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IA Générative : piloter l'incertitude et l'obsolescence éclair

Podcast Tech.Rocks · 22 février 2026 · 27 min · en français

Résumé

Épisode enregistré au Tech.Rocks Summit 2025 avec Nicolas Baron, CTO de Yousign, pour un échange sans filtre sur la réalité de l'IA générative. Loin de l'effet de mode, Nicolas explique comment Yousign a structuré sa réflexion pour intégrer l'IA, non pas pour « briller en société », mais pour générer une valeur concrète. Il décrit l'organisation interne de sa scale-up, entre productivité augmentée pour les équipes et nouvelles fonctionnalités pour les utilisateurs, tout en relevant le défi de la gestion du changement. Il aborde les dilemmes stratégiques d'un CTO en 2026 : - L'obsolescence éclair : comment construire une roadmap quand le meilleur modèle d'aujourd'hui sera dépassé demain ? - Le retour aux fondamentaux : pourquoi l'IA remet la qualité de la donnée et de la documentation au centre. - L'expérimentation pragmatique : ses succès (comme l'IA agentique pour le résumé de comptes clients) mais aussi ses échecs, notamment sur la « Data as a Service ». Nicolas lève aussi le voile sur le coût réel de l'IA : entre budgets d'expérimentation et investissements par développeur, il explique pourquoi il préfère l'over-spending temporaire à l'immobilisme, dans un environnement réglementé où sécurité et prédictibilité restent les maîtres-mots.

Summary

An episode recorded at Tech.Rocks Summit 2025 with Nicolas Baron, CTO of Yousign, for an unfiltered conversation about the reality of generative AI. Far from the hype, Nicolas explains how Yousign structured its thinking about integrating AI, not to "look good", but to generate concrete value. He describes his scale-up's internal organisation, between boosted productivity for teams and new features for users, while taking on the challenge of change management. He discusses a CTO's strategic dilemmas in 2026: - Lightning obsolescence: how do you build a roadmap when today's best model will be outdated tomorrow? - Back to basics: why AI puts data and documentation quality back at the centre. - Pragmatic experimentation: his successes (such as agentic AI for summarising customer accounts) but also his failures, notably with "Data as a Service". Nicolas also opens up about the real cost of AI: between experimentation budgets and per-developer investment, he explains why he prefers temporary over-spending to standing still, in a regulated environment where security and predictability remain the watchwords.

Thèmes : IA

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Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.

Et moi, un des trucs qui m'intéressait au départ aussi, c'était pas de faire de l'IA pour faire de l'IA ou faire de l'IA pour briller en société ou pour faire comme le voisin d'à côté. L'idée, c'était de se dire où est-ce que ça va avoir du sens pour nous. Le meilleur modèle d'un jour peut être remplacé la semaine d'après par quelque chose de mieux. Donc le modèle sert, mais on reste quand même sur des basiques de notre métier. Bonjour Nicolas. Et bien bonjour Benoît. Je suis ravi d'être avec toi aujourd'hui. Oui, de même. Alors pour ceux qui ne me connaissent pas, je m'appelle Benoît Gantaume, ça fait 25 ans que je suis dans la tech, développeur, CTO, aujourd'hui je suis manager de transition et je suis avec Nicolas Baron. Nicolas, tu peux te présenter? Et bien tout à fait, je suis Nicolas et je suis le CTO de Yousign, l'entreprise qui fait de la signature électronique et qui opère sur le marché européen. Et aujourd'hui, on est au Summit de Tech.Rocks, Summit, the place to be pour tous les tech leaders français, on peut dire, francophones? Francophones majoritairement, oui. J'imagine qu'il y a aussi des personnes qui viennent probablement un peu d'ailleurs, mais majoritairement francophones. De l'inspiration sans bullshit, cette année autour de la thématique de l'IA.

Alors, j'ai la chance d'avoir quelqu'un qui fait partie du comité de contenu, c'est ça? Tout à fait, oui. Tu peux nous en dire quelques mots? Comment est venue cette thématique-là sur la table? Et c'est quoi d'être au comité de contenu de Tech.Rocks? Alors la thématique, honnêtement, des fois c'est compliqué. Ça fait 4 ans que je fais le comité de contenu. Des fois, on s'est un peu pris la tête à savoir quel serait le bon thème de l'année. Bon, sincèrement, cette année, c'était compliqué de ne pas faire l'IA. Je crois que ça a été... dit en intro, c'est quand même au-delà de notre petit monde tech, un sujet qui occupe l'actualité quasiment tous les jours. Donc le thème était assez naturel. Après, ce qu'on a essayé de faire par contre, c'est de faire ce qu'on fait, je pense, assez bien chez Tech.Rocks. Essayer d'avoir un peu tous les angles, pas faire des choses trop tarte à la crème sur le sujet de l'IA. Enfin voilà, bref, essayer de couvrir le sujet au global. Avec ce qui marche, ce qui marche moins bien, les enjeux qui parfois nous dépassent un petit peu, géopolitiques, etc. Il faut que tout le monde reparte au bout de deux jours avec une vision la plus complète possible du sujet. Je crois que ça occupe beaucoup les tech leaders aujourd'hui dans les différentes entreprises dans lesquelles ils peuvent bosser.

