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S03E07 · Du code à la gestion de l'humain : le parcours d'une Deputy CTO

Podcast Tech.Rocks · 7 mars 2021 · 25 min · en français

Résumé

Céline Bayer s'est construit une solide carrière qui l'a menée au poste de Deputy CTO de Mangopay, spin-off « paiement » de Leetchi. D'abord tournée vers le code, elle s'est découvert une passion pour la gestion de l'humain.

Summary

Céline Bayer has built a solid career that led her to become Deputy CTO of Mangopay, the payments spin-off of Leetchi. Initially drawn to code, she discovered a passion for managing people.

Thèmes : Management & organisation

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Et au final, quand j'y réfléchis, j'ai un parcours dans des entreprises de plus en plus petites et dans lesquelles je participe à l'agrandissement d'équipes de plus en plus grandes. Donc je n'ai pas vraiment suivi de plan de carrière, mais j'ai plutôt fait selon les opportunités et selon ma vie personnelle. Je pense que maintenant que les années passent, les soft skills ont beaucoup plus d'impact sur le travail au quotidien. Bonjour Céline, bonjour Tech.Rocks, bonjour Florence. Alors je suis Florence Chabanois, aujourd'hui j'ai le plaisir d'interviewer Céline Bayer. Alors je suis députée CTO chez le groupe La Centrale, je manage une quinzaine de personnes à travers trois équipes. Du côté perso, j'ai deux enfants. Et toi Céline, est-ce que tu veux bien nous en dire un peu plus sur ton parcours? Alors, je suis deputy CTO chez Mangopay, comme tu l'as dit, mais j'ai un parcours très classique. J'ai fait cinq ans à l'ECE Paris, c'est une école d'ingénieurs généraliste en informatique.

J'avais choisi cette voie parce que je voulais vraiment devenir développeuse au départ, même si en 2001, quand j'étais en terminale, je n'avais absolument aucune idée de ce qu'était le métier d'ingénieur. Je voulais juste apprendre à coder, en fait. D'accord. Et tu es passée par quelle société? En fait, depuis 2006, quand j'étais diplômée, jusqu'à maintenant, 2021, si je compte, je ne suis passée que par trois entreprises. J'ai été embauchée à la suite de mon stage de fin d'études chez Dassault Systèmes et j'y suis restée presque 5 ans. C'est une grosse société qui est maintenant intégrée au CAC 40. Et c'est là que j'ai découvert les très gros process qu'on peut avoir dans ce genre de boîte. Juste dans mon service, on s'occupait des sites corporels et événementiels. Et on avait pas mal d'autonomie, donc on pouvait lancer des projets. Parfois, ça aboutissait, parfois, ça n'aboutissait pas. Et puis, j'ai commencé à faire un petit peu de management avec deux, trois personnes. En 2011, je suis partie au journal sportif L'Équipe, qui est géré par le groupe Amaury. Et là, c'était... Plus de l'ordre d'une PME, un groupe média avec des grosses contraintes de budget. Surtout au départ, quand le numérique devait encore justifier son existence.

Donc j'ai commencé par coder, et puis j'ai géré des projets, et puis j'ai fini par faire plus que du management. Mon poste a régulièrement évolué, même après chacun de mes deux congés maths. Je pense que j'ai eu peut-être la chance, je n'en sais rien. Et j'ai eu le rôle de députée depuis 2012. Si j'avance un peu plus loin dans ma carrière, fin 2019, je suis arrivée chez Mangopay. Et c'est une scale-up. Et quand j'avais le projet de partir de l'équipe, en fait, je voulais me concentrer juste sur du coaching agile parce que c'était une partie de ce que je faisais auparavant. Mais quand on est venu me parler de l'opportunité de remplacer Laure Némé, qui est la CTO de Mangopay, pendant son congé maternité, je n'ai pas pu refuser. Et donc, je suis restée après le déconfinement en prenant le rôle de députée CTO. Et au final, quand j'y réfléchis, j'ai un parcours dans des entreprises de plus en plus petites et dans lesquelles je participe à l'agrandissement d'équipes de plus en plus grandes. Du coup, c'est pas mal, tu as pu expérimenter les différentes tailles d'entreprises pour voir ce qui vient de mieux.

