Podcast Tech.Rocks

Le leadership tech selon Assia : Humilité, résilience et innovation

Podcast Tech.Rocks · 9 novembre 2024 · 27 min · en français

Résumé

Épisode de la série du podcast Tech.Rocks à la rencontre des CTO de Suisse. Avec un parcours qui mêle ingénierie, leadership et transformation digitale, Assia Garbinato partage sa vision du tech leader : un rôle qui allie humilité, résilience et capacité à rendre l'innovation opérationnelle. Elle revient sur son chemin, de doctorante à la tête d'équipes d'excellence, sur son approche centrée sur l'humain et la culture d'entreprise, et sur l'importance de s'entourer de talents pour faire grandir son équipe. Pour elle, la technologie n'est pas une finalité mais un accélérateur du succès business. Elle évoque aussi l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, fière d'être une leader tout en étant mère de trois enfants.

Summary

An episode in the Tech.Rocks podcast series meeting CTOs in Switzerland. With a background that blends engineering, leadership and digital transformation, Assia Garbinato shares her vision of the tech leader: a role that combines humility, resilience and the ability to make innovation operational. She looks back on her path, from PhD student to leading teams of excellence, on her people- and culture-centred approach, and on the importance of surrounding herself with talent to grow her team. For her, technology is not an end in itself but an accelerator of business success. She also talks about balancing work and personal life, proud to be a leader while being a mother of three.

Thèmes : Management & organisation

Programme du Tech.Rocks Summit 2024

Transcript complet

Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.

Bonjour à toutes et à tous, merci d'écouter ce nouvel épisode du podcast Tech.Rocks. Aujourd'hui, j'ai envie de vous parler d'un événement que vous ne voudrez pas manquer, qui est le Tech.Rocks Summit 2024. Et de les 3 décembre, on se retrouve donc pour deux jours intenses de conférences inspirantes, de discussions passionnantes et d'expériences qui sortent de l'ordinaire. Ce sera l'occasion parfaite de découvrir des idées neuves, d'échanger avec des leaders du secteur et de se plonger dans le thème de la résilience dans la tech. Ça va être un moment vraiment unique. Donc, si vous avez envie de vous enrichir, de networker ou juste de vous inspirer, eh bien, on vous attend. Le lien est en description de l'épisode de ce podcast. J'espère qu'on vous y verra nombreux et nombreux et on a hâte de vous retrouver. À très bientôt! Pour moi, les bons informaticiens, c'est des artistes, c'est des artisans qui créent des œuvres. Et j'aime bien créer des conditions d'excellence pour ces gens-là. Je suis animée par cette vision que l'informatique n'est plus juste un support pour les métiers, mais que de plus en plus, le digital, la technologie, c'est quelque chose qui est au cœur des métiers

et qui peut transformer des métiers. Bonjour à tous, je suis Yann Albou, CTO et membre fondateur de la société Sokube, une entreprise d'expertise cloud, DevOps et de coaching. Mais aujourd'hui, c'est en tant que membre et ambassadeur des communautés Tech.Rocks et CTO Romandie que je me présente à vous. Et donc, je suis ravi d'être avec vous pour ce nouveau podcast Tech.Rocks qui va donner la parole, et ce pour la deuxième fois, à des tech leaders de la Suisse romande. Et je tiens à signaler que cette initiative est liée à l'organisation cette année du Tech.Rocks Summit 2024 qui aura lieu les 2 et 3 décembre à Paris et qui sera aussi diffusée à la même date et en direct en Suisse et en particulier à Genève, avec en plus quelques surprises supplémentaires. Notre objectif est de rendre accessible l'événement à distance et surtout de créer des communautés de tech leaders locales. Alors sans plus attendre, découvrons ensemble notre tech leader du jour, puisque j'ai le plaisir d'accueillir Assia Garbinato, qui est la directrice digitale et innovation de la Romand d'Energie.