Voilà, donc c'était facile de choisir le sujet, un peu plus compliqué de choisir qui parlerait de ce sujet ensuite. C'est toujours un plaisir de participer et de faire ce comité de contenu. Et donc, pour répondre à ta deuxième question, le comité de contenu, globalement, se réunit entre une fois toutes les deux semaines et à l'approche de l'événement, des fois un petit peu plus. Et puis, on travaille avec l'équipe Tech.Rocks et avec, cette année, Rachel et Alain, qui étaient les deux co-présidents du comité de contenu. À choisir les speakers, à travailler l'événement de manière générale, qu'est-ce qu'on veut apporter de nouveau, comment est-ce qu'on va bien faire du networking, qui est aussi un gros enjeu de cet événement. Voilà, on est une bonne dizaine à travailler de manière bénévole, à préparer ce programme tout au long de l'année. Et puis le jour J a aidé sur l'événement également. Ce qui est cool, c'est que vous ne faites pas de call for paper, c'est vous qui allez chercher les gens. C'est nous qui allons chercher les gens, tout à fait. Ce qui est un petit peu différent. de ce qu'on va retrouver dans beaucoup de confs, mais qui nous permet aussi de construire vraiment un programme sur mesure et d'aller chercher les thématiques qui vont nous intéresser.

Et un auditeur qui se pose la question de pourquoi venir, tu as envie de lui dire quoi aujourd'hui? J'ai envie de dire, c'est un peu ce que je disais au départ, je pense que c'est une conf dans laquelle on va couvrir sur une thématique donnée des enjeux assez larges et on va essayer de regarder un peu le sujet par toutes ses facettes. Je pense que typiquement sur le sujet de l'IA aujourd'hui, notamment quand on est en position de leadership, c'est un sujet sur lequel il faut qu'on ait évidemment de la compétence technique, c'est ce qu'on va attendre de nous, mais qu'on ait aussi du recul et une façon d'appréhender les choses sur l'impact sur l'entreprise, l'impact sur la société. Je trouve qu'on attend aussi beaucoup de ça d'un CTO, notamment aujourd'hui. Je pense que typiquement, Tech.Rocks, ces deux jours, c'est l'occasion d'augmenter son niveau de connaissance du sujet et donc sa culture générale. Voilà pour le passage Tech.Rocks. Je t'ai bien vendu. Tu m'as bien vendu le truc, moi, j'ai envie de revenir, c'est bon. Et parlons un peu plus de toi. Aujourd'hui, c'est quoi ton rôle exactement chez Yousign? Est-ce que tu peux nous rappeler un petit peu les ordres de grandeur? Il y a combien de personnes à la tech, par exemple? Oui, mon rôle, je suis CTO, donc j'ai la responsabilité des équipes engineering.

Et Data. Je reviendrai peut-être juste après. Et globalement, ces deux équipes, on est 75 environ. Pour une entreprise, YouSign au total, on est 210 personnes. Voilà. Et donc, mon rôle, c'est un rôle de management principalement, de leadership. Technique de manière générale, plutôt sur notamment les grandes orientations de l'entreprise et chez Yousign, on a la particularité d'être une entreprise qui opère sur un marché qui est réglementé, la signature électronique. Il y a des textes, des frameworks, des choses à suivre pour être un acteur de la signature électronique reconnue et certifiée. Du coup, à ce titre, ça pose pas mal de questions d'hébergement, de choix techniques, de sécurité, etc. On va dire que mon rôle, au-delà d'être le rôle d'un CTO classique, il y a ces composantes, tout particulièrement, qui sont très présentes au quotidien. Évidemment, je ne fais pas ça tout seul. J'ai une équipe très compétente autour de moi pour m'aider à faire ça. Mais c'est là, on va dire, la particularité du job de CTO chez Yousign par rapport à ce que j'ai pu faire auparavant dans d'autres entreprises. Et si on rentre maintenant sur l'AI en elle-même, alors il faut que tu saches, cher auditeur, il y a un plaisir particulier à faire cet épisode avec Nicolas.