Du coup, député CTO, ce n'est pas un poste qu'on entend souvent, même si moi je le connais assez bien. Est-ce que tu peux m'en dire plus? À quoi ressemble ton quotidien? C'est vrai qu'on me pose souvent la question, je ne sais pas si c'est ton cas, on me dit mais qu'est-ce que c'est un député? Je suppose que les premières fois, les gens ont dit que c'était un député. Je suppose que les premières fois, les gens ont dit que c'était un député. On peut parler de deputy, c'est en tant qu'adjoint du shérif, je ne sais pas, je ne suis pas demandée. Deputy, c'est vrai que ça veut bien dire adjoint en anglais, mais on est loin d'être l'adjoint du shérif, en tout cas pour moi. C'est un peu comme le bras droit du ou de la CTO. Moi, dans mon cas, je suis toute seule à chaque fois, mais toi, je crois que tu es... Oui, effectivement, nous, on est quatre. Du coup, il y a beaucoup d'adjoints du shérif. Et on se partage les équipes. Après, il y a quand même ce côté second, effectivement. Il y a pas mal de délégations et on représente bien tous la DP. Oui. C'est vrai que j'avais observé qu'en tant que CTO, je pense que tu ne peux pas retrouver un parfum un petit peu seul quand tu es entre ton comex et les collaborateurs.

Si tu échanges avec des pairs, tu as le réseau Tech.Rocks, par exemple, mais dans l'opérationnel au quotidien, avoir un député, je pense que ça permet de dialoguer avec quelqu'un de confiance de manière plus directe, ce qui est moins possible entre manager et manager. Donc c'est plus un rôle comme un coéquipier. Par exemple, une année, ça m'est déjà arrivé de débarquer dans le bureau du CTO pour lui dire que c'est une situation particulière, je me serais exprimée différemment et que je pense qu'il n'avait pas à dire ce genre de choses aux collaborateurs. Oui, du coup, ça lui donne un autre angle aussi pour... Pour analyser ou apercevoir la situation. Oui, exactement. D'accord. Est-ce qu'il y avait des différences entre l'équipe et Mangopay? Oui, c'est vrai que le rôle avait le même nom à l'équipe et à Mangopay. Mais à l'équipe, on se répartissait les projets plutôt selon nos affinités et nos dispos. En 2011, on était juste une dizaine de personnes au développement numérique. Et quand je suis partie en 2019, on était 37. Donc, plus les années avançaient, évidemment, le rôle avait évolué.

Et je me suis rendue compte que j'avais de plus en plus de tâches centrées sur tout ce qui est recrutement, entretien professionnel ou réorganisation d'équipe. Et aussi en agilité. Et puis, c'était de moins en moins technique. Même si j'ai fait la streinte des code reviews jusqu'à 2017-2018. À Mangopay, c'est différent, on s'est répartis par équipe. Donc, Laure Némé, elle a en direct les équipes data, ops, infra et QA. Et puis, moi, je m'occupe plus particulièrement des équipes de dev. D'accord. Donc, ça fait une cinquantaine de personnes en tout. Et en direct, j'ai 17 personnes dans mes équipes. Du coup, nous, c'est à peu près pareil. On est entre 15 et 25 personnes, je pense. Au final, tu vois des qualités utiles pour être député CTO? Au final, je pense qu'il faut bien s'entendre avec son ou sa CTO. Et si on peut être complémentaire, c'est mieux. Et puis, ne pas avoir peur d'aborder les sujets qui fâchent ou que d'autres collaborateurs n'oseraient pas aborder. Si tu devais citer des moments qui ont été clés dans tes choix professionnels, de quoi tu parlerais?

