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Podcast Tech.Rocks
L'importance de créer une communauté avec ses équipes Tech
- Barbara Teslar (Head of Engineering Delivery, Prestashop)
- Edouard Ribes (CPTO) — interview
Podcast Tech.Rocks · 7 avril 2024 · 31 min · en français
Résumé
Barbara Teslar, Head of Engineering Delivery chez Prestashop, revient sur son parcours et sur sa passion pour la tech depuis l'enfance, quand elle codait déjà pour créer des morceaux de musique. Elle évoque sa place de femme dans la tech et défend l'idée que tous les jeunes devraient avoir un mentor après le bac pour les accompagner dans leur parcours professionnel, comme cela se fait notamment en Allemagne. Elle parle aussi de son goût pour la formation et les rencontres qui la font grandir.
Summary
Barbara Teslar, Head of Engineering Delivery at Prestashop, looks back on her career and her passion for tech since childhood, when she was already coding to create pieces of music. She talks about her experience as a woman in tech and argues that every young person should have a mentor after secondary school to guide them in their career, as is done in Germany in particular. She also shares her appetite for learning and for the encounters that help her grow.
Thèmes : Management & organisation
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Je pense que pour les questions justement de genre ou de place dans les sciences ou dans la tech, c'est vraiment de se dire, est-ce que je vais avoir assez de ressources pour pouvoir faire mon cheminement dans un parcours qui est quand même un peu plus technique que certains parcours, Tous les jours, tu dois t'informer, tous les jours, tu dois te remettre en question et sortir de ta zone de confort. Mon besoin d'appartenance, c'était vraiment m'accomplir par mon métier et par des domaines assez tech, assez complexes, avec des résolutions de choses au quotidien. Bonjour à tous et bienvenue sur un nouvel épisode de notre podcast Tech.Rocks. Alors aujourd'hui, j'ai le plaisir d'être avec Barbara. Peut-être que d'ailleurs, Barbara, tu veux un peu te présenter pour les gens qui nous écoutent. Bonjour à toutes et à tous, hyper contente d'être là. Merci beaucoup Edouard de prendre ce temps avec moi. Donc moi, c'est Barbara Teslar.
Je travaille au sein de Prestashop actuellement et je suis en charge de la livraison de logiciels. Ce qu'on appelle une head of delivery. Et donc, j'entame ma troisième année au sein de PrestaShop. Peut-être rapidement, moi c'est Edouard, j'ai une casquette un peu CPTL, jusqu'au mois dernier j'étais chez Harvest, qui est une fintech, un logiciel de productivité pour les conseillers financiers. J'avais la casquette à la fois produit et tech sur une des filiales, ça représentait à peu près une cinquantaine de personnes, et là, jusqu'à ce moment-là, je viens de passer sur un rôle un peu équivalent, côté Chief Technology, qui fait de l'IA chez les assureurs. Gros sujet, l'IA. Oui, on aura peut-être d'ailleurs l'occasion d'en reparler un peu à la fin sur les détails en général et un peu ce qu'est ta vision sur le sujet. Du coup, en fait, quand on avait un peu commencé à réfléchir à ce podcast et à sa structure, on avait deux grandes trames sur lesquelles on aurait pu échanger, Barbara. La première était évidemment qu'est-ce que ça fait d'être une femme dans la tech et un petit peu qu'est-ce qui t'a...
Qu'est-ce qui t'a amené là ? Quel a été ton parcours, en particulier sur le sujet de reconversion? Alors peut-être qu'on va commencer par simple. Comment, en tant que femme, on atterrit dans la tech, si je peux le dire comme ça? Alors, c'est marrant parce que quand j'ai reçu la trame et que j'ai eu un peu le vent de cette question, je me suis dit, mais c'est vrai ça, comment j'ai atterri là? Quand on fait pause et qu'on fait un petit instantané en se disant, tiens, je suis là aujourd'hui, comment je l'ai fait pour y venir? Et en fait, c'est marrant parce que je pense que je me suis dit, je suis devenue une femme dans la tech après ma reconversion professionnelle il y a quelques années. Du coup, j'ai fait l'exercice, j'ai fait la synthèse pour me dire à quel moment ça a commencé. Mais je me suis rendue compte que je me revois petite dans ma chambre, que j'appelais le labo en plus, avec mes ordis et tous mes instruments de musique, à essayer de faire des playlists en enregistrant sur des cassettes, les remettant en les digitalisant sur mon ordinateur. Donc, officiellement, je pense que je suis une femme dans la tech depuis une dizaine d'années. Mais je pense que depuis petite, je me considère un peu comme une tech, même si c'est vrai que concrètement, en termes professionnels, c'est ton diplôme qui dit que tu es une femme dans la tech.
