Podcast Tech.Rocks

Construire un leadership agile et innovant

Podcast Tech.Rocks · 2 mars 2025 · 26 min · en français

Résumé

Marine Saffar, Head of Technology chez Pachamama, parle de son parcours et de sa vision du management tech. Marine revient sur ses douze années comme CTO et CTPO dans des startups et scale-ups comme Cafeyn, Skilleos et Lengow. Elle partage son goût du travail proche des développeurs, l'importance du concret dans la tech et sa méfiance envers les tendances exagérées par le marketing, notamment autour de l'IA. Parmi ses sujets de prédilection : - l'importance de la documentation pour comprendre la réalité d'un produit, au-delà des discours commerciaux ; - la mesure de la performance des développeurs, qui repose autant sur l'esprit d'équipe que sur la productivité individuelle ; - l'état de l'agilité en 2025, qui va bien au-delà des rituels Scrum et repose sur une vraie collaboration entre tech et produit ; - son parcours atypique : elle envisageait d'abord une carrière de journaliste ; - son rôle dans la newsletter Tech.Rocks, où elle contribue à une curation plus thématique et analytique des contenus tech. Un regard humain, pragmatique et engagé sur le leadership tech.

Summary

Marine Saffar, Head of Technology at Pachamama, talks about her career and her vision of tech management. Marine looks back on her twelve years as CTO and CTPO at startups and scale-ups such as Cafeyn, Skilleos and Lengow. She shares her enjoyment of working close to developers, the importance of staying concrete in tech, and her wariness of trends overhyped by marketing, especially around AI. Among her favourite topics: - the importance of documentation to understand what a product really is, beyond the sales pitch; - measuring developer performance, which depends as much on team spirit as on individual productivity; - the state of agile in 2025, which goes far beyond Scrum rituals and relies on real collaboration between tech and product; - her unusual path: she first considered a career in journalism; - her role in the Tech.Rocks newsletter, where she contributes to a more thematic and analytical curation of tech content. A human, pragmatic and committed take on tech leadership.

Thèmes : Management & organisation

Transcript complet

Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.

J'ai une petite obsession, et mes équipes te le diront, j'ai une petite obsession avec la documentation. Et notamment, je trouve qu'il n'y a rien de mieux pour comprendre ce que fait un logiciel que de lire la doc, surtout maintenant où à peu près tout est sous forme d'API. Donc tu peux lire la doc de l'API de n'importe quelle société. L'esprit d'équipe est très, très important. Aussi important, je dirais, que la performance individuelle d'un développeur. L'agile, c'est avant tout un état d'esprit et c'est avant tout, on travaille ensemble, en collaboration et on avance par petites itérations et on va vite. Et on va vite juste pas pour aller vite, on fait des petites choses pour ne pas passer trop de temps justement à faire des estimations et à faire des spécifications. Bonjour à tous et toutes, bienvenue sur ce nouvel épisode du podcast Tech.Rocks. Je suis Aline Paponaud, DSI Régional Sud-Ouest chez Inovie, et je suis ravie aujourd'hui d'accueillir Marine Saffar, dont la dernière expérience est CTO chez Lengo. Bonjour Aline, enchantée de participer à ce podcast de Tech.Rocks.

En effet, j'ai occupé des postes de CTO et de CTO depuis à peu près 12 ans et j'ai quitté Lingo fin de l'année dernière. Je suis en train de me lancer dans une nouvelle aventure qui sera révélée très bientôt. En 12 ans, j'ai été dans trois startups scale-ups. Une qui s'appelle Caffeine dans la presse, une qui s'appelle Skileo sur la formation en ligne et donc Lingo qui est une boîte à commerce. Et avant ça, j'étais dans des agences qui faisaient des sites internet et des applications mobiles pendant 15 ans. Et avant ça, j'étais chez des éditeurs de logiciels. J'ai commencé ma carrière en Angleterre pendant 10 ans et surtout pour des boîtes américaines. Tes missions, du coup, au quotidien, en quoi elles consistent? Alors, mes missions au quotidien, en tant que CTO, CTO, c'est bien sûr de traduire les objectifs business de la boîte en développement de fonctionnalités et en maintenance de ce qu'on fait aujourd'hui pour nos clients. Moi, ce que j'aime bien, c'est être vraiment proche des développeurs, notamment, parce que je trouve que les niveaux de hiérarchie, donc ma dernière expérience, on était 80, mais dans ces 80 personnes, il y avait des développeurs, mais aussi le produit et aussi le support.