On a bossé ensemble, on bossait ensemble, moi en tant que manager transition, au moment où en tout cas j'ai eu l'impression qu'il y a eu un shift sur cette thématique-là. Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu de qu'est-ce que vous avez essayé, comment les choses se sont mises en place et avec quel mindset vous avez amené ça dans l'entreprise? Plaisir partagé déjà, parce que c'est vrai que c'est rigolo de faire cet exercice tous les deux. Tu as passé quand même, ce qu'on se disait juste avant, quasiment neuf mois dans les équipes. À différents endroits. Moi, je te dirais que le sujet, il a démarré en tout cas pour nous. Alors déjà, je précise, je ne pense pas que ce soit la boîte la plus en avance sur le sujet. Je ne pense pas du tout qu'on soit en retard non plus. On a essayé de faire les choses bien, de manière méthodique. Et moi, un des trucs qui m'intéressait au départ aussi, ce n'était pas de faire de l'IA pour faire de l'IA, ou faire de l'IA pour briller en société ou pour faire comme le voisin d'à côté. L'idée, c'était de se dire où est-ce que ça va avoir du sens pour nous. Et quand on a réfléchi à la thématique, notamment avec le COMEX, on s'est dit finalement, il y avait deux grands axes. Il y avait un axe purement dans notre offre produit, donc dans ce qu'on construit tous les jours. Il y avait un axe plutôt ce qu'on avait appelé productivité interne.

Comment est-ce qu'on travaille de manière augmentée avec de l'IA pour être plus efficace dans notre job au quotidien? Voilà, on a décidé de confier la responsabilité de ce sujet à Bibi. Donc Bibi, c'est moi. Pourquoi ? Franchement, je pense que ça aurait pu être potentiellement porté par quelqu'un d'autre, mais ça reste un sujet qui est quand même aussi assez... C'est quand même très, très tech, non? Très tech. Et il y a une composante gestion du changement qui est aussi importante. Je pense que c'était plutôt adapté de commencer avec le CTO qui lit le sujet. Aussi parce qu'on savait qu'on avait pas mal de choses à mettre en place nous-mêmes à l'ingénierie. Et ensuite, on a fait de manière assez classique, travailler main dans la main, product engineering, pour trouver les endroits dans lesquels il y aurait de la vraie valeur ajoutée à faire de l'IA pour notre produit. Et ensuite, travailler sur tous les sujets de productivité interne, sur lesquels, par exemple, on pourra peut-être y revenir plus tard, on a décidé de nommer quelqu'un. Un titre assez compliqué mais qui finalement a une mission assez simple au quotidien. Donc quelqu'un dans mon équipe qui est Lead Productivity AI Engineer et derrière ça se cache simplement la personne en interne

qui va avoir vocation à poser les bases, à accompagner les différentes équipes à la fois pour les acculturer, à la fois pour les aider à mettre en place des initiatives autour de l'AI. Encore une fois, pour les aider à être plus efficaces au quotidien. Moi, c'est quelque chose que j'avais vraiment aimé dans votre démarche, dans ta manière d'amener le sujet. C'était le pragmatisme avec lequel tu voulais aborder le truc. En tout cas, c'est le ressenti que j'ai eu. Ok, il se passe un truc, là on va vraiment y aller, on va vraiment prendre le truc à bras de corps. J'ai pas envie de rentrer dans de la hype, mais j'ai pas envie de rater ce train qui est en train de démarrer, où je sens bien qu'il faut s'emparer du sujet. Et j'ai beaucoup aimé la manière dont vous avez aussi nommé quelqu'un. J'avais été marqué par le fait que ce soit sous ton report directement. Alors aujourd'hui, tu as des directeurs. Ça aurait pu être sous un directeur et tu as fait le choix que ce soit sous ton report directement. Et j'avais beaucoup aimé les raisons que tu m'avais données de ce truc-là, qui était dire« Ouais, mais je veux pouvoir avoir de la marge de manœuvre, en fait. Oui, c'était l'idée. En fait, ce rôle, il peut être, à mon avis, très piège, surtout au début. Si tu es potentiellement trop loin de là où on va pouvoir décider et décider vite, tu peux vite te retrouver un petit peu englué dans tous les process de la boîte.