Donc, j'ai entamé ma reconversion suite à... J'ai pas mal voyagé, en fait, et j'ai fait pas mal de pays anglo-saxons, mais j'ai grandi en Allemagne. Et c'est vrai que c'est des pays où il y a un peu moins de questions sur est-ce qu'une femme peut faire quelque chose. C'est un peu plus pas dans les mœurs. Mais c'est vrai que naturellement, en Allemagne ou aux États-Unis, on a des stages quand on est un peu plus jeune. Et donc, naturellement, les femmes peuvent être scientifiques, font un peu l'expérience de ça. Mais je me suis dit, en fait, que je voulais vraiment... J'avais l'image de la femme qui code derrière son ordinateur avec tout le code. Et je me suis dit, pour faire ça, même si on peut se former en autodidacte, il faut quand même mieux avoir un diplôme pour pouvoir prétendre aux mêmes choses que tout le monde. Donc, je vais dire que ça fait dix ans à peu près que je suis une nana dans la tech. Et c'est marrant parce que... Une femme dans la tech, c'est comme tout le monde. C'est comme un homme dans la tech. C'est juste quelles sont tes compétences? Est-ce que tu y arrives?
Est-ce que tu sais faire les choses? Et est-ce que tu arrives à résoudre des problèmes et à trouver des solutions par toi-même? Je crois que c'est ça, tout simplement. Je pense que c'est intéressant parce qu'il y a quelque chose que tu as mentionné dedans que je trouve personnellement, on va dire, assez vrai. C'est exactement ce que tu dis, femme, c'est comme un homme dans la tech. C'est vraiment, je pense, le point de départ qui joue. Je pense que la difficulté qu'on a peut-être en France, c'est ce que tu as mentionné. Je ne sais pas ce qui se passe au niveau, on va dire, du côté éducation ou culture, mais il y a un gap qui se crée. Tu vois, tu peux enseigner le diplôme, tu regardes aujourd'hui les stats dans les écoles d'ingénieurs qui, quand même, source un grand... De personnes qu'on a à texte, c'est quand même déjà fortement biaisé au démarrage. Tu as 20% de femmes, 80% d'hommes, et du coup, ce que tu as dans l'industrie aujourd'hui, c'est quasiment le miroir de ça. Et peut-être, justement, ce que je trouve intéressant dans ce que tu mentionnais, c'est que toi, ce qui t'a finalement poussé aussi là-dedans, c'est quelque part, dès ta petite enfance, tu disais ton labo avec tes cassettes, tu avais quelque part un peu cette appétence au milieu, tu ne t'es pas trop posé la question, il n'y a pas eu trop d'influence ou de biais sur ces choses-là.
Peut-être question ouverte, dans ce cas-là, si tu vois, tu prenais aujourd'hui notre panel d'étudiants français, en particulier quand ils doivent un petit peu structurer leur choix et s'orienter peut-être plus vers un cursus, on va dire scientifique, comme tu le mentionnais, qu'est-ce que peut-être tu ferais pour leur dire, ouais, c'est top, ou en fait, quel serait un peu le moteur que tu pourrais leur partager, du coup? J'ai l'impression que la question à se poser, que j'aurais dû me poser peut-être un peu plus tôt, c'est est-ce que dans cet univers-là, je vais avoir suffisamment de ressources pour grandir, pour apporter des solutions, que ça soit… Moi, à la base, j'ai un parcours plutôt scientifique avant d'être tech. Souvent, quand tu es face à ton parcours, tu te dis, tu as plusieurs questions. En fait, est-ce que je vais gagner de l'argent? Est-ce que je vais avoir de la place? Est-ce que je vais pouvoir travailler à l'international ou pas? Je pense que pour les questions de genre ou de place dans les sciences ou dans la tech, c'est vraiment de se dire, est-ce que je vais avoir assez de ressources pour pouvoir faire mon cheminement?
dans un parcours qui est quand même un peu plus technique que certains parcours et qui demande énormément d'auto-formation, énormément d'acculturation. C'est-à-dire que, je ne sais pas toi, mais moi j'ai l'impression que souvent dans mon temps libre, j'écoute des podcasts liés à notre domaine, je lis des bouquins liés au domaine, parce qu'il y a tellement de choses à savoir et à connaître pour être à l'aise dans ton contexte. qu'en fait, c'est surtout ça. Est-ce que si je m'engage dans la tech, en tant qu'homme ou en tant que femme, est-ce que j'aurai suffisamment d'énergie? Est-ce que j'ai envie de constamment poser des questions, remettre au centre les choses? Tu vois, on était dans notre petit domaine de la tech, tout d'un coup, il y a l'IA qui vient tout bousculer et qui fait un peu cette même... Ce même cataclysme de se dire tout ce que je sais aujourd'hui, est-ce que ça va prévaloir pour demain? Donc c'est ça en fait, est-ce que je vais avoir suffisamment de ressources d'énergie pour remettre souvent en question et trouver les bonnes réponses et les bonnes compétences pour être dans ce milieu qui est extrêmement compétitif et qui demande quand même d'être à la page et d'être à jour en fait.
