qui dit« Vous n'êtes pas non plus au centre de la création. » Bon. Ensuite, il y a Freud qui arrive et qui nous dit« Vous n'êtes pas non plus au centre de votre tête. » Vous n'êtes plus tout seul dans votre tête, il y a aussi votre inconscient, votre subconscient. Et maintenant, il y a l'IA qui débarque et qui nous met le coup ultime.
Ce n'est plus nous les plus intelligents. Alors, on est une espèce qui a quand même pas mal d'égo, donc ça nous fait mal à admettre qu'on n'est plus les plus intelligents. Et donc forcément, ça crée des réactions fortes. Et en fait, si on regarde un petit peu la technologie, elle a un impact. Je dirais plutôt positif, non? Non, enfin, vous allez me dire, non, c'est pas positif. On peut faire des choses horribles avec la technologie et ça peut vraiment être terrible. Donc, ça n'a pas un impact positif. On pourrait dire que ça a un impact négatif. La technologie, c'est toujours mal et qu'à chaque fois qu'on a fait un truc nouveau, ça a été utilisé pour faire le mal. On a utilisé aussi la technologie pour faire des choses vraiment très bien. Donc, ce n'est pas non plus négatif. Peut-être que la technologie, c'est quelque chose de neutre.
En fait, non plus. Parce que la technologie, ça change complètement la manière dont on va interagir avec le monde qui est autour de nous. Et donc, on n'est pas très bien avancé. C'est ni positif, ni négatif, ni neutre. Donc ça s'appelle la première loi de Kranzberg. Et moi, mon interprétation de tout ça, c'est qu'en fait, ça dépend de l'agentivité humaine, c'est-à-dire le pouvoir d'action, la manière dont nous, humains, on va décider d'utiliser cette technologie. Et donc le vrai risque dans tout ça, c'est l'inaction. C'est rester assis, les bras croisés, regarder les autres utiliser l'innovation, faire des choses, l'adopter, transformer le monde qui est autour de nous, et regarder ça passer et en fait devenir complètement obsolète. Et donc, ma clé pour transformer les entreprises, pour transformer toute la société avec l'IA, le sujet, ce n'est pas juste la technologie.
Et je pense que vous le savez tous aussi bien que moi, on peut balancer un chatbot aux équipes. Si derrière, on ne fait pas l'accompagnement culturel et l'accompagnement RH, personne ne va l'utiliser. Et finalement, les gens utilisent ChatGPT sur leur téléphone. Donc le sujet, c'est vraiment pas un sujet technologique, c'est un sujet à 90% humain. Comment est-ce qu'on s'approprie la technologie pour faire ce qu'on a envie d'en faire? A priori, des choses positives. Et donc, moi, j'ai ce triangle de comment est-ce qu'on arrive à faire des choses. Pour faire des choses, pour moi, il y a trois ingrédients qui sont essentiels. Le premier, c'est la capacité technique. Si on sait faire les choses, forcément, on va pouvoir avancer. Le deuxième, c'est l'agentivité, le pouvoir d'action.
C'est ce que les Américains appellent« agency», c'est-à-dire décider que quand on décide de faire une chose, en fait, derrière, cette chose se passe. Une autre chose, le troisième sommet de ce triangle, c'est le discernement. Ce que les Américains appellent« taste». C'est-à-dire être capable de choisir ce qu'on veut voir dans le monde. Être capable de distinguer le bon code du mauvais code, par exemple. Et en fait, l'IA, ça écrase complètement ce triangle. D'une certaine manière, ça fait que la capacité technique, c'est un petit peu moins important. C'est un petit peu moins important de connaître la syntaxe d'un obscur outil, parce que l'IA va nous permettre de générer cette syntaxe de manière quasi gratuite. Et donc, derrière, nous, on peut se recentrer sur ce qui fait de nous des humains, c'est-à-dire à la fois le pouvoir d'action et le discernement.
