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Tech.Rocks Summit 2025
IA et détection de la désinformation climatique dans les médias
- Emmanuel Vincent (Founder & CEO, Science Feedback)
- Eva Morel (Secrétaire Générale, QuotaClimat)
Tech.Rocks Summit 2025 · 2 décembre 2025 · 38 min · en français
Résumé
Au Tech.Rocks Summit 2025, cette session présente l'outil d'IA développé par QuotaClimat, Science Feedback et Data For Good pour détecter automatiquement la désinformation climatique dans les médias et la combattre grâce à un diagnostic précis.
Summary
At the Tech.Rocks Summit 2025, this session presents the AI tool developed by QuotaClimat, Science Feedback and Data For Good to automatically detect climate disinformation in the media and counter it with a precise diagnosis.
Thèmes : IA · Impact & numérique responsable
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Alors écoutez, on va revenir à un tout petit peu de sérieux, mais même beaucoup de sérieux dans le prochain talk. Je suis particulièrement heureuse d'accueillir Eva et Emmanuel. Déjà parce que je vous en avais expliqué hier quand on a reçu Paul Duan, je me suis permise parfois de glisser quelques noms de gens que je connais assez bien, qui font partie de la communauté des entrepreneurs sociaux d'Ashoka, qui sont fellow Ashoka depuis un petit moment. C'est le cas d'Emmanuel Vincent. Qui est géographe et qui travaille beaucoup sur les fake news climatiques, il va vous en parler, et surtout avec Eva. Ils ont mené une initiative absolument fascinante qui va vous montrer à quel point la désinformation, ça peut être aussi une fissure dans notre paysage démocratique et que l'IA peut venir combler justement cette fissure-là. C'est un talk qui, pour moi, est crucial. Ils vont nous parler de désinformation climatique parce que la vérité, aujourd'hui, elle a vraiment besoin que le futur soit viable. Et je pense que leur initiative va vous surprendre autant qu'elle va vous intéresser. Je vous demande d'accueillir Eva Morel et Emmanuel Vincent.
Eva, qui est secrétaire générale et cofondatrice de QuotaClimat. Et Emmanuel Vincent, qui est le fondateur et le directeur de Science Feedback. Let's go. Je suis super, super, super contente de vous avoir tous les deux pour ce Tech.Rocks Summit. Vous voyez, ils sont charmants. On les a un peu... Non, on ne voit rien. Alors, on va allumer un tout petit peu les lumières éventuellement si vous voulez les voir. Comme ça, ça vous donnera une petite idée. On peut faire ça éventuellement, Hélène? Voilà, regardez. C'est mieux? Bonjour. Et vous allez voir, ça va être canon. Je vous laisse, vous avez 25 minutes, je reviens pour la session de questions-réponses tout à l'heure. Bonjour à toutes et tous, ravie d'être parmi vous aujourd'hui. On va commencer par ces quelques citations qu'on a pu entendre récemment dans les médias. Pour commencer, ce n'est pas un degré qui va faire la différence, c'est quelque chose qui a pu être entendu sur CNews le 1er septembre 2025.
Il faut savoir que 1°C, ça fait toute la différence, puisque à plus 1,5°C de réchauffement, les récifs coralliens deviennent complètement instables, et il y a trois fois plus de vagues de chaleur que ce qu'on ressent aujourd'hui. On a pu entendre aussi, ou plutôt le dire, dans le courrier Picard le 19 août 2025, que les épisodes caniculaires sont souvent un coup gagnant. Il faut savoir que les épisodes caniculaires, ce n'est pas vraiment un coup gagnant, puisque la dernière vague de chaleur en 2023, en Europe, il y a eu plus de 50 000 morts. Et on a pu entendre sur France Info le 14 août 2025, donc toujours cette année, que le réchauffement climatique est partiellement lié à la nature. Encore une fois, c'est complètement... et ça a été démontré de manière sans équivoque par les scientifiques du climat, le réchauffement climatique observé actuellement, il est 100% lié à l'homme. Ces fausses informations, on les détectait avec QuotaClimat, l'organisation que j'ai cofondée il y a 4 ans, à la main. Et c'était quelque chose qui était très chronophage, puisqu'on était censé regarder les médias, écouter la radio, lire la presse de manière quotidienne. On avait une armée de bénévoles qui faisaient ça à la main, mais c'était hyper compliqué.
En fait, il faut savoir que la loi de Brandolini oblige les fake news, ça prend un ordre de grandeur d'énergie supplémentaire à les fact-checker qu'à en produire. C'est extrêmement facile de dire n'importe quoi, n'importe où. Et donc, on s'est dit que ce serait peut-être temps de hacker la loi de Brandolini et d'aller faire ça de manière plus automatisée grâce à l'IA. Et donc, c'est le travail qu'on a mené avec Science Feedback et avec une autre organisation qui s'appelle Data for Good, qui est une communauté de bénévoles de la tech engagés sur des questions d'intérêt social ou environnemental. Et donc, c'est ce projet qu'on va vous partager aujourd'hui. Pourquoi est-ce que la désinformation dans les médias traditionnels, c'est le sujet qui nous préoccupe? On peut entendre beaucoup que la désinformation climatique, ça survient surtout sur les réseaux sociaux, sur TikTok, sur Instagram, sur X désormais. Sauf que quand ça atteint les médias traditionnels, il y a un effet entendu à la radio, vu à la télé ou encore lu dans la presse, qui fait qu'on accorde une confiance supplémentaire. Les Français et les Françaises, la confiance la plus forte qu'ils accordent, c'est pour commencer à leurs proches, et ensuite dans la presse quotidienne régionale, et ensuite dans les programmes d'information généraliste à la télé.