Bonjour Assia. Bonjour Yann, merci pour l'invitation, ravie d'être avec toi. Avec plaisir. Alors Assia, est-ce que tu peux nous partager qui tu es, ton parcours, globalement, qu'est-ce qui t'amène et qu'est-ce qui te fait te lever le matin? Alors qui je suis? Je suis informaticienne de formation, leader maintenant depuis quelques années dans ce domaine. Je viens vraiment du domaine de l'informatique, ce qui est un métier que j'adore. Souvent, je compare ça à un métier d'artisan. Pour moi, les bons informaticiens, c'est des artistes, c'est des artisans qui créent des œuvres. Et j'aime bien créer des conditions d'excellence pour ces gens-là. Donc voilà, aujourd'hui, mon parcours est divers et varié. J'ai commencé d'abord dans le milieu plutôt de la tech, dans une start-up, après chez Kodelski. Après, j'ai travaillé assez longtemps dans le milieu de la finance. Par la suite, j'ai enchaîné avec un petit passage dans plutôt un poste d'indépendante.

Et puis après, j'ai rejoint Romande d'Energie au départ comme CDO, Chief Data Officer. Et puis deux ans plus tard, en tant que membre de la direction et en charge de l'unité digitale, innovation et marketing. Voilà pour qui je suis en deux mots. Puis maman de trois enfants quand même, j'aime bien le répéter. J'occupe un rôle modèle, donc j'aime bien dire ça. J'aime bien donner du courage à toutes les jeunes femmes qui espèrent avoir une carrière. Et mon message, c'est de dire que c'est possible d'avoir une carrière et des enfants. Il faut juste choisir le bon mari. Mais sinon, qu'est-ce qui m'anime tous les matins pour venir travailler? D'abord parce que j'aime mon métier, donc ça je pense que c'est la base. J'aime porter une vision. Et puis, comme je disais tout à l'heure, j'aime créer des conditions pour que les gens brillent. Je me mets au service des équipes, j'aime leur créer des conditions de succès et je suis animée par cette vision. Donc l'informatique n'est plus juste un support pour les métiers, mais que de plus en plus, le digital, la technologie, c'est quelque chose qui est au cœur des métiers et qui peut transformer des métiers.

Et j'aime bien poursuivre ce rêve-là, que les gens veulent comprendre petit à petit. Merci, joli parcours. Si tu devais citer des moments ou des rencontres, des découvertes qui ont été clés dans ton parcours, tu parlerais de qui ou de quoi? Alors, je dirais que les moments qui ont été clés, c'est clairement mon passage à l'EPFL avec mon doctorat. Là, j'ai vraiment été éduquée à prendre des problèmes complexes et à les décomplexifier. Ça, ça a été très, très formateur pour moi. On appelait ça, dans le laboratoire où j'avais fait mon doctorat, on appelait ça les niveaux. d'abstraction. Ça, c'est quelque chose qui m'a beaucoup structurée par la suite, et de différencier le problème de la solution et d'éviter les discussions où on spaghetti ou on mélange tout. Ça, je pense que c'est quelque chose qui m'a beaucoup aidée. Si je devais fermer les yeux et réfléchir, je pensais... Toutes les situations de mise en production, les grandes mises en production. Donc quand les équipes pulsent tout ensemble sur un week-end pour livrer en production quelque chose, je trouve qu'il y a une sorte d'euphorie, de momentum comme ça, où tout le monde est autour, fédéré autour d'un objectif que je trouve assez magique.

Et puis quand c'est bien fait, bien structuré, ça me fait vraiment penser à un chef d'orchestre, et chacun connaît sa partition, et puis la satisfaction de réussir, et puis aussi la rigueur de tout préparer. Je trouve toujours très impressionnant comment chaque étape est planifiée. On anticipe toujours si ça ne marche pas, qu'est-ce qu'on doit faire. Et puis, je dirais le dernier temps fort dans ma carrière, ça aura été la rencontre avec l'agilité. Je suis quelqu'un de très attaché aux pratiques agiles et aux valeurs agiles. Pour moi, je pense que ça a fondamentalement changé ma vision des équipes, du travail en groupe. Et surtout, ça m'a aussi montré qu'on pouvait être outillé pour être un meilleur leader. Et puis que l'humanisme... Et création de valeur. C'est compatible. Du coup, tu parles de leader. Ma question qui vient derrière ça, c'est quoi pour toi être un tech leader?

