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Tech.Rocks Summit 2022
Entre pressions matérielles & promesses de dématérialisation
- Aurore Stéphant (Ingénieure géologue minier, spécialisée dans les risques sanitaires et environnementaux des filières minérales, Association SystExt)
Tech.Rocks Summit 2022 · 8 décembre 2022 · 54 min · en français
Résumé
Les secteurs des technologies de l'information et de l'électronique ont des besoins en énergie et en métaux considérables et croissants. Loin du mythe de la dématérialisation, Aurore Stéphant expose les graves réalités environnementales qui en découlent, de l'exploitation minière jusqu'à la gestion des produits en fin de vie. Pour elle, il n'y a pas d'éco-responsabilité de la tech sans prise en compte de ces enjeux, et donc sans changement profond.
L’essentiel
Aurore Stéphant (SystExt) confronte la promesse de dématérialisation du numérique à sa réalité matérielle : mines, déchets miniers, métaux dispersés dans les appareils et limites du recyclage, avant de proposer des leviers pour réduire le recours aux métaux primaires.
Pour interroger les choix d’équipement, de conception et de performance d’une équipe tech au regard de leur empreinte en métaux.
Les idées clés
- Une mine produit forcément des déchets considérables. Les métaux sont exploités à de faibles teneurs (0,3 à 2 % pour le cuivre) et sous forme de minéraux, si bien que l’industrie minière est, selon l’intervenante, le premier producteur industriel de déchets ; elle ne peut pas fonctionner sans en libérer. Trois quarts de la surface des zones exploitées se trouvent dans 13 pays, en tête desquels la Russie, la Chine, l’Australie et les États-Unis. à 2:48
- Le numérique concentre énormément de métaux différents, et le recyclage ne compense pas. Un smartphone mobilise quasiment tout le tableau de Mendeleïev (52 substances selon la cartographie de SystExt) ; chaque décision de miniaturisation ou de performance a des implications métalliques immédiates, avec des usages dispersifs non recyclables. Avec 40 % de collecte, 90 % de prétraitement et 95 % de traitement, le taux de recyclage final n’est que de 35 % ; le taux de collecte mondial des déchets électroniques est estimé à 17,3 %. à 19:50
- Réduire le recours aux métaux primaires. L’intervenante appelle à diminuer progressivement la production minière : imposer des quantités minimales de métal recyclé, arrêter la course à la performance, privilégier la réparation et le réemploi (les métaux de base ne pourraient être utilisés que deux ou trois fois), et exiger des fabricants la liste des métaux contenus dans un appareil et leur origine. à 30:11
Questions pour votre équipe
- Quels choix de performance ou de miniaturisation de nos produits ont une contrepartie en métaux ?
- Combien de temps gardons-nous nos équipements, et que deviennent-ils ensuite ?
- Quelles informations sur les métaux et leur origine pourrions-nous demander à nos fournisseurs de matériel ?
Il s’agit d’une keynote engagée d’une ingénieure géologue minière qui s’exprime au nom d’une association ; certains propos (comme la nécessité de subventionner massivement les filières de recyclage) sont présentés comme des convictions personnelles. Les chiffres proviennent de publications citées oralement, non vérifiées ici. Elle ne propose pas de démarche détaillée pour une équipe tech.
Chapitres
Summary
The IT and electronics sectors have considerable and growing needs for energy and metals. Far from the myth of dematerialisation, Aurore Stéphant sets out the serious environmental realities involved, from mining to the management of end-of-life products. In her view, there is no eco-responsible tech without taking these issues into account, and therefore without profound change.
Thèmes : Impact & numérique responsable
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Ça va ? Oui, de plus en plus de monde. Je vous rappelle qu'on va finir à 300 ce soir. C'est quelque chose qui me réjouit. Notre prochaine intervenante, oui, c'est une intervenante. Déjà, un, je suis ravie. Et deux, elle va nous parler d'un sujet essentiel. Elle est ingénieure géologue minier. Elle est spécialisée dans les risques sanitaires et environnementaux des filières minières. Je sens que... On est un peu dissipés sur ma gauche. Je vais attendre tranquillement que tout le monde s'installe. Et merci de nous avoir rejoints au fur et à mesure de cette première demi-heure que nous passons ensemble. Donc, l'intention de notre prochaine intervenante, c'est de mettre... L'éco-responsabilité au cœur de la tech. Vaste sujet. Alors, entre pression matérielle et promesse de dématérialisation, quelle éco-responsabilité pour la tech? Je vous demande d'accueillir sous un tonnerre d'applaudissements Aurore Stéphant de l'association SystExt.
Ma chère Aurore. Quelle éco-responsabilité pour la tech? Vaste sujet. Exactement. On va essayer de l'évaluer ensemble et de réfléchir ensemble au travers de deux réalités. Réalité de l'exploitation minière d'une part et réalité de la gestion des produits en fin de vie d'autre part. Floor is yours. Merci beaucoup. Merci à toutes et à tous d'être venus. Donc comme on le disait à l'instant, la tech, en fait, au sens large, vous annonce ou vous fait miroiter des promesses de dématérialisation. Et dans les faits, il y a une très forte matérialité. Matérialité des dispositifs numériques qu'on va regarder. Et en dessous de la matérialité des dispositifs numériques, vous avez des réalités minières et des réalités métalliques très fortes. Alors, on va commencer simplement par regarder la question minière et il y a beaucoup d'idées préconçues sur la façon dont on exploite une mine, sur comment on récupère le métal. Et donc, vous avez une association de deux mots dans la presse systématiquement qui sont les métaux rares.
Il y aurait des métaux qui seraient rares et d'autres qui ne le seraient pas. En fait, les métaux sont rares. Leur abondance moyenne dans la croûte terrestre est très faible. Et il y a cinq exceptions, l'aluminium, le fer, le magnésium, le titane et le manganèse. Mais à part cela, certes, ils se concentrent dans des gisements. mais à des faibles teneurs. Vous avez ici une liste non exhaustive des teneurs d'exploitation dans les gisements. Qu'est-ce que vous constatez? On est plutôt de l'ordre du pourcent ou de la dizaine de pourcents. Typiquement, le cuivre, qu'on a l'impression d'avoir en abondance dans les gisements, on les exploite à des teneurs de 0,3 à 2%. Si j'exploite quelque chose à une teneur, par exemple, de 1%, c'est-à-dire que je prends 1% et je jette... 99%, on est d'accord. Et puis ça peut aller jusqu'à des métaux précieux, gallium et indium, dont on entend parler, qui là vont jusqu'aux grammes par tonne. Pour une tonne de roche extraite et traitée, je récupère 1 g, 10 g ou 5 g. Une fois qu'on a pris conscience de ces teneurs faibles, il faut aussi prendre conscience de la forme du métal.
Il y a beaucoup d'idées préconçues aussi. Le métal dans les gisements ne se trouve pas sous forme pure. En fait, il est associé à des éléments, l'oxygène, le soufre, le carbone. Il va constituer des minéraux. Vous avez deux exemples ici. En haut, un minerai de molybdène et de tungstène. En bas, un minerai de platine et de palladium. Et en l'occurrence, vous remarquez quoi? En fait, il n'y a pas de métal pur. Vous avez simplement des grains et à l'intérieur des grains, vous pouvez avoir du métal qui peut en général, notamment pour les métaux précieux, le métal sera à l'intérieur d'un grain sous forme atomique en substitution dans le réseau cristallin. Donc vous voyez, c'est assez complexe et c'est la raison pour laquelle vous avez cette figure à droite qui représente ce qu'on appelle la roue de la complémentarité des métaux. Je pourrais revenir dessus au moment des questions réponses. Ce qui est intéressant avec cette roue, c'est deux choses. La première, c'est que vous voyez que pour un métal exploité, vous avez forcément un cortège de substances associées. Et il est fréquent que le cortège de substances associées contienne de nombreuses substances toxiques que vous connaissez certainement comme le plomb ou l'arsenic. Les mines d'or sont des très grosses productrices d'arsenic. Vous avez par exemple le plomb, puis des substances moins connues, par exemple comme le cadmium ou l'antimoine.