Surtout chez vous, où il y a des enjeux de compliance, de sécurité, de ouf, je pense qu'on peut le dire. Les serveurs, à un moment donné, ils mettent un tampon qui fait foi légalement, qui a une preuve légale probante. Oui, c'est un des enjeux pour nous. Et je pense que même au-delà de ça, en fait, dans une entreprise qui a 12 ans comme la nôtre, avec un peu plus de 200 personnes, malgré tout, on a forcément structuré des choses, mis en place des process, etc. Et je ne suis pas du tout en train de dire qu'on fait n'importe quoi avec l'EI ou avec ces initiatives, bien au contraire. Mais à un moment donné, il y a parfois besoin de réfléchir autrement. Il y a parfois besoin de remettre en cause certaines choses si on veut en tirer les vrais bénéfices. Et donc, l'idée de ce rattachement, la personne en l'occurrence s'appelle Jérôme, le fait qu'il me reporte directement, moi, ça me permettait aussi finalement d'avoir quelqu'un qui me remonte presque l'incohérence qu'il peut y avoir entre l'injonction qui est on veut faire de l'IA partout pour être plus efficace et nos contraintes internes qui peuvent venir un peu s'entrechoquer avec ça. Et je pense que ça... a permis de lever pas mal de barrières et de lui donner la possibilité de pouvoir des fois décider plus vite, engager des budgets plus vite aussi si c'est nécessaire.

Bref, je pense qu'en phase d'accélération, c'était hyper utile de fonctionner comme ça. Et accessoirement, moi, ça me permet aussi d'être en contact direct avec ce sujet que j'avais envie de suivre de manière assez proche. Donc, on est plutôt content de ce choix-là. Je pense qu'encore une fois, ça lui donne la bonne exposition. Après, de manière très concrète, on marche, je pense, comme beaucoup de startups scale-up aujourd'hui à base d'OKR. On a décidé, On fait un objectif de l'année avec des résultats les plus mesurables possibles. Encore une fois, pour, à côté de la HIP, se forcer à mesurer les choses et se forcer à mesurer vraiment l'impact de ces différentes initiatives en temps. Avec plus ou moins de succès d'ailleurs, parce que là on est dans la phase en mesure. Justement, alors est-ce que tu peux nous partager un truc qui a bien marché et un truc qui a moins bien marché? Oui, c'est marrant parce que, et je le vois à quel point les réflexes naturels peuvent être« Merde, il y a des trucs qui n'ont pas marché». Bon, pendant que je pense que c'est très naturel en fait que, voilà, donc nous on a lancé une quinzaine, une vingtaine d'initiatives là sur deux quarters. Ça touche à peu près toutes les équipes. Dans quasiment 100% des cas, on va toucher à des fondamentaux aussi qui sont la qualité de la donnée, la qualité de la documentation.

On en discutait, ça a été présenté ce matin dans le talk de Marie et Didier. C'est une chose d'avoir des LLM. Je pense qu'il y a beaucoup de modèles qui marchent assez bien aujourd'hui. Alors en effet, il y a des débats gratuits, payants. Il faut quand même investir un petit peu pour avoir accès à des choses de qualité. Mais le fondamental derrière, ça reste quand même la qualité de la donnée, que ce soit de la documentation, des modèles de données, etc. Pour que le LLM derrière puisse se baser sur quelque chose de concret et qu'il puisse concrètement bosser correctement. Donc je pense que comme dans toutes les boîtes, certains endroits pour nous c'était très clean, d'autres ça l'était moins et ça souligne énormément ça à partir du moment où on fait les premières initiatives, les premiers investissements. Ça touche aussi du doigt d'autres choses qui sont plus culturellement quelle était la façon de travailler et comment est-ce qu'on va appréhender des sujets, est-ce qu'on est plutôt appétant à innover, à tester et à prendre en mode... Essai-erreur, où est-ce qu'on est dans des équipes avec déjà plus de process, où on a plus peur de l'erreur ? Et finalement, les initiatives à la fin, nous, le gain, on a voulu le mesurer en heures économisées par mois ou par an sur des tâches qu'on avait bien identifiées.

On a évidemment ciblé des tâches où on passait du temps, mais qui étaient aussi considérées comme étant à faible valeur ajoutée pour les équipes. On sait qu'elles passeraient un temps de meilleure qualité ailleurs sur d'autres sujets. Et en fait, en faisant le croisement des deux, on a trouvé 15-20 initiatives qu'on a lancées. Certaines marchent très bien, pas forcément celles qu'on avait imaginées au départ. Je vais donner des exemples. Par exemple, on a fait un truc très bête. Et on est loin encore de la grande AI agentique avec des tas de fermes d'agents qui vont bosser les uns avec les autres. On avait un sujet qui était, on a de la donnée de consommation de nos produits, plutôt côté produit. On a de la donnée CRM plus ou moins bien structurée, soit sur nos clients, soit sur nos prospects. Et on avait besoin facilement d'avoir un résumé très pratique en préparation de call avec un client, mais aussi en revue, par exemple, du pipe commercial quand la manager côté sales va faire des one-on-one avec son équipe pour regarder si un prospect donné, on est bien à l'état d'avancement, à la probabilité de signature qu'on s'était donné. Ça manquait des fois de structure sur l'accès à l'information, avoir un résumé clair de l'état d'un compte.