Qu'est-ce que ça représente au sein d'une entreprise aujourd'hui? Quelles sont les qualités d'un tech leader de ton point de vue? Alors pour moi, un tech leader, la première caractéristique qu'il doit avoir, c'est l'humilité. Ça peut paraître paradoxal. Généralement, on a des clichés où plus on est haut dans la hiérarchie, plus généralement on a tendance à avoir une sorte peut-être de prétention. Moi, je pense sincèrement qu'un très bon leader est humble. Et surtout, il est conscient qu'il doit prendre beaucoup de feedback pour s'améliorer. Et en fait, ça, c'est vraiment un levier de performance qui est extraordinaire. Il doit s'entourer de gens qui sont meilleurs que lui. Et il doit prendre du feedback d'eux pour augmenter ses propres capacités. Je dirais que la deuxième caractéristique d'un très bon leader, c'est le courage. Donc un bon leader doit être courageux, il doit prendre des décisions difficiles. Ça peut être du courage pour prendre des risques, tenter quelque chose, lancer un nouveau business model, lancer une transformation, faire des choix, oser, quelqu'un d'autre n'aurait pas osé.

Ça peut être aussi des choix courageux humains. Engager quelqu'un en qui personne n'aurait cru, s'investir pour faire monter quelqu'un, se séparer d'une personne, etc. Donc, il y a plein de situations où notre courage est sollicité. Bien sûr, on est dans un métier qui reste technique, donc ça doit être quand même quelqu'un qui comprend. Et qui doit avoir des capacités aussi de vulgarisation. Parce que vous ne travaillez pas tout seul dans votre petit univers, vous travaillez avec d'autres personnes, donc vous devez être capable de vulgariser. Et le dernier point aussi que je réalise de plus en plus, c'est que ça doit être quelqu'un qui doit avoir des compétences d'opérationnalisation. Ou au minimum s'entourer de gens qui savent opérationnaliser. Dans le sens que dans notre métier, ça peut ne pas coûter cher d'avoir plein de bonnes idées. Maintenant, passer de la bonne idée à quelque chose qui fonctionne, qui est opérationnalisé, qui tourne, c'est encore une autre histoire, sachant que vous êtes rarement dans une situation où on vous demande d'implémenter qu'une idée.

Votre quotidien, il est fait de sollicitations, de multitude d'idées. Donc, je dirais que c'est ça. l'humilité, la prise de feedback, le courage, être capable d'opérationnaliser, et puis bien sûr de la veille et de la pédagogie. J'adore ce que tu nous partages. Tu parles de risque et de courage pour être un tech leader. Je trouve qu'on ne l'entend peu, ça. Et je trouve ça super intéressant d'autoriser un tech leader à prendre sa part, quelque part, de responsabilité là-dessus et puis d'amener ce courage et ce risque en même temps. Alors, Tu parles de technologie aussi, il faut qu'un tech leader puisse maîtriser une partie de la technologie. Comment tu vois la place justement du tech leader par rapport à la technologie? On voit qu'il y a beaucoup de nouvelles technologies, des évolutions dans différents domaines au niveau DevOps, Cloud, Green IT. Évidemment, on parle beaucoup d'intelligence artificielle. D'ailleurs, tu viens du monde de la data. C'est quoi pour toi la perspective de ces technologies?

Comment tu... voit la technologie dans l'entreprise ? Alors, comme je disais avant, je pense qu'un tech leader, il doit avoir une vraie crédibilité sur les technologies qu'il lead. Il ne peut pas être ignorant. Donc, c'est très important pour moi de maîtriser les technologies, en tout cas d'avoir une compréhension suffisamment généraliste, mais des fois pas que généraliste, malheureusement, parce qu'il faut savoir qu'est-ce que ça coûte aussi aux équipes de mettre en place des choses. Maintenant, moi, je dis toujours, il faut éviter le phénomène sapin de Noël, où on va mettre plein de technologies, on va les juxtaposer les unes à côté des autres, on va lancer des POC dans tous les sens pour dire qu'on fait. Pour dire qu'on fait, puis pour dire que voilà, on est là, on est présent, on fait de l'IA, on fait de l'IA génératif. Moi, pour moi, la technologie, si on ne veut pas s'égarer et on ne veut pas se retrouver face à presque un mythe de cessif, il faut que ça soit inscrit dans une vision business. Donc, c'est quoi la vision business?