Alors, en y réfléchissant, je pense que c'est plutôt ma vie. perso qui avait un impact sur ma vie pro. Par exemple, quand j'ai changé la première fois d'entreprise, c'était juste après mon mariage. Et j'ai eu mes deux enfants pendant mon passage à l'équipe. Et devenir parent, ça m'a ajouté des contraintes qui m'ont aidé à mieux m'organiser. Bizarrement, quand j'ai encore fait des contraintes. Je crois que c'est tes mamans aussi. Oui, je vois vraiment complètement de quoi tu parles. Et puis, ça m'a forcé à davantage faire confiance à mes équipes, à mieux déléguer. Et c'est aussi pour mes enfants que j'ai décidé d'accepter l'opportunité chez Mangopay. Par exemple, je ne travaille plus que 4 jours par semaine. C'est peut-être un peu cliché de s'occuper des enfants le mercredi, mais au final, c'est quelques années qui ne pourront pas être rattrapées après. Oui, clairement. C'est cliché aujourd'hui, mais peut-être que demain, ce sera normal pour tout le monde. Oui, peut-être, mais en tout cas, pour ma situation perso, ça me convient très bien.

Donc, je n'ai pas vraiment suivi de plan de carrière, mais j'ai plutôt fait selon les opportunités et selon ma vie perso. Qu'est-ce que c'est pour toi un tech leader? Alors, pour moi, en tant que tech leader, c'est emmener les équipes tech vers le meilleur d'eux-mêmes et leur faire confiance. Et tout en parlant le même langage, donc pas rester dans sa tour d'ivoire. C'est aussi autonomiser les équipes, même si parfois ils me disent qu'ils cherchent le capitaine dans le bateau parce que... Moi, je ne suis pas quelqu'un de très directif, mais plutôt de collaboratif. Donc, l'effet que ça peut avoir sur les équipes, c'est qu'ils prennent conscience qu'on attend beaucoup d'eux. J'ai essayé d'y aller progressivement, mais ça dépend des personnes. Et puis, ce qui est particulier, je pense, dans le rôle de député CTO, c'est qu'au final, les décisions reviennent à la CTO et que parfois, on n'est pas toujours d'accord, mais c'est OK si on s'est parlé à moi.

Qu'est-ce que tu penses utile comme qualité à avoir en tant que tech leader? Je prends cité deux. Oui, ok, ça marche. Je pense à l'écoute et puis à la curiosité. L'écoute parce que pour moi, je ne travaille pas toute seule. Et ça permet d'avoir l'avis d'autres personnes. Et pourquoi pas changer d'avis? Je me sers aussi de l'écoute active quand je suis en one-one. Un exemple tout bête, j'essaie de commencer par les points des collaborateurs ou des collaboratrices. Je pense que ça leur permet de vider leur sac parce que sinon, ils sont vraiment focalisés sur les points qu'ils veulent aborder avec moi et ils ne s'écouteront pas le reste. Oui, je fais ça aussi. Et tu me disais les qualités à avoir en tant que tech leader, je dirais la deuxième, c'est la curiosité, parce que c'est important pour moi de rester humble. Je ne sais pas tout. Je pense qu'il faut savoir poser des questions, toujours apprendre, chercher à comprendre.

Je suis en train de m'écouter, je pense que ça paraît bateau dit comme ça, mais c'est un peu la base pour moi. En même temps, c'est bateau, mais c'est vrai qu'on oublie quand même régulièrement. On a quand même cette injonction à tout savoir, qui est assez ancrée, je trouve, dans la tech. En termes d'inspiration, quelle est la lecture ou l'ouvrage, la présentation qui a structuré ta carrière? Alors sans hésiter, je pense aux quatre accords. Portoltech. Je ne sais pas si c'est un livre que tu as lu. J'ai lu des livres, mais je les relis depuis la préparation de notre interview, du coup. Moi, j'ai d'abord connu les principes, les accords, et je les ai pratiqués avant de le lire l'année dernière seulement. Et je ne sais pas si tu avais le livre et que tu as commencé à le lire, mais je pense qu'un résumé suffit. Parce que parfois, l'aspect chamanique de l'écriture du livre fait qu'il y a certaines personnes qui ne peuvent pas accrocher. Moi, je pense que si j'avais lu d'abord le livre, peut-être que je n'aurais pas trop fait attention. Carrément, d'accord.