Et donc, mon sujet ici, ça va être vraiment de voir comment est-ce qu'on va essayer d'un petit peu démystifier l'IA et donc de sortir de certaines idées qui sont complètement paralysantes et qui, derrière, ralentissent ce qui est le plus important, c'est-à-dire l'adoption. Parce que si on est paralysé dans l'adoption, à la fin, on ne prend pas la révolution technologique. Si l'Angleterre avait inventé les machines à vapeur et derrière, ils n'avaient pas mis de machines à vapeur partout, En fait, il n'y a pas de révolution technologique et il n'y a pas de révolution industrielle en Angleterre. Donc le sujet, c'est comment est-ce qu'on adopte. Et en fait, quand il y a des idées fausses qui circulent sur l'IA, derrière, ça rend beaucoup plus difficile l'adoption par toute la société de ces outils. Et donc je vais vous parler de quelques-uns de ces mythes. Le premier mythe, je pense que vous en avez tous entendu parler, et je pense que c'est quelque chose qui est assez ancré dans certaines personnes, c'est que l'IA va détruire nos métiers.
C'est une peur que certains peuvent avoir. Ce n'est pas une peur que je partage. Parce que moi, je pense que l'IA va détruire. non pas des métiers, mais des tâches, et transformer ces métiers. Ce qui est important, c'est que l'IA, c'est une révolution technologique, mais d'après moi, ce n'est pas une révolution épistémologique. Qu'est-ce que je veux dire par« pas une révolution épistémologique»? C'est que tout change, mais tout change de la même manière dont ça a toujours changé. Et donc, c'est assez intéressant de pouvoir s'inspirer de comment les autres révolutions technologiques se sont passées pour pouvoir un petit peu mieux aborder ces nouvelles révolutions technologiques. Et donc, regarder un petit peu l'histoire de ces technologies est toujours intéressant. Et ça tombe assez bien parce qu'on a eu un prix Nobel d'économie, ou certains préfèrent l'appeler prix de la Banque de Suède en économie, en l'honneur d'Alfred Nobel.
Et ce prix Nobel a été décerné à Philippe Aguillon, qui est... De son propre aveu très schumpeterien, c'est-à-dire qu'il croit énormément en la destruction créatrice, que la technologie et l'innovation transforment des métiers, détruisent des tâches et en font émerger des nouvelles. Et ce n'est pas nous, en tant que développeurs, en tant que CTO, qui allons dire le contraire, parce que, de fait, nos métiers n'auraient pas existé il y a 50 ans s'il n'y avait pas eu d'innovation, si on n'avait pas transformé. complètement ses tâches. Et donc, il y a un thème qui revient assez souvent, notamment avec les IA pour le code, c'est le thème du paradoxe de Jevons. Jevons, c'était un économiste du 19e siècle, un Anglais, qui avait remarqué que... Les machines à vapeur étaient de moins en moins consommatrices de charbon pour faire le même effort.
Et en fait, il se serait dit, si on utilise moins de charbon par unité, forcément, ça veut dire qu'on va moins utiliser de charbon au global. Et en fait, pas du tout. Parce que le fait que ce soit moins cher de faire une unité de travail fait que c'est devenu économiquement viable de faire beaucoup plus de choses. Et c'est à peu près la même chose qui se passe avec le code. C'est-à-dire qu'on va pouvoir mettre du code un petit peu partout. À des endroits où en fait c'était absolument pas économiquement viable de créer du code. Donc pouvoir se créer des outils personnalisés, personnels pour chacun, c'est quelque chose qui n'était pas vraiment viable dans les années 2010. Aujourd'hui, j'imagine qu'une bonne partie d'entre vous s'est fait... des apps pour soi, pour s'organiser juste pour soi.
Et ça, on a cette transformation qui a lieu partout dans l'économie, où en fait, on va avoir beaucoup plus de custom. Après, ça va créer d'autres choses en termes de maintenance, mais on va pouvoir créer beaucoup plus de custom. Et donc, paradoxalement, moi je pense assez fortement qu'on va avoir une hausse de la demande en termes de développeurs, d'ingénieurs, de personnes qui sauront faire l'architecture, qui sauront comment ne pas tomber dans les pièges où on ne va passer que son temps à faire de la maintenance. Et donc, d'une certaine manière, l'IA, d'après moi, elle permet d'enlever certaines tâches qui sont aliénantes, certaines tâches qui nous rendaient moins humains, d'une certaine manière. Les choses qu'on n'a pas envie de traiter, qui peuvent être traitées directement par l'IA. Et donc, typiquement, chez Alan, on a vu pas mal de métiers évoluer.