Et cette courbe, en fait, cette roue, elle vous montre aussi une deuxième chose, c'est que vous avez des métaux qui n'ont pas de mine propre. Alors pas propre au sens propreté, propre au sens en soi. C'est-à-dire que la plupart des métaux, par exemple, vous n'avez pas de mine de gallium, il n'y a pas de mine d'indium. En fait, l'indium vient du traitement des mines de zinc, c'est-à-dire au moment où on fait le traitement, et vous le verrez après, du minerai de zinc, on va in fine, à la fin du processus, récupérer ou non l'indium contenu. Si je parle de la question de l'indium, je pourrais vous donner bien d'autres... On va prendre un exemple un tout petit peu plus courant pour conclure ces premiers enjeux. Le cobalt, on en entend beaucoup parler. Il y a une mine de cobalt industrielle dans le monde, elle se trouve au Maroc, elle s'appelle Boiser. Sinon, en 2020, 60% du cobalt provenait des mines de cuivre et 38% du cobalt venait des mines de nickel. Une fois qu'on a dit ça, effectivement, vous vous en doutez, maintenant que je vous ai présenté ça, la question c'est comment on récupère ces quantités infinitésimales de métaux.
Alors pareil, idée préconçue, la mine c'est juste l'extraction, c'est les gros camions qui sont jaunes et beaux et qui brillent avec les gens qui se prennent en selfie à côté parce que la roue fait 4 mètres. La mine, ce n'est pas ça, en fait. Ça, c'est le début du problème. Pour l'instant, votre souci, c'est de fournir à l'industrie, qu'elle soit de l'industrie de la tech ou autre, des dispositifs métalliques et donc un métal qui soit utilisable. On va prendre l'exemple du cuivre. Donc on l'a présenté tout à l'heure, teneur moyenne des gisements de cuivre en exploitation, 0,3 à 2%. Donc ça veut dire qu'il va falloir récupérer cette fraction. On est d'accord? Première étape, on va faire ce qu'on appelle la concentration, c'est-à-dire qu'on va récupérer les grains qui nous intéressent et qui contiennent du cuivre des autres grains. Ensuite, vous avez une deuxième étape qu'on appelle l'extraction. Cette fois-ci, à l'intérieur des grains qui contenaient le cuivre, il va falloir séparer les atomes de cuivre des autres. En général, ça, c'est fait par pyrométallurgie. Bon, pyro, on l'entend, métallurgie, on voit à peu près ce que ça veut dire. C'est-à-dire qu'en fait, on prend le minerai, donc les concentrés, en l'occurrence ici, de sulfure de cuivre, et on les brûle. C'est schématique.
Mais c'est comme ça que ça fonctionne. Et ensuite, c'est 83% de la production mondiale pour laquelle le cuivre est extrait par pyrométallurgie. Quand vous avez fait ça, vous avez brûlé, vous avez enlevé le soupe, vous avez enlevé le fer, vous avez un métal. Vous voyez ici la figure, c'est un cuivre noir un peu grossier. En l'occurrence, ce cuivre ne contient que 98 à 99,5% de cuivre. Ce cuivre n'est pas utilisable par l'industrie. Vous prenez ce métal-là, vous le mettez dans un téléphone, dans un câble d'électrification ou autre, ça ne fonctionnera pas. Il faut passer à la quatrième et dernière étape, le raffinage, qui consiste à enlever les impuretés. C'est à partir de cette dernière étape, qui est faite par différents doigts, pyrométallurgie ou hydrométallurgie, donc schématiquement des attaques acides, que vous obtiendrez in fine un cuivre à 99,99% de cuivre. Ces plaques, en fait, ensuite, elles vont faire des tubes, des fils, des câbles, et c'est ça qui va partir dans les usines pour la fabrication des produits manufacturés.
Donc c'est très long. Et autre idée préconçue sur laquelle je voudrais revenir ici, grâce à une publication qui a été faite très récemment, en juillet 2022, dans Scientific Data de Nature, donc c'est Mouse et Tal, voici la carte des zones exploitées dans le monde en 2022, qu'elles soient à petite ou à grande échelle. Qu'est-ce qu'on constate sur cette carte? Sur cette carte, on constate que contrairement, pareil, encore une fois, à des idées reçues, finalement, le continent africain n'est pas très concerné par des emprises. au regard des autres zones géographiques du monde, on s'entend, n'est pas très concerné par des emprises de zones d'exploitation. Par contre, si vous regardez la liste des pays dans l'ordre pour lesquels on a les emprises les plus importantes des zones d'exploitation, c'est-à-dire là où vous avez de fait le plus de dynamique d'exploitation, si vous voulez, dans l'ordre, vous avez d'abord la Russie, la Chine, l'Australie, les États-Unis, l'Indonésie et le Brésil. Ce sont les six premiers pays et ils constituent à eux seuls 52% de tout ce territoire cartographié derrière moi.
Ensuite, vous en avez 7 autres que je cite, parce que je voudrais vraiment qu'on les entende, qui sont le Canada, le Chili, l'Afrique du Sud, le Pérou, le Guyana, l'Argentine et l'Inde, pour 23% de cette surface complémentaire. Ça veut dire que trois quarts de la surface des zones exploitées se trouve dans 13 pays. Les trois quarts et en l'occurrence un seul pays est un pays du continent africain. Donc lorsque l'on vous dit ou vous lisez que, heureusement que oui c'est important de relancer l'activité minière en France ou en Europe parce qu'au moins ça ne se fera pas dans des pays d'Afrique où les conditions de travail etc. Etc. Faudrait peut-être nuancer. Aujourd'hui, moi, dans les 3 et 4e pays sur lesquels les zones en exploitation sont les plus intenses, c'est Australie et États-Unis. Ok? Donc ça, c'est important à avoir en tête. Donc c'est important de se dire, globalement, la mine, la vraie, pas celle qu'on idéalise, pas celle dont on parle un petit peu à tort, C'est une mine industrielle à grande échelle et ça se déroule dans des pays industrialisés.
Alors, si vous conjuguez deux phénomènes, le premier que je viens de vous présenter, des teneurs faibles et derrière des teneurs faibles et une forme très fine, et que vous combinez ça avec le fait qu'on est sur un modèle industriel majeur, avec un très grand déploiement d'une activité industrielle massive, du coup, il est inévitable, et je cite ici, vous avez ici une citation de Goodland, il est inévitable, que l'emprise des déchets soit énorme. On s'entend, si vous exploitez un gisement à 1% de cuivre, qu'il faut que chaque année vous produisiez 1 million de cuivre métal, nécessairement, de fait, vous allez générer des quantités gigantesques de déchets. L'industrie minière est le premier producteur industriel de déchets solides, liquides et gazeux, devant tous les autres secteurs industriels à l'international. Et vous avez ici une représentation d'une mine de cuivre vermiculite et autres, peu importe, qui se trouve en Afrique du Sud. C'est la mine de Palabora. Vous avez la mine à ciel ouvert à gauche, représentée par cette boule, par le photographe Dylan Marsh.
Vous avez la quantité de cuivre totale qui a été exploitée, schématisée en 100 ans, jusqu'en 2007. Et à droite, vous avez l'emprise des déchets miniers. Et des zones très contaminées, des installations de surface, zones très contaminées, déchets miniers, 25 km². Regardez la taille, alors bien sûr on compare des surfaces et des volumes, c'est un peu compliqué, mais regardez la taille de cet objet par rapport à la surface de déchets et l'emprise de ces installations minières. Ça, c'est vraiment la chose à retenir et c'est pour laquelle l'industrie minière est particulière, pas seulement par le fait que ce soit le premier producteur de déchets industriels, tout type de déchets confondus, c'est aussi le fait que c'est inhérent. Elle ne peut pas fonctionner sans libérer des quantités considérables de déchets. C'est intrinsèque, vous ne pourrez jamais faire sans. Le seul moyen, la seule prise que vous... puissent y avoir, c'est la gestion de ces déchets. Alors, pour gérer ces déchets qui sont le plus souvent se présentent sous forme de boue, comme vous le voyez ici, je n'ai pas choisi des cas particuliers.