Et aussi le product marketing. Donc, en termes de tech pur, on était plus 45-50. Et moi, ce que j'aime bien au quotidien, c'est de rentrer dans les projets de façon assez détaillée. De faire du troubleshooting avec les équipes quand il y a des problèmes un peu compliqués, de suivre ce qu'on fait et bien sûr de communiquer avec le reste des stakeholders, notamment de faire des démos à toute la boîte, de participer bien sûr au board, de partager avec les autres C-level. Donc voilà, on a la chance d'avoir des métiers qui sont très divers et sur lesquels on fait beaucoup, beaucoup de choses. Mais moi, mon angle, en tout cas, c'est vraiment d'essayer de mettre en valeur ce que font les développeurs parce que je pense que la réalité du terrain est très importante. Plus que la hype du marketing, tu m'avais dit. Exactement. J'ai un peu un truc contre la hype du marketing. Et c'est vrai que dans les boîtes qui sont gérées par des fonds d'investissement, et pas seulement, mais en tout cas, moi, c'est mon expérience, on a beaucoup de demandes de la part du board de faire la même chose que ce que font nos concurrents et faire la même chose que ce que font nos concurrents. Que font nos concurrents pour le board, c'est souvent faire la même chose que ce qui est marketé par les concurrents.

Ce n'est pas forcément la même chose que la réalité du terrain. Donc là, on l'a vu évidemment avec la bulle IA. Tout le monde dit qu'ils font de l'IA partout, dans toutes les parties de leurs produits. C'est une vraie hype. Oui, bien sûr, l'IA, c'est révolutionnaire et ça change beaucoup de choses, mais c'est vraiment mis à toutes les sauces. Et surtout, ce n'est pas la seule chose qu'on fait. Quand les entreprises, maintenant, à chaque fois que tu arrives sur un site d'une entreprise, en fait, tu sais, plus que les entreprises font, parce qu'elles ne te parlent que de l'IA. Et du coup, il faut creuser un peu pour comprendre, oh oui, tu fais de l'IA, mais pourquoi? C'est qui tes clients? Quel service tu donnes? Donc oui, moi, j'aime bien être dans le concret, j'aime bien parler aux clients, j'aime bien savoir ce qui leur manque vraiment. Et c'est vrai que là, depuis un an, quand tu vas voir les clients, ils ne te disent pas forcément, ah, je veux absolument que vous rajoutiez de l'IA dans votre produit. Ce n'est pas toujours leur préoccupation. J'avais même fait une petite enquête dans ma boîte précédente où c'était en numéro 15 de leur préoccupation, de ce qu'il fallait qu'on change en tant que boîte de logiciels, de rajouter de l'IA.

Donc, voilà. Étant ce que tu aimes bien évoquer, il me semble qu'il y a aussi le fait de, pareil, dans le même esprit, de sortir aussi de tout ce qui est lire ce que les autres ont fait, récupérer des infos un peu vendeuses sur ce qui a été exécuté, et plutôt faire soi-même. Et tu lis ça aussi un petit peu à le développeur qui lit la doc ou qui va au contraire aller chercher des infos, etc. Donc, ça aussi, c'est quelque chose qui est important pour toi? Oui, tout à fait. J'ai une petite obsession, et mes équipes te le diront, j'ai une petite obsession avec la documentation. Et notamment, je trouve qu'il n'y a rien de mieux pour comprendre ce que fait un logiciel que de le faire. de lire la doc, surtout maintenant où à peu près tout est sous forme d'API. Donc, tu peux lire la doc de l'API de n'importe quelle société et tu vois ce qu'ils font pour de vrai par rapport à ce qu'ils vendent, ce que leur force commerciale vend aux clients. Et on connaît, on sait qu'il y a un gap entre ce qui est vendu du point de vue marketing et ce qui est vraiment fait par un produit. J'aime bien la réalité des terrains, j'aime bien voir ce qui est fait pour de vrai.

