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Podcast Tech.Rocks
Parcours et expéditions himalayennes
- Sophie Lavaud (Himalayiste et conférencière)
- Guillaume Grillat (Tech Community Advocate, Adevinta) — interview
Podcast Tech.Rocks · 19 novembre 2023 · 16 min · en français
Résumé
Épisode de la mini-série du podcast Tech.Rocks consacrée aux speakers du Tech.Rocks Summit 2023. Sophie Lavaud, himalayiste et conférencière, consacre aujourd'hui sa vie aux expéditions himalayennes, avec une succession impressionnante de réussites : le 26 juin 2023, en atteignant le sommet du Nanga Parbat (8 126 m), elle est devenue la première personne française à avoir gravi les 14 sommets de plus de 8 000 m de la planète. Elle raconte ses plus de 20 ans de parcours professionnel en entreprise avant de se lancer dans l'alpinisme, puis son quotidien et l'organisation de ses expéditions, chacune étant une nouvelle pièce de théâtre à monter. Pour elle, une ascension est avant tout un travail d'équipe, où la confiance et le fait de savoir suivre sont primordiaux pour réussir.
Summary
An episode of the Tech.Rocks podcast mini-series featuring Tech.Rocks Summit 2023 speakers. Himalayan mountaineer and speaker Sophie Lavaud now devotes her life to Himalayan expeditions, with an impressive string of successes: on 26 June 2023, by reaching the summit of Nanga Parbat (8,126 m), she became the first French person to have climbed all 14 of the planet's peaks over 8,000 m. She talks about her more than 20 years in the corporate world before taking up mountaineering, then about her daily life and how she organises her expeditions, each one a new play to stage. For her, a climb is above all teamwork, where trust and knowing how to follow are essential to success.
Thèmes : Management & organisation
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Il y a un tournant majeur qui fait que je bascule d'un monde à l'autre, c'est finalement la crise économique de 2008. J'ai réalisé le grand chelem des 14 sommets de plus de 8000 mètres dans le monde. Et donc j'ai réalisé ça en 11 ans. Ce n'est pas une aventure qu'on arrive à réaliser seul. Donc il y a des équipes, il y a des gens qui m'entourent, il y a des personnes effectivement qui m'ont inspirée. Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Guillaume Grillat, je suis actuellement Tech Community Advocate chez Adevinta, la maison mère du Boncoin. Et mon boulot, c'est d'aider mes équipes techniques à se connecter à leur père, souvent issus d'autres entreprises ou d'autres communautés techniques, pour apprendre de leur retour d'expérience et améliorer nos pratiques engineering et produits. Je suis actuellement une équipe de 1, en train de monter une petite équipe en Europe dans nos différents uptech, notamment en France, Hollande, Allemagne, Espagne, etc. Je suis un papa de jeunes enfants, donc je suis à la fois comblé, mais aussi très fatigué, je dois le dire.
J'ai la chance aujourd'hui d'accueillir dans ce podcast Sophie Lavaud, une femme au parcours exceptionnel, d'abord en entreprise et qui s'est ensuite révélée les grands pompiers en montagne. Bonjour Sophie, est-ce que tu peux déjà nous présenter ton parcours pour en arriver là? Bonjour Guillaume, en effet, je m'appelle Sophie Lavaud, j'ai le qualificatif aujourd'hui d'himalayiste parce que tout ce que j'ai fait ces dernières années, c'était effectivement en Himalaya avec un préambule dans les Alpes forcément. Évidemment, on n'arrive pas comme ça au sommet de ces grandes montagnes du jour au lendemain. J'ai en effet un parcours d'abord d'une vingtaine d'années en entreprise où j'ai travaillé dans l'hôtellerie, le luxe, la finance. Je pense qu'il me manque le chocolat et puis les montres pour faire le top 5 de la... Suisse, parce que je suis basée à Genève. Mais en parallèle de ça, j'ai la passion de l'alpinisme.
Il y a un tournant majeur qui fait que je bascule d'un monde à l'autre, c'est finalement la crise économique de 2008. Aujourd'hui, je dis... Je dis vraiment merci la crise. Parce qu'à l'époque, je dirigeais une entreprise d'événementiel en finance sur une niche d'investissement sur des hedge funds des pays émergents avec mon frère. Et donc le business model s'écroule complètement avec la crise économique. On a péniblement survécu jusqu'en 2011 et on a décidé de fermer l'entreprise. Et jusqu'à ce moment-là, en parallèle de ça, j'avais comme loisir et comme hobby l'alpinisme. Avec les 4000 des Alpes, je suis ensuite partie sur des 5000, des 6000, des 7000. Très vite eu cette envie d'aller toujours un tout petit peu plus haut. Et finalement, quand on arrive à la barre du 8000 mètres, on arrive à un stade où on a besoin de temps.