Je vais redire les quatre principes de ce livre. Un, que ta parole soit impeccable. Deux, n'en fais jamais une affaire personnelle. Trois, ne fais aucune supposition. Et quatre, fais toujours de ton mieux. Alors, je ne sais pas si... Je viens de t'exemple, du coup. Oui, parce que ce n'est pas facile à expliquer. Alors, je vais prendre un exemple vraiment tout bête et lié au code review. Souvent, les retours se font par écrit. Donc, tu ne sais pas comment la personne va recevoir les commentaires. Et l'écrit, en plus, ça reste. Donc, c'est mieux que ta parole soit impeccable. Tu peux aussi manquer de contexte pour comprendre le morceau de code ou le choix d'algo. Et dans ce cas, il ne faut faire aucune supposition. Il vaut mieux que tu poses des questions pour mieux comprendre. Le troisième, si tu pars du principe que la personne fait son mieux, ça aide à relativiser. Et puis le dernier... Si c'est toi qui reçois le commentaire de la code review, pense que ce n'est pas la peine d'en faire une affaire personnelle parce que ce ne sont pas des critiques envers ta personne, mais des commentaires pour améliorer ensemble le code.

D'accord. C'est super clair parce que du coup, sur une pratique ultra courante, tu arrives à caler chacun des principes. Et du coup, ça rend ça vraiment parlant. Est-ce qu'il y a un tech leader connu que tu aurais aimé être? Pourquoi? Alors, je m'éloigne peut-être du thème leader tech pur parce que je pense à Lucie Bach qui a cofondé Too Good To Go. Je pense à elle parce qu'elle est aussi ingénieure, même si on peut être tech leader sans être ingénieure. Et elle a créé un mouvement tellement grand contre le gaspillage alimentaire avec son appui Tugu Tugu que je suis vraiment admirative. Et j'avais eu la chance de la rencontrer deux fois et de discuter avec elle. C'était vraiment intéressant. Et si je peux donner un exemple de ce que fait Too Good To Go, ils ont initié le pacte sur les dates de consommation, ou alors encore Too Good To Go soutient la proposition de faire de l'anti-gaspillage alimentaire une cause nationale 2021 en France. Moi, je la trouve hyper inspirante. Et comme l'antigaspi, c'est quelque chose qui me parle beaucoup, ça me...

Ça me touche. Et évidemment, le gaspillage alimentaire, mais aussi le gaspillage texte, c'est un peu parallèle. Oui, finalement, tout est lié. D'accord, je ne connaissais pas. Je jetterai un oeil. Merci pour le tip. On va zoomer maintenant encore un petit peu plus sur ton rôle de tech leader. en particulier ton poste actuel chez MongoPay. Est-ce que tu veux bien m'en dire plus? Oui. Donc c'est vrai que je n'ai pas présenté Mangopé encore. Tout le monde ne connaît pas forcément. Mangopé, c'est une société qui a été fondée par Céline Lazorte en 2013. Et tu connais probablement Litchi, qui est l'autre société qu'elle a fondée en 2009. Donc Litchi, c'est les cagnottes. Et il y a un moment, ils se sont rendus compte que la partie paiement pouvait être sortie en un seul produit. Donc ils l'ont appelé Mangopay. Et donc Mangopay, c'est l'API de paiement. Et on a des clients qui sont par exemple des marketplaces ou encore des plateformes de crowdfunding. Si je peux donner quelques chiffres, l'année dernière, en 2020, Mangopé a traité plus de 16 milliards d'euros de volume de transactions.