Je n'ai pas pris ces sujets-là en me disant, tiens, je vais leur montrer les deux seuls cas dans le monde où c'est bien rouge, comme ça, ça va les marquer. Non, je peux vous en trouver du violet, du bleu ou du vert, si ça vous intéresse, il n'y a pas de problème. Ce n'est pas symptomatique. Deux cas. À gauche, vous voyez très bien sur la figure d'en haut, je vous incite à regarder l'échelle, le bassin de stockage des déchets miniers de cette usine de nickel au sud de la Nouvelle-Calédonie, c'est le complexe minier de Goro. Et à droite, vous avez le parc de stockage de déchets miniers d'une fonderie d'aluminium en Inde. Ce sont des surfaces qui sont gigantesques. Vous voyez les échelles. Là, le parc actuellement fait à peu près 4 km². Ça, ce n'est pas un grand parc, c'est un parc moyen. Alors, le fait que ces déchets solides, principalement, mais aussi liquides, mais on va dire principalement solides, soit contiennent des métaux, des métalloïdes, qui pour la plupart sont toxiques pour la vie humaine et pour la vie animale et la vie faunistique, et que par ailleurs,
de fait, vous en génériez des volumes énormes, c'est l'un des problèmes majeurs, si vous voulez, de l'industrie minérale. Et dans ce cadre-là, je voulais vous montrer deux exemples. Encore une fois, pour sortir des images d'épinal, la Norvège est connue pour une pratique qu'on appelle le déversement. C'est-à-dire que les déchets que je vous ai présentés, on ne s'embête pas, on prend une conduite, on les met dans les fjords ou dans la mer. C'est ce qu'on appelle le déversement volontaire en milieu aquatique. La Norvège est le pays qui procède le plus parmi tous les autres pays, pas en quantité, mais en nombre de sites concernés, et qui prévoit d'avoir recours à cette méthode le plus à l'avenir. Vous avez ici une illustration avec un point de décharge qui se situe au nord de la ville de Kirkenes, qui est très peu profond, et on met les déchets directement dans le fond. Je n'ai pas de représentation de ce qui se passe dans le Bokfordion, on estime que la zone impactée est à peu près de 20 km². Par contre, vous avez à droite ce que ça peut être, à peu près, ce qui se passe au fond des fjords, avec une illustration d'une autre mine, qui est la mine de Tylnes, qui est à l'opposé de la Norvège, vraiment tout au sud, tout au sud, cette fois-ci,
35 années après le déversement qui a été réalisé. Autre exemple, je vais vous donner un autre exemple. Des exemples, je peux vous en donner pléthore. Si vous avez le temps, on prend deux heures, je vous en donne des couleurs, des sites, des substances différentes. Je prends des exemples dans des pays pour lesquels on a l'impression que parce que ce sont des pays développés, ils font forcément mieux que les autres. Pensez ça, c'est oublier les problématiques intrinsèques que je vous ai présentées en introduction. Vous avez un cas au Canada, c'est un bassin minier qui est extrêmement connu, nickel-cuivre-platinoïde. Cette fois-ci, c'est un bassin qui est né à la fin du 19e siècle. Les couleurs, regardez juste les couleurs de cette image satellite. C'est pas normal, hein? Juste les couleurs, c'est pas bon signe. En un siècle, les fonderies, donc pareil, pyrométallurgiques, comme je vous l'expliquais tout à l'heure, on prend du minerai sulfuré, on le brûle. Ces fonderies ont généré des quantités monumentales de dioxyde de soufre et de métaux dans l'air. En fait, elles les ont dispersées massivement. Pendant très longtemps, on n'a quasiment pas filtré les sorties de fonderies métalliques.
C'est-à-dire que tout ça repartait dans l'air. Et dans cette zone, on estime, ça je tire ces données de l'Otter Mother de 2010, on estime en fait que vous aviez... Pas moins de 20 000 hectares de sol à nu. On a brûlé toute la végétation. 20 000 hectares, c'est 200 km². En plus de ça, on s'entend qu'on est en Ontario. En plus de ça, je vous le dis parce que vous allez comprendre pour la forêt, en plus de ça, on estime qu'on a transformé 80 000 hectares, c'est-à-dire 800 km² de forêt en forêt semi-aride en Ontario. Donc c'est pour vous donner, vous vous rendez compte, ce site-là, et ça c'est indépendamment de toutes les zones de déchets, que personnellement, d'après la cartographie que je vous présente, j'estime à peu près un tour de 50-60 km². Donc vous imaginez les ordres de grandeur associés en termes d'impact sur les sols, sur les eaux et sur l'air.
C'est très important d'avoir ça en tête. Maintenant, on va parler du métal, celui que vous utilisez, celui que j'utilise, celui que j'utilise là, celui qu'on utilise derrière, celui que j'utilise ici. Et donc, avant de parler spécifiquement du secteur du numérique, je voudrais rappeler globalement ce qui se passe au niveau du métal, parce que c'est un peu facile de pointer du doigt le secteur de l'électronique et des technologies de l'information et de la communication sans avoir en tête ce qui se passe tout autour, c'est-à-dire tous les autres secteurs. Vous avez ici la représentation que Systext propose à partir des données de l'USGS, le United States Geological Survey, de la production entre 19 et 8 métaux. Vous avez 8 métaux. J'ai pris ces huit-là, j'aurais pu en prendre huit autres. Mais l'intérêt de ces huit-là, c'est que vous avez des métaux de base, le fer, l'acier, l'acier n'étant pas un métal, mais le fer et l'acier, des métaux classiques, le cuivre, des métaux précieux, l'or et l'argent, et des métaux dits de technologie, donc j'appellerais des métaux de spécialité, comme l'indium et le gallium. Qu'est-ce qu'on constate? De 1950 à 2020, vous avez une évolution exponentielle de la production, avec même une accélération sur la période 90-2000.
Donc ça veut dire que de tout temps, on a exploité de plus en plus de métaux. Et là où, dans nos esprits, on a l'impression que la mine c'est une affaire du 19e siècle, pas du tout, au contraire, plus le temps avance, plus on produit, plus on intensifie l'exploitation. Et autre chose qu'on pourrait me dire à la lecture de ces courbes, c'est de dire« Mais madame Stéphant, c'est bien normal, on est de plus en plus nombreux, on se développe de plus en plus, donc il est légitime qu'on produise de plus en plus de métaux. » Alors, oui et non. Je vais donner deux sources et deux faits. Première chose, s'agissant du lien entre croissance économique et métal. Il est réel, c'est intrinsèquement lié. Pas de ressources naturelles en particulier, pas de matières premières minérales, pas de croissance économique. Certes, mais depuis, donc ça c'est une publication que je tire du site internet du programme des Nations Unies pour l'environnement, sur la période 2010-2020, la production en matière première minérale, elle a augmenté plus vite que la croissance économique.
Ce qu'on appelle une forme de décorrélation, décorrélation économique, ou peu importe comment on les appelle. Autre fait, sur à peu près la même période, enfin un peu plus longtemps, Chrisman et Gégourel dans une publication de 2020 vous indiquent que depuis un certain temps, donc ils ne précisent pas exactement la période, mais on va dire plusieurs décennies, la production métallique croît plus vite que la démographie. Qu'est-ce que ça veut dire? Mondiale, que la démographie mondiale. Qu'est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que plus le temps avance et plus nos économies ou nos sociétés deviennent fortes en intensité matérielle. L'intensité matérielle augmente et elle augmente fortement. Et ce qu'ajoutent ces derniers auteurs d'ailleurs, c'est qu'elle augmente et qu'elle se concentre essentiellement où? Dans les pays dits développés. Alors, ça je vous l'ai présenté en quantité, c'est-à-dire on produit, on produit de plus en plus et on produit massivement. Et parallèlement, on sollicite de plus en plus de métaux différents et ça va être important pour le secteur de la tech. Donc, vous avez ici une cartographie, enfin une cartographie, une représentation qui a été proposée par Systext.