Alors que dans certains domaines, tu vas avoir ton parcours, tu vas être formé et moyennement quelques formations et toi justement de rester un peu à la page, tu vas pouvoir continuer dans ce métier-là. Mais j'ai l'impression que dans les sciences ou dans la tech, tous les jours tu dois t'informer, tous les jours tu dois te remettre en question et sortir de ta zone de confort. En fait, c'est surtout en fonction de ton... Si tu te connais et que tu sais, non, non, moi, je veux être tranquille, je n'ai pas forcément envie d'aller à des confs, je n'ai pas envie de continuer de constamment apprendre, je pense qu'au bout d'un moment, on va s'essouffler et ça ne sera peut-être pas le bon parcours. Je pense que c'est intéressant parce que tu vois ce qu'il y a derrière. En fait, toutes les carrières, ce que je vois, et en tout cas les trajectoires qu'on peut avoir dans le milieu du travail sur ce qu'on appelle l'économie de la connaissance, obéissent à ce que tu as décrit, à savoir le fait que tu dois y mettre ta propre énergie et finalement aller par toi-même, t'auto-former, chercher des ressources. Je crois que ça s'appelle le concept de la carrière protéine.
Et la tech, je pense, est complètement équivalente à d'autres industries sur ce truc-là. C'est pour ça qu'il ne faut pas avoir d'a priori par rapport à ces lignes scientifiques, parce qu'ils obéissent à peu près aux mêmes règles que d'autres. Les ressources sont là, il suffit juste d'en avoir envie. Il ne faut pas avoir d'a priori. Et c'est pour ça que je ne sais pas ce qu'il y a, s'il y a un priori ou autre, et qui crée justement encore une fois ce biais au démarrage. Alors peut-être quelque chose d'autre. Tu as mentionné justement au démarrage que la partie qui t'avait un peu inspirée d'être une femme dans la texte, c'était ton labo cassette à faire des playlists, on va dire, dans ta tendre enfance. Est-ce qu'il y a eu d'autres choses qui t'ont inspirée ou d'ailleurs d'autres choses que tu veux partager, par exemple, qui auraient pu déclencher ta reconversion et t'intéresser? Je ne sais pas. Pourtant, moi, je suis une grande cinéphile et adepte de tout ce qui est cinéma. Et je pense qu'en se reprojetant, en s'y faisant une petite anamnèse, c'est vraiment toutes ces séries où on voyait des femmes dans la tech ou dans l'univers scientifique à travailler dans leur labo.
Pour moi, ça a été hyper inspirant de me dire, en fait, si c'est un message qu'on véhicule dans des séries ou dans des films, c'est que c'est possible, en fait. C'est que la plupart des gens qui regardent ces séries vont se projeter, en fait. Ça a été aussi l'importance des médias et de cette image qu'on peut renvoyer, en fait, et qui est... En fait, il faut trouver son inspiration. C'est-à-dire que je me suis dit, OK, est-ce que c'est possible? Est-ce que ça existe? Et j'ai trouvé des figures, en fait, qui étaient, je ne sais pas, par exemple, je repense à… Comment s'appelle cette série avec ce que lit? C'est X-Files. Oui, X-Files. J'ai trouvé ça génial qu'elle soit. Merci, bravo. Je vois que tu es fan aussi. Voilà, d'avoir ce duo et d'avoir toujours un duo avec une femme hyper tech, hyper calée. Et il y a cette notion aussi dans la tech, c'est souvent de l'équipe en fait. C'est ça aussi qui me plaît, étant donné que j'ai quand même pas mal fait de sport d'équipe. C'est vraiment ce côté de se dire, il y a des images, il y a des représentations qui sont assez fortes dans pas mal de séries. Et en fait, tu peux te projeter finalement assez facilement.