Typiquement, on a conçu ça à base d'agents. Nous, on utilise une plateforme qui s'appelle Dust, qui va chercher des infos à différents endroits, qui va les agréger, donner un statut d'un compte ou d'un prospect, donner un résumé clair desquels... informations clés à avoir. Ça, typiquement, c'est énormément utilisé un peu par tout le monde, par le management, par les équipes, etc. Et si on m'avait demandé de miser au départ sur un sujet, ça n'aurait pas forcément été celui-là. Pour le moment, dans les choses qui ont moins bien marché, on s'est cassé les dents sur un sujet. Qui est beaucoup plus épineux que ce qu'on avait imaginé au départ. On a voulu faire vraiment de la data as a service et du coup d'avoir un LLM qui était branché à Snowflake, à Metabase directement et qui allait générer du dashboarding, de la requête SQL, etc. Sujet potentiellement avec un impact assez fort sur la façon dont on travaille et le temps qu'on peut gagner dans la boîte. Pour le moment, on n'a pas réussi et c'est plutôt une initiative qu'on a mis de côté. Et quand je regarde les facteurs explicatifs possibles, je pense qu'il y en a deux. Déjà, on a essayé d'attaquer le problème de manière trop large. Et en fait, c'est un sujet qui est quand même assez compliqué.

Ça demande d'avoir une qualité de données vraiment excellente en dessous. Et forcément, je pense que comme dans toutes les boîtes, certains endroits, c'était le cas, d'autres endroits, c'était moins le cas. Voilà, et puis finalement, quand on a regardé un petit peu des conférences, de la littérature, etc., on s'est rendu compte qu'on n'était pas les seuls à se casser les dents sur ce sujet-là. Donc on ne l'a pas abandonné, mais on a essayé de se refocaliser sur des gisements plus petits, commencer par un sous-ensemble du problème. Des corpus de données très bien définis pour essayer d'y aller petit à petit et de comprendre sur un domaine plus petit comment est-ce que ça pourrait marcher, nous aider justement à générer ces dashboards, ces requêtes, etc. Et puis essayer de le généraliser dans un temps. Mais voilà, celui-là, j'avais misé beaucoup au départ, notamment sur le potentiel de gain. Ça s'est avéré plus compliqué que prévu. Et donc, pour essayer de synthétiser ce que je dis, à la fin, c'est aussi une question purement de ROI, c'est-à-dire quand on a passé deux semaines, trois semaines, un mois, voire plus sur un sujet, on n'en tire pas les bénéfices, au bout d'un moment, on est obligé de réallouer notre temps ailleurs aussi pour qu'à la fin, l'équation reste positive. Il y a évidemment plein d'autres exemples possibles, mais ces deux-là, ils me semblent assez emblématiques, aussi parce qu'ils sont assez inversés par rapport à ce qu'on avait imaginé au départ sur le pari et là, on avait gagné.

Gagner du temps et puis avoir un héroïque qui était... C'était correct. Et du coup, tu tires quoi comme leçon de ces expériences-là pour l'instant? Qu'on n'est pas au bout du chemin, c'est clair. On l'a dit, et je pense que ça a déjà été dit sur la première journée côté Tech.Rocks, oui, les modèles ont leur importance, mais on voit aussi à quel point ça bouge vite. Le meilleur modèle d'un jour peut être remplacé la semaine prochaine, la semaine d'après, par quelque chose de mieux. Donc le modèle, certes, mais on reste quand même sur des basiques de notre métier. La qualité de l'information de manière générale, la doc, son accès, la qualité de la donnée derrière. Et je pense à un dernier point aussi qu'on avait un tout petit peu sous-estimé au départ. Il y a quand même évidemment beaucoup de contraintes à partir du moment où on va poser une plateforme avec de l'accès à de la donnée dans l'entreprise. Les équipes sécu sont encore hyper centrales et de manière générale, les règles qu'on va se donner sur avant, c'était qui a accès à quoi et on parlait d'êtres humains de manière générale et d'employés. Désormais, les agences, c'est pareil. Quelles données ils peuvent prendre? Est-ce qu'on les autorise à faire, à ne pas faire, etc.