Où est-ce qu'on veut être au niveau métier? Et après va venir la deuxième question structurante, Comment la technologie peut être au service de cet objectif business? J'en veux pour preuve, tu parlais de l'IA génératif, c'est très tentant de faire plein de POC d'IA génératif, mais pour moi, ce n'est pas du tout la même histoire. Si je fais un POC sur l'IA génératif avec mon équipe, puis on s'amuse sur… sur des use cases qu'on imagine. Si c'est l'ERH ou le service juridique qui me disent, voilà, on veut réduire l'efficience, on veut augmenter l'efficience de nos équipes, on veut créer des desks virtuels où les collaborateurs posent une question et puis ils ont rapidement la réponse. Et au sein de ça, on développe des modèles d'IA génératif avec des chatbots. Pour moi, c'est vraiment l'IA génératif, l'IA tout court, n'est pas une stratégie d'une entreprise, ce n'est pas la stratégie. Par contre, c'est un accélérateur phénoménal d'une stratégie.

Pour moi, c'est très important ça. Après, une fois qu'on a posé ça, le fait que je vienne du monde de l'informatique, je sais qu'il va y avoir aussi des prérequis du DevOps, du cloud, toutes ces choses-là. Je ne vais pas m'attendre à ce que les métiers les demandent. Ça, c'est des choses que je sais. Alors là, du coup, je viens avec ma casquette de pure informaticienne. Je vais dire, si vous voulez qu'on délivre vite, qu'on délivre rapidement, qu'on n'ait pas des coûts de latence très, très élevés pour mettre en place les choses, vous devez mettre des socles qui vont très, très, très vite. Donc, c'est complémentaire. Il y a ce que j'amène moi, de facto, mais il y a ce qui vient. En déduction ou en extrapolation à partir des objectifs métiers. La technologie n'est pas une finalité en soi, mais plus un accélérateur pour répondre aux besoins. Et dans ce contexte, en définissant des objectifs business et en cédant de la technologie, comment tu peux amener une transformation IT?

Est-ce qu'il faut une culture particulière pour faire ce type de transformation au sein des entreprises? Alors, je pense que ça, c'est le grand angle mort de beaucoup d'entreprises. Beaucoup d'entreprises pensent qu'une transformation digitale, c'est déclaratif. On va tous faire un petit voyage dans la Silicon Valley, on va voir deux, trois petites startups, on va lire quelques bouquins, puis on va venir et on va dire, on va aussi éventuellement préparer un gros budget, puis on va dire, on lance une transformation digitale. Ma perception, c'est qu'une transformation digitale, c'est avant tout une transformation culturelle. Donc, bien sûr, c'est une ambition métier. Je veux faire mon métier différemment, je veux transformer mon métier, je veux que mon métier puisse tirer profit de la technologie. Donc, ça, c'est une condition nécessaire, on va dire, mais elle n'est pas suffisante. Elle ne sera jamais suffisante. Ce qui complétera cette vision, c'est que tout ça, c'est oui, mais il faut une culture.

Si vous allez dans ces entreprises qui sont très inspirantes, en tout cas pour leur développement business, si vous allez dans ces entreprises, vous prenez le café, vous déambulez dans les couloirs, ce que vous allez voir, c'est qu'il y a une culture particulière. Alors, elle se matérialise comment cette culture? C'est une culture du fail fast. J'essaye, je essaye. Mais je m'assure pour faire très vite. C'est une culture du client au centre. Je ne développe pas pour développer. J'ai toujours un client, un persona en face de moi que j'imagine. Je prototype. Je suis consciente aussi qu'une équipe qui est dysfonctionnante, une équipe où il y a des malaises, ça va être une équipe qui va livrer moins. Et j'aime beaucoup cette théorie qui dit que si vous analysez un système d'information, souvent il est le reflet des conflits qu'il y a dans les équipes. Donc si une équipe ne parle pas à une autre équipe, Vous êtes quasi sûr que dans votre système d'information, vous allez avoir deux silos, parce qu'ils auront tout fait pour que chacun développe son vertical. Les deux silos ne se parlent pas, mais il n'y a souvent pas de raison objective.