Et je pense que quand tu penses à la pyramide de Maslow, où on se dit qu'il y a le besoin d'appartenance, je pense que j'étais un peu influencée par ce besoin d'appartenance, de se dire, ouais, c'est... C'est une vision hyper positive de se dire que, disons que je ne me voyais pas dans une image assise derrière un bureau ou élevée 18 enfants. C'est vrai que pour moi, mon besoin d'appartenance, c'était vraiment m'accomplir par mon métier et par des domaines assez tech, assez complexes, avec des résolutions de choses au quotidien. Et je pense qu'il y a une autre chose qui m'a… Il y a une personnalité, en fait. Il y a une personne qui m'a hyper inspirée lors de mon passage chez Apple. J'ai eu la chance de pouvoir travailler chez Apple. J'ai rencontré un… Malheureusement, il nous a quittés, mais j'ai rencontré à l'époque Léon Milot, pour faire un hommage à cette grande personnalité. C'était un grand musicien, il a été chef d'orchestre et il a été l'un des pionniers dans justement le fait de... Un peu à la mobi d'ajouter énormément de synthé à la musique classique, de pouvoir synthétiser des choses.
Et je me suis dit, oh là là, il a recréé un labo, comme dans ma chambre à l'époque. Donc encore une fois, ce besoin d'appartenance, c'est lui qui m'a dit, je me souviens avec son accent, parce qu'il était américain,« Barbara, pourquoi tu te dis que ce n'est pas pour toi? Pourquoi tu penses que tu ne peux pas brief ça? » Et il m'a dit, en gros,« Appuie dans ta force et fais-le. » Parce qu'il m'a rappelé qu'aux États-Unis, la femme qui avait inventé le GPS, les femmes qui travaillaient à la NASA, c'était quand même… Voilà, c'est possible, ça existe, donc il faut y aller. Donc, il m'a un peu fait découvrir cette une verre geek parce que… C'est vrai qu'à côté, même dans mes passions, vu que je fais beaucoup de musique et de prod musical, il y a toujours ce côté geek de se dire qu'en fait, on peut se recréer un univers complètement autour de la tech. C'est faisable, il faut juste avoir les connaissances. Mais il ne faut pas oublier que les personnes qui vont traverser notre vie, en fait, Les mentors, c'est des personnes à qui on peut poser énormément de questions. Et je pense qu'il faut essayer. En Allemagne, quand tu fais ton bac, on te met un mentor.
C'est-à-dire que c'est une personne qui est à l'université, dans laquelle tu vas aller, et qui va te mentorer. Je pense que ça, c'est hyper important peut-être pour cette figure en France. Peut-être qu'on n'a pas assez de... de coaching ou comme on fait en code quand tu fais du pair programming, d'avoir une personne sur laquelle tu vas pouvoir t'appuyer, lui poser des questions, exorciser un petit peu tes peurs. Peut-être que ça serait un truc à mettre en place, d'avoir un mentor ou une mentor qui puisse t'accompagner quand tu fais ton orientation. Je pense que c'est intéressant parce qu'il y a plusieurs choses sur lesquelles je voudrais m'en dire à ce niveau-là. Je vais commencer peut-être par la question de mentorat. Ce qu'on a vu, en fait, c'est que quand même, la tech aujourd'hui, c'est un milieu, je dirais, qui est assez polaire dans la mesure où il y a ces traits, on va dire, riches d'un point de vue petites et moyennes entreprises. Pas grand-chose au milieu, c'est un peu le désert de la mort, avec les TETI, et après, on a des grands groupes. Et en fait, les grands groupes ne sont pas trop mauvais, je pense, dans l'appartement Torah, parce qu'ils ont souvent hérité d'une culture managériale qui est anglo-saxonne, assez normée, c'est assez intégré. Par contre, pour ce que j'en ai vu, et en particulier les discussions qu'on peut avoir au sein de Tech.Rocks, ça manque de l'autre côté des entreprises, celles qui sont plus petites.
Je pense que là, sans vouloir faire de la pub, c'est là où Tech.Rocks est intéressante à travers son système événementiel et autres. C'est parce qu'en fait, je pense que quand on en est dans cette catégorie d'entreprise, La façon de récupérer du mentorat, c'est d'aller le chercher. Et en fait, les communautés sont parfaites. Et c'est ce qui permet, on va dire, pour moi, véritablement, finalement, de grandir dans cet écosystème-là, parce que les rôles changent très vite. Quand on passe d'une petite taille, on va dire, d'entreprise à une un petit peu plus moyenne et autre, on va dire ne serait-ce que même... Quand on regarde la définition de CTO, entre un CTO qui peut être très hands-on dans une micro-boîte et un CTO qui est complètement hands-off et qui s'occupe d'une scale-up, ce n'est pas du tout le même job. D'ailleurs, peut-être que c'est une transition, on en barre d'ailleurs vers des trucs qu'on voulait un peu aussi aborder dans ce podcast. Ton rôle de tech leader, justement, comment tu le définis et comment tu le vois? Déjà comme un avantage ou un honneur, si tu veux, de pouvoir avoir ce rôle justement en toute humilité.