Donc, c'est les moments où les métaux, donc les différents métaux, chacun ayant une couleur, les métaux apparaissent dans l'industrie. On s'entend que l'industrie de l'Antiquité n'est pas véritablement à l'image de l'industrie d'aujourd'hui, mais en tous les cas... Ce qui est intéressant de voir ici, c'est qu'en plus de 20 siècles, on a augmenté le nombre de métaux sollicités par 2,8. En deux siècles, on a réaugmenté par 2,3, donc quasiment la même chose. Vous voyez cette intensification, c'est-à-dire qu'on sollicite énormément de métaux. Et dans ce secteur-là, le secteur du numérique, pour le coup, a un rôle à jouer. Alors je dis numérique, on s'entend que je parle spécifiquement des dispositifs électroniques et des dispositifs des technologies de l'information et de la communication. Qu'est-ce qui se passe? Ces dispositifs, ces appareils, ils ont une spécificité. Cette spécificité, c'est qu'en fait, elle concentre énormément de métaux différents à une toute petite échelle. Les enjeux, vous les connaissez. Vous connaissez probablement même beaucoup mieux que moi, parce que je ne suis pas de la tech. C'est quoi les enjeux? C'est miniaturiser, il faut que ce soit toujours plus petit, toujours plus performant.
Enfin, miniaturiser et toujours plus performant. Alors, il faut que la vidéo, vous ayez je ne sais pas combien de résolutions. Il faut que vous puissiez recevoir la 5G dans un temps record. Ou il faut, il faut. À chaque fois que des décisions sont prises sur la miniaturisation ou sur l'augmentation de performance, les implications métalliques sont immédiates. Par deux moteurs, soit sur la diversification, c'est-à-dire qu'on va devoir créer des alliages plus complexes, il va falloir qu'on rajoute des métaux supplémentaires pour répondre aux enjeux des gens qui ont dit« moi je voudrais 2% de performance en plus» et aussi sur la taille. C'est-à-dire qu'on va créer des alliages très fins, on va mettre des encres métalliques, on va faire des dopages ou des choses comme ça. Et qu'est-ce qui se passe avec ce type de substance, ce type d'usage qu'on dit dispersif? C'est non recyclable. Alors, un exemple parmi tant d'autres, bien sûr, je pourrais en donner d'autres. Ça, c'est une cartographie en ligne qui a été faite par Systext pour essayer de comprendre quelle était globalement la composition moyenne d'un téléphone portable dit intelligent.
Donc, vous avez ici la cartographie, donc 52 substances. Dans les différents compartiments. Qu'est-ce qu'on constate quand on cale ces substances sur un tableau de Mendeleïev? Globalement, vous avez quasiment tout le tableau de Mendeleïev qui est sollicité. Et autre idée reçue que je lis encore trop souvent, c'est que vous n'avez pas de... du numérique. Vous voyez, le numérique, il a besoin de tout ça pour fonctionner. Il a besoin de fer, il a besoin de cuivre, il a besoin de nickel. Alors c'est sûr que c'est beaucoup plus sexy de vous dire, vous avez vu, dans l'écran LCD, il y a de l'europium, du terbium et de l'itrium, c'est des terres rares, c'est super sexy. Oui, mais c'est faux! Je veux dire, vous pouvez mettre toutes les terres rares que vous voulez, si j'ai pas de cuivre, si j'ai pas de fer, si j'ai pas d'étain, si j'ai pas de zinc, si j'ai pas de chrome, il n'y a pas de téléphone. Donc, le fait est, et qu'effectivement, la spécificité du numérique, c'est qu'il mobilise les métaux ferreux, non ferreux, voire précieux, qui sont plutôt connus, et en plus, il mobilise une quantité monumentale de métaux supplémentaires. Et donc forcément, ça va avoir une implication, tout ça, puisque comme vous le savez, à la fin, globalement, les téléphones, les ordinateurs, les réseaux, les serveurs, au mieux, ils sont envoyés dans des systèmes de collecte, au pire, ils sont jetés.
Alors on va essayer de regarder un peu les chiffres. Là, je me base sur une publication de Forti 2020. Vous avez en coloré l'évolution de la production des déchets d'équipements électriques et électroniques entre 2014 et 2019, en 2020. Et ensuite, vous avez les pronostics. On estime qu'actuellement, en 2019, on était autour de 54 millions de tonnes de D3E générées chaque année à l'échelle internationale. On estime que d'ici l'horizon 2030... Devrait être autour de 75 millions de tonnes. Les déchets numériques représentent à eux seuls un cinquième de tous ces déchets. Pourquoi est-ce qu'on n'arrive pas ou mal à récupérer ça ? Qu'est-ce qui se passe du point de vue plus concret par rapport aux données? Il faut déjà se remettre dans... On va repartir tout de suite. On arrive, on a un déchet, d'accord? On en est là. Maintenant, il faut le gérer. Vous avez un déchet. Vous avez été bon élève, vous êtes parti dans votre magasin d'articles, vous avez dit bonjour à la madame, vous avez mis le truc dans la boîte, ou monsieur, vous avez mis le truc dans la boîte et vous êtes reparti fier et satisfait en vous disant« Mon sèche-cheveux a été géré et il va être recyclé».
Alors, là, pour l'instant, quand vous avez fait ça, vous n'avez fait que la première partie, c'est-à-dire que vous avez déposé à un point de collecte. Ça ne veut pas dire que votre matériel sera collecté. Et Dieu sait que sur les filières de collecte, c'est compliqué actuellement. Et pas seulement en France, dans tous les pays du monde. Donc la première étape, c'est déjà de collecter. Il faut ramasser. Ensuite, vous avez une deuxième étape. Et finalement, vous allez retrouver quelque chose que je vous présentais au début. Ça fera le parallèle. Ensuite, il faut pré-traiter, c'est-à-dire séparer. Un téléphone, vous l'avez vu, il y a plein d'éléments. Donc il va falloir séparer tout ça, enlever la coque, enlever la batterie, récupérer la carte électronique, enlever l'écran. Et puis dans un troisième temps, on va faire le traitement pour récupérer les métaux. Métaux qui étaient en quantité infinitésimale dans l'appareil, comme on l'a dit. Et donc, qu'est-ce qui se passe? Ça, je tire ces données de Gradelle, Eric Gradelle, un grand, grand, grand monsieur du recyclage. Si vous avez un taux de collecte moyen, 40%, 40%, c'est plus que le taux de collecte français, c'est plus que le taux de collecte européen, donc c'est un bon taux de collecte. 40%, c'est-à-dire qu'il y a 60%. C'est pas aussi.
Si vous traitez très bien, pré-traitez très bien 90% et si vous traitez très bien 95%, à la fin, votre taux de recyclage, c'est 35%. C'est ça la réalité du recyclage et de la gestion des produits en fin de vie. La collecte, elle est essentielle et tous les auteurs s'accordent à alerter tout le monde en disant« mais attendez, le problème c'est que même si vous avez une usine à qui on donne une tonne et qui recycle 0,8 tonnes, si elle n'envoie qu'une tonne alors qu'il y a un millier de tonnes de déchets en attente, elle n'a fait qu'une tonne. qu'il y a un biais cognitif social en se disant « c'est bon, c'est collecté, c'est bon ». Alors, ce n'est même pas collecté. Dans le monde, on estime que le taux de collecte, c'est 17,3%. C'est le taux de collecte des D3E. Et je voudrais juste lire cette phrase avec vous. On ignore ce que sont devenus 82,6%, soit 44,3 millions de tonnes des D3E produits en 2019. Donc je vais mettre une affiche missing. Si vous trouvez des D3E, on cherche 44 millions de tonnes de déchets électroniques et électriques.
Et donc à droite, vous avez en fait en global des chiffres proposés par l'UNEP en 2011 qui font foi. Aujourd'hui, ces données ne sont pas actualisées à l'échelle internationale de la quantité de métaux, c'est-à-dire les taux de recyclage. Donc vous voyez très bien que vous avez beaucoup de métaux qui sont dans le rouge, c'est-à-dire que ce sont des métaux qui sont recyclés à moins de 1%, alors que pour autant, c'est une des substances qu'on pourrait très bien recycler si on faisait le boulot. Et pourquoi on n'y arrive pas? Effectivement, comme je vous le disais, il y a une limite intrinsèque qui est la collecte, et il y a le fait qu'on génère des produits non recyclables. Donc en tant qu'acteur, représentant, utilisateur, il faut absolument que ça, ça change. Vous êtes en train, nous sommes en train, moi je n'y contribue pas personnellement, mais je me sens aussi responsable, nous sommes en train tous les jours de générer des dispositifs qui n'ont aucune chance de se faire recycler. Si ce n'est pas recyclé, vous savez les 17 millions de tonnes, vous savez où est-ce qu'ils sont les 44 millions? Dans des décharges, dans des ravins. Ça c'est inadmissible, c'est vraiment inadmissible. Je vous fais grâce parce que c'est le matin et que j'ai pas envie que vous déprimez complètement, de vous faire grâce des impacts environnementaux, sanitaires et sociaux des décharges à l'international.