Dans tes petites obsessions, tu as aussi d'autres choses. Qu'est-ce que tu pourrais citer d'autres là-dedans? Parce qu'il y avait aussi des histoires de peut-être qu'est-ce qui est bien, qu'est-ce qui n'est pas bien, toujours dans la même idée d'avoir vraiment du concret. Tu me parlais aussi d'évaluation ou mesures de performance, ou ces évaluations que tu vas faire, ou de vraiment aller comprendre où est-ce qu'on en est. Oui, absolument. Et si tu as lu la dernière newsletter de Tech.Rocks, je parlais de productivité. Est-ce qu'il faut mesurer la productivité des développeurs? C'est vrai que très souvent, nos managers, donc le CEO, le board, nous dit qui sont les bons, qui sont les mauvais. Et moi, c'est une question aussi. Bien sûr qu'il y a des niveaux différents, notamment d'expérience, et puis ne serait-ce que de curiosité, etc. Dans les développeurs. Comment on mesure cette performance? C'est vraiment très difficile parce que, ce que je dis toujours, c'est que le développement, c'est un sport collectif. Maintenant, on a toujours des squads avec des PM, des développeurs, des QA, des DevOps, etc.

Donc, c'est rarement une seule personne, un seul talent. qui développe tout, sauf que c'est vraiment une toute petite startup et que tu as un lead dev et c'est ce que tu fais, bien sûr. Et du coup, comme c'est un sport collectif, c'est aussi important d'être à l'écoute des autres, d'être à l'écoute, de bien lire justement les spécifications du produit, de bien s'intéresser à ce que font les autres, de bien faire des code reviews, etc. Donc, l'esprit d'équipe est très, très important. Aussi important, je dirais, que la performance individuelle d'un développeur. Et ça, je pense que ce n'est pas forcément toujours perçu. La raison pour laquelle ce n'est pas toujours perçu, c'est souvent parce que les équipes de direction ont des background sales, par exemple, où c'est vrai que quand c'est un commercial, c'est un petit peu plus individuel, même s'il y a aussi du travail d'équipe, mais c'est plus individuel, où c'est toi qui vends et tu es un peu plus tout seul. Or, et c'est la même chose pour les commissions, souvent on me dit, qu'est-ce qu'on va donner comme variable aux développeurs? Les développeurs, ils ont très rarement envie d'avoir des variables pour la même raison, c'est-à-dire que calculer un variable sur la productivité d'un développeur, ça n'a pas beaucoup de sens en fait.

Donc voilà, moi ce qui m'intéresse, notamment quand je recrute des développeurs, c'est de m'assurer qu'ils sont à l'écoute, à l'écoute des uns des autres, à l'écoute des gens du produit, à l'écoute des clients. Ils lisent toute la documentation incroyable que produit le produit, les product managers. Ils font souvent beaucoup d'efforts pour tout écrire et encore faut-il que ça soit lu. Donc ça, pour moi, c'est très, très important. Et puis aussi, est-ce que la personne demande de l'aide quand elle est bloquée? Est-ce qu'elle est proactive? Est-ce qu'elle aide les autres? Est-ce qu'elle... poser des solutions. Tout ça, c'est des choses qui sont finalement assez difficiles à mesurer avec des métriques quantitatives. Je pense qu'il faut au moins un mix de choses quantitatives et qualitatives pour mesurer la performance individuelle des développeurs. Et sur ces aspects justement de mesure et d'équipe finalement, parce que tu nous dis que c'est bien plus qu'une équipe qu'une individualité, ça vient clairement d'Agile et des principes Agile à la base. On en est où alors de l'agilité en 2025 selon toi? Alors ça, c'est un autre de mes dada.