D'une certaine manière, tout le monde est promu manager d'agent IA. On a eu des personnes dans notre équipe de lutte contre la fraude ou dans notre équipe de service client qui devaient faire des tâches plutôt répétitives et des tâches ops manuelles qui ont pu complètement transformer leur métier et se focaliser beaucoup plus sur des cas à haute valeur. Sur la supervision et la création d'agents d'IA plutôt que de gérer des équipes de juniors ou faire du QA manuellement. Et ça, c'est quelque chose qui aujourd'hui est à la portée de tous parce que la technologie est là. Et donc, chez Alan, on a fait vraiment ce choix. C'est qu'on pense que l'IA et l'humain, ça nous permet de faire plus et mieux. Donc, s'il y en a qui sont intéressés, on recrute chez Adan. Et je ne pense pas qu'on ait raté notre virage de l'IA. C'est qu'on recrute parce que, justement, l'IA a fait tellement baisser le coût de beaucoup de tâches qu'on a beaucoup plus de demandes latentes.
Et donc, on a besoin de beaucoup plus de gens pour pouvoir répondre à cette demande. Et donc, on crée, on est en train de recruter énormément. Donc, ceux qui veulent, il y a le QR code avec toutes les positions ouvertes chez Alan. Je laisse ça une seconde, comme ça vous avez tous le temps de bien écrire. C'est l'instant pub. Et donc, vous voyez avec les chiffres qu'on fait 60% de croissance cette année avec seulement 10% de croissance des effectifs. Mais donc, on continue de croître en termes d'équipe. Et en même temps, en fait, la croissance va beaucoup plus vite grâce à des outils comme l'IA. Et donc, la question qu'on se pose tous, c'est qu'est-ce qu'on fait de ces gains de productivité qu'on a avec Delia? D'après moi, on peut les réinvestir de quatre manières différentes. La première manière, qui est un petit peu court-termiste, et ce n'est pas mon préféré, c'est juste réduire les coûts.
On va essayer de tirer au maximum, on va virer tout le monde et on va réduire les coûts. Ce n'est pas ma préférée, mais... C'est une option. Une deuxième chose dans laquelle on peut réinvestir la productivité, c'est faire plus. C'est-à-dire qu'on va avoir plus en termes de quantité. Donc, si un ingénieur est capable de faire plus de tâches grâce à une IA qui lui fait son code, il peut faire plus. Ce qu'on peut décider de faire aussi, c'est faire mieux. C'est-à-dire passer plus de temps sur chaque tâche, justement pour aller deux fois plus loin. Et à la fin, le quatrième choix, c'est aussi travailler moins. C'était le rêve de Keynes. Typiquement, Keynes, son choix, son rêve en 1930, c'était « dans 100 ans, on travaillera 15 heures par semaine ».
Et donc on a le choix en tant qu'humain de ne travailler que 15 heures par semaine, mais par contre, de l'autre côté du choix, c'est qu'il faut garder les conditions de vie de 1930. Je ne sais pas si tout le monde est d'accord pour ça. Et donc le choix, c'est plutôt, on pourrait choisir de travailler 15 heures, mais en fait, en tant qu'humain, on a un petit peu envie de plus, on a envie de faire plus, on a envie de mieux distribuer la valeur dans le monde. Donc là, je vous ai mis un graphe, je ne sais pas si on peut le voir très bien, mais c'est un graphe de l'extrême pauvreté dans le monde dans les 200 dernières années. Et en fait, on voit qu'on a pu réduire énormément, grâce à la technologie, l'extrême pauvreté dans le monde. Il y a encore beaucoup de boulot, et c'est les derniers pourcentages qui sont les plus difficiles, mais en fait, faire plus et faire mieux, d'une certaine manière, nous permettent derrière de mieux redistribuer.
Donc, maintenant, deuxième mythe. Je pense que vous avez dû entendre parler de ça pas mal. Il y a beaucoup de gens qui écrivent sur le sujet, qui disent que l'IA, c'est horrible, ça va nous griller notre cerveau. D'ailleurs, il y a cette étude du MIT qui est très sérieuse, qui dit que l'IA, ça vous empêche de réfléchir. Donc, il ne faudrait absolument pas utiliser cette nouvelle technologie. Parce que ça grille nos neurones. Moi, ce n'est pas ma perspective. Je pense que vous l'avez deviné à partir de maintenant. Pour moi, c'est une panique un peu cognitive qui n'est pas du tout nouvelle. Si on remonte à 2500 ans plus tôt, Il y a quelqu'un qui s'appelle Socrate qui disait, il avait une histoire avec le roi Thamous et le dieu Teut qui parlait de l'écriture.