Parce que sinon là vous pleurez, tout le monde part, tout ça, je vais me faire disputer par Tech.Rocks, enfin ça va être compliqué. Donc du coup, je vous fais grâce de ça. Et donc, les objets ne sont pas aisément démontables. Vous vous souvenez le pataquès qu'ils nous ont fait de l'Union européenne, parce qu'il fallait homogénéiser les chargeurs. Rien n'est homogénéisé, tout le monde va divader ses composants incrustés, un briquet, un machin, un truc. Et puis après, même quand vous faites ça, même si vous essayez de faire des trucs démontables, si vous créez des composants extrêmement complexes avec des alliages de 5-6 métaux, on n'aura jamais l'énergie suffisante pour séparer ça. Ce n'est pas possible. Autre limite intrinsèque, c'est les difficultés intrinsèques du recyclage. Je vous en ai donné deux ici, les trois grandes pertes. C'est que vous avez la perte de matière, c'est-à-dire que tout le brassage, tout le traitement que vous allez faire, vous allez perdre en quantité. Vous avez un autre enjeu qui est celui du décyclage. Pour comprendre le décyclage ou la perte de propriété des alliages, vous vous souvenez de l'image que je vous présentais précédemment, c'était un alliage. Qui a été recyclé.
Et vous avez vu, il y avait plein de petits atomes. C'était ce qu'on appelle une tomographie atomique. En gros, on regarde à l'échelle de l'atome. Et vous vous souvenez, il y avait plein de couleurs. Il n'y avait pas que de l'aluminium et du manganèse. Et bien ça, c'est une perte de propriété. C'est-à-dire que quand vous recyclez, comme tout ça est très infini, vous voyez, tout ça est très finement imbriqué, etc. Vous avez des impuretés métalliques qui arrivent au fur et à mesure des recyclages. Et à la fin, le beau métal ou le bel acier que vous essayez de récupérer, vous le perdez, parce que vous avez trop d'impuretés, les propriétés sont perdues. Et effectivement, je vous ai mis une citation ici pour vous faire réfléchir, c'est qu'en fait, on a l'idée selon laquelle, si on recycle bien, tout va bien se passer de façon schématique. Et en fait, Gradle et Reg vous disent que c'est jamais, même approximativement correct. Ce n'est jamais vrai. Ce n'est jamais vrai. Et même, ils vont plus loin, c'est-à-dire qu'ils vous décrivent le fonctionnement global des filières de recyclage. Ils vous disent globalement, même si on fait tout nickel, nickel, on va prendre un autre mot, même si on fait tout bien, et bien du coup, depuis la collecte, avec une bonne collecte, un bon traitement, in fine,
Le métal ne fera que, enfin les métaux de base, on s'entend, fer, cuivre et nickel, ne pourront être utilisés que deux ou trois fois au maximum. Après, ce sera perdu. Ça va? Vous n'êtes pas trop déprimé? Alors, quand je montre ça, les gens sont dévastés et ils se disent« je n'y peux rien». Alors vous y pouvez tout, en fait. Déjà, moi, je fais ma part. Vous l'avez vu, enfin vous ne le voyez pas, mais en fait je suis tous les quatre matins à essayer de changer le monde. En tous les cas, ce que j'essaie surtout de faire, c'est de vous permettre d'avoir conscience de ça parce qu'il y a trop de choses qui sont dites et fausses et trop de messages rassurants. On n'a pas le droit de vous mentir pour le coup. La situation, elle est grave. Elle n'est pas encore désespérée, mais on n'en est vraiment pas loin. Et pour beaucoup de gens que je visite en allant sur le terrain rencontrer les associations, les populations qui sont dans une grande souffrance, la situation n'est même plus désespérée. On est au-delà de là, elle est gravissime. Donc, il faut se bouger. Et il faut arrêter de se cacher en disant« c'est pas moi qui ai fait le dispositif, moi juste je l'utilise».
Ah ben, on va avancer comme ça. Tous les acteurs, je ne vous connais malheureusement pas tous, mais je sais que tous vous utilisez des dispositifs indépendamment de votre usage personnel. au moins dans votre usage professionnel. Vous commandez du matériel, vous le faites réparer, vous le vendez. Il faut que les choses changent, mais y compris dans les entreprises, et même, je dirais presque avant tout dans les entreprises. La première façon de faire, c'est de réduire le recours aux métaux primaires. Vous l'avez vu, le recyclage est complexe, mais il a encore du sens, et heureusement, il a encore du sens. Donc il faut absolument déjà faire en sorte que progressivement, on diminue la production des mines. Progressivement. Ce sera le seul moyen de toute façon pour éviter les impacts. Je vous l'ai dit en introduction, les impacts vont être intrinsèques. La mine propre, c'est une aberration de dire qu'elle n'existe pas. C'est une aberration dans le sens de dire que c'est tellement évident qu'elle n'existe pas que ça ne sert vraiment à rien de le dire. Il n'y aura pas de mine sans impact. Ça va être grave, nécessairement. Même si les gens font ce qu'ils peuvent, même si des associations comme les nôtres essayent de minimiser ou de protéger les gens, on aura tout le temps des impacts graves.
Vous l'avez vu au Canada, en Norvège, en Australie, aux Etats-Unis. Je peux vous en donner des exemples. Je n'ai même pas besoin d'aller en Asie du Sud-Est ou au fin fond de l'Afrique du Sud. Je peux rester ici dans nos pays, la situation est très grave. Donc, petit 1, il faut diminuer la production. On diminue la production, pour ce faire, on diminue le recours aux métaux primaires. C'est-à-dire qu'on va faire plus appel au recyclage, on va en reparler ensuite. Comment? Pour faire appel à plus de métaux recyclés dans la production, on peut typiquement imposer des quantités minimums de métal recyclé dans les dispositifs. C'est-à-dire que vous êtes concepteur, vous avez un produit, vous vous dites, il faut... Absolument que j'ai une quantité, je ne sais pas moi, de 80% de métaux. Pourquoi pas? Prenons 80%. Deuxième chose, moi j'entends beaucoup parler d'éco-conception. J'ouvre les descriptions d'éco-conception, je pleure. Ah si ça, ça s'appelle l'éco-conception? Ce n'est pas de l'éco-conception ce qui se passe aujourd'hui, ça ne va pas du tout. Il faut aller beaucoup plus loin dans la sobriété. Un téléphone, c'est fait, sauf erreur de ma part, pour téléphoner.
Je n'ai pas besoin d'avoir un ordinateur qui est capable de faire autant de calculs que la plus grande partie des laboratoires français. J'en ai pas besoin, je n'en ai pas besoin. Je n'ai même pas besoin de vidéos de grande qualité, mon écran est minuscule. Arrêtez cette course à la performance. L'arrêt à la course de la performance, il est indispensable. A chaque fois que vous serez confronté, pensez-y, à des moments où vous allez dire« je vais faire un truc super chouette, super funky, 3 étoiles», derrière c'est plus de métaux, plus de mines et plus de difficultés pour vous recycler. Et nous sommes tous responsables de ça parce que vous avez fait des choix de course à la performance derrière. Ça, c'est un premier point. Et puis, tout ce qu'on peut faire pour favoriser la recyclabilité des appareils, de la construction d'appareils non obsolescents, y compris sur le software. Sur le software, mais c'est incroyable ce qu'on est en capacité de faire. C'est fou ce qu'on est en capacité de faire pour user l'appareil. On l'use. Vous mettez des quantités incroyables de données, de flux de données, de stockage de données. À chaque fois que vous voulez stocker des données, derrière, il y a des condensateurs qui doivent faire le boulot.