C'est-à-dire, mon rôle, c'est de faire grandir mes équipes, les personnes que j'engage ou les personnes avec lesquelles je travaille. Et c'est vrai que je prends beaucoup à cœur ce positionnement, d'être dans l'écoute active et de pouvoir trouver encore une fois des solutions aux équipes. Et c'est vrai que ta question, elle est super bien tournée parce que qu'est-ce qu'on met derrière leader en fait? Qu'est-ce qu'être leader? Est-ce que c'est un leader positif? Est-ce que c'est un leader abusif? Qu'est-ce qu'on détermine comme carte d'identité de leader? Et dans la tech, j'ai eu de la chance de rencontrer énormément de leaders positifs. Justement qui ne cassent pas ta personnalité et qui, en fonction de tes soft skills et de ton énergie, arrivent à te faire réaliser des choses en te faisant sortir de ta zone de confiance. Et ça, je trouve ça assez fort parce qu'on dépasse presque les limites professionnelles. Ça devient presque, tu vois, du coaching plus plus. Et c'est vrai que dans mon quotidien, en tant que leader, j'essaye d'avoir cette notion d'accompagnement et de pousser un peu les équipes à prendre des risques, mais en essayant d'anticiper, en fait.
Étant donné que tu l'as dit toi-même, par exemple, un CTO, tu en as qui vont avoir les mains dans le cambouis et d'autres un peu plus en retrait. Pour moi, c'est ça. Je me dis qu'en tant que leader, j'essaye d'anticiper et d'éviter les bloqueurs à mes équipes. Et il y a une chose aussi dont tu as parlé. En tant que leader et avec mes équipes, j'essaye de créer une communauté. C'est-à-dire soit une communauté pratique, soit une communauté de développement. D'essayer de faire en sorte que tu aies un peu un jeu de cette façon. en disant, OK, toi, tu as telle skills d'automatisation, il y a la famille innovation, peut-être que tu pourrais travailler un peu dans ce sens-là. Après, il y a un gros projet qui va avoir lieu, toi, tu es plutôt back-end, est-ce qu'on ne pourrait pas essayer d'anticiper avec des notions d'architecture, etc. Donc, c'est un peu comme ça que je vois le rôle de leader, c'est de se dire, est-ce qu'on ne peut pas prendre cette position un peu troisième position, un peu un coach sur la ligne de match, qui dit, voilà, je vais peut-être anticiper un peu ce qui va se passer, mais je te connais, donc je sais qu'on peut aller dans cette direction. Et c'est à moi de te donner les cartes et les clés pour que tu puisses y aller et éviter les bloqueurs.
C'est intéressant justement parce que je pense qu'il y a vraiment dans le rôle de leader aussi cette notion de coach et de matchmaker. Parce qu'en fait, tu vas voir ce dont l'organisation a besoin, ce dont la personne a besoin. Et en fait, c'est arriver à trouver comment ces zones se recoupent pour faire en sorte que tout le monde y gagne. Et d'ailleurs, à ce niveau-là, est-ce qu'il y a des choses, des outils, des méthodes un petit peu spécifiques que toi tu utilises et que tu voudrais peut-être partager avec les gens qui nous écoutent? Alors, avec plaisir, outre les méthodes agiles, le Lean et la méthode Accelerate, qui sont vraiment les méthodes connues, il y a cette notion de... Alors, c'est presque de la méditation, en fait. C'est de se dire, en termes de méthode, toute l'analyse de contexte qu'il va y avoir, avec ce que j'appelle le bouton on-off. C'est-à-dire qu'il ne faut pas tout le temps être en on, Et il y a des moments... où tu vas utiliser la méthode un peu plus en retrait, c'est-à-dire d'analyse, qui est basée en plus sur l'analyse scientifique.