Les silos ne se parlent pas. Donc voilà, effectivement, c'est une culture particulière qu'il faut développer. Comment on peut savoir quelle est la culture d'une entreprise finalement, quand tu arrives au sein d'une entreprise, ce serait quoi les tips pour toi? Alors moi, je t'avais dit ça en préparation, moi je pense qu'un test tout bête, c'est d'aller traîner à la pause café. Et d'écouter de quoi discutent les gens. Moi, je pense qu'on peut faire beaucoup de théories, mais la culture, elle se perçoit dans le quotidien des gens, dans les échanges informels qu'ils ont. Et c'est là que tu vas voir est-ce qu'il y a une culture de l'innovation, est-ce qu'il y a une culture du feedback. C'est aussi comment les gens font leurs séances aussi. Est-ce qu'il y a vraiment des séances qui sont faites différemment? Est-ce que les gens cherchent autre chose que le modèle où j'arrive, je m'assois dans la salle, je subis 50 slides, je ne dis rien, je pars. Ou est-ce qu'il y a quelque chose de différent? Il y a des modérateurs, il y a des facilitateurs.

On va chercher les gens, on leur pose des questions, on met des mantis. Et moi, là, vous voyez, pour moi, vous voyez tout de suite la culture d'une entreprise. Quand on a échangé pour les premières fois, tu as naturellement évoqué la résilience, qui était quelque chose d'un peu... Il se trouve que c'est le thème du Tech.Rocks Summit 2024, qui est celui de la résilience. Qu'est-ce que ce mot représente pour toi, toi d'un point de vue personnel, mais aussi dans un contexte d'entreprise? Pour moi, il représente beaucoup, vraiment beaucoup. J'ai une amie coach qui m'a sensibilisée à la subtilité. Je ne suis pas résiliente, je tente d'être résiliente. C'est une différence. Parce que dire qu'on est résilient, c'est très prétentieux. Je suis totalement consciente que je ne suis pas résiliente à tout. Ça, je l'accepte. Par contre, qu'est-ce qui veut dire le terme pour moi? C'est que je suis dans un poste et avec des défis qui font que les difficultés font vraiment partie de mon quotidien. J'ai presque envie de vous dire que c'est plutôt les difficultés qui me sont souvent remontées.

Les succès sont le plaisir et le bonheur des équipes. On vient me voir parce que quelque chose ne marche pas. C'est normal et c'est OK. Ça fait partie du job. Et la résilience, pour moi, c'est cette faculté que quelqu'un comme moi doit développer, de se dire que face à une difficulté, il n'y a pas que le côté painful de la difficulté. Il y a qu'est-ce qu'elle dit cette difficulté pour nous? Pourquoi déjà c'est une difficulté? Qu'est-ce qu'elle m'apprend sur moi? Qu'est-ce qu'elle m'apprend sur mes limites? Qu'est-ce qu'elle m'invite à faire et à changer en moi? Qu'est-ce qu'elle me donne comme opportunité pour grandir? Et quelque part, j'ai presque envie de dire quel plaisir elle me procure. de la dépasser. Et honnêtement, c'est vraiment un exercice que j'essaye de faire, mais je ne le fais pas par dogmatisme, je le fais par survie. Je ne le fais pas parce que j'ai lu un bouquin ou j'ai vu un TED, j'avais lu et j'avais vu des TED, mais ça ne m'a percuté que le jour où je me suis rendue compte que si je ne développais pas ça, mes journées allaient être dures.