Les médias traditionnels ont vraiment un rôle de boussole de ce qui différencie les faits et les opinions en démocratie. Aujourd'hui, ce qu'on constate, c'est que parce que ces fausses informations sur le climat circulent dans les médias traditionnels, ça brouille cette frontière entre faits et opinions. C'est quelque chose qui conduit à une perte de confiance généralisée, une perte de confiance des décideurs dans la science du climat. On a pu le voir à la COP30 qui a eu lieu il y a quelques semaines, où les reculs vis-à-vis de la science ont été assez frappants, quitte à retirer les mentions des énergies fossiles de l'accord final. Et on peut le voir également au niveau des entreprises, qui de plus en plus reculent sur leurs engagements climat, ou alors ont beaucoup moins d'ambition qu'auparavant. Et ça a aussi des impacts. sur les vies humaines. Je vais prendre deux exemples. À Valence, lors des inondations de l'année dernière, il y a eu des faux numéros d'urgence qui ont circulé et qui ont conduit certaines personnes à avoir du secours trop tard. Ça, c'est vraiment très frappant dans des moments où on a besoin d'avoir des secours très rapidement. Ou encore, lors de l'ouragan Milton en Floride, où certaines personnes ont refusé d'évacuer leur maison parce qu'il y avait une fake news qui avait circulé de la part de Trump.
Qui disaient qu'ils seraient spoliés de leurs biens s'ils le faisaient. On voit que les fausses informations sur le climat, ça a des impacts concrets sur la vie humaine, notamment en période de crise, qui sont de plus en plus amplifiées du fait de la crise climatique. Dans les rapports du groupement intergouvernemental des experts sur le climat, le GIEC, il est indiqué dans leur dernier rapport de 2022 que les médias jouent un rôle crucial dans la formation des perceptions, la compréhension et la volonté du grand public d'agir sur les questions de changement climatique. Il faut savoir que les rapports du GIEC, c'est une compilation de l'état de la connaissance scientifique dans le monde. Actuellement, d'ailleurs, ils sont réunis à Paris. Ça a commencé hier pour le nouveau rapport du GIEC, qui sera publié dans 5 à 7 ans. Et ce qu'on constate, c'est que ce constat du rôle causal des médias dans la perception et la volonté d'agir du grand public, elle est démontrée de manière sans équivoque. Ce qui veut dire qu'il y a tout un tas d'études qui l'ont démontré au cas par cas, et je vais vous en citer une. Au moment du Brexit, on a une expérience naturelle qui s'est produite, puisqu'il y a une petite bourgade à côté de Londres, où il y a un journal local qui a été supprimé à la diffusion parce qu'il y avait un conflit du fait d'un club de foot local.
Ça a conduit à ce que partout ailleurs, il soit diffusé, sauf dans cette bourgade. Et les scientifiques se sont demandé, on va s'interroger sur est-ce qu'ils ont eu le même comportement de vote par rapport au Brexit qu'ailleurs. En fait, ils se sont rendus compte que, massivement, les personnes de cette bourgade avaient voté contre le Brexit, alors qu'autour, ils avaient voté pour. Et toute chose égale par ailleurs, la seule différence qu'il y avait, c'était la diffusion de ce journal. Donc ça montre à quel point les médias ont un rôle crucial dans la formation des perceptions et que les fausses informations dans les médias, c'est vraiment un problème majeur. Bonjour à tous, moi je m'appelle Emmanuel Vincent, fondateur de Science Feedback. Et donc, partant de ces constats qu'on peut observer des fausses informations dans les médias, ce que l'on a voulu faire en tant que scientifique chez nous, c'est d'étudier ce phénomène et de le quantifier réellement, de mesurer combien il y a d'informations fausses et trompeuses dans ces médias. Sur les dix dernières années, on a beaucoup travaillé sur les réseaux sociaux. On parlait de tendance, de plus en plus de jeunes sont sur les réseaux sociaux, donc ça a attiré beaucoup notre attention.
Et on a peut-être un petit peu oublié que les médias, effectivement, beaucoup de gens les écoutent et leur font confiance. Et donc, ce que l'on a essayé de faire, c'est vraiment de prendre de manière systématique tous ces médias et de regarder s'il y a, oui ou non, de la désinformation. Chez eux. Alors, avant de commencer, un rappel, on parle de désinformation, qu'est-ce que ça veut dire? La désinformation, c'est le fait de partager des informations fausses ou trompeuses, dans notre cas, sur le changement climatique, ou dans un domaine lié. et de le faire avec une intention. Donc ça, c'est vraiment un exemple typique, la propagande d'un État qui essaie de déstabiliser un autre, par exemple. Donc la désinformation, c'est intentionnel. La mésinformation, c'est la même chose, mais sans intentionnalité avérée. Donc nous, ce que l'on a fait dans notre étude, c'est de trouver des cas, que l'on appelle des cas de mésinformation. On n'a pas forcément une preuve de l'intentionnalité. Alors, comment on fait pour étudier les médias audiovisuels? C'est de ça qu'on parle aujourd'hui en France.