Ça veut dire, derrière, il faut des oxydes. de tantal, c'est-à-dire que derrière il faut des usines de fabrication d'oxyde de tantal, ça veut dire que derrière il faut des mines de nos biomes et de tantal. Vous voyez l'idée quoi? Et je souhaiterais que soit mis en place, de la même façon que quand je rentre dans un magasin alimentaire et que je demande à mon primeur par exemple« Bonjour, d'où viennent vos pommes? » et on me dit« Madame Stéphant, vos pommes elles viennent de là», je voudrais désormais que les mêmes règles s'appliquent à tous, à savoir, je veux savoir quels sont les métaux qui sont à l'intérieur de mon dispositif, d'où ils viennent. Cette cartographie des métaux, la plupart aujourd'hui des fabricants sont dans l'incapacité de vous la fournir. Pour pouvoir faire la jolie carte que je vous ai montrée, là, à Systext, on a passé 400 heures. 400 heures pour comprendre réellement la composition moyenne d'un téléphone, et c'est une composition moyenne. Donc il faut absolument que vous, en tant qu'utilisateur, vous ayez accès aux quantités, aux types de métaux et à l'origine géographique. Et ça, il va falloir que ça change rapidement. Vous allez voir, parce que quand on va leur demander de faire ça, ça va aussi changer la façon dont les fabricants conçoivent leurs dispositifs.
Euh, pardon. Ça, c'était pour la modification des produits. Maintenant, il faut renouveler les filières. Dans le renouvellement des filières, il y a deux choses à faire. La première, c'est de contraindre réellement la gestion des produits en fin de vie. Aujourd'hui, vous pouvez faire n'importe quoi, personne ne viendra vous chercher. C'est-à-dire que moi, je peux prendre un téléphone, ou une pile, je la prends, je la balance dans la nature, je ne suis pas un criminel, je n'ai rien sur mon casier judiciaire. Alors je ne demande pas un pénal 5 ans minimum, amende de 250 000 euros, on va se détendre, mais en tous les cas, il faut absolument interdire, et si vous interdisez, vous sanctionnez. Interdire sans sanctionner, ça ne sert à rien. Donc il faut interdire et sanctionner la mise en décharge ou l'abandon de tous les appareils qui contiennent du métal. Au regard des impacts que je vous ai présentés de façon très partielle et rapide de la mine, jeter du métal, c'est gravissime. C'est vraiment gravissime. Replacer aussi le réemploi. et la réparation au cœur de la gestion de tous ces produits-là.
Pourquoi? Parce que, je vous l'ai montré, le recyclage aura ses limites, des limites intrinsèques. On fera deux, trois cycles et à la fin, ce sera perdu. Le meilleur endroit où on peut jouer, c'est sur réparation et sur réemploi. Et la raison pour laquelle je vous en parle... C'est parce que je souhaite, avec Systext, que nous mettions en place la pénalisation du remplacement. Attention! Alors, je vais dans n'importe quel magasin. Je l'ai vécu, ça fait dix ans que je le vis. Imaginez-vous, vous voyez mon engagement. Vous rentrez dans un magasin, vous dites« Bonjour, j'ai juste cette pièce-là, j'ai un pote qui est mécanicien, j'ai juste ça à changer. » Qu'est-ce que vous répondent les gens? Ben, madame, vous n'allez pas mettre 200 euros pour changer la pièce, hein? Oula, non, pop, pop, pop, on va changer le dispositif en entier. C'est criminel de faire ça. Bon, quand je lui dis, oh, monsieur, il ne comprend pas, il est un peu embêté, il me dit, je ne comprends pas pourquoi vous dites que c'est criminel. Et puis, je n'ai pas le temps de lui faire l'intervention de 40 minutes comme je viens de vous la faire ce matin. Donc, de fait, j'essaye parfois, mais les gens, après, ils partent en courant, les services de sécurité arrivent, tout ça est compliqué. Donc, j'évite au maximum.
Et je me suis déjà fait sortir des services de sécurité. J'ai essayé de sensibiliser des gens à la gravité d'utilisation d'écran. Et j'ai été très bien accueillie. Et de fait, dans cette notion-là, il y a aussi la notion de la responsabilité élargie des producteurs. La question de l'éco-contribution des 3E, vous avez payé 0,61 centimes pour en fait pas grand-chose, puisqu'en fait on sait que la plupart des téléphones aujourd'hui ne sont même pas démantelés, ils sont... Ils sont mis en décharge, c'est une catastrophe. Donc il faut aller beaucoup plus loin que les co-contributions, ça ne suffit pas. Et puis, ce que je disais en introduction, c'est que les entreprises doivent faire leur part. Toute personne qui consomme du métal va en être responsable, mais les consommateurs aussi. Si on veut que les consommateurs se bougent, le seul moyen, c'est d'aller les chercher avec éventuellement des propositions incitatives, des systèmes de consignes ou autres qui n'existent pas aujourd'hui. Et enfin, ça c'est le grand mot, vous allez me dire, mais elle est folle! Dénumériser les sociétés. Ah là là, qu'est-ce que je n'ai pas dit? Allez, ne vous inquiétez pas, ça va bien se passer.
Alors, je souhaite, et à Systext, on est très très sensibles à ça, parce qu'on a la réalité des fins de filière, et on a la réalité des débuts de filière, qu'on visite sur le terrain. Donc, on souhaite que ça se stagne, c'est-à-dire qu'on arrête de vouloir mettre du numérique partout, comme si c'était sans effet, sans conséquence. On aurait une énergie des métaux en abondance, voire à l'infini, et ça ne poserait aucun problème environnemental. Je dirais, mais mettez-moi des écrans dans chaque mètre, à chaque rue, etc. Ce n'est pas le cas. Ce n'est pas le cas. Donc, il faut absolument proposer un équivalent non numérique pour tout usage numérique. Pourquoi je vous en parle? Parce qu'il y a des gens comme moi, vous voyez, ils ne sont pas à Mich, ils ne vivent pas dans une grotte, mais ils sont conscients des impacts du numérique. Et ils refusent de participer directement ou indirectement à ça. Vous savez quoi? Ils n'ont pas le choix. Et moi j'estime que c'est une perte de ma liberté. Je dois pouvoir vivre dans un pays qui m'offre un usage non numérique. Je vais poser un colis aujourd'hui, on me donne un écran LCD tactile quoi!
Je me bats contre tous les guichetiers de la poste pour leur dire« mais mettez-moi juste un papier, un papier, un crayon, je ne veux pas d'écran LCD». Je sais ce que vont devenir ces écrans LCD dans trois ans, allez deux ans ou trois ans, vous allez les jeter, ils ne vont pas être recyclés, je sais quelles sont les mines qui sont derrière, je ne veux pas d'écran. C'est quand même pas compliqué à comprendre, zut! Que les gens qui souhaitent en disposer et qui le fassent de façon respectueuse le fassent très bien pour eux, mais moi je n'en veux pas. Et pour le coup on ne me laisse pas le choix, y compris dans les services administratifs, les services officiels, les services de première nécessité, même dans le domaine médical maintenant. On vous passe par de la téléconsultation et autres. C'est pas le but d'être amiche, c'est que je ne peux pas supporter en tant qu'être humain ce que je vois quand je suis sur le terrain. Je ne peux pas supporter l'idée que moi je participe à cette détresse, à cette misère humaine et cette misère environnementale. Donc laissez-moi le choix d'essayer de vivre mieux et d'être plus en cohérence avec mes valeurs. Ça c'est important. Donc réserver les usages par contre du numérique aux usages qui ne peuvent pas s'en passer. Les ordinateurs, la gestion de données, le domaine hospitalier si c'est nécessaire, tout ça je l'entends complètement.