Il y a une gestion de droit comme des humains, en fait. Oui, de la gestion de droit, mais en fait aussi comme des basiques qu'on a toujours eues dans nos systèmes d'information. En fait, je trouve que la période, elle est fascinante pour ce petit paradoxe qu'on a, qui est on manipule de la techno. Je ne sais pas si elle est très nouvelle, mais en tout cas, les LLM, de manière généralisée, ça reste quand même assez nouveau en entreprise. Mais par contre, pendant ça, c'est quand même des B.A.B. De notre métier, de l'organisation, de la doc, de la qualité de données. Et ça reste les fondamentaux et ça reste les choses vraiment à maîtriser. Vous tirez parti de tous ces outils-là. On a parlé beaucoup de productivité interne, c'est vrai pour la productivité interne. C'est exactement la même chose sur la partie pure produit. Maîtrise des coûts, choix du modèle, mais aussi comment est-ce qu'on va structurer de l'information, nos fonctionnalités derrière pour en tirer vraiment parti. Je dirais qu'il y a peut-être un dernier point qui est intéressant, c'est le point sur la QA, le fameux sujet de comment on fait la QA dans un univers qui n'est pas déterministe et qui n'est pas prévisible.

Ça change quand même beaucoup de choses dans les réflexes. Je trouve que c'est un vrai challenge, moi. Et en fait, ça remet, je trouve, ça redonne ces lettres de noblesse aussi à des activités de test, d'automatisation, de réflexion, un petit peu des différents cas qu'on va vouloir valider, tester, etc. Mais voilà, dans un univers qui est un peu différent. Pour résumer tout ça, je dirais qu'on avait déjà des métiers qui n'étaient pas simples, je pense. Je pense que ça n'a pas rajouté de simplicité de ce côté-là, mais ça rend aussi les choses assez passionnantes. Donc, j'ai l'impression, moi, d'avoir la chance de vivre quand même un peu un âge d'or à nouveau de la tech, qui est assez passionnant au quotidien. Oui, dans un contexte budgétaire qui reste quand même très, très, très tendu. D'ailleurs, comment vous réfléchissez ça? Comment vous réfléchissez vos budgets? Il y a un des présentateurs en entrée qui nous a, je pense, bien mis... Il a posé un espèce de chiffre de référence. Qui du coup devient référence parce que c'est le seul qui a été donné, mais j'aime bien, 10 euros de l'heure par personne. Oui, c'est un vrai sujet. Et Didier, il avait... poser, je me rappelle, il avait déjà à une autre occasion parlé, je crois, dans un post LinkedIn que j'avais vu passer.

Est-ce que ça serait une hérésie de se dire qu'on investit 1000 ou 2000 euros de budget par mois par développeur? Oui, ça fait 1700 euros par personne. Mais ce qui, si tu as une approche budgétaire complètement classique, peut vachement faire grincer les dents, surtout dans un univers scale-up, SaaS, où à la fois les métriques sont très communes, à la fois on fait très attention aux sous, au budget en ce moment. Ça peut comporter des petits paradoxes qui sont, on veut plus d'IA, mais on veut dépenser moins d'argent aussi. Moi, je te dirais que, en tout cas, cette année, on a joué pas mal par expérimentation. Donc, moi, un des trucs que j'avais dit à l'équipe, c'est... Ce n'est pas le moment de choisir un outil et ce n'est pas le moment de se contraindre trop sur les budgets non plus. Je préfère qu'on soit un petit peu en overspending sur la partie AI, mais qu'au moins on se soit bien donné l'occasion d'apprendre, de tester, etc. Par contre, on avait budgété des choses, je parlais de DUS tout à l'heure. Ça, j'avais branché dans mon budget dès début 2025 le fait qu'on utilise une plateforme de ce type à un moment donné, soit qu'on ne se retrouve pas complètement pris au dépourvu non plus, mais plutôt sur la partie, on va dire, outils. Pour les devs, on avait une politique assez ouverte sur le budget cette année.