La première chose, vous le savez tous, c'est d'avoir de la donnée. Et donc, ce que l'on a fait dans le cadre de ce projet-là, c'est d'acheter la donnée. Parce que ça prend quand même beaucoup de temps d'aller regarder tous ces programmes télé, radio. Donc, on a acheté la donnée qui se présente sous la forme de transcription. Donc, tout ce qui se dit sur la vidéo ou dans la radio, on l'a transcrit sous forme de petits segments de deux minutes. Donc on a des centaines de milliers, voire même à la fin de l'expérience, plus d'un million de ces petites transcriptions. Et la première étape, c'est de savoir si elles parlent oui ou non de climat. Donc ce n'est pas forcément extraordinairement technique, je ne vais pas rentrer dans les détails ici, mais voilà, détection de mots-clés avec la sémantique autour, pour ne pas juste détecter des choses qui ne sont pas réellement du climat en fait. Ce qui nous fait un premier filtre et on a environ 3% de toute la couverture médiatique qui va parler effectivement de climat. Là où il y a quelque chose d'effectivement... nouveau, c'est le développement d'un outil d'intelligence artificielle dans le cadre de ce projet pour spécifiquement détecter quand quelque chose
parle de climat, est-ce que c'est probablement de la désinformation, de la fausse information, oui ou non. Et donc, c'est vraiment crucial d'avoir fait ça, puisque sinon, on a des milliers d'heures de transcription à regarder chaque semaine, ce qui ne serait pas sympa d'envoyer à nos experts. Donc, on a vraiment besoin de cet outil. pour dégrossir, filtrer tout ce jeu de données que l'on a. Je vais revenir sur précisément comment on a développé notre modèle, mais si vous voulez avoir un aperçu de ce que l'on a fait, on a cette première classification, détection de ce qui parle du climat, ensuite un module d'intelligence artificielle qui détecte ce qui est probablement de la fausse information, et ensuite on vérifie systématiquement tout ce qui est probablement faux ou trompeur avec des experts scientifiques. Donc nous, chez Science Feedback, c'est notre spécialité. On a un réseau d'experts qui nous permet de vérifier à chaque fois pour être sûr que ce que l'on considère comme un cas avéré est effectivement... Un cas où il y a une information fausse ou trompeuse vérifiée.
Et ensuite, je vous présenterai cela à la fin, on a regroupé tous ces cas en ce que l'on appelle des narratifs, c'est-à-dire on a identifié les messages sous-jacents à chaque fois qu'il y a un cas de fausse information dans les médias, pour comprendre en fait qu'est-ce qui peut motiver les personnes qui vont véhiculer ces fausses informations. Donc on va y revenir dans la suite, mais dans un premier temps, un zoom sur le développement de ce modèle. La première chose que l'on peut dire, c'est que les modèles de langage, les LLM que l'on a utilisés ici, ne sont pas forcément mauvais, même sans entraînement. En tout cas, ils ne sont pas forcément mauvais en termes de précision. Quand on leur demande, est-ce que dans toutes ces transcriptions, tu es capable de trouver des fausses informations, Les cas qu'il nous ramène, il y a une bonne précision d'environ 80%, donc il ne se trompe pas forcément beaucoup. Par contre, le rappel, le recall en anglais, va être très mauvais, parce qu'il y a beaucoup de cas que le modèle ne connaît pas, soit parce que c'est une information nouvelle, un nouveau débat, donc il n'a pas été entraîné sur ça.
Or, pour nous, c'est très important, dans le cadre de cette étude, d'avoir un rappel élevé. Donc on voulait avoir au moins 80% pour ne pas rater des cas. On veut quantifier le problème et il faut qu'on détecte la plupart des cas. Donc ce que l'on a fait, c'est qu'en plus d'entraîner le modèle, ce que l'on montre à gauche avec la phase de pre-training, avec des exemples que l'on a déjà en base de données, Ce que l'on a dû faire, c'est d'utiliser des exemples de fausses informations qui proviennent du dataset qui nous intéresse, celui sur lequel on veut appliquer le modèle. Par exemple, si on entraîne le modèle avec des vidéos de YouTube ou de TikTok, ça ne fonctionne pas correctement. On est obligé vraiment d'aller chercher des exemples de médias pour que le modèle soit performant à aller ensuite détecter ce type de contenu. Et donc quand on a fait toute cette phase de certification par des experts et de réentraînement du modèle, le fine tuning du modèle, on arrive à avoir un rappel de 80%. Évidemment la précision baisse, on est de l'ordre de 50%, mais c'est acceptable pour notre cas d'usage, c'est-à-dire que nos experts, une fois sur deux, ils ont quelque chose qui leur est proposé à vérifier, qui n'est pas la bonne...
Qui n'est pas effectivement de la fausse information. mais c'est gérable dans ces proportions-là. Alors maintenant, concrètement, qu'est-ce que l'on détecte avec ce type de modèle et avec nos experts? Un exemple d'affirmation fausse ici, qui a été prononcée sur Sud Radio en janvier 2025. Il y a deux affirmations fausses dans ce que vous voyez ici. Le CO2 a réchauffé la Terre de 0,4 degré. Non, la réalité, c'est déjà plus de 1 degré depuis l'ère pré-industrielle. Et 5% de CO2 en plus dans l'atmosphère, la réalité, c'est qu'on a déjà 50% de CO2 en plus dans l'atmosphère. Voilà, donc ça, c'est juste pour illustrer le genre de cas, on va dire, simple. Où on a vraiment une erreur factuelle que l'on peut mettre en parallèle avec une connaissance très bien établie. Ensuite, dans cette mésinformation, on a quand même aussi classé des choses qui ne sont pas forcément factuellement fausses, mais qui sont trompeuses. Et un exemple d'information ici qui n'est pas fondée, qui n'a pas de support scientifique,
C'est cet exemple sur CNews en juillet 2025, où il a été affirmé que le blackout, donc la grande coupure d'électricité qui a affecté l'Espagne et le Portugal au printemps, serait liée aux énergies renouvelables. Or, à cette date-là, et à la date d'aujourd'hui, c'est toujours le cas, il n'y a pas de rapport qui démontre ça. Et au contraire, les rapports, des rapports qui font des milliers de pages, j'imagine que la plupart d'entre vous ne les ont pas lus, ces rapports-là ne mettent pas en... les énergies renouvelables vont plutôt, au contraire, pointer vers d'autres causes. Et comme souvent, la réalité est complexe, mais on va avoir certaines personnes qui vont, parce qu'ils ont un agenda à pousser cette affirmation-là, venir affirmer quelque chose sans fondement. Donc ça aussi, c'est des cas de mésinformation dans notre méthodologie. Maintenant, au-delà de l'anecdote, une fois qu'on a détecté tous ces cas, Donc on a détecté 529 cas d'informations fausses ou trompeuses dans les médias sur les 8 premiers mois. de l'année dans les 18 chaînes d'information les plus vues ou écoutées en France.