Pour moi, la résilience, c'est une façon de trouver du plaisir malgré les difficultés quotidiennes. Est-ce que tu penses que pour un tech leader ou pour mener une transformation IT, est-ce qu'il y a besoin d'être résilient, d'amener de la résilience dans les équipes? Parce qu'une transformation, ce n'est jamais simple à faire. Donc, est-ce que la résilience joue un rôle dans ce contexte-là? Alors oui, clairement. Moi, quand je fais les entretiens aujourd'hui, je dis clairement aux candidats que je vois que s'ils cherchent un travail où ça ronronne, où les heures sont déjà bien définies, qu'ils partent à 17h et puis ils n'ont plus à se tracasser, je leur dis que ça va être difficile pour vous parce qu'on est dans des métiers qui nous questionnent. Et puis quand vous faites une transformation, il ne faut jamais oublier que toute transformation commence par soi. Vous ne pouvez pas inviter des gens à se transformer sans vous transformer vous-même. Quand on me dit« je prends du feedback», c'est une phrase qui est vite dite. Quand vous recevez du feedback, ça vous chamboule selon le feedback que vous recevez.

Donc, c'est des chemins qui sont effectivement complexes. Et pour moi, les équipes, elles doivent être conscientes. La résilience est importante. Aussi, tout simplement, face aux échecs techniques, face aux insuccès business, parce qu'on peut avoir des PO business qui sont convaincus que leur idée est géniale, l'équipe y adhère, elle est à fond derrière, mais l'idée n'est pas si géniale que ça, ou elle ne trouve pas son marché, elle ne trouve pas son public. On fait quoi avec ça? Donc oui, pour moi, ce n'est pas quelque chose, ce n'est pas un concept qui doit rester au niveau d'un... Mais c'est vraiment quelque chose qui doit percoler à tous les niveaux. J'imagine qu'il faut avoir un certain recul pour amener toute cette résilience et puis faire grandir les équipes. Comment, toi, tu fais pour continuer d'apprendre ou pour faire grandir les équipes et amener de la nouveauté quelque part? Alors moi, ce que j'essaye de faire, déjà j'essaye, quand j'ai du temps quand même de lire, d'échanger aussi beaucoup avec des gens que je respecte beaucoup et qui ont des visions, qui ont vécu

des expériences aussi très intéressantes. Je regarde beaucoup de TED, j'échange, je travaille aussi avec des coachs en agilité avec qui j'échange aussi beaucoup. Et je prends aussi beaucoup de... J'essaye en tout cas de prendre du recul. d'écrire, de réfléchir. J'essaye aussi de me challenger pour prendre de la hauteur par rapport aux situations que je vis, aux problèmes que je vis, et de me dire, est-ce que cette situation, est-ce que ce problème, il est propre à moi, il est propre à Romande d'Energie, ou est-ce que c'est quelque chose que j'ai déjà vu ailleurs et qui est quelque chose de plus méta à mettre en place? J'essaie vraiment de prendre beaucoup de recul par rapport aux problèmes que je rencontre pour essayer de leur donner plus une solution plus générique. J'essaie d'éviter le trop spécifique. Tu parles de lecture et justement, Les auditeurs sont toujours intéressés d'apprendre. Est-ce que tu as justement des ressources à nous partager, une conférence ou un livre qui t'a particulièrement inspiré?

Alors, il y en a beaucoup, mais déjà, il y a un texte qui m'a beaucoup impactée, c'est« What made a good life» de Robert Waldiger. C'est la plus longue étude, on va dire, de happiness du monde qui n'a jamais été faite. C'est un laboratoire aux États-Unis, dans une université, qui fait une étude de chairman en chairman. Donc, ça fait vraiment des années sur plusieurs dessinés, sur plusieurs générations, qui se donnent le relais sur cette étude. Donc, ils suivent plusieurs générations et ils leur posent toujours les mêmes questions. Ils interviewent les gens quand ils sont jeunes, ils les interviewent quand ils sont à l'âge mûr, ils les interviewent quand ils sont plus âgés. Et ils ont fait ça sur plusieurs générations. Et ce qui est fascinant, c'est de voir comment les gens répondent à travers les générations, répondent toujours la même chose. En tout cas, il y a un pattern très, très fort.