Et pour Socrate, l'écriture allait détruire la capacité de mémoire de tous les jeunes gens. De fait, je pense qu'on n'a pas aussi bonne mémoire que les gens d'il y a 2500 ans. Et en fait, on se retrouve à avoir une mémoire un petit peu atrophiée. Mais... En contrepartie, on a quand même accumulé pas mal de savoirs. Donc c'est vraiment toujours ce sujet de comment est-ce qu'on se place vis-à-vis de l'innovation. On sacrifie certaines choses, d'une certaine manière, on atrophie certaines parties de son cerveau. Un philosophe canadien du XXe siècle qui s'appelle Marshall McLuhan qui parlait de l'engourdissement de Narcisse, Narcissus Narcosis, c'est qu'en gros, on va étendre son corps, ça a été très bien décrit aussi par Michel Serres, on va étendre son corps et en contrepartie, on va perdre l'usage de ce qu'on avait en face.
Un exemple un peu classique, c'est quand on a inventé la roue, on a atrophié nos pieds. Je pense qu'il y en a certains d'entre vous qui aujourd'hui courent des marathons, mais pendant très longtemps, les êtres humains n'étaient plus trop capables de courir des marathons, notamment à cause de la roue. Et pourtant, la roue, ça nous a permis d'aller plus loin et faire plus de choses, etc. Donc, on a toujours cet échange entre la technologie et le fait de... De retirer certaines parties du corps humain, mais pour autant, ça ne vous empêche absolument pas d'aller faire votre jogging, faire votre marathon. ratons si vous le souhaitez. On revient à cette idée du choix humain et de la gentilité humaine. C'est que vous choisissez vous-même de faire votre course à pied. Et donc, l'IA, à la fin, ce que ça fait, c'est que ça libère du temps.
Ça nous permet de regagner un petit peu de pouvoir sur notre environnement. Ça nous permet de choisir à la fin ce qu'on a envie de faire. Si on peut répondre à un email avec de l'IA, ça veut dire qu'on va passer trois minutes de plus avec ses enfants le soir. potentiellement. Et donc, à la fin, c'est vraiment le choix de chacun de décider ce qui va faire des gains que procurera cette technologie. Un exemple qu'on a chez Alan, notamment, c'est qu'on a décidé que tout le monde pouvait construire. Et en fait, faire regagner du temps à chacun chez Alan dans les équipes techniques, parce que les équipes de design, les équipes de customer support, les équipes d'opération, en fait, construisent des choses eux-mêmes. Et donc, il faut regagner du temps aux équipes techniques qui peuvent derrière se recentrer sur ce qui
fait vraiment leur métier, c'est-à-dire l'architecture, la décision de comment est-ce qu'on va gérer la stack technique de l'entreprise. Et donc, on revient vraiment à ce triangle, c'est que l'intelligence humaine, le côté qui fait vraiment de nous des humains, c'est pas tellement la capacité technique, c'est vraiment la décision de faire les choses, donc choisir, c'est de créer, connecter, innover. Et à la fin, ce n'est pas d'accumuler. Il y a un autre mythe qui est assez potent et que beaucoup de gens, certains conférenciers aiment bien en parler d'ailleurs, c'est que l'IA volerait notre créativité. Encore une fois, je pense que ça ne va pas faire de mystère autour de quelle est ma position là-dessus.
Mais moi, j'aime bien continuer à prendre des analogies historiques et notamment l'analogie que j'adore sur la technologie et la créativité, c'est la photographie. Il y a notamment un philosophe allemand, pour le coup, qui s'appelait Walter Benjamin, qui a écrit un bouquin qui s'appelle« L'œuvre d'art à l'époque de la reproductivité technique». Et notamment, il parle de la photographie. Je ne sais pas si vous connaissez la photographie de gauche, mais c'est une photographie d'un artiste qui s'appelle Man Ray. C'est la photographie la plus chère du monde. C'est une photographie qui s'appelle le violon d'Ingres, qui est inspirée d'une peinture de Dominique Ingres. Et en fait, lui, il a utilisé la photographie qui était censée complètement détruire la créativité parce que ça a empêché des...