Vous allez voir les chaînes par la suite. Mais la première chose qu'on observe ici, c'est que temporellement, on n'a pas le même nombre de fausses informations dans les médias chaque semaine. Il y a des semaines où il n'y a pratiquement pas de fausses informations et des semaines, au contraire, où on a jusqu'à plus de 110 cas, fin juin par exemple, comme vous pouvez le voir sur le graphique. Et ce dont on se rend compte, c'est que les pics de fausses informations vont être corrélés avec l'actualité politique. Dans ce cas-là, des votes à l'Assemblée et au Sénat sur la programmation pluriannuelle de l'énergie, et un petit peu plus tôt, votes à l'Assemblée nationale sur les zones à faible émission. Donc déjà, on commence à comprendre qu'il y a potentiellement une intentionnalité ici. On n'est pas juste sur des erreurs qui peuvent arriver de temps à autre, et ce qui nous donnerait plutôt quelque chose de lisse. On a quelque chose qui va accompagner l'actualité politique potentiellement pour l'influencer. Ensuite, dans toutes les chaînes que l'on a regardées, que vous pouvez voir ici, on n'a pas la même prévalence, le même nombre de cas de fausses informations que l'on a détectées.
Donc vous pouvez voir déjà le premier enseignement, c'est que certaines chaînes, on va citer le top 5 ici, CNews, Sud Radio, Europe 1, LCI et RMC, sont les chaînes où il y a quantitativement le plus de fausses informations ou d'informations trompeuses sur le climat. À l'opposé du spectre, vous avez certaines chaînes radio comme France 2, France Culture, TF1, M6, où il y a peu de cas de fausses informations. On a aussi, vous pouvez aller voir sur le rapport, rapporter ça au temps d'antenne. Ça ne change pas fondamentalement ce que vous pouvez voir ici, parce qu'effectivement, on pourrait penser que ceux qui en parlent le plus pourraient être désinformés le plus, mais ce n'est pas le cas, au contraire. Ceux qui en parlent le plus sont aussi ceux qui propagent le moins de fausses informations. Le deuxième enseignement ici, c'est qu'il y a un phénomène différent en fonction des chaînes. Sur certaines chaînes, notamment celle du service public, la plupart des cas sont prononcés par des invités. Et donc, des invités qui sont soit présentés comme des experts, soit des personnalités politiques, où pour les journalistes, c'est beaucoup plus difficile de savoir qu'est-ce qu'ils vont dire.
Ils ont quand même l'obligation d'informer le public et donc de corriger le tir, mais ils ne peuvent pas maîtriser ce qui va être dit par ces invités. Par contre, de l'autre côté du spectre, vous allez voir avoir certaines chaînes, comme par exemple CNews ici, où 35% des cas sont prononcés par les journalistes eux-mêmes. Et donc, certaines chaînes vont avoir soit les journalistes, soit des chroniqueurs, c'est-à-dire des invités réguliers, qui vont participer à partager ces fausses informations. Donc voilà, il y a deux phénomènes assez différents. Dans un cas, un phénomène qui est peut-être subi, donc un manque de réactivité des journalistes, un manque de capacité à contredire ce qui est dit, alors que d'un autre côté, il y a potentiellement une volonté éditoriale de potentiellement influencer le public, donner des fausses informations sur le climat. Finalement, je vous avais parlé du regroupement en grands narratifs. Voilà ce qu'on a pu obtenir comme résultat. Là encore, on a utilisé un LLM pour regrouper dans les 529 cas des clusters sémantiques sur le type de message qui est sous-jacent.
Ce n'est pas juste le thème, c'est quel est le message véhiculé. Les LLM sont assez bons pour ce genre de tâches. Et ce que l'on a observé, c'est que vous pouvez voir les plus grands narratifs, ceux dont les clusters regroupent le plus de cas, ont pour cible les énergies renouvelables. Donc vous voyez tous les cas à gauche, par exemple le cluster le plus représenté avec 125 cas, dont le message est que les énergies renouvelables font exploser le prix de l'électricité. Alors ça ne veut pas dire que tout le monde qui donne ce message dit forcément quelque chose de faux, on peut le dire de manière réelle, mais dans ce cas-là, on a des cas de fausses informations qui abondent ce message-là. Quand vous voyez cette observation, beaucoup d'attaques sur les énergies renouvelables, ensuite sur les solutions que la France pourrait ou devrait prendre d'un point de vue politique, et aussi sur les solutions en termes de mobilité, zone à faible émission, véhicules électriques, on voit qu'il y a potentiellement des intérêts derrière qui ont intérêt à ce que ces solutions soient empêchées.