Et ce n'est souvent pas les choses qu'on pense quand on est jeune qui sont vraiment les plus percutantes quand on est plus âgé. Et ce TED, ce qu'il nous dit, c'est qu'il doit y avoir un équilibre entre notre vie privée, notre vie professionnelle, et qu'on doit être équilibré à l'intérieur et on doit rester un bon être humain, quoi qu'on fasse. Donc ça, c'est un TED. Je trouve qu'il milite beaucoup en faveur du leadership humain et bienveillant. Ça, c'est un tête qui m'inspire. Donc, moi, je me dis, à la fin de ma carrière, j'espère avoir marqué positivement des gens. Ça me motive. Et puis, une lecture, c'est comment optimiser son équipe. Petite ranglée, c'est Five Dysfunctions of Team de Patrick Lanchini. Et ça, c'est un livre qui m'a... C'est bête, mais il m'a bouleversée. Parce qu'en fait, il expliquait tout simplement les dysfonctionnements des équipes et comment ça tient un peu pour que ça fonctionne et comment ça tient aussi un peu pour que ça dysfonctionne de manière très grave. Donc voilà. Top, merci pour ces deux partages.

Une question, tu parlais en introduction que tu étais maman et puis ça te tenait à cœur de montrer l'exemple aussi. Tu as aussi des responsabilités au niveau de ton entreprise. Comment tu allies les deux et comment tu arrives justement à montrer cet exemple-là? Alors, moi déjà, je ne pense pas qu'on est des êtres humains qui avons des enveloppes différentes en fonction de où ils sont. Donc moi, ce que j'essaye de faire, c'est que mon rôle de mère doit m'aider à être un meilleur leader, parce que je me dis que je suis responsable de préparer les places de travail des générations suivantes. Et dans les générations suivantes, il y a des jeunes comme mes enfants. Donc, j'ai une responsabilité sociétale à laisser un climat sain dans mon entreprise. Donc ça, c'est comment ça... Ça m'influence dans ce sens-là et donc ça m'influence aussi dans l'autre sens parce que dans les milieux professionnels, on a la chance d'avoir accès à des coachs, on a la chance d'être sensible à des feedbacks, on fait des rétrospectives, etc.

Et souvent, en tant que cellule familiale, vous n'avez pas tout cet accompagnement. Et moi, il y a plein de choses que j'ai ramenées aussi dans ma cellule familiale qui me sont venues de ces formations. Donc, ça fait toujours rire mes collègues quand je leur dis que régulièrement, je fais des rétrospectives. avec ma petite famille, où je leur demande qu'est-ce qui est fonctionnant chez nous, qu'est-ce qui est moins fonctionnant et qu'est-ce qu'on peut améliorer. Et c'est toujours adorable de voir que les réponses sont très pertinentes, très très pertinentes, plus pertinentes que dans les rétrospectives des fois qu'on fait dans l'entreprise. Excellent, j'adore. Nous arrivons à la fin de notre podcast. Est-ce que Assia, tu as une dernière chose à partager, un conseil pour nos auditeurs? Alors oui, moi peut-être, si je peux me permettre un conseil ou quelque chose en tout cas moi qui m'a toujours guidée, c'est de dire il faut aimer ce que vous faites. Et pas chercher le travail qui vous fait rêver. C'est-à-dire que vous allez avoir des activités, Ces activités ne vont pas forcément être celles dont vous rêvez.

C'est malheureusement souvent le cas. Mais faites-les avec amour, faites-les avec conviction et vous allez voir que vous allez finir par les aimer. Donc, pour moi, aimer son travail, ça peut aussi venir par le fait qu'on le fait avec curiosité, avec intelligence, avec besoin d'amélioration continue et en finir par rendre son travail passionnant. Et puis, je pense qu'on n'a pas tous la chance de se lever un jour et puis avoir le job de nos rêves. Merci Assia pour ce partage. J'étais ravi de pouvoir faire ce podcast avec toi. Je te remercie, c'était riche, sincère et plein d'humilité. Un grand merci pour ce moment de partage que j'ai beaucoup apprécié. Merci beaucoup Yann. J'en profite aussi pour vous rappeler de vous inscrire au Tech.Rocks Summit 2024 qui se tiendra les 2 et 3 décembre en même temps à Paris et à Genève. N'hésitez pas à prendre d'or et déjà vos places sur la billetterie Tech.Rocks. Merci à tous.