Quand tu es en labo, c'est un peu ça à la base. C'est de se dire, oula, là, il y a une situation, on analyse, on fait le benchmark, l'état des lieux, et ensuite, on trouve les solutions. Donc, c'est plutôt, c'est un peu la méthode scientifique. Même dans la gestion de projet, j'essaye vraiment de… Alors, il y a toujours des imprévus, mais en tout cas, de pouvoir les anticiper, pour être encore plus sur un côté opérationnel, moins dans« j'éteins des feux», mais j'ai conscientisé le contexte et j'ai conscientisé ce qui allait se passer. Il y a énormément dans le Lean Management, Il y a énormément de petits outils qui permettent justement de se dire, quand je fais une pause et que j'anticipe sur le projet, je réfléchis aux parties prenantes, aux stakeholders, aux personnes qui vont contribuer aux dépendances. Et je trouve que c'est, même dans le management humain, ça te permet quand même d'accepter le risque et l'erreur. C'est un peu ça, je pense, la méthodologie, c'est de se dire qu'on ne peut pas ne pas avoir de faille.
On ne peut pas éviter tous les obstacles et se dire« c'est bon, je n'ai aucune embûche, je suis arrivée sur la ligne d'arrivée et il n'y a eu aucune embûche». C'est plutôt de se dire« ok, de toute façon, il y a des moyens avec les méthodes, tu fais des rétros, des post-mortem, il y a des moyens d'analyser les choses». C'est plutôt de se dire« ok, En tant que leader, pour telle situation, qu'est-ce que je vais pouvoir utiliser comme méthode ? Et j'avoue que quand on était chez Apple, on a été formé à la PNL. Alors, apprendre avec des pincettes, je ne sais pas si ça parle à tout le monde, le programme neurolinguistique. Mais en tous les cas, cette méthodologie permet de comprendre les signaux verbaux et les signaux non-verbaux de tes équipes et des personnes en face de toi. Et ça, je le couple un petit peu aussi avec la méthode DISC, la méthode de couleur, c'est-à-dire... Par exemple, quand tu es en situation de stress, quelle est ta dominance de personnalité ? Donc, tu as des personnes qui vont être rouges, qui vont être un peu dans l'angoisse, dans l'énervement et dans le côté un peu direct.
Puis, tu as des personnes qui vont être comme moi, dans le stress bleu. C'est-à-dire, OK, on se calme. Quelles sont les données? Quels sont les chiffres? Quels sont les datas? On analyse, on fait une petite rétrocession. Là, on se pose et on analyse le truc. Et puis, tu as des personnes qui, naturellement, donc ça, c'est ce que je te disais, c'était dans les situations de stress. Et le disque te dit aussi dans les situations normales, par exemple, est-ce que tu es plutôt jaune? Est-ce que tu es une personne qui va être très enjouée, très énergique? Et ça, pour comprendre tes équipes, le fait de l'avoir fait, moi, avec ma toute première équipe, Ça me permettait de savoir, elle est telle couleur en stress, elle est telle couleur. Je ne vais peut-être pas lui balancer 18 slides avec 3 milliards de datas parce qu'en situation de stress, c'est une personne qui est jaune. Donc voilà, de commencer quand même à comprendre avec la méthode scientifique d'un côté, avec les méthodes un peu lean, agile, mais aussi avec les méthodes de connaissance de l'être humain et du comportement. Moi, je sais que c'est des méthodes qui permettent en tout cas d'éviter des gros conflits ou qui permettent la susceptibilité ou de mettre les pieds dans le plat à un moment où il ne faut vraiment pas le faire.
Oui, c'est intéressant parce que quelque chose que je trouve très vrai, c'est que dans tout ce que tu dis, c'est que je trouve Finalement, dans une entreprise, c'est bien le terme en français, c'est société. Parce que c'est exactement ça. Je pense que ça retranscrit tout à fait la notion que le travail, c'est avant tout une histoire humaine. Tu travailles avec des gens. Est-ce que tu peux apporter des compétences, évidemment, sur la table? Mais en particulier, c'est vrai dans la tech, parce qu'en fait, on a quand même la notion de squad, où il y a un bloc industriel qui est conçu, autant qu'un bloc industriel militaire d'équipe. Et ça, c'est extrêmement important. Et du coup, peut-être que ça me fait poser une autre question pour toi, par rapport justement à ces moments-là, tu vois, à ta conscience du besoin de prise de recul et justement à cette notion de qu'est-ce qui fait l'équipe. Est-ce qu'il y a des« aha moments» comme on dit, ou autres qui seraient apparus dans ta carrière et que tu voudrais un petit peu partager? Est-ce qu'il y a eu des moments aussi d'ailleurs où tu t'es foiré, parce qu'on est quand même là pour entendre aussi les choses franchement, et où ça t'a appris des trucs que tu peux partager avec nos écouteurs, nos auditeurs?