Donc, c'est des beaux chiffres. Et fin décembre, on était 170 employés avec des bureaux dans six pays européens. Si je fais un focus sur la tech, quand je suis arrivée en 2019, on était 20, sur Paris et Luxembourg. Les équipes infras sont au Luxembourg. Et mi-mars, on va dépasser les 50 personnes. On va continuer à recruter pour faire grandir des équipes. Et pour la stack, si je parle un peu techno, c'est principalement du C-Share.net, du server, RabbitMQ, Redis. C'est une stack que je connaissais. Pas pour le CCHR.net, mais pour le reste, oui. Parce que précédemment, à l'équipe, je faisais du PHP. D'accord. Et du coup, est-ce que tu codes encore, comme tu me parles de techno? La réponse courte, c'est non. Mais c'est vrai que je me suis posé la question de m'éloigner du code ou pas, parce que quand j'étais dev, c'était vraiment ce que je voulais faire au départ.

Je ne me voyais absolument pas manager. Je préférais gérer du binaire, tout ce qui était non-lin. Je trouvais ça beaucoup plus simple parce que je pensais que c'était un domaine plus prévisible. C'est rigolo. Il y a beaucoup de gens qui doivent penser comme toi. Oui, probablement. Franchement, je n'avais pas besoin, je n'avais pas envie de communiquer beaucoup. Donc, j'étais la codeuse dans son coin. J'aimais bien coder. Et puis, en prenant plus de responsabilités, j'ai évolué. Et je me suis rendu compte que la psychologie humaine n'a pas changé depuis des milliers d'années. Quoi qu'on dise. Et donc, à partir du moment où on sait décoder le comportement humain, alors je ne suis pas du tout parfaite, mais j'apprends, c'est finalement plus simple de s'adapter que de se former tous les six mois un nouveau framework. Alors, c'était très vrai, tu vois, il y a eu la folie des frameworks JavaScript, tous les six mois, il y en avait un nouveau qui sortait.

Donc voilà l'évolution où ça va peut-être un petit peu moins vite sur le côté humain. Par contre aujourd'hui je ne me vois pas manager d'autres équipes que techniques. Ok, donc tu gardes un pied dedans même si la partie humaine t'intéresse beaucoup plus en tout cas qu'en début de carrière. Oui, exactement. Mais quand tu commences à avoir beaucoup de monde dans tes équipes, tu acceptes que tu ne peux pas forcément tout encoder. Puis surtout, tu ne dois pas être la personne qui bloque les développements. Tu as des équipes pour le faire. Tu peux faire des choses beaucoup plus grandes avec plus de monde. Mais quand je ne code pas, ça ne veut pas dire que je ne comprends pas ce qu'on fait. Ça ne veut pas dire que je ne peux pas aiguiller des équipes ou prendre des décisions techniques. Mais tu n'as juste pas besoin de coder toutes les lignes pour comprendre ce qui se passe. Et puis, comme tu disais, il y a aussi une notion de confiance. On commence à les regarder un peu partout. C'est un peu antagoniste par rapport à tout ce qui est autonomie et responsabilité. Oui, voilà, je n'aime pas micromanager. D'accord. Si tu avais trois conseils à l'attention des tech leaders, qui comme toi pilotent des plateformes et des équipes tech, qu'est-ce que ce serait?

Alors, trois conseils. Le premier que j'applique, c'est le fameux« quand il y a un doute, il n'y a pas de doute». Ça m'aide pour prendre des décisions techniques. Je ne sais pas si toi, tu penses quand tu as des décisions à prendre. Oui, c'est vrai. Surtout en recrutement, en fait. Pendant les recrutements, ça me revient. Oui, tout à fait. Et j'essaie de prendre des décisions de plus en plus rapidement. Le principe, c'est que je préfère me tromper rapidement que d'attendre trop longtemps. C'est bien d'être analytique, mais quand on commence à se poser trop de questions, c'est qu'il y a un loup, il ne faut pas y aller. Peut-être que c'est des mauvaises décisions, peut-être que ça aurait pu bien se passer, mais... Si on a moins de doutes, on ne fait pas. Le deuxième, ce serait de commencer par ce qui est le plus difficile. Je crois que c'est Mark Twain qui aurait dit qu'avaler une grenouille dès le matin, ça permettrait de s'assurer qu'il ne pourrait rien arriver de plus difficile dans la journée. D'accord, ça c'est une idée de déjeuner. Voilà. En vrai, je ne le fais pas. Je n'avais pas vraiment de grenouille, mais... J'essaye de commencer par ce qui est le plus dur.