Parce qu'une expédition à plus de 8000 mètres nécessite deux mois minimum, sans compter la préparation. On grimpe à Mont-Blanc en deux jours et on grimpe à 8000 en deux mois. Donc voilà, le fait de fermer cette entreprise me donne du temps et je décide pour la première fois de partir. en expédition en Himalaya. Et sur cette saison de 2012, j'ai grimpé deux sommets de plus de 8000 mètres, le Shishapangma et le Choyo. C'est comme ça que l'histoire a commencé. Impressionnant. Alors, chez Tech.Rocks, on croit beaucoup aux étincelles, aux déclics dans la vie qui rentre des carrières. Tu nous as parlé d'un contexte très atypique. Et si tu devais nous citer peut-être des rencontres, des découvertes, des choix qui se sont offerts à toi, qui ont eu un impact sur ton orientation, quels sont-ils? Effectivement, il y a plusieurs personnes dans toutes ces étapes qui m'ont accompagnée, qui m'ont instruite, qui m'ont appris l'alpinisme. Donc, ça ne se fait pas effectivement du jour au lendemain.
Après, pour atteindre le sommet de l'Everest, si on ne parle que de l'Everest qui est le point culminant de la planète, il faut des compétences, il faut comprendre ce que c'est que la très très haute altitude et effectivement se lancer dans le challenge que j'ai terminé 11 ans après. Donc là, ce 26 juin de cette année, c'est-à-dire au sommet du Nanga Parbat au Pakistan, qui fait que j'ai réalisé le grand chelem des 14 sommets de plus de 8000 mètres dans le monde. Et donc j'ai réalisé ça en 11 ans, ce qui me vaut d'être aujourd'hui la première personne de nationalité française. française à avoir réalisé cela. Et bien sûr, ce n'est pas une aventure qu'on arrive à réaliser seul. Donc, il y a des équipes, il y a des gens qui m'entourent, il y a des personnes effectivement qui m'ont inspirée au début, quand j'ai commencé à aller régulièrement en Himalaya.
Je peux citer par exemple Nives Meroi, qui est une Italienne qui a aussi réussi ses 14, qui l'a fait d'une façon très, très esthétique. Et j'ai eu beaucoup d'admiration, j'ai toujours, pour cette femme. On est très, très peu dans le monde à avoir réussi ça. Il faut comprendre que... Alors, ça dépend quelle liste, parce qu'il y a deux listes, je vais faire simple, mais il y a deux listes en fonction des points, vraiment des points, points culminants de ces grandes, grandes montagnes atteints. Et donc, si on prend la nouvelle liste qui est sortie en 2022, on n'est que six personnes dans le monde à avoir réussi ça. Donc voilà, je ne dis pas ça pour dire« je suis une superwoman, un superhéros», mais ça montre que c'est une implication à 200%, c'est beaucoup de travail, c'est beaucoup d'aléas, d'incertitudes. De trouver les gens qui m'ont fait confiance, les sponsors, la rigueur, la discipline d'entraînement, Chaque expédition, c'est à chaque fois un peu comme une pièce de théâtre où on redémarre à zéro.
Il faut tout recommencer. Il faut remonter les équipes, il faut trouver l'équipe logistique, les membres d'expédition, qui va venir, qui, quoi, les papiers. On est dans des pays compliqués, c'est le Pakistan, c'est le Tibet, le Népal, ça va, ce n'est pas compliqué, mais c'est des cultures très différentes. Donc, il faut apprendre à travailler avec ces gens. C'est Dawasang Ghesherpa, qui est un des Sherpas avec qui j'ai travaillé. J'ai fait 12 expéditions avec lui, 7 sommets réussis. Parce qu'il faut comprendre que pour réussir ces 14 sommets, j'ai fait 22 expéditions au total. Donc, c'est bien la preuve que ça ne marche pas à tous les coups. C'est vraiment une réussite d'équipe. J'ai très envie de rebondir sur ce que tu viens de dire, parce qu'en entreprise, on cherche un lien de confiance, évidemment, avec ses collaborateurs. J'ai le sentiment et la conviction qu'en haute montagne, ce sentiment doit être d'autant plus important, puisqu'il est souvent question de vie ou de mort. Donc, quand tu parles de fidélité avec certains collaborateurs qui t'accompagnent dans tes expéditions, j'imagine que tu mets un effort supplémentaire à t'assurer d'avoir le bon ou la bonne coéquipière pour monter en montagne.