Finalement, les choses se sont bien faites aussi. On n'a pas été tant en dépassement que ça, mais on s'était donné cette possibilité. Et je m'étais donné aussi la possibilité qu'un dev à un instant T ait plusieurs outils. J'en sais rien, par exemple, Cursor et JetBrains, parce qu'on fait du PHP chez Yousign et que c'est un outil communément utilisé. Je ne voulais pas forcément... qu'ils aient à faire le choix trop tôt, pour ne pas rationaliser trop tôt, et que finalement, on se retrouve à la fin de l'année avec des gens qui n'avaient pas testé ce qu'ils voulaient, faute de budget et à cause de trop de contraintes trop tôt. 2026, le sujet est un petit peu différent. Au bout d'un moment, on ne peut pas se permettre d'avoir trois outils par dev non plus. Par contre, j'aime bien l'approche de Didier. On s'est laissé des poches quand même assez importantes. On se dit, on va encore avoir besoin de tester des choses. Et ce n'est pas non plus là où j'ai envie de me retrouver trop contraint par mon budget. Un budget, à la fin, c'est toujours un équilibre. C'est-à-dire, si tu décides de dépenser plus, d'un côté, tu peux aussi décider de dépenser un peu moins de l'autre et de faire d'autres arbitrages sur d'autres outils par exemple. C'est plutôt comme ça qu'on a essayé de construire les choses. Mais à terme, ça pose cette question. Nous, on n'est pas encore allé jusque là. Oui, c'est-à-dire j'ai un gros budget par développeur.

Je vais dire une chose, Didier, si j'ai bien compris, il fait du service. Oui. Donc quelque part, lui, il y a une corrélation directe entre la productivité du développeur et le chiffre d'affaires. Oui, même si je pense que dans le logiciel, elle n'est peut-être pas aussi directe. Dans le sens, ce n'est pas aussi direct. Ce n'est pas parce que tes développeurs développent 10 fois plus vite que tu fais 10 fois plus de chiffre d'affaires. Non, c'est vrai, mais tu devrais quand même le retrouver, en tout cas dans des univers comme les nôtres, qui sont très compétitifs, etc. Oui, tu vas le retrouver en capacité à concurrencer. Tu le retrouves en capacité à concurrencer, à aller plus vite. Enfin là, chez Yousign, on a récemment... Rebrander l'entreprise, on va bientôt changer de nom, on s'appelait Utrust, on s'est déplacé de faire uniquement de la signature électronique qui reste notre cœur de métier à faire de la confiance digitale de manière générale. Et quand tu te déplaces vers ça, finalement ce que tu fais c'est aussi ouvrir dans notre cas en tout cas toute une nouvelle panoplie de services, de produits qui sont à développer. Et si on veut être les meilleurs et les plus rapides sur notre marché, la capacité à faire les bons choix, mais aussi à être capable de sortir les features le plus vite possible, c'est un enjeu clé pour nous.

Donc si je suis capable d'avoir des développeurs augmentés par de l'EA et de faire beaucoup plus vite, à la fin, je vais avoir une chance non négligeable d'être le gagnant sur mon moment. Ça se retrouve aussi ici. Et c'est pour ça que je n'ai pas envie de faire des choix driveés uniquement par les sous. À me dire que c'est 20 euros par développeur par mois par plus, sinon c'est terminé. Donc voilà, je pense qu'on est encore un peu au début, mais de plus en plus, ça va être assez logique, je pense, d'avoir des budgets conséquents par développeur. Comme un Didier pouvait le dire ce matin, simplement parce que ça va être la façon d'être productif. Mais en tout cas, sur nos métiers de l'ingénierie, j'aime bien cette idée quand même de me dire qu'en fait, on contribue directement dans du software à un chiffre d'affaires et que notre productivité, elle va être directement contributrice de ça. Donc, je pense hyper important et hyper sain de réfléchir comme ça parce que ça permet aussi d'avoir une approche budgétaire un petit peu différente. Comment tu vois les choses évoluer, autant pour ton équipe que pour ton métier, que pour ton secteur, avec Guillaume? Est-ce que tu fais des fois des exercices de projection ou un peu de prospective, de te demander comment tu vois les choses dans les années à venir?

Oui, c'était un des trucs que j'ai dit à mon équipe et que je crois beaucoup, par conviction personnelle, mais aussi parce que je pense que c'est ma responsabilité ultime en tant que CTO d'une entreprise tech. Je n'ai pas envie de subir ce genre de sujet. Je pense que ce sont des révolutions qui sont assez profondes. Je crois que la vocation d'une entreprise aussi, c'est au-delà de faire tout ce qu'on s'est dit, sur de la productivité, du chiffre d'affaires, etc. On est aussi là pour faire en sorte que les gens qui passent chez nous, quand ils sont passés chez nous 3 ans, 4 ans, 5 ans, Ils en ressortent, ils sont meilleurs, plus compétents et ils ont appris à utiliser les bons outils. Et évidemment, on ne fait pas ça par pure philanthropie, ça nous bénéficie directement. Mais je crois que l'IA, c'est typiquement un sujet comme ça et très fortement sur les métiers product engineering. Ça demande de réfléchir différemment à la façon dont on travaille, à la façon dont on développe, à la façon dont on conçoit. C'est une révolution assez marquée. Où on sera dans 2-3 ans, franchement, je serais bien incapable de te le dire. Mais je crois qu'on est au début quand même d'une révolution assez importante de nos métiers.