des générations de peintres de pouvoir s'exprimer, en fait, il a utilisé la technologie pour créer un nouvel art. Et la raison pour laquelle j'ai mis cette image à côté d'une autre image, c'était que face à la technologie, on a deux manières de montrer sa créativité. Soit en utilisant cette technologie, en innovant avec cette technologie, soit en s'opposant à cette technologie. Et donc, l'image de droite, c'est Monet. C'est les impressionnistes. En fait, les impressionnistes n'ont pu exister que grâce à la technologie, que grâce à leur opposition à la technologie. Parce qu'en fait, la photographie, elle a détruit complètement le métier des peintres qui étaient à l'époque beaucoup dans l'hyperréalisme. Et en fait, l'arrivée de la photographie, ça a rendu ça complètement caduque. Donc, il y a eu plein de portraitistes, plein de gens qui faisaient du réalisme, qui se sont retrouvés un petit peu sur le carreau.
Mais les plus intelligents d'entre eux, en fait, ils ont utilisé ça, ils ont créé des nouveaux arts. Donc, d'une certaine manière, ils ont utilisé leur agentivité humaine pour créer et donc exprimer leur créativité. Et on voit ça quand même aujourd'hui avec l'IA. Il y a l'artiste turc Refi Kanadol qui est entré dans... dans les collections permanentes du MoMA à New York, avec des œuvres qui ont été créées avec de l'IA. Et donc, d'une certaine manière, l'IA et la technologie en règle générale créent de nouveaux arts. On revient toujours à une question, c'est comment est-ce qu'on devient plus humain? Là, vous allez peut-être vous demander pourquoi je vous demande à tous d'aller aux toilettes. Ce n'est pas exactement le thème. Là, si je vous montre ça, cette œuvre d'art qui s'appelle The Fountain, C'est une œuvre de Marcel Duchamp.
Ce qu'il a montré, Marcel Duchamp, c'est que l'art, c'était choisir. C'est-à-dire, il a pris un objet, un peu au hasard, pas complètement au hasard, mais il a décidé de dire que cet objet, c'était de l'art. Et ce qui compte, en fait, à la fin, peu importe ce que vous allez créer, c'est votre choix en tant qu'humain et dire, moi j'ai fait ça, moi je pense que cette chose-là, c'est de l'art. Et ça, je pense que c'est ça qui est important dans la créativité. Et donc, on voit en fait ce sujet de distribution de créativité. On revient à Alan, comment est-ce qu'on a utilisé ces technologies ? En fait, on a fait des outils pour complètement décentraliser la créativité. Fait que chacun puisse décider de comment il veut créer l'image de marque, etc.
Et donc, d'une certaine manière, on redonne le pouvoir aux humains pour pouvoir choisir ce qu'ils veulent faire. Donc si on revient à ce triangle, en fait, on revient à ce qui nous rend le plus heureux. humain, c'est-à-dire le pouvoir d'action. C'est décider de créer quelque chose de nouveau. Et surtout, toute cette partie-là, c'était vraiment autour du discernement. C'est-à-dire que quand Marcel Duchamp décide de poser son ready-made avec son urinoir, Il décide, il dit, moi, j'ai décidé que ça, c'était de l'art. Et en fait, la clé, à la fin, ce n'est plus la capacité technique. C'est vraiment le discernement et la décision de faire des choses. Et enfin, un dernier des mythes dont je voudrais parler, c'est est-ce qu'on peut se permettre de ne pas investir l'IA ? On pourrait se dire, la France, c'est la France.
En fait, on n'a pas besoin des autres. On va juste faire nos trucs. On va revenir à la terre. On va faire notre petite révolution non technologique entre nous. Le risque, c'est un risque que j'appelle le risque Commodore Perry. 1850, il y a les Japonais, ça fait quelques centaines d'années, qui se battent entre samouraïs pendant le shogunat. Et à un moment, il y a un Américain qui s'appelle le Commodore Perry qui arrive avec ses canons et qui dit... Les gars, la récré, c'est fini. Maintenant, vous allez poser vos katanas et on va commencer à... Vous allez ouvrir votre pays au reste du monde. Et donc, d'une certaine manière, le Japon a été forcé d'ouvrir son pays. Et en fait, ce qu'on voit un petit peu toujours avec la technologie, c'est que si on n'adopte pas la technologie, si on décide d'être complètement renfermé, en fait, on perd le contrôle.