Et la science du climat, strictement parlant, ça ne représente finalement que 10% des cas de mésinformation. Pour plonger un petit peu plus, dans l'intentionnalité potentielle derrière, je laisse Eva reprendre la parole. Donc on peut désormais se demander de qui viennent ces fake news, comment est-ce qu'elles circulent et quelles sont leurs conséquences dans l'espace médiatique. C'est ce qu'on a essayé de retracer, même si ce n'est pas forcément la chose qu'on fait pour tous les narratifs de désinformation, pour quelques fake news. En voici un premier. Premier exemple, le 1er décembre 2024, il y a une tribune qui a été publiée dans Le Point et qui disait qu'il fallait arrêter la marche forcée aux énergies renouvelables. Cette tribune avait été signée par une dizaine d'anciens dirigeants du secteur énergétique français. Et parmi les derniers signataires, on retrouvait des personnes qui pilotaient des think tanks qui étaient climato-sceptiques ou opposés à la transition énergétique. Qui n'était pas forcément très présent dans l'espace médiatique, plutôt au marge jusqu'à présent. Le 2 décembre 2024, l'un d'entre eux, Fabien Bouglet, a été invité sur Sud Radio pour une émission de 40 minutes où il a pu bien étayer ses idées.
On s'est retrouvé avec ces personnes de plus en plus invitées dans les médias français, jusqu'à ce que, quelques jours plus tard, le 11 décembre 2024, 28 minutes d'Arte, qui est pourtant un programme... Plutôt réputé pour sa rigueur de l'information, invite le premier signataire de la tribune à un débat avec d'autres scientifiques. Sur le sujet, faut-il arrêter les énergies renouvelables en France? Narratif qu'on aurait pensé inimaginable il y a quelques mois. Ça s'est amplifié jusqu'à ce qu'on arrive au blackout de fin avril 2025, au Portugal et en Espagne, où il fallait remplir les plateaux télé, il fallait donner des experts... À voir pour parler de ce qui se passait. Et on s'est retrouvés avec cette même personne, Fabien Bouglet, qui a été invité sur France Info pour discuter du blackout le jour J et a attribué le blackout aux énergies renouvelables, alors que, comme l'a dit Emmanuel jusqu'avant, il n'y a pas de preuve à ce jour que ce narratif soit fondé. On pourrait se dire que ça s'arrête là, sauf que non. Ce narratif s'est retrouvé dans la loi, voté à l'Assemblée nationale dans un texte, dans un amendement, et donc dans l'amendement qui proposait un moratoire sur le sujet. les énergies renouvelables, la justification, c'était cette fake news.
Donc on s'est retrouvés à légiférer sur la base d'une fake news qui s'est progressivement normalisée dans l'espace médiatique. Et ça, selon nous, c'est vraiment frappant. On peut se demander aussi qui sont les acteurs derrière, qui les financent et d'où ils viennent. Et on s'est demandé, cette petite musique sur les énergies renouvelables, si on ne pouvait pas retracer en ligne des personnes qui les propageaient, qui les diffusaient activement. On s'est particulièrement intéressé à la fondation IFRAP, et notamment à sa source de financement, qui est le réseau Atlas, qui est un réseau américain, qui est en particulier financé par l'industrie fossile. Dès 2020, on retrouve des premiers articles sur leur site internet qui s'intitulent« Les énergies renouvelables causent des risques de blackout». Puis les ENR ont fait augmenter de 40% le coût de l'électricité, etc. On se retrouve avec un narratif très récent qui attribue aux énergies renouvelables un coût pour l'État de 300 milliards d'euros. Un narratif qui a été débunké. Par un grand nombre d'experts, y compris par l'État français, et qui s'est retrouvé dans la bouche ensuite de responsables politiques. Donc en fait, il y a des acteurs comme ça, sous-jacents, qui ont des financements qui sont pour le coup très intéressés, et qui se retrouvent à propager activement ces fake news, parce qu'il y a des gains concrets à le faire.
On peut se demander, face à ce constat qui est assez déplorable et angoissant, si on n'est pas démuni à notre échelle, et c'est ce qu'on essaie de démontrer au contraire chez Quotaclimac, on a des leviers d'action concrets pour agir par rapport à cette donnée qu'on produit ensemble. Tout d'abord à l'échelle nationale. À l'échelle nationale, on a... On a rédigé une proposition de loi qui est désormais portée à l'Assemblée par plus de 100 parlementaires de 8 bords politiques, donc de manière transpartisane, et qui propose dans son premier article de renforcer les compétences de l'autorité de régulation audiovisuelle, l'ARCOM, en matière de lutte contre la désinformation climatique. En parallèle de ça, on a fait toute une série d'alertes à l'ARCOM sur des cas de désinformation qu'on a détectés ensemble. Et pour la première fois, il y a quelques semaines, le Conseil d'État a émis une première jurisprudence qui établissait qu'en effet, l'état des connaissances scientifiques sur le climat relève du fait que si on dément ces faits sans contradiction en direct, ça relève de... De l'infraction pénale et donc on a une amende. Et donc CNews a pour la première fois été sanctionné à hauteur de 20 000 euros d'amende, ce qui est une première mondiale. Et donc on est vraiment ravis de cette jurisprudence.