Effectivement, l'équipe et les gens qui m'entourent, c'est non seulement essentiel, mais c'est vital. Il ne faut pas se tromper, au-dessus de 8000 mètres, la moindre erreur, il ne faut pas. On est... souvent très très proche de la mort. Donc oui, j'ai essayé durant toutes ces années de m'entourer des meilleurs. Et c'est pour ça que je fais finalement, et j'aime bien ce terme, l'éloge du savoir-suivre ou le followership, qui n'est pas le contre-pied du leadership, mais qui est une façon de revaloriser les gens qui m'entourent. Et je dis toujours, par exemple, que Yann, qui est mon météorologue, qui est dans son salon à Chamonix et qui m'envoie les bulletins météo tous les jours, finalement, c'est lui le patron. C'est lui le patron parce que c'est lui qui me donne le go. C'est lui qui me dit« oui, tu peux y aller, non, tu attends», etc. Et effectivement, il y a ce lien de confiance absolu que je dois avoir avec Yann, parce que si je quitte ma tante
en pleine nuit, dans la tempête, parce qu'il m'a dit qu'à 6h du matin, le vent se calme et qu'il fera beau, si je n'ai pas confiance, Je vais faire dix pas et puis je vais faire demi-tour. Donc, il y a une vraie notion de gestion du doute qui est absolument à bannir. Le doute, la peur, c'est extrêmement bloquant. Et ce lien de confiance est absolument majeur. Sangue, ce n'est pas par hasard si on travaille ensemble depuis des années. On se connaît par cœur, c'est un gage de sécurité. On prend les décisions ensemble. Et voilà, il y a aussi une personne clé que je cite très souvent, qui est notre... Notre cuisinier du camp de base, ça paraît bête, mais s'il ne nous fait pas bien à manger et qu'on est tous malades, il n'y a personne qui va arriver au sommet. Donc, c'est toute cette interaction avec les gens qui m'entourent qui donne aussi de la valeur à l'équipe. C'est très clair. Je te remercie de le présenter encore une nouvelle fois, mais c'est toujours inspirant d'avoir une vision du collectif et de la réalité de cette incarnation du collectif dans des contextes extrêmement différents, que ce soit dans le monde de l'entreprise.
ou ailleurs, on a la chance de t'avoir lors du Tech.Rocks Summit 2023, qui va nous réserver une intervention. Est-ce que tu peux, alors l'idée n'étant pas de donner toute la substantifique moelle de ton intervention, mais de quoi vas-tu nous parler en quelques mots? Je vais vous emmener au sommet d'une montagne à plus de 8000 mètres. Et je vais vous révéler des secrets. Et ces secrets, c'est les secrets de la réussite et notamment cette thématique qui me tient à cœur, donc du followership, qui fait finalement comment on arrive au sommet de ces grandes montagnes. Pourquoi ça te tient à cœur, justement, de prendre la parole sur ce sujet? Pourquoi il est si important pour toi? Alors, c'est à la fois pour partager ce monde très, très particulier de la très haute altitude. Finalement, pratiquement personne ne va là-haut. C'est un environnement hostile, c'est engagé, c'est dangereux, mais à la fois, c'est de toute beauté. Enfin, il y a beaucoup de choses, des qualificatifs, je peux en trouver.
Et donc, je pense que c'est intéressant de partager cette expérience, de faire connaître le fait d'être une femme aussi. Si mon histoire peut inspirer des jeunes filles qui ont envie de faire de l'alpinisme ou des femmes à réaliser un rêve, quel qu'il soit. Il n'y a pas besoin d'aller au sommet de l'Everest pour se réaliser dans quelques domaines que ce soit. Mais si l'inspiration... suscite l'envie d'oser réaliser son rêve, je serais très contente. Alors tu pointes justement le sujet de qu'est-ce que c'est être une femme dans le milieu de l'alpinisme. Et effectivement, nous, on a un réseau de leaders travaillant dans le secteur de la tech. Environnement qui malheureusement gagnerait à être beaucoup plus féminisé. Et on sait bien tout ce qui se passe pour les jeunes femmes qui veulent se renter vers des carrières scientifiques. Toutes les embûches et les étapes qu'elles peuvent avoir pour, au final, atterrir dans notre secteur d'activité, qui est la tech.