C'est marrant comme l'humain a capacité. Là, tout de suite, j'ai des moments de foirage qui m'arrivent en pleine face, alors que les moments« ah ah», tu ne les vois pas de prime abord. C'est rigolo quand même. Écoute, je vais inverser la solution. Je vais commencer par les« ah ah» moments. Je me souviens, j'ai été engagée par l'entreprise Lagardère. La RH, qui était donc une gride, une allemande pure souche, me pose la question en me disant, demain, un magazine, paré. Et la une, c'est un hommage à toi. Qu'est-ce que tu verrais comme une? Est-ce que tu vois une une avec Women of the Week, une sorte de GQ féminin où c'est toi les bras croisés, conquérante? Ou tu vois autre chose. Et là, je me suis dit, alors j'ai une chance sur deux de me planter, c'est-à-dire que soit je suis honnête, soit je ne suis pas honnête. Qu'est-ce qu'elle attend de moi? Est-ce qu'elle veut que je me mette en avant ou pas? Et je me suis dit, OK, de toute façon, c'est ce que tu disais, c'est de l'humain. Le naturel va revenir, donc autant ne pas partir dans ce qu'elle attend, mais moi dire vraiment, en fonction de ma personnalité, je lui dis, non, je vois plutôt une photo d'équipe avec, en gros titre,« They made it».
Ils ont réussi. Je pense que j'aurais dit« Yes, we can» si c'était à l'époque d'Obama, mais du coup, je n'avais pas encore cette accroche marketing. Et oui, c'était vraiment ce moment de se dire, c'est vrai que j'aimerais bien avoir un espèce d'award d'équipe, on réussit un projet de fou. Et bien en fait, tu vois la projection psychologique, deux ans plus tard, on obtenait un award, justement avec cette équipe que je n'avais pas encore constituée, puisque j'avais été engagée par la guerre, parce qu'on avait réalisé une petite prouesse technologique dans le stade Groupama à Budapest. Et en fait, je me suis dit, qu'est-ce qui se serait passé si j'avais dit, ouais, ouais, je me vois... Femme de l'année, Barbara a réussi tel truc, tel succès, est-ce que ça serait arrivé? Est-ce que ça m'aurait apporté autant de plaisir et de awareness que de voir cette équipe qui finalement... a été la réalisation. Donc ça, c'était un gros A. Et je pense que j'ai l'impression que quand même, quand tu te projettes, ça envoie des choses dans l'univers et tu fais tout pour le réaliser. Et les ratés, je pense que c'est encore dans cette entreprise où moi, je suis arrivée tout feu, tout flamme, avec ma couleur disque jaune en naturel et bleu en adapté.
Alors, j'ai grandi en Allemagne, j'ai une maman semi-allemande, donc j'ai un peu d'allemand, de Deutsch Qualität en moi. Et moi, j'arrive tout sourire, le matin, je fais mes délits, pump it up, salut la team. J'ai toute mon équipe allemande face à moi. Pas un sourire. Moi, j'arrive avec mon café à la main. Eux, ils sont avec leur stylo, leur bloc-notes. Et je suis arrivée, en fait, pile à l'heure, à la française. Mais eux, ils étaient assis depuis 10 minutes. Et ils m'ont dit, ouais, mais en Allemagne, arrive à l'heure, c'est arrivé en retard. Tout le meeting, alors que c'était mon premier meeting où je les encourageais, où c'était vraiment un meeting d'équipe, on faisait un sprint planning, on allait envisager toute l'année et tout ça. En fait, j'ai foiré ma première impression parce que j'ai collé à l'étiquette française. Et en tant que chef, ils se sont dit, c'est bon, de toute façon, elle prendra sa journée en partant à 17h. Donc, je crois qu'il y a un moment où je ne me suis peut-être pas adaptée à la société dont tu parles, aux personnes en face de moi, et que mine de rien, c'est hyper important parce que c'est des moments qui vont te coller. Et après, du coup, je fais hyper attention maintenant. Un truc qui est intéressant, c'est que normalement, ce type de discussion, c'est exactement le genre de choses qu'on peut avoir sur la partie Limited Tech Rocks et autres.
Pour ceux qui nous écoutent, encore une fois, je peux vous encourager à aller sur ces événements-là. C'est vraiment un présentiel sur Paris. C'est franchement à chaque fois chouette. Et du coup, vous pourrez rencontrer Barbara. Enfin, probablement. Et vous aurez l'occasion de lui poser plus de questions sur ce sujet. Je me disais, on peut peut-être terminer sur un truc un peu aspirationnel. On parlait intelligence artificielle et démarrage. Ta position sur l'intelligence artificielle en 2020. C'est quoi? Moi, je trépigne. J'ai tellement envie de travailler encore plus avec l'intelligence artificielle. Je suis tellement contente de faire partie de cette génération où... Je suis dans la force de l'âge, je ne vais pas être dépassée. Je suis en plein dedans et j'ai tellement envie de faire partie justement d'une société, alors là je ne parle pas professionnelle, mais d'une communauté qui réfléchit, qui pense à ces choses-là. Je le vois au sein de PrestaShop. J'ai mis un peu les pieds dans le plat en disant, on en est où? Il faut qu'on avance parce qu'il y aura ceux qui sont montés dans le… dans le spationaute AI, et puis il y aura ceux qui seront sur le côté et qui resteront en bas, en fait.