Maintenant, il y a un gros travail d'aller étoffer cette jurisprudence à l'échelle internationale, mais en tout état de cause, ça n'existait pas jusqu'à présent. Ces victoires qu'on a à l'échelle nationale, on peut aussi aller les chercher à l'échelle européenne. Le fait que des premiers cas juridiques existent dans une juridiction, ça nous permet ensuite de les cranter dans le droit européen. Et pour la première fois l'année prochaine, il va y avoir une fenêtre d'opportunité puisqu'il y a la directive audiovisuelle qui va être rediscutée et qui est le cadre de régulation européen sur ces sujets. Et enfin, à l'échelle internationale, ces sujets montent également, en parallèle des menaces sur la science, bien sûr. Pour la première fois, la COP30, le sujet de la désinformation climatique a été discuté. Il y a trois semaines, il y a une première déclaration mondiale de lutte contre la désinformation climatique qui a été publiée et qui demande aux médias d'avancer. de davantage agir pour mieux couvrir ces sujets, et au gouvernement de mettre en place des politiques publiques et des outils légaux pour y remédier. Et ça, pareil, c'est une première. Ce travail de plaidoyer portait fruit. Le modèle qu'on a construit avec Science Feedback et Data for Good, il avait pour vocation dès le départ d'être un open source et réplicable pour qu'on puisse ensuite outiller d'autres organisations dans d'autres pays à faire la même chose, puisque ça n'existe pas nulle part ailleurs.
Et donc c'est ce qu'on s'est attaché à faire, aller toquer aux portes d'autres partenaires dans d'autres pays pour comprendre quel était l'état de la désinformation. et si on pouvait mettre à disposition nos données pour qu'ils fassent la même chose. Et on a commencé à le faire avec un premier rapport qui a été publié juste avant la COP30, qui fait état de données françaises, mais également brésiliennes, sur l'état de la désinformation climatique. Et ça a pu avoir un certain écho au moment de la COP30. Donc c'est un premier pas très positif. Ce qu'on observe, c'est qu'aller chercher des narratifs locaux et comprendre les narratifs dans leur spécificité culturelle locale, avec pas forcément les mêmes arguments, pas forcément les mêmes acteurs, c'est un peu difficile d'un point de vue entraînement du modèle. Donc c'est pas un long fleuve tranquille. En fait, on a besoin d'ajuster les choses, on a besoin d'avoir des fact-checkers qui parlent la langue locale et qui comprennent les sujets. Mais en tout cas, c'est ce qu'on est en train de faire dans cinq pays actuellement. On espère que ça portera ses fruits dans les prochains mois. On voulait vous laisser sur trois messages pour finir. Le premier, c'est que le développement d'outils d'intelligence artificielle, d'un point de vue organisation, qui n'avait pas d'outils techniques à sa disposition jusqu'à présent,
ça a été vraiment transformateur pour obtenir l'impact qu'on souhaitait sur des questions de climat, même si bien sûr il y a des coûts énergétiques de ressources associés à l'utilisation de la technologie qu'il faut bien sûr reconnaître. Je pense que le message que j'aimerais transmettre là-dessus, c'est que bien sûr, c'est très important de développer des outils quand on en a besoin, mais il faut bien que le besoin soit identifié, précis, et que l'outil réponde précisément pour ne pas se noyer dans des besoins énergétiques trop importants. Et c'est ce qu'on a fait en filtrant d'abord, par exemple, la donnée climat, et en analysant avec l'IA que la donnée climat, et pas l'ensemble du fluo audiovisuel. Mais ça a permis d'obtenir des bons résultats. Et pour conclure, ce dont je souhaite vous informer, c'est que nous allons continuer ce travail. Et effectivement, cela nécessite un soutien. Donc si, comme je l'espère, vous avez été convaincus de l'utilité de surveiller, de regarder ce qui se passe dans l'espace médiatique et de continuer à publier des analyses scientifiques, je serais ravi de discuter avec vous si vous êtes intéressés pour soutenir d'une manière ou d'une autre notre travail.
Et finalement... Pour ouvrir et terminer cette discussion, je souhaiterais aussi rappeler que pour l'instant, les modèles de langage, les LLM, ne savent pas reconnaître le vrai du faux. On a été confronté à ce problème dans notre quotidien, puisque parfois le LLM va nous dire, voilà, ça c'est une fausse information avec beaucoup d'aplomb, c'est très convaincant, mais en fait c'est faux. C'est-à-dire que le LLM lui-même se trompe. Donc il ne faut pas oublier que les LLM sont avant tout le reflet de ce sur quoi ils s'entraînent, qui est disponible sur Internet. Or, il y a aussi des tentatives de pollution du web, de plus en plus de contenus créés par des LLM eux-mêmes ou des acteurs étatiques qui tentent de manipuler ces outils. Donc, restez aussi bien conscients du fait que cette situation, ce risque, existe aujourd'hui et peut être amené à être amplifié dans le futur. Merci pour votre écoute. Bravo, bravo, bravo Emmanuel. Bon après moi je ne suis pas objective parce que je suis archi-fan, donc je ne vais pas dire que je suis archi-fan, sinon ça pourrait biaiser les questions.
Voilà, oui donc vous avez raison, mésinformation, désinformation, malinformation aussi, donc tout ça c'est un fléau pour le climat, mais pas que pour le climat, donc d'où l'intérêt aussi de créer ces ponts entre nos mondes et votre monde, parce qu'on a besoin de tout le monde. J'ai fait beaucoup de monde dans une même phrase, mais c'est pas mal. Alors si vous êtes ok, on va ouvrir une session de questions. Ah, une première question là-bas. Au milieu, je rêve, une question du milieu. Le centre se réveille. L'empire du milieu est là. Bonjour Gilles, merci beaucoup pour votre présentation qui est d'une extrême actualité, comme vous le voyez. Et justement, par rapport à ce qui se passe actuellement en France sur la commission d'enquête sur les médias publics, sur la polémique suite à... À des propos de notre président le week-end dernier sur la labellisation. Est-ce que vous voyez ça comme plutôt positif au sens où vous m'apportez le débat de la désinformation et, entre guillemets, ces intérêts privés se rebiffent ou tentent de se rebiffer? Ou est-ce que ça vous inquiète encore plus parce que ça montre qu'effectivement, il y a une attaque en règle contre les médias qui cherchent la neutralité et l'information?