Donc, probablement que ton message va trouver une caisse de raison assez importante. Pour les femmes qui assisteront à cette conférence. Donc merci pour ton témoignage. On se pose la question aussi, alors évidemment de savoir, tu vas être face à un public d'hommes et de femmes dont le métier au quotidien est de porter des entreprises tech au plus haut niveau. Tous ces leaders, qu'est-ce que tu penses que ça peut leur apporter à toutes celles et ceux qui vont assister à cette conférence? Moi, je ne suis pas là pour ni donner un cours, ni donner des leçons, mais je pense que de par cette expérience atypique, qui est un rêve un peu dingue, un challenge totalement hors norme, qui consiste à gravir les 14 sommets les plus hauts de la planète, forcément peut donner d'autres orientations, peut donner des idées, parce que je ne vais pas juste raconter une histoire, je vais essayer de... de donner des clés de comment j'arrive à atteindre ces grands sommets. Donc voilà, à chacun d'aller faire son petit travail d'analogie et y prendre l'expérience qui peut lui rendre service.
J'ai évidemment une question. Tu nous as expliqué que cet été, tu as atteint un sommet, on va dire, dans ta carrière d'alpiniste. Tu as rejoint un club des six. La question que je me pose, c'est qu'est-ce que se pose comme objectif, justement, les gens qui intègrent ce club? Est-ce que tu le sais déjà? Est-ce que tu as envie de réaliser par la suite? Ou est-ce que c'est encore un peu tôt? Parce que tu le disais, dans l'alpinisme, il faut un temps pour arriver à se préparer et à se projeter vers de nouveaux challenges. Effectivement, en atteignant le sommet du Nanga Parbat au Pakistan, qui culmine à 8126 mètres le 26 juin dernier, ça clôt ce grand chelem himalayen qui a duré 11 ans de ma vie. Donc, c'est quand même une belle tranche de vie. Donc, c'est très récent. J'ai depuis effectivement quand même pas mal de sollicitations. Et donc, il faut quand même poser un peu tout ça. C'est clair qu'aujourd'hui, le monde de l'expédition fait partie de ma vie. Je vais repartir en montagne.
Le monde est vaste, donc il y a d'autres options, d'autres opportunités, d'autres massifs. Il y a plein d'autres choses à faire. Je pense que j'aurais 10 vies, je n'arriverais pas à faire tout ce que j'ai envie de faire en montagne. Donc oui, je vais continuer à grimper. Je pense qu'il faut clore le chapitre des 8000 mètres. C'est un monde hostile, dangereux. Et si je prends juste cette année, dans 2023, avec entre la saison du printemps au Népal, été au Pakistan et cet automne au Tibet, j'ai perdu sept années. Ce n'est pas anodin. Et moi, j'ai réussi tout cela. J'ai mes dix orteils, j'ai mes dix doigts. Je n'ai pas été blessée. n'a pas été évacuée sur aucune des montagnes. Donc, il y a une petite étoile bienveillante, je ne sais pas où, et beaucoup de travail, mais je pense qu'il ne faut pas pousser le bouchon trop loin, comme on dit. Très bien. Je te remercie pour ce témoignage. Effectivement, c'est un monde de challenge, mais aussi de responsabilité.
On a très hâte de t'écouter lors du Tech.Rocks Summit. Je te remercie encore pour ton témoignage, très important, je pense, dans un écosystème comme le nôtre, qui se challenge et qui cherche à se dépasser. Une petite conclusion, dans ce monde immense qu'est l'Himalaya, on n'est rien du tout. On n'est rien. Et d'une façon générale, il faut rester très, très humble par rapport à ces grandes montagnes, parce que c'est elles qui seront toujours plus fortes que nous. Et ça, je pense qu'il ne faut pas l'oublier. Et je pense que dans beaucoup de domaines, ça peut s'appliquer. Écoute, on prend cet appel à l'humilité. Merci encore. Et puis, on se retrouve du coup pour le Tech.Rocks Summit 2023, les 7 et 8 décembre prochains à Paris, chez Comet Meeting. À très vite. Merci Sophie. Merci Guillaume.