Je ne fais pas du tout partie des gens qui croient qu'on n'aura plus du tout besoin de développeurs, ni rien du tout, au contraire. Par contre, je pense qu'on a besoin d'apprendre à travailler différemment et que ceux qui ne le feront pas, auront vachement de difficultés dans deux ans, trois ans, à expliquer pourquoi ils ne savent pas utiliser de l'IA dans leur quotidien. Seront assez dépassés, je pense, par leur propre métier. Donc voilà, ça demande de beaucoup apprendre, beaucoup se remettre en question. Mais je crois que c'est aussi l'essence de notre métier de tech. Enfin, on a toujours besoin de se tenir à jour, d'apprendre une nouvelle techno, d'apprendre autre chose. C'est juste que la période, là, tout de suite, elle est très demandeuse parce que ça va très vite. Ça va très très vite. Voilà, mais moi je suis assez optimiste de manière générale. Je pense que ça va nous permettre d'être meilleurs. Et puis, comme toute révolution technologique, ça rend les choses hyper intéressantes au quotidien. Et de les appréhender sous toutes leurs facettes aussi. Ça pose des questions purement pour les devs, ça pose des questions sur leur manager, ça pose des questions de changement culturel. Ça pose des questions des fois à l'ingénierie aussi de c'est quoi l'impact réel sur la productivité.

By the way, on ne va pas faire ça aujourd'hui, mais comment est-ce qu'on mesure la productivité? C'est un sujet qui n'est quand même pas si simple, je crois aussi. Donc voilà, ça pose beaucoup de questions, mais je crois que si on s'y prend avec méthode, On va essayer de tracer aussi pour chaque boîte sa propre voie et qu'est-ce qui va être réellement intéressant dans son contexte. Ça permet de faire des choses qui sont assez intéressantes. Voilà, donc moi je suis au chaud. Après, je ne suis pas naïf non plus, il y a plein d'enjeux autour de l'IA, sociétaux, écologiques, que je n'ai pas envie d'occulter non plus. Maintenant, dans mon quotidien de CTO, je ne peux pas faire comme si ça n'existait pas. Mes équipes non plus, donc on a plutôt décidé de prendre le sujet à bras-le-corps, de se former, d'apprendre et de transformer petit à petit la façon dont on travaille. Merci pour tout ça Nicolas. Je te laisse le mot de la fin. Le mot de la fin, formons-nous, j'ai envie de te dire ça, c'est une période passionnante, il faut apprendre beaucoup, c'est l'occasion de mettre les bouchées doubles sur appréhender ces sujets d'IA, de révolution technologique, culturelle dans nos équipes, etc. Il n'y a pas de fatalité.

Je crois que c'était un des messages qui était passé ce matin. Moi, je te l'ai dit à un moment donné dans notre échange, je n'ai pas envie de subir. Donc, pour ne pas subir, il faut être acteur de tout ça. Et pour être acteur, il faut apprendre, se former, networker, regarder ce que les autres font aussi. Mais il n'y a pas de raison qu'on n'arrive pas à se saisir de cette opportunité pour avoir des boîtes en France, en Europe, extrêmement efficaces et leaders de leur marché. Je crois qu'on peut y arriver. J'ai envie d'être très optimiste par rapport à tout ça. Mais pour le faire, il ne faut pas être naïf et il faut apprendre, espérons. Quelle magnifique transition pour la communauté, pour la communauté Crocs. C'était presque. On ne peut que t'inviter à nous rejoindre sur tech.rocks, rejoindre la communauté. Et puis, alors, je n'ai pas compris si les replays du summit allaient être disponibles pendant trois mois pour tout le monde ou que pour ceux qui se sont inscrits aujourd'hui. Tu sais, toi, tu as la réponse. Je crois qu'à un moment donné, ils sont... disponible pour tout le monde. Ok. Si j'ai dit une énorme bêtise, je vais beaucoup me faire engueuler, mais voilà, j'ai pris mon pari. En tout cas, on te mettra les liens qu'il faut dans l'épisode.

Je te remercie. Merci Nico. Merci Benoît, c'était cool. A bientôt. A bientôt.