Mais vous voyez bien qu'aujourd'hui le numérique est utilisé massivement pour des usages qui ne sont pas nécessaires. Et enfin... Il faut lutter contre les idées mélioratives. Mais qu'est-ce que je n'entends pas parfois? Alors le numérique va sauver le monde. Déjà, je pense que les seuls gens qui sont capables de se sauver, c'est eux. Même, c'est-à-dire les humains. Le numérique ne va pas sauver le monde. Le numérique, il nous aide. Il nous permet de faire des choses différentes. Il nous apprend des nouvelles compétences. Il nous permet de gérer des plus grandes quantités de données. Mais quand on parle du rôle du numérique dans la transition énergétique, que je vous ai montré ça, vous êtes à l'aise, vous? Moi, je ne le suis pas du tout. Donc, le numérique est un moyen, mais ce n'est pas une fin. La numérisation, la surnumérisation va entraîner une surnumérisation. minéralisation de nos sociétés. Et on va créer, et vous l'avez vu d'après les diamants, des quantités monumentales de déchets qui sont avec des impacts irréversibles partout sur la planète, comme on le fait déjà massivement. Et on n'est plus en capacité de le supporter, ni la planète, ni les autres individus. Donc il faut changer tout ça, vous en avez les moyens, je fais ma part aussi, j'ai des moyens, je continue, et il faut absolument que vous fassiez votre part aussi.
Merci de m'avoir écoutée. Merci. Merci Aurore. Un petit verre d'Aurore. Je crois qu'après 40 minutes, ça s'impose. On est d'accord? On est parfait. Mais déjà, merci infiniment parce que je pense qu'on avait bien besoin d'être sensibilisés sur ce sujet-là. J'en profite pour faire un petit coucou à Laetitia Vasseur. Je ne sais pas si vous avez la chance de connaître Laetitia Vasseur, qui travaille pour une association formidable qui s'appelle HALT à l'obsolescence programmée. On a la chance en France d'avoir une législation quand même, et ça il faut le souligner. Mais bon, si il n'y a que la France qui l'a, on aura un petit peu de mal à voir les enjeux globaux dont vous nous avez parlé. Mais je pense qu'il y a peut-être quelque chose à faire. Avant de prendre quelques questions, moi j'en ai une pour vous, et je vais vous demander de prendre juste 10 secondes. Pour réfléchir à ça, parce que là vous venez d'entendre un discours qui est extrêmement sensibilisant, profond et avec passion, on l'a senti avec énergie, on a besoin de personnes comme vous.
Qu'est-ce que vous retenez de ça? Une pépite, la pépite, sans mauvais jeu de mots avec l'imine, pardon, c'était pas... Pas le but non plus, un rat. Mais qu'est-ce que vous retenez de ce que vous venez d'entendre aujourd'hui? Parce qu'il y a énormément d'informations. Mais s'il y en a une qui vous marque le plus, et la deuxième question que je vais vous adresser, c'est quel est le premier petit pas que vous allez faire, vous, à titre individuel? Voilà. Je répète, la pépite, le truc où vous dites« waouh, ça je ne savais pas, bam, c'est dingue». Et l'autre chose, c'est« qu'est-ce que je vais faire moi concrètement? ». On est OK avec ça? Est-ce que vous êtes OK avec ce… Est-ce que quelqu'un veut démarrer, ouvrir le bal? Je vais prendre juste trois personnes, ça va aller assez vite. Une pépite, le premier pas, et après on va enchaîner la série de questions. Qui veut faire sa pépite sur ce qu'on a entendu avec Aurore? Merci, monsieur. Alors, on va vous donner tout de suite un micro. Voilà, c'est juste sur la gauche ou droite, ça dépend où vous vous situez. Voilà, donc votre pépite et votre premier petit pas.
Je vous demanderai de bien vouloir vous lever, s'il vous plaît, et de décliner votre identité. Merci beaucoup. Oui, Julien Conant, je travaille chez Le Bon Coin. Donc ça préfigure un peu la réponse à la deuxième question. Mais pour la première, en fait, ce qui m'a un peu surpris, c'est la taille des exploitations que vous avez montrées, 800 km². J'étais loin de me douter que c'était aussi gros. Donc ça, ça m'a marqué. Et du coup, à mon niveau, je ne sais pas trop. J'ai l'impression qu'on se bat contre un mastodonte, mais si je devais dire un truc, moi je dirais, le jour où vous voulez acheter un truc neuf, un téléphone par exemple, allez sur le bon coin et prenez-en un qui est déjà utilisé. Sans vouloir faire de pub. Bien joué. Merci beaucoup. Une deuxième pépite et un deuxième... Premier pas, merci monsieur derrière. Je vous demande également de vous lever, de donner votre prénom s'il vous plaît. Alors moi c'est Karim Issoufou, je travaille pour Pentalog France. Alors moi, de votre speech, ce qui m'a le plus marqué en fait c'est la complexité des alliages.
Comme vous me dites que... On court derrière des alliages encore plus complexes pour chercher de la performance qui ne sont pas recyclables. Et aujourd'hui, on va dire que dans ce secteur, L'innovation tourne autour de ça. Et moi, c'est ça qui me choque le plus. Aujourd'hui, j'ai une autre question pour vous. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous ne pensez pas que... Vous avez dit que le numérique, c'est une solution. Et le numérique, on court, en fait, on est là, on consomme. Mais pour moi, le numérique peut contribuer aussi à freiner certaines choses. Et dans l'idée que j'ai du numérique, c'est qu'on peut aider à l'innovation, à trouver peut-être des solutions alternatives, tout simplement pour moins consommer de métaux, moins consommer dans la fabrication des différents composants, dans la fabrication des téléphones, des PC. Donc voilà un peu ce que j'ai à dire, c'est-à-dire la place de l'innovation dans votre combat.
Comment vous placez l'innovation? Où doit-on innover pour réduire cette course effrénée vers la destruction? Il n'y a pas d'autre mot pour ça. Je vous en prie, Aurore. Pour moi, l'innovation, elle est plus dans la deuxième partie que je vous présentais. Alors, soit ça peut être dans la conception, comme je disais, avec une innovation qui est frugalante. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a, comme je vous disais, des métaux ou des alliages où on a un phénomène de décyclage. On a une perte de propriété qui nous empêche de les utiliser dans des dispositifs. Typiquement, de la recherche et des efforts devraient être mis dans la capacité d'utiliser pour des fonctionnalités à minima équivalentes, certainement pas supérieures, mais au moins équivalentes, ou assurant la fonction qui a été identifiée pour le dispositif, d'avoir un matériau qui est recyclé avec beaucoup d'impureté, mais qui répond. À le besoin que vous avez en tant que concepteur ou en tant que fabricant. Donc là, dans cette innovation-là, c'est-à-dire comment je fais aujourd'hui, Parce qu'on va vous répondre assez systématiquement, moi il me faut du métal primaire,
parce que c'est du métal de bonne qualité, avec des hauts degrés de pureté, etc. Moi, je ne peux utiliser que ça. Donc, il y a un énorme travail à faire dans l'innovation sur comment est-ce qu'on peut intégrer massivement des matériaux recyclés, voire des alliages à qualité diminuée par rapport aux matériaux avec lesquels on est habitué à travailler dans la conception et dans la fabrication. Premier grand axe d'innovation. Deuxième grand axe d'innovation, c'est la capacité à ramener de façon enthousiaste une sobriété dans les dispositifs. C'est-à-dire, comment je fais pour que la fonctionnalité soit garantie? Vous le disiez à l'instant avec moins de métaux, par exemple. C'est-à-dire, comment je fais aujourd'hui, par exemple, pour faire tourner un téléphone qui... En l'occurrence, mène des appels ou reçoit des appels, envoie des messages, éventuellement reçoit de la messagerie électronique, pourquoi pas, et envoie de la messagerie électronique, sans qu'effectivement j'ai besoin de 60-70 métaux. Ça, c'est une innovation majeure. Et puis après, il y a aussi l'innovation collective dans l'utilisation de ces dispositifs. C'est-à-dire que là, on parle par exemple, on parle de ce qu'on a souvent dans la main ou sous les doigts, mais en fait, vous avez tout le réseau derrière, les serveurs, les infrastructures, c'est gigantesque derrière.