Merci. Eva ou Emmanuel? Les deux, même, l'un après l'autre. Pour rebondir sur ce qui s'est passé récemment, le fait que le président... Emmanuel Macron s'est emparé un petit peu de ce problème de la désinformation et tente de proposer des choses à faire. Je pense que c'est positif, effectivement, que la prise de conscience du phénomène atteigne toutes les sphères. Donc ça, c'est une chose positive. Le fait que ce soit les hommes politiques ou des partis même qui essaieraient de s'emparer de ça, c'est toujours un petit peu problématique parce que finalement, le mieux, c'est que les scientifiques, les journalistes, la société civile soient en charge. Et finalement, c'est quand même ce qu'a proposé le président. Par contre, ça a été aussi déformé. Il y a une sorte de guerre d'informations perpétuelles où des informations vont être transformées. On va accuser le pouvoir de vouloir censurer, de vouloir contrôler l'information, alors qu'a priori, ce n'est pas le cas. Il y a plutôt un appel à solutionner, trouver des solutions face à ce problème-là. Donc je pense que c'est positif.
Maintenant, le fait qu'il y ait... Des médias qui se sont transformés progressivement sur le modèle américain. C'est-à-dire que des hommes ou des femmes très riches ont pris contrôle de ces médias et ont décidé qu'à partir de maintenant, ces médias ne sont pas là pour informer avant tout, mais pour influencer. Pardon Emmanuel, si on rigole, ce n'est pas pour tes propos, excuse-moi. C'est parce qu'en fait, on voit tout le monde. Qui illustrait parfaitement ce que tu étais en train de dire. Donc ces hommes puissants, ces femmes puissantes, qui prennent le contrôle des médias. Ça, c'est plutôt inquiétant, c'est-à-dire qu'on va vers un modèle à l'américaine où on a des acteurs qui se montrent comme des médias, mais qui sont en fait là pour influencer et tenter d'avancer leur pion, de faire gagner leur propre champion aux élections, par exemple. Eva, je ne sais pas si tu voulais compléter quelque chose ou pas? Rapidement, je pense que ce qui est aussi intéressant avec le complément d'enquête qui a été publié, c'est les attaques qu'a subies Reporters sans frontières sur la méthodologie utilisée dans son rapport. Souvent, quand on n'est pas d'accord avec quelque chose, c'est beaucoup plus facile d'attaquer la mesure plutôt que le problème. Et c'est ce qui s'est passé dans ce cas de figure. Je pense que c'est quand même important d'être vigilant, à garder l'image globale en tête.
Certes, les méthodologies qu'on utilise pour objectiver le pluralisme, la désinformation, elles ont toujours des biais. Nous, on en a également dans notre méthode. En revanche, le problème du pluralisme, le complément d'enquête a illustré de manière majeure. Et désormais, ce qui est attendu d'un point de vue citoyen... quand on s'attache à ces questions démocratiques, c'est que l'ARCOM, et si ce n'est pas l'ARCOM, le Conseil d'État, agisse rapidement, parce qu'avoir de telles déformations du pluralisme dans des médias, ça a des impacts électoraux dingues. Et ce qu'on voit, c'est qu'avec les municipales et les présidentielles qui arrivent, les impacts risquent d'être majeurs. Il y a urgence. Et là, je vais me permettre de sortir un peu de mon rôle, pardonnez-moi, parce que dès qu'il s'agit d'information, j'ai un espèce de truc qui revient régulièrement. Il y a trois ans, Christophe Deloire, qui était le délégué général de Reporters sans frontières, avait demandé à Emmanuel Macron de tenir des états généraux de l'information. Il a fallu un an pour que Christophe Deloire ait gagné une cause, et puis il nous a fallu un an pour travailler notre copie et remettre plus de 50 propositions au président de la République qui était mandataire des états généraux de l'information. Et cela fait un an que nous avons restitué nos travaux. Donc ça fait trois ans qu'il existe tout un tas de recommandations, et notamment avec un Tour de France qui a eu lieu, où beaucoup de citoyens se sont permis de formuler beaucoup de propositions.
Près de 6400 propositions ont été retenues. On a fait travailler deux week-ends de suite 100 citoyens au CESE, qui eux-mêmes ont formulé un rapport de près de 400 pages. Et ça fait un an qu'on demande un droit de suite, nous en tant que membres des États généraux de l'information. Donc le débat qui agite en ce moment la sphère médiatique m'inquiète beaucoup parce qu'on est en train de revisiter, de refaire la roue régulièrement, sans s'apercevoir que l'éducation média c'est fondamental, le pluralisme de l'information c'est fondamental, et évidemment la protection des journalistes c'est fondamental parce qu'il en va non seulement. seulement de la polarisation de l'opinion, mais surtout du tissu démocratique. Donc s'il vous plaît, si j'ai une demande à vous formuler, aidez-nous à demander un droit de suite sur ces putains d'états généraux de l'information dont on a rendu le rapport le 12 septembre 2024. S'il vous plaît. Merci beaucoup. Alors, d'autres questions maintenant? Parce que ça suffit de jouer avec la démocratie participative comme étant un argument marketing électoral. C'est pénible pour les citoyens et c'est ce qui crée la défiance vis-à-vis des médias et des citoyens eux-mêmes.