Décidément, j'en ai beaucoup. Pour moi, ce qui est assez intéressant, c'est que là, on est en 2025. Le manifeste agile date de 2001, si je ne me trompe pas. On va dire les méthodos agiles, on commence à arriver dans les années 90, même si on ne les appelait pas comme ça. Et du coup, en fait, les gens qui travaillent depuis moins de 25 ans, ce qui est quand même la majorité des gens, n'ont pas forcément connu ce qu'on avait avant l'agile. Et du coup, ils ne savent pas forcément pourquoi ces principes agiles sont arrivés. Et du coup, ils sont mal compris, à mon avis. Ils sont mal compris et il y a plein de gens qui ont mis en place de l'agile en pensant, déjà il y a plein de gens qui ont mis en place du Scrum en pensant que c'était ça l'agile, donc une méthode très spécifique avec des sprints de deux semaines, des estimations, des rétros, etc. Alors que ça c'est seulement une des méthodes agiles. Et en fait, ils n'ont pas compris que c'était mis en place parce qu'avant, on utilisait quelque chose qui s'appelait le cycle en V ou le waterfall et que ça, ça ne marchait pas. Pour plein de raisons. Ça ne marchait pas parce qu'on poussait énormément de temps à faire des estimations et à essayer de savoir exactement combien de temps un projet allait mettre.

On passait énormément de temps à faire des spécifications. Moi, mon premier gros, gros projet, on a fait huit mois de spécifications avant d'écrire la moindre ligne de code. Là, je te parle de 1998, donc ça remonte, mais voilà. Et en fait, le problème, c'est que huit mois après, entre le moment où il y a l'idée, l'impulsion du projet et l'esprit. La spécification est qu'on commence à coder, la vie autour avait changé, ce n'était plus les mêmes stakeholders, la techno avait changé, les enjeux avaient changé. L'agile est arrivé à cause de ça, ou grâce à ça, on va dire. Il est arrivé parce qu'il y avait trop de temps entre le moment où on commençait à penser à quelque chose et au moment où on commençait à écrire du code, et encore plus de temps entre le moment où on commençait à écrire du code et le moment où on mettait en prod. Donc, c'est ces deux moments-là, discovery et delivery, finalement, qui prenaient beaucoup trop de temps. Et du coup, les gens ne se rendent pas compte que quand on parle d'itération, et qu'on parle d'aller vite, et qu'on se dit, oui, c'est un esprit d'équipe, on fait les choix ensemble, tout ça, ça fait partie des principes agiles, et ils sont là pour éviter de retomber dans les travers dans lesquels on était.

Avant les années 90 et les années 2000. Donc je pense qu'une fois que tu as compris ça, c'est beaucoup plus facile de comprendre que l'agile, c'est avant tout un état d'esprit et c'est avant tout qu'on travaille ensemble, en collaboration, et on avance par petites itérations et on va vite. Et on va vite juste pas pour aller vite, mais on va vite et on fait des petites choses pour ne pas passer trop de temps justement à faire des estimations et à faire des spécifications. Pour moi, c'est vraiment ça le cœur du sujet. Et bien sûr, la collaboration, comme tu disais, on travaille ensemble. Pourquoi on travaille ensemble? Parce que, et ça c'est pareil, il y a encore beaucoup de… Souvent, je fais passer des entretiens à des gens du produit et de la tech, il y a encore beaucoup de gens qui pensent que le produit fait la conception et la tech fait l'exécution. Et pour moi, ça, c'est… Ce n'est pas vrai. Il faut que la tech participe à la conception parce que la tech comprend comment les choses fonctionnent et c'est important qu'il participe. Et donc, c'est aussi ça l'agile, c'est la collaboration où on fait la co-conception. Et pourquoi c'est important? C'est parce qu'une fois que le développeur est inclus dans la conception, déjà, il comprend, il sait pourquoi on fait les choses, et il est force de proposition, il est bien plus motivé de faire des choses qu'il a proposées lui-même, plutôt qu'on lui donne un cahier des charges et il exécute.