Donc moi, ma position, c'est de se dire que de toute façon, on ne peut pas y couper, donc on ne peut pas être réfractaire à ça. C'est une aide. Donc, soyons… plein de belles intelligences humaines pour travailler dans cette intelligence artificielle et pour le rendre justement concret, bien bordé, bien cadré, avec plein de cas de figure, des cas d'usage, et ne tombant pas dans le« Ah ouais, mais ça va remplacer tel métier. Ah mais c'est sûr, c'est la mort du développeur. » Pas du tout, mais dites-vous que vous allez avoir une aide incroyable qui va pouvoir faire dépasser des limites et des choses. Donc, je suis totalement pour. Mais je suis aussi pour le fait d'avoir des think tanks, des working groups qui anticipent justement sur des contextes en se disant, dans quel cas de figure va falloir vraiment… réfléchir à cette intelligence artificielle et pouvoir la construire pour une intelligence humaine. Et au sein de PrestaShop, je pense que ça y est, là, on a passé la… La troisième vitesse, on a justement des groupes de réflexion et on essaye de voir comment cette intelligence peut aider PrestaShop, qui a
une communauté de marchands, c'est-à-dire que ce sont des personnes qui nous font confiance et mettent leur société, leur entreprise en ligne sur PrestaShop. Comment on va faire que cette intelligence va pouvoir, créer des besoins d'un parcours utilisateur, d'un parcours client, Demain, je vais par exemple sur, je ne sais pas, il y a Bobbies, une entreprise qui fonctionne avec PrestaShop. Comment je vais pouvoir avoir une intelligence qui va me dire, j'ai besoin de telle chaussure, tel basket, telle couleur. En deux secondes, je rentre un prompt. Il y a sur le logiciel et ça me sort la basket de mes rêves. Ça peut paraître futile en se disant, OK, le seul problème, c'est d'avoir la bonne basket. Mais non, c'est de se dire comment un business model est amélioré, va générer plus de revenus grâce à une intelligence artificielle derrière laquelle il y a des hommes et des femmes qui travaillent et qui vont… la développer et la conscientiser. Je te rejoins complètement sur la question des use cases, parce qu'on est encore, je pense, très loin de la partie intelligence artificielle générale.
Et aujourd'hui, véritablement, c'est de l'outillage pour nous permettre d'atteindre certaines choses, ou d'automatiser certaines choses qui ne sont pas encore complètement faites. C'est pour ça que là aussi, je suis totalement... C'est un outil, je pense qu'il faut, c'est comme le reste, ça va nous aider et puis il n'y a pas vraiment de doute à avoir. La vraie question, c'est de trouver où est-ce que l'outil est employé. Parce que prendre un marteau pour essayer de faire tourner une vis, ça ne marche pas trop. Bon, merci beaucoup encore. On va avoir peut-être un dernier mot de la fin pour notre audience. Avec plaisir, je pense qu'il y a plein de choses à faire dans la tech. Tu parlais, tu me demandais tout à l'heure des choses qui m'ont un peu motivée. C'est vrai que j'ai oublié de citer la notion de communauté. Effectivement, sur Tech.Rocks, c'est top parce que sur... Slack, il y a plein de communautés avec lesquelles on peut discuter. C'est vrai que souvent, la tech, ça rend une image d'une personne seule derrière son ordinateur, alors que c'est tellement l'inverse. C'est tellement des personnes qui se rencontrent, qui font des conférences, qui créent en plus de leur job des notions d'entrepreneuriat, d'entrepreneuriat.
Il y a plein de choses à faire. Il y a plein de personnes qui ont envie d'aider d'autres personnes justement à développer des choses. Donc, je pense qu'en fait, il faut juste s'armer de patience et trouver sa bonne communauté parce qu'il y a tellement de choses possibles à réaliser dans la tech. J'ai l'impression que c'est inépuisable, en fait. Donc, n'ayez pas peur, lancez-vous. C'est passionnant, mais entourez-vous. Encore une fois, merci beaucoup, Barbara, pour tout ça. C'était un plaisir.