Et donc la clé à la fin, c'est qu'adopter l'IA, adopter la technologie, c'est vraiment garder le contrôle. C'est ceux qui adopteront le mieux la technologie qui, derrière, pourront l'utiliser à meilleur escient et donc, à la fin, dicter leurs règles. Mais adopter l'IA, c'est bien, mais innover, c'est quand même mieux. Si on regarde un peu les courbes, ce n'est pas très brillant pour l'Europe. Parce que les États-Unis et la Chine ont pris un petit peu d'avance parce qu'on s'est un petit peu tourné les pouces et on s'est dit que c'était OK de jouer les arbitres dans une compétition de l'IA. Moi, ma perception, c'est qu'en règle générale, si on a le choix entre leadership et souveraineté et qu'on choisit uniquement la souveraineté, au final, on arrive avec ni l'un ni l'autre. Donc, pas de leadership et pas de souveraineté non plus parce qu'on a le Commodore Perry qui nous tombe sur la tête.
Et donc, ce qu'on a essayé de faire, notamment avec Alan et Mistral, je vais vous raconter un tout petit peu l'histoire, mais fin 2021, début 2022, on sent que vraiment la transformation de l'IA est vraiment en route. On a même retrouvé des... Des messages sur notre Slack l'autre jour qui dataient de juillet 2020 sur le fait que GPT-3 allait tout changer. Et en fait, fin 2021, j'arrête tout ce que je fais en tant que CTO de Alan pour me refocaliser sur l'IA. On commence à transformer la boîte avec de l'IA. Et on se rend compte qu'on est tributaire d'une seule entreprise, qui était OpenAI, qui malheureusement est américaine. Et donc on s'est dit, il faut qu'on change ça, il faut qu'on fasse bouger les choses. Et donc, avec mon associé Jean-Charles, on est allé chercher les meilleurs chercheurs qui pouvaient créer des IA avec des LLM, qui malheureusement travaillaient à l'époque dans des...
Dans des entreprises de la tech américaine, et on leur a dit, on va faire ensemble un projet et on va faire émerger une IA européenne. Et cette IA, c'est devenu Mistral. Avec Mistral, on a montré que si on gardait un petit peu d'obstacles, Si on se disait qu'on était encore capable, en tant qu'Européens, de reprendre nos technologies en main et qu'on décide de faire des choses et qu'on se dit que ça va marcher, à la fin, souvent, ça marche. Et donc notre posture, et je pense que ça doit être la posture, un petit peu de tout, c'est qu'il ne faut ni être utopie, ni être naïf, mais il ne faut pas non plus être catastrophiste. Et donc la posture, et c'est ce que j'aimerais insuffler à tous ici, c'est l'optimisme exigeant.
C'est-à-dire l'optimisme qui va se baser sur la gentilité humaine, c'est-à-dire qu'on va s'appuyer sur le fait qu'on pense que les humains vont essayer de faire des choses bien, sans être naïf, on va être exigeant, on va avoir du discernement sur ce qu'on va faire, on va être capable de choisir où est-ce qu'on va vouloir utiliser la technologie, mais on va l'essayer, on va regarder ce qui marche, ce qui ne marche pas, si ça ne marche pas, tant pis, mais on va prendre des risques et on va avancer. On ne va pas s'enfermer dans une stratégie où on va juste tout réglementer sans rien faire. Et donc, la clé, à la fin, si on arrive à avoir cet optimisme exigeant, on va pouvoir pousser toute la société à mieux adopter ces technologies et donc, derrière, créer des champions de cette technologie en Europe et, à la fin, affirmer un petit peu plus notre souveraineté. Donc, en résumé, l'IA nous rend paradoxalement plus humains.