Que ce soit en termes de tâches ou même de relationnel. Par exemple, si j'ai une mauvaise nouvelle à annoncer, je préfère le faire le plus rapidement possible dans ma journée et pas de remettre le lendemain. D'accord. Troisième conseil, ce serait d'entretenir son réseau, échanger avec ses pairs. En gros, c'est ce qu'on fait à Tech.Rocks. Je participe à plein de meetups différents et parfois, ça peut être un peu random. Je ne sais pas si toi, tu es... C'est-à-dire? Je ne peux pas participer à des événements, il n'y a pas forcément de lien direct avec ce que je fais. Il n'y a pas forcément des gens que je connais d'ailleurs. Je prends un exemple, l'année dernière, c'était avant le confinement, je suis tombée sur un événement où tu as écrit... Tu connais peut-être comme champion du monde de roller. Il avait expliqué comment il avait monté OnOff, c'est une boîte télécom, alors qu'il est juste autodidacte, il n'a pas le bac. Il s'est formé, il a compris ce que c'était la tech, il a monté des équipes et c'était hyper inspirant.

Et puis dans ce meet-up, j'ai rencontré d'autres personnes que je ne connaissais pas. Une file en écho, ça permet de construire son réseau. Excellent, super conseil. Mais oui, je suis en train de réfléchir, je me dis que ce n'est pas des conseils très techniques. Non, mais après, comme tu disais, si tu donnais un conseil sur un framework JavaScript, ce serait... Périmé assez vite. Oui, mais surtout que je pense que maintenant que les années passent, les soft skills ont beaucoup plus d'impact sur le travail au quotidien. Je suis d'accord avec toi. Surtout en termes de levier, le fait d'en manquer, ça a des impacts beaucoup plus importants. Merci, en tout cas, je trouve ça vraiment super intéressant. Est-ce que tu pourrais nous partager une histoire d'échec ou de réussite? Alors, je ne sais pas si ça a classé en fait. Céline, on réussit, tu me diras, mais c'est plutôt une expérience marquante. D'accord. Je pense à août 2016, c'était au moment des Jeux Olympiques au Brésil. Et donc, j'étais à l'équipe. Et c'était un mois super intense.

Et je pense que c'est un bon exemple pour illustrer mon rôle de DQT CTO, avec toute la technique qu'il y a derrière. Donc, pour reprendre comment ça s'est passé, il se trouve que c'était une coïncidence, mais depuis mon arrivée à l'équipe en 2011, je n'avais géré aucun grand moment de compétition de type mondial de foot ou Euro ou JO. C'était super rush. Oui, c'était des moments super forts, parce que c'était tombé à chaque fois sur un congé de maternité. Avec mon CTO, qui est François Boury, on avait préparé le mois d'août pour que ça se passe au mieux et qu'il puisse partir en sangé, c'est vraiment. C'est mon rôle de pouvoir assurer le backup. Les Jeux Olympiques, même quand tu t'appelles l'équipe, tu ne peux pas changer les dates parce que tu n'es pas prêt. Oui, c'est clair. Donc, la rédac avait décidé de lancer un nouveau format d'édition numérique. Donc, on avait eu pas mal de développement à faire. C'était quelque chose qui ressemblait un peu à des stories.