Donc il y a aussi cette notion de comment on arrive à refaire en sorte d'avoir un écosystème numérique, éventuellement relocalisé, pourquoi pas, innovation à envisager, et qui fasse beaucoup plus sens pour éviter des réseaux et des choses qui sont gigantesques. Et puis enfin, pour moi, le simple fait... d'avoir conscience de tout ça et d'être prêt à changer véritablement, c'est une innovation. Parce que ça veut dire que c'est la première fois enfin que l'humain va se dire« j'ai fait d'une certaine façon, je me suis trompé, maintenant je vais innover, je vais faire mieux». Et ça, c'est possible. Qu'on puisse faire mieux, justement, en innovant, en embrassant le changement. Alors, vous savez qu'on est aussi suivi en ligne, Aurore. On a une question de Valentin. Comme ça, ça vous laisse le temps de réfléchir à votre première question. Il va nous rester à peu près 4 minutes pour d'autres questions de votre part. Avez-vous commencé une politique RSE dans le but de diminuer votre empreinte écologique au sein de votre association? Alors, au sein de l'association, la question de la RSE se pose peu. Alors déjà, on est deux salariés, 18 bénévoles. Autant vous dire qu'on est un bébé.
En même temps, s'ils sont tous comme vous, ça fait des bons bébés. Voilà. Ils sont peut-être pires, je ne sais pas. Ben non. Alors en fait, on n'a pas besoin de développer de la politique RSE au sein de la structure de notre association. Comme tu disais déjà, parce qu'on est des... tout petit, parce qu'en fait, les gens qui sont dans cette association ont la même conviction que moi, et ils ont vu les mêmes réalités que moi. Donc il y en a qui n'ont pas de téléphone portable. Vous n'envisagez pas le mot avion dans cette association, c'est extrêmement compliqué, par exemple. Alors, quand il faut, il faut, mais là, vous voyez, on va partir en Suède en camping-car, probablement, autant vous dire que j'ai hâte. Mais tout ça pour dire, en fait, que les gens, en fait, on n'a pas besoin de mettre une politique, et on n'a même pas besoin de contraintes, parce qu'en fait, spontanément, les gens sont, ne serait-ce que, par exemple, quand ils prennent les transports en commun, ils sont conscients, en fait, des métaux qui sont à l'intérieur des dispositifs qu'ils utilisent. Pour la plupart, c'est leur formation. Ils ont quitté parfois le secteur industriel pour les mêmes raisons que moi, c'est-à-dire la prise de conscience qu'il y avait une gravité qui était parfois quasiment, enfin qui n'était pas parfois quasiment, qui était parfois insoutenable.
Donc en fait, on n'a pas besoin de règlement, parce que les gens, quand ils viennent, ils viennent à SystExt aussi pour ça, c'est-à-dire la prise de conscience que le métal, c'est quelque chose de précieux, qu'il ne faut pas le gaspiller, et que dans tous nos usages du quotidien, de fait, on va avoir besoin de métal, et donc il faut réfléchir en permanence à ça. Et donc le travail que fait SystExt, c'est plus déjà de trouver des informations, parce qu'on ne les a même pas, sur où sont les métaux, en quelle quantité et d'où ils viennent, pour justement orienter vers des usages et travailler là-dessus. Il nous reste un tout petit peu de temps pour une dernière question. Monsieur là-haut, on va vous donner tout de suite un micro. Je vous demande également, vous connaissez le rituel, on se lève et on donne son prénom. Non. Petit problème de son. Vous disiez bonjour, donc je vous dis bonjour aussi. d'avoir ma maman qui a une société de recyclage de métaux précieux depuis longtemps maintenant.
Donc les problématiques, ne serait-ce que sur des métaux assez classiques qu'on a l'habitude de recycler, Depuis 20 ans, je les connais. C'est difficile. Il y a du broyage, il y a de l'attaque chimique. Il y a énormément de problématiques techniques qu'il faut résoudre, ne serait-ce que sur des choses simples d'il y a 20 ans. Et beaucoup de vos arguments reposent sur un recyclage à la base qui fonctionne bien. Ce qui n'est pas du tout le cas aujourd'hui, et on en est hyper loin quand je vois comment elle, elle galère déjà sur son périmètre. Moi, je suis très sceptique, en fait, parce que tout repose là-dessus, et clairement, on n'y est pas. Je ne parle même pas des batteries, où il n'y a pas vraiment de recyclage non plus, de ce point de vue-là. Qu'est-ce que vous en pensez de tout ça, en fait? Vous avez complètement raison, notamment je pense à des métaux très particuliers comme l'indium. Aujourd'hui l'indium, le gros de son usage c'est les écrans LCD. Il est mis en dépôt en sous-face vapeur sur des plaques de verre à 150 nanomètres. Autant vous dire que ça pour le recycler c'est foutu. Donc là-dessus vous avez complètement raison.
C'est-à-dire qu'aujourd'hui les conceptions qui sont actuelles, je ne fais absolument pas reposer tout mon discours sur le recyclage, je dis qu'il faut massivement diminuer le primaire. Donc le premier enjeu c'est de diminuer la quantité de métaux utilisés. C'est-à-dire que si vous ne changez pas les produits, de toute façon, derrière la sortie, ce sera exactement la même. Donc il faut commencer par changer les produits et diminuer le nombre de métaux différents en favorisant les métaux ferreux, non ferreux, en priorité. Parce qu'effectivement, aujourd'hui, c'est les métaux ferreux, non ferreux et les métaux précieux qui disposent des filières les plus matures, avec toutes les difficultés que vous mentionnez et dont on parlait exactement, les objets non recyclables, les difficultés, le broyage, la perte de matière. Perte par dilution, perte par... Ça, il y a vraiment ça. Ensuite, de fait, ça c'était pour le premier enjeu. Le premier enjeu, c'est qu'il faut mettre moins de métaux différents et des métaux plus simples. Enfin, plus simples, on s'entend, il faut arrêter de mettre de l'indium, du gallium, du germanium, du rubidium, etc. Tous les quatre matins. Le deuxième enjeu que vous mentionnez sur le recyclage, il est important, mais c'est aujourd'hui, en fait, on n'a pas de filière mature, parce que, contrairement à ce qu'on peut croire, il y a très peu d'efforts. Nous, ça fait plus d'un an et demi, à l'international, je parle à l'international, à l'international, quand vous comparez la bibliographie disponible sur les modalités de traitement du minerai, avec des minerais qui sont d'une complexité sans normes, vous comparez par la bibliographie à l'international, dans les plus grandes presses,
sur les modalités de recyclage, vous avez deux poids, deux mesures. Nous, ça fait un an et demi qu'on est en train de travailler sur des publications scientifiques de partout dans le monde pour essayer de comprendre ce qui se passe au niveau du recyclage. Force est de constater que quand il y a un sujet, par exemple, là, il y a le lithium, les batteries, alors on va essayer de mettre le paquet là-dessus, mais effectivement, aujourd'hui, il n'y a pas un engouement majeur. Pendant longtemps, il n'y avait même pas besoin de se poser la question. On vous fournissait massivement du métal à bas coût et du métal primaire nickel haute qualité. Donc, il y a une nécessité. Vous avez raison de ne pas y croire aujourd'hui, et je vous rejoins complètement, parce qu'effectivement, aujourd'hui, on se retrouve dans une espèce d'étau où on n'a pas assez de recherche, on n'a pas assez de gens qui travaillent dessus. Mais pour autant, en fait, moi, j'ai du mal, quand je vois l'immaturité de ces filières, à faire le deuil de la possibilité de recyclage, alors même qu'on ne met déjà pas assez d'efforts pour se pencher sur le sujet. Dans tous les cas, j'ai l'intime conviction, et ça n'engage que moi et non mon association, qu'à l'image de ce qui se passe sur les sites miniers, Si vous ne subventionnez pas massivement ou si vous ne faites pas tout ce qui est possible pour donner de l'argent à ces filières, de toute façon, elles ne naîtront pas. Pour avoir interrogé un certain nombre de recycleurs et avoir visité des centres de recyclage, les modèles économiques sont extrêmement contraints.
Donc aujourd'hui, si vous ne dopez pas directement ou indirectement, financièrement, en termes de modèle économique, de modèle d'infrastructure, d'accès à scie, etc., effectivement, ces filières, de toute façon, ne se développeront pas. Voilà une première piste de solution. Merci beaucoup Aurore, je suis désolée, c'est très difficile de vous interrompre parce que le discours est éminemment questionnant et puis on prend conscience de tout ça et on est tous co-responsables. Mais merci infiniment d'avoir éclairé et je pense qu'on peut vous applaudir.