En tout cas, c'est ma vision. On est où en 2025? Pour moi, on n'y est pas encore. On n'y est pas encore, on a trop fait de mise en place de l'agile par appliquer du Scrum avec les rituels qui vont bien, etc. Sans réfléchir au principe. Donc il y a plein d'endroits où c'était appliqué, mais pas forcément de la bonne façon. Du coup, pour avoir cette vision, j'ai l'impression que ça peut venir aussi du fait, parce qu'on se dit, en étant des pures techniques, on n'a pas forcément cette vue que tu as sur l'importance de l'équipe et de revenir vraiment à ça avant de faire vraiment la tech pour la tech et de manière très individuelle. Quelque chose me dit que ça peut venir peut-être du fait que tu n'es pas forcément issu à 100% un pur bébé de la technologie et ton parcours est un petit peu atypique. Ça peut aussi nous expliquer pourquoi est-ce que pour toi la documentation c'est important et qu'il y a des gens qui prennent la peine d'écrire des choses de manière synthétique et utile parce que si je ne me trompe pas tu aurais peut-être pu être journaliste plutôt que CTO.

Absolument, et c'est la carrière à laquelle je me destinais. Quand j'ai fait mes études, c'est la chose qui m'attirait le plus. Je voulais être journaliste et en effet, j'ai fait des études généralistes, comme on dit, pas du tout de diplôme d'ingénieur. À l'issue de mon diplôme, j'ai fait un stage où j'ai fait du journalisme pendant quelques mois et ça ne m'a pas plu du tout. Donc, c'est vraiment totalement par hasard. Ça ne m'a pas plu, ce n'est pas tellement le côté écrire. En fait, j'adore écrire, c'est pour ça que j'ai la documentation, etc. Ce qui ne m'a pas plu, c'est d'aller interviewer des gens et notamment d'essayer de pousser, de vraiment être très pushy, en fait, parce qu'il faut être journaliste, il faut vraiment parfois insister pour être la personne qui interview. Et en fait, je suis plutôt introvertie, mais plutôt timide à la base. Je ne sais pas si ça me va beaucoup mieux que journaliste. Et du coup, assez vite, je me suis rendue compte que ce n'est pas ça que j'allais faire. Et d'ailleurs, quand j'ai fait mon premier journal, ce qui m'a beaucoup plus intéressée, c'était le logiciel qu'on utilisait pour faire le journal. À l'époque, je crois que c'était PageMaker ou un truc comme ça, plutôt que le fait d'aller choper des interviews.

Ça t'a révélé peut-être quelque chose. Oui, tout à fait. Et après, en effet, complètement par hasard, mon premier job, j'ai pu rentrer dans la technique. Et ensuite, j'ai eu la chance de rejoindre une boîte américaine qui m'a fait faire une formation full C, C++, Java, SQL, Unix, etc. Pendant six mois. J'ai fait un cursus accéléré et après, j'en ai fait un deuxième sur le réseau et Internet. Je fais de la formation professionnelle plutôt qu'un diplôme. Ok, et par contre, alors du coup, chez Tech.Rocks, tu es quand même un petit peu resté là-dedans. puisque tu fais avec nous de la curation, tu es maintenant lead, mais ça fait longtemps que tu es dans l'équipe de toute façon de la newsletter Tech.Rocks. Est-ce que c'est une manière de rester un peu dans ce petit monde-là et puis de faire comme ça ta curation? Il y a l'importance aussi de la veille dans nos métiers de toute façon. Mais est-ce que tu peux nous raconter un peu plus ton expérience dans la newsletter, ce que ça t'apporte aussi? Oui, tout à fait. Et en effet, c'est un vrai plaisir d'écrire. Je ne le cache pas, j'adore ça. Donc la newsletter, pour moi, au départ, j'ai participé parce que je voulais me forcer à faire de la veille.

Parce que tu connais nos métiers, on est très souvent la tête dans le guidon et on ne sort pas la tête. Donc moi, je me force à aller à des conférences, je me force à participer au meet-up, je me force à écouter d'autres podcasts. Et du coup, je me force à lire plein d'articles pour pouvoir faire de la veille et pour pouvoir faire cette curation de la newsletter Tech.Rocks. Comme tu le sais aussi, on s'est un peu remis en cause en début d'année grâce ou à cause de l'IA. En fait, on s'est rendu compte que ce qu'on faisait, jusqu'à maintenant, ce qu'on faisait, c'est qu'on regardait tous les articles postés par les gens de la communauté sur le Slack et on en choisissait quelques-uns. Et après, on écrivait des résumés et on écrivait un édito en disant« Voilà ce que la communauté nous a choisi pour cette newsletter». Et en fait, on s'est rendu compte que ça, l'IA, pour le coup, pouvait le faire très bien sans nous. L'IA pouvait très bien récupérer automatiquement tous les articles postés par la communauté entre telle date et telle date, faire les résumés. Il y a un truc que l'IA sait faire, c'est les résumés. Et ensuite, faire un petit édito, on aurait pu rajouter ça. Donc, on s'est dit, c'est quoi notre valeur ajoutée? On s'est posé la question et on a décidé de faire deux choses.