On pourrait voir où... C'est un format plutôt mobile. L'autre contrainte, c'est qu'il y avait un décalage horaire avec Rio. Et donc, on avait organisé des équipes de jour, des équipes de nuit. J'ai aussi d'autres personnes qui étaient aussi en congé parce que c'était l'été. Moi, je ne suis pas partisane de mobiliser tout le monde à 100% au-dessus de la vie continue. Et s'il y a des gens qui ont besoin de prendre des congés, ils les prennent. C'est à nous de nous organiser. Et moi, je refuse d'appeler les gens pendant leur congé. Je me débrouille. Il faut que j'y anticipe. Il faut que je me sois organisée. Et donc, je devais m'assurer que tout le monde ait aussi suffisamment de repos et qu'on soit hyper réactifs parce qu'on n'était pas tant que ça à pouvoir assurer la streinte et puis être dans les équipes. Alors, parce que je n'avais pas beaucoup de personnes qui étaient internes, j'avais beaucoup de personnes qui étaient externes. D'accord. Et la streinte, normalement, c'était que les personnes qui étaient internes. Ah, ok. Je ne sais pas d'ailleurs si toi, tu as de la streinte dans tes équipes.

Les internes et les prestats, ils sont sujets. D'accord. Du coup, à ce moment-là, on avait demandé un prestat de s'ajouter aux personnes de la Sainte. C'est vrai, d'accord. Oui, de toute façon, à un moment... Oui, en nombre, c'était vraiment récrac. Et alors, c'était quoi qui était difficile? Je me souviens de bugs de l'espace. Je crois que c'était dans les nombres de médailles qui n'étaient pas les bonnes, ou les classements, je ne sais plus, mais ça ne fait pas génial pour l'équipe. Et j'avais dû fouiller un vieil algo, et j'avais trouvé un bug qui était là, mais genre depuis longtemps, depuis même d'autres JO, et qu'on n'avait jamais remarqué. Un peu sur les classements. Oui, alors je ne sais plus exactement lequel, mais c'était une page de cette édition numérique qui ne s'affichait pas bien. En plus, il y avait de la génération d'images, des histoires de cash, évidemment. Bon, au final, on a trouvé, mais tu vois, à l'époque, je devais encore coder, me plonger dans le code, et puis quand même...

Mettre en pro derrière. Pour ceux qui me connaissent maintenant, ils ne se disent peut-être pas que je connais. Et puis, à ce moment-là, je n'ai pas donné le bon exemple parce que j'ai enchaîné 8h30 pendant plusieurs semaines. Ne faites pas ça. Je ne dis pas qu'il ne faut pas s'impliquer. Mais niveau perso, niveau repos, ce n'est vraiment pas top. Parce que je ne voulais pas laisser mes équipes seules et c'était hors de question que mes équipes fassent le même rythme donc je prenais vraiment sur moi puis bon c'était hyper passionnant de travailler pour les JO évidemment j'ai pas mal vécu et alors ça a commencé depuis une semaine et puis à un moment ça s'est corsé parce que la Ligue 1 reprenait et donc là on a eu des problèmes de perf sur l'API REST qui s'occupait d'envoyer des millions de notifications. Donc voilà, on a fini par résoudre ça en équipe, je n'étais pas toute seule. Mais c'était un moment vraiment intense. D'ailleurs, je salue mes anciens collègues s'ils écoutent ce podcast. La période de JO s'est bien terminée, donc je ne sais pas si c'est plutôt une réussite parce que...

Quand on fait... Le bilan, ça s'est bien passé, mais c'était hyper formateur. En plus, ce qui est chouette, c'est que tu as enchaîné deux façons de traiter le problème en mode solo et en équipe. Oui, alors pour l'histoire du placement des ménages, je n'étais pas spécialement toute seule, mais dans mes souvenirs, pour cet algo en particulier, je pense que j'avais fouillé pas mal. Pas mal, c'est vrai. Ok. Merci pour ce partage, Céline. Effectivement, c'est super parlant. Je trouve ça rigolo quand ça se raccroche à une actualité. Et tous les gens qui sont là, qu'on voit vraiment le lien. On arrive à la fin de notre entretien. Du coup, merci beaucoup pour tout ce que tu as bien voulu partager avec nous. Je te souhaite une super journée. Merci. Et puis à bientôt. Bye bye. Bonne journée.