Le vrai risque, c'est l'inaction. Et surtout, C'est à nous de choisir. Et choisir, c'est l'optimisme exigeant. Merci à tous. Bravo! Bravo, bravo! On ouvre la dernière session questions-réponses. T'es d'accord? J'ai envie. Alors, question, réaction, comment? Ah! Insulte. On n'a plus de micro? Ah si, là en fait, Guillaume, juste là. Kevin, c'est une question de philo, désolé. Tu as dit que la révolution de l'IA, c'est comme les autres avant, la roue, la machine à vapeur, etc. Qu'est-ce que tu penses du fait que désormais, avec les chatbots,
On n'est plus les seuls à parler. On n'est plus les seuls à, même si c'est pas forcément ça derrière, on n'est plus les seuls à avoir de la réflexion, à réfléchir finalement, même si c'est pas forcément ça derrière. Et en quoi ça ne change pas? Ta position là-dessus. C'est une bonne question ou pas? Excellente question. Ça sert la société. Franchement, c'est la meilleure des deux jours. Super question. Et comme j'aime bien les analogies, je vais prendre une analogie. Quand il y a l'arrivée de l'écriture, c'est un petit peu la même chose. C'est qu'on contient de l'information sur un support, ce qui était un petit peu nouveau à l'époque. Quand on a l'imprimerie, on rend ce support... Communicable un petit peu partout. Donc d'une certaine manière, on communique un petit peu mieux.
Les deux sont des transformations, des révolutions de l'information. Ça change complètement le fait qu'on ait passé le test de Turing sans même s'arrêter, sans même que... Les gens ne commentent le test de Turing, c'est quand même quelque chose d'assez fort. C'est que si vous parlez à quelqu'un sur Internet, c'est même plus que vous ne savez pas que c'est un chien, vous ne savez plus si c'est un être humain ou un être vivant, par contre. C'est que derrière, ça peut être un... Ça peut être n'importe quoi. Donc, d'une certaine manière, on a commencé à dire à Descartes, c'est plus je pense, donc je suis. En fait, c'est si tu penses, je ne sais pas si tu es. Et ça, ça nous transporte à quelque chose de nouveau. Mais le« je pense donc je suis» cogito ergo sum reste vrai. Et d'une certaine manière, En fait, ça garde une continuité en termes philosophiques.
Je ne sais pas si ça répond à ta question. Ça va mieux? T'es pas d'accord quand même? On en parlera plus tard. On en parlera pour le petit verre de l'amitié juste après. Est-ce qu'il y a d'autres questions pour Charles? Ah, bah évidemment. Juste une remarque. Il y a, ça ne pense pas. Il y a ça pense pas. Non, ça ne pense pas. Ça te sort un résultat statistique. Et toi, est-ce que tu penses? Bien sûr. Ce qui compte, c'est l'illusion. Et donc il n'y a pas de question, Liane ne pense pas. En fait, le mentaliste est là. De mon point de vue, c'est tout le thème de l'expérience de la Chinese Room, c'est qu'on ne peut pas savoir si tu penses ou si tu ne penses pas. Et donc, de mon point de vue, la machinerie biologique que tu as en toi, qui te permet de t'exprimer, ne pourrait pas me dire si tu penses plus que l'IA.
Donc, à la fin, c'est une question de sémantique. Je pense que sur cette réponse, tout le monde est en train de penser là. Rien que pour se dire, si je veux penser, je veux montrer que je pense. Ça nous rassure tous un peu. Pardon. Je pense que tu as une autre remarque, c'est le contraire, mais on pourra en reparler tout à l'heure. Et c'est une remarque aussi que je voudrais faire. En fait, une des différences fondamentales entre ce qui est informatique et IA et nous, parce que dans la forme, c'est vrai qu'on ne peut plus faire la différence et le test de Turing se passe sans qu'on s'en rende compte, comme tu l'as dit. Une différence entre les... Il y a un ordinateur et nous, c'est qu'il n'y a pas d'individu. Mais ça va avec le fait que tu parlais d'agentivité. L'agentivité, oui. Ça va avec le fait d'être quelqu'un qui peut être un agent, en fait. Et ça, ça n'existe que dans le domaine du vivant, en fait.
Il n'y a pas d'individu en dehors du règne du vivant. Et il n'y a pas de sujet. Et avec le Chinese Room Argument, c'est un peu la même chose. Ça se rapproche de ça. C'est une commentaire question. Apparemment, colonne de gauche, on vous reconnaît bien, évidemment. Deux questions, deux commentaires, deux réflexions. À gauche, là-bas. Pardon, Guillaume, excuse-moi, je ne t'ai pas bien indiqué. Mais comme tu penses, je suis tranquille. Bonjour, Elliot. Je voulais revenir sur les logiques d'humains augmentés dont vous avez parlé, dont on a beaucoup parlé. En fait, je trouve que d'un côté, on a l'humain augmenté, grâce à l'IA, on peut tout comprendre, donc il y a quasiment un infini qui s'ouvre. Et d'un autre côté, vous venez de dire que le plus important, c'est de faire des choix. Et je me demande si finalement, elle n'est pas là, la grosse peur aussi que beaucoup de gens ont, c'est que faire un choix quand on a peu de possibilités, c'est facile. Faire un choix entre A ou B, c'est facile, et faire un choix face à eux, tout devient possible, c'est quasiment impossible. J'ai l'impression qu'on a beaucoup peur que les gens ont peur de perdre leur travail. Je me demande si ce n'est pas plutôt qu'ils ont peur de ne pas savoir la bonne direction, mais toutes les directions.