On a décidé de choisir des thèmes qui nous semblent importants, plutôt que choisir plein d'articles qui n'ont rien à voir entre eux. Donc, c'est ce qu'on fait maintenant. Et surtout, de donner notre opinion, parce que finalement, ce que l'IA ne sait pas faire, ou plutôt, ce qu'on ne veut pas qu'elle fasse, c'est qu'on ne veut pas avoir l'opinion de l'IA. On va avoir notre opinion à nous sur les sujets. Donc, c'est vrai que c'est une nouvelle façon de faire un dislecteur. plus de sens et qui fait que c'est un vrai travail éditorial, puisque pour le coup, on choisit un thème et on donne notre opinion sur ce thème après avoir lu tous les articles et puis avec notre expérience personnelle. C'est vrai que c'est très chouette à faire. Cette partie Tech.Rocks, justement, ça fait assez longtemps que tu es dans la communauté Tech.Rocks. Tu disais tout à l'heure que tu étais quand même quelqu'un d'introverti. Alors tout ça, ça se met ensemble de quelle manière dans ton cerveau et qu'est-ce que tu as découvert? Alors oui, c'est intéressant parce que c'est vrai que la première fois, alors avant Tech.Rocks, la première fois que j'ai commencé à parler aux gens qui faisaient le même métier que moi en dehors de ma boîte, c'est parce qu'on m'a invité à un dîner de CTO d'agence, puisque c'était pendant

les années où j'étais en agence, donc on faisait des sites web et des applications mobiles, et j'étais invitée à dîner, et je t'avoue que je me suis dit, oh là là, aller à un dîner de 12 personnes où je ne connais personne, c'est la panique totale, mais je me suis forcée, parce que je suis timide, mais je me soigne, et j'y suis allée, et dès la première minute, parce que je savais que ce n'est pas la première fois qu'on parlait de réseau, il faut entretenir ton réseau, etc. Donc bon, je me suis lancée, et franchement, dès la première minute, en fait, être avec 10 personnes qui font le même métier que toi, il n'y a pas de secret, ça part tout de suite, on part sur des sujets, et c'est passionnant, et on l'a fait. Pendant des années. Et c'est quelqu'un de ce dîner qui m'a dit« Tiens, tu connais, il y a Tech.Rocks qui se lance, est-ce que tu veux nous rejoindre? Est-ce que tu veux venir au Summit? » Puisque la première fois que j'ai été impliquée, c'était pour venir au Summit. Et j'ai fait une présentation sur le remote. À l'époque, je crois que c'est il y a 6-7 ans, j'ai continué à participer et franchement, je trouve ça génial. On a tous un peu tendance à être introvertis et on n'est pas forcément des gens qui osent aller vers les autres de façon naturelle.

Après, il y en a maintenant, il y a même des sites qui sont extravertis, mais ça nous force à faire ça. Et depuis, je me suis rendu compte que c'est hyper enrichissant et je me suis rendu compte qu'on pouvait en fait parler à tout le monde. C'est-à-dire que maintenant, sur LinkedIn, plein de gens postent plein de trucs. J'ai dit un truc là-dessus qui est drôle, c'est que moi, comme j'ai commencé il y a un certain temps et c'était vraiment les débuts d'Internet, c'est qu'au début, on se disait, c'est génial cette technologie, tout le monde va pouvoir se parler. Franchement, pour moi, le début d'Internet, c'était ça. C'était« Ah, mais ça va être très bien, ça va tout démocratiser, on va pouvoir se rencontrer avec des gens qui ont les mêmes goûts, etc. » Alors, ça ne s'est pas passé de la façon tout à fait idéaliste qu'on avait à l'époque. Parce que même si tout le monde peut se parler, il y a des effets pervers de ça, mais on va faire un autre sujet. Mais tout ça pour dire que oui, la communauté Tech.Rocks, ça m'a ouvert les yeux sur le fait que se parler entre pairs, c'est très, très utile. Et que finalement, quand tu vas vers quelqu'un que tu ne connais pas et que cette personne a les mêmes intérêts que toi, tout de suite, il n'y a aucun problème. Tout le monde te répond. Il n'y a jamais eu une personne qui m'a dit, que ce soit sur Slack ou sur LinkedIn, ou en personne, qui m'a dit« Ah ben non, je ne veux pas parler avec toi, ça n'existe pas.