Et parfois des techs avec les autres. Alors pardon, la question, je suis désolée. Bonjour, merci pour les travaux que vous faites. Je trouve ça... Très utile à la société actuelle. Moi, j'ai une question, justement, un peu l'effet de société. Aujourd'hui, vous avez pris l'angle du climat, primordial, OK, mais à l'approche des municipales, des élections à venir, il y aura des sujets plus qu'actuels et qui vont définir les politiques de notre pays et plus. Ma question, c'est aujourd'hui, les outils que vous avez développés, ils sont apparemment... Hyper utile, pas de souci, mais il fonctionne beaucoup à posteriori. Est-ce qu'il est envisageable d'avoir des outils comme ça qui fonctionneraient en live? Est-ce qu'il y aurait des choses à mettre en place? Parce que, comme vous l'avez dit, il y a de la désinformation, on arrive à la localiser, on arrive à potentiellement légiférer derrière dessus. Mais aujourd'hui, j'entends une information dans un média, au moment où je l'ai entendue, billet de confirmation, ça va dans mon sens, au moment où je repars avec et je la diffuse autour de moi. Est-ce que c'est des outils, des choses que vous pensez, vous avez déjà réfléchi à avoir en tête un mois?
Rien, ça m'intéresse vraiment techniquement. Désolé, c'est plus société que technique. Oui, alors effectivement, techniquement, il n'y a rien qui empêche le fait d'appliquer le genre de modèle qu'on a développé en direct. Maintenant, ça nécessite certains moyens. Il faut par exemple avoir des experts aussi pour valider si on a besoin de la validation, pour éviter quand même quelques faux positifs qu'il pourrait y avoir. Nous, ce qui nous a semblé utile dans un premier temps, c'est de créer cette liste de narratifs, de messages les plus souvent répandus. et d'entrer en interaction avec les journalistes pour leur fournir des billes, des manières de répondre à ce genre de messages, puisqu'on voit qu'ils reviennent régulièrement. Mais techniquement, il n'y a rien qui empêche, si ce n'est les moyens disponibles, de faire ça en direct. Maintenant, il faut aussi avoir l'accord et le partenariat avec les journalistes pour qu'ils puissent, par exemple, avoir un outil d'intelligence artificielle qui va automatiquement regarder ce qui se dit et qui fasse appel en direct à cette connaissance ou à des experts pour réfuter ce qu'ils entendent en direct.
Oui, c'est possible, mais ça nécessite une certaine ingénierie. Il y avait une dernière question. Oui, pardon. Oui, bonjour, Lucas. Je suis CTO chez Libération, donc ça me parle plutôt bien le sujet. Je voulais savoir justement si vous aviez prévu... Enfin, moi, je découvre les sujets que vous portez. On a beaucoup d'initiatives forcément de notre côté dans la presse, aussi avec Reporters sans frontières. Est-ce que vous avez déjà des discussions qui sont en cours sur ces sujets-là pour avancer ensemble? Il y a aussi des... Des services au sein des ministères comme Viginum qui sont aussi pour lutter contre les ingérences étrangères, parce que là on en a parlé un tout petit peu, mais il y a des gens aussi qui sont derrière ces choses-là, qui viennent pousser la désinformation en France. Quel est l'état de l'art? Comment vous discutez avec les autres acteurs qui sont en France, qu'ils soient étatiques ou que ce soit d'autres types de presse, pas de médias, mais qui... ne donne pas trop la parole, ou en tout cas qui vérifie les informations qu'il diffuse.
Comment vous travaillez avec ces gens-là? Et en tout cas, moi, je serais ravi de discuter avec vous après. De manière plus approfondie sur ces sujets. Eva? Sur la partie presse écrite, l'Observatoire des médias sur l'écologie, qui est la première couche de filtre qu'on a pose pour filtrer ce qui parle de climat ou pas, va être étendue à la partie presse à partir de février 2026. Donc déjà, il y aura une observation systématique de toute la presse quotidienne régionale, presse quotidienne nationale, hebdo, magazine spécialisé. Donc il y aura cette donnée déjà qui permet de manière assez intéressante de montrer que certains médias ne parlent juste ou simplement pas de ces sujets avant même de désinformer, ce qui est un autre sujet. Et au-delà de ça, on travaille avec énormément d'acteurs institutionnels, Vigénu, ministère de la Transition écologique, ministère des Affaires étrangères, ministère des Armées, pour s'assurer qu'il y ait une action coordonnée qui se passe au niveau de la désinformation climatique. Parce qu'il faut savoir qu'à date, il n'y a pas d'action coordonnée sur ce sujet à l'échelle de l'État français. Et à la COP30, l'équipe de la ministre a annoncé qu'une feuille de route, elle est prochainement à être publiée. Donc là, il y a des travaux accélérés qui sont menés pour créer de la cohérence sur ces sujets.
Et bien sûr, les médias sont dans le périmètre. C'est essentiel que les médias soient partenaires de cet effort. Donc voilà ce qui va se passer. On pense que dans les prochaines semaines, on croise les doigts, ce sera peut-être moins long que l'état généraux de l'information. Il y aura des choses qui seront publiées. Merci beaucoup. Pardon, je vais prendre plus de temps, mais je veux dire, on va être dans la speaker zone, donc si vous êtes intéressé pour discuter un petit peu plus, on va s'y trouver juste après cette présentation. Voilà, autour d'un petit verre, parce que ce sera le moment de... L'apéro. Ce sera encore plus fantastique de parler de tout ça. Merci beaucoup à tous les deux. Bravo pour tout. Bravo, merci.