C'est très clair. Et c'est souvent la chose qui bloque la gentilité, c'est vraiment le fait de... De ne pas avoir de discernement. Et c'est pour ça que c'est très important de pouvoir marcher sur les deux jambes, parce que c'est le discernement qui permet de décider parmi les... milliards de choses que je peux choisir de faire grâce à l'IA, en fait, c'est celle-là que je vais faire parce que c'est ça qui est important pour moi. Et donc, pouvoir marcher sur ses deux jambes, c'est ça qui nous rend humains. Et le collectif aussi. Pardon, je me permets, Charles. Le social, c'est tout un autre sujet. Le collectif est fondamental pour gérer l'incertitude du monde quand on voit qu'on est tous traversés par la même expérience. Nastira, moi j'ai une question. Quand je vois le triangle, ça me fait penser à pensée, émotion, comportement. Et avec l'IA, on a un peu l'impression qu'on lui donne notre capacité à penser, entre guillemets. Je mets bien des guillemets parce que l'IA, elle est prédictive et elle ne pense pas pour nous. Et du coup, ça nous coupe de nos émotions et nos comportements. Je ne sais pas si le triangle part de là, mais souvent quand on n'est pas aligné entre les trois, on est en dysfonctionnement et du coup ça génère ces peurs-là.
Et du coup, si on croit qu'on lui donne nos pensées, alors du coup, on n'arrive pas à avoir ce discernement que tu avais sur la droite et je ne sais plus ce qu'il y avait sur la gauche. Le pouvoir d'action, la gentilité. C'est super intéressant. On peut, d'une certaine manière, sous-traiter une partie de notre pensée à une machine. C'est ce dont parlait Michel Serres, que j'ai cité tout à l'heure dans son bouquin Petite Poucette. On peut, mais à la fin, La question, c'est qu'est-ce qu'on... veut en tant qu'humain. Et il y aura, d'après moi, vraiment deux types de personnes. Il y a les personnes qui, en fait, se laissent porter, moi, ce que j'appelle des passagers, et d'un autre côté, des personnes qui vont plutôt s'engager et qui vont utiliser, en fait, cette chance incroyable de pouvoir déléguer une partie de leur pensée pour pouvoir penser plus, penser mieux. Et ceux-là, je les appelle des engagés.
Et en fait, un... Un exemple. qui me tient beaucoup à cœur, c'est le jeu d'échecs. Au jeu d'échecs, aujourd'hui, on peut utiliser Stockfish, qui est un moteur d'échecs qui permet de résoudre à peu près toutes les positions et donner un score à ces positions. Et on pourrait se dire, ces moteurs d'échecs, en fait, ils sont plus forts que tous les êtres humains depuis à peu près 1997. Et en gros, ce n'est pas pour ça qu'on a arrêté de jouer aux échecs. Au contraire, en fait, Il n'y a jamais eu autant de gens qui jouent aux échecs. Et on peut utiliser l'IA, les moteurs d'échecs, de deux manières. Soit on peut les utiliser pour tricher, mais ce n'est pas très intéressant et on n'apprend pas grand-chose. Soit on peut les utiliser pour apprendre à mieux jouer aux échecs. Et en fait, pour moi, c'est un petit peu comme ça.
Et c'est pour ça que je pense que l'être humain restera le baromètre de l'IA. C'est que l'IA va s'adapter à l'humain, et l'humain va s'adapter un petit peu à l'IA en même temps. Mais l'IA pourra être aussi intelligente qu'elle veut, à la fin, si elle n'arrive pas à s'interfacer avec l'humain, en fait, ça ne veut rien dire. C'est une très belle conclusion, Charles. Merci. Bravo. 40 minutes de talk inspirant. Merci infiniment.