» Donc ça, c'est cool. Mais du coup, dis-nous un peu plus là, tu vois par exemple, tu vois une news passer sur LinkedIn qui t'intéresse avec un sujet, tu vas contacter l'auteur direct comme ça? Tout à fait. Tout à fait. D'ailleurs, je l'ai fait il n'y a pas longtemps. J'avais besoin d'infos sur quelqu'un qui avait vraiment utilisé les métriques d'Aura. Et j'ai vu que quelqu'un avait mis un truc sur LinkedIn, etc. Je crois un engineering manager, je sais, booking.com à Londres. Et je lui ai envoyé un petit message privé et je me suis connectée. Il ne me connaissait pas du tout. Je lui ai dit, on peut passer 15 minutes, je veux un retour d'expérience sur les doramétriques. Il m'a fait, ouais, aucun problème, on s'est parlé. Et puis, il n'y a pas longtemps, il y a aussi Marion Darnay de Pachamama qui a posté un truc en disant, je cherche à... Ouvrir une DUTEC, pareil, je lui ai envoyé un message, je ne la connaissais pas du tout. On s'est vus, on a été déjeuner ensemble. C'est magique, finalement. C'est clair. C'est vrai qu'on n'oserait pas forcément. Et une fois qu'on ose, on a l'impression qu'il y a des portes qui s'ouvrent. Exactement. Est-ce qu'il y a des personnes en particulier qui, là tu en as cité deux, mais particulièrement avec qui tu as eu des discussions ou des choses comme ça qui t'ont inspiré, qui t'ont construite complètement?

Est-ce que tu as des gens comme ça qui viendraient à l'esprit? Alors construite complètement, non, je n'irai pas jusque là, mais c'est plus plein de petites touches, plein de personnes. Chaque rencontre, en fait, t'apporte quelque chose. C'est ça qui est assez génial. Quand j'étais dans une de mes premières boîtes en Angleterre, à chaque fois, ils nous envoyaient un consultant américain pour passer un mois avec nous. Et on échangeait. Et comme je suis curieuse, je posais plein de questions. Et j'ai appris tellement de choses. Le fait d'aller aux États-Unis, ça aide aussi. Donc, c'est plutôt plusieurs personnes au fil du temps qui m'ont appris plein de choses. D'accord. Et donc, du coup, là, dans l'idée, effectivement, tu continues à faire comme ça, tu continues à t'enrichir avec ton réseau, avec ta veille. Et ça te permet aussi d'avoir une vision qui a l'air plutôt affûtée de l'état actuel des choses. Est-ce qu'avec tout ça, est-ce qu'il y a aussi peut-être des sujets en ce moment qui t'occupent dans l'environnement, dans tout ce qui se passe? Est-ce que tu as des choses comme ça qui viendraient à l'esprit?

Oui, c'est difficile de ne pas être préoccupée en ce moment. Je te parlais de la vision idéaliste qu'on avait au début d'Internet. Clairement, ça ne se passe pas comme on pensait. Je trouve que mon mari est américain, donc je suis la politique américaine de très très près. C'est terrifiant, c'est le mot que je veux utiliser. C'est terrifiant ce qui est en train de se passer. D'ailleurs, je n'ai presque pas de mots. Et ce qui m'embête le plus, ce n'est pas ce qui m'embête le plus, mais personnellement, le fait que les géants de la tech, certains géants de la tech, participent à ce nouveau mouvement autoritaire d'extrême droite, on va le dire, on va appeler les mots, et de dérive totale du capitalisme, avec cette prise de pouvoir incroyable d'Elon Musk, etc. C'est terrifiant. Des gens qui... Nous, on avait une petite vision un peu idéaliste, on va dire, il y a 10 ans, 15 ans, sur Google, qui était une boîte super, où tout le monde s'occupait de toi, c'était vachement sympa. Et les géants de la tech étaient des gens qui allaient nous aider à changer le monde, au-delà des gouvernements, etc.

Et en fait, ça ne se passe pas du tout comme ça. Pareil pour Meta, etc. Même ce que tu disais tout à l'heure sur le fait que nous, dans l'idée, Internet, c'est tout le monde va se parler et puis c'est tout, entre guillemets. C'est-à-dire que simplement, on fait des ponts avec les gens, on communique et puis qu'on se rende compte qu'effectivement, il y a une partie aussi où il y a de la fausse information, il y a de la manipulation, il y a des réseaux sociaux qui se mettent vraiment en ordre de guerre pour vraiment faire pfff. Passer des idées, ce n'est pas du tout ce qu'on imaginait, peut-être avec notre vision bisounours au départ. Exactement, c'est très dur et moi mon seul espoir c'est que c'est un backlash par rapport à une situation et que ça va rechanger. On a des choses à faire. Quand tu dis backlash, c'est l'idée de reculer pour mieux sauter? C'est ça exactement, j'ai un peu l'impression qu'on est en train de repartir. 40 ans en arrière, ça n'a pas une impression. Et peut-être parce que le monde a changé tellement vite, justement, entre autres, à cause d'Internet et de la technologie, etc. Et que ça a fait peur aux gens, finalement.

Et maintenant, avec l'intelligence artificielle, ça fait encore plus peur. Donc, j'ai l'impression que c'est peut-être un peu le backlash et que peut-être qu'on va se réveiller et qu'on va repartir dans le bon sens, on va dire. Mais je n'en sais rien. Et ce serait quoi, tu as vu, du coup, du bon sens? C'est-à-dire que pour toi, qu'est-ce que tu imagines après? Comment tu vois la tech une fois qu'on aura sauté? Ça, c'est une très bonne question. C'est très, très difficile d'y répondre. C'est bien ça qui est difficile. Moi, je pense qu'il faut continuer à s'exprimer et continuer à dire ce qu'on pense être vrai. Essayer, comme tu dis, de lutter contre la désinformation, se rappeler de l'histoire. C'est vrai que j'ai un background où j'ai beaucoup étudié l'histoire. Donc forcément quand je vois des saluts nazis ça m'interpelle se rappeler de ce qu'on a fait, de tout le chemin parcouru et puis d'essayer de repartir dans un monde où on peut se parler un monde où on n'est pas en guerre les uns contre les autres un monde où où on est sur de la collaboration, où on ne se replie pas sur nos frontières, Voilà, un monde ouvert. Un peu comme l'open source, finalement.

Et peut-être aussi un monde où les technos redeviennent un peu plus à notre service à nous et pour nous aider à faire une société qui nous va. Exactement. Non, c'est exactement ça. Quand tu penses à l'IA, on peut imaginer ce que ça peut nous aider pour lutter contre le changement climatique, pour lutter contre les maladies, etc. À mon avis, si on prenait 10% de ce qui est dépensé aujourd'hui en budget IA pour faire des trucs, etc. dans des choses qui sont vraiment utiles pour la société. Ça serait pas mal. C'est super, on a quand même réussi à finir sur une note positive avec tout ça, en espérant en tout cas que chacun et chacune, et toi Marine, à titre individuel, on puisse continuer à faire bien notre boulot et à être fiers de ce qu'on fait. Je pense que tu peux en tout cas être très fière de ton parcours, de ce que tu véhicules, de ce que tu donnes comme inspiration à tes pairs. Et j'ai envie de te dire, pourvu que ça continue, je te remercie Marine.

Merci à tous de nous avoir suivis. Merci à toi Aline et à très bientôt.