← BibliothèqueToutes les vidéos
Tech.Rocks Summit 2024
L'impact des traumas collectifs sur nos comportements
- Claude Terosier (Coach & Facilitator, Resonance)
Tech.Rocks Summit 2024 · 2 décembre 2024 · 35 min · en français
Résumé
Diversité, inclusion, équité : pour Claude Terosier, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Ce sont les traumas collectifs hérités du passé qui guident nos comportements tant qu'ils restent inconscients. Ce talk inclusif et participatif aide à comprendre ce qui se joue dans les entreprises et comment y faire face.
L’essentiel
Claude Terosier explique ce qu’est un trauma, comment les traumas complexes et transgénérationnels, hérités de l’histoire collective, influencent nos comportements, et comment les repérer et les accompagner en entreprise.
Pour aborder en équipe de direction les tensions persistantes, les départs ou les burn-out, et la place de l’écoute dans le management.
Les idées clés
- Un trauma, ce n’est pas l’événement mais ses conséquences psychiques. Face à un danger de mort réel ou perçu, la zone du cerveau qui gère la survie prend le dessus ; le trauma, c’est de ne pas réussir ensuite à reconnecter le cortex préfrontal. Selon l’intervenante, deux choses permettent de guérir : mettre de la conscience sur ce qui s’est passé et être en relation pour ne pas le traverser seul. à 6:16
- Des traumas plus répandus qu’on ne le croit. Les traumas complexes naissent dans la petite enfance, quand l’enfant apprend à réagir pour rester en relation avec des parents dont il dépend ; ce que les parents transmettent dépend de ce qu’ils ont eux-mêmes vécu (le transgénérationnel), et donc de l’histoire collective, comme les deux guerres mondiales et les guerres de décolonisation pour la France. à 11:50
- Détecter, nommer, accompagner. On ne laisse pas les traumas à la porte de l’entreprise : le stress peut les réactiver. Les signaux sont des situations qui se répètent malgré les solutions, des conflits, des départs, des burn-out ; il faut ensuite mettre des mots sur la situation et apporter un soutien relationnel, individuel ou collectif. Elle coache le leader avant le collectif et conseille de traiter les signaux faibles avant la crise. à 15:55
Questions pour votre équipe
- Quelles situations reviennent dans notre équipe malgré les solutions essayées ?
- Comment mettre des mots sur ce que notre équipe a traversé (licenciements, réorganisations, tensions) ?
- Quel soutien, individuel ou collectif, pouvons-nous proposer dès qu’une tension apparaît ?
Il s’agit d’un talk participatif d’une coach et facilitatrice, qui propose ce type d’accompagnement ; elle indique elle-même simplifier le fonctionnement du cerveau et du soin. Les références scientifiques (épigénétique, études sur le stress) ne sont pas sourcées et le talk ne donne pas de méthode détaillée.
Chapitres
Summary
Diversity, inclusion, equity: for Claude Terosier, these are only the tip of the iceberg. Collective traumas inherited from the past drive our behaviour as long as they remain unconscious. This inclusive, participatory talk helps to understand what is at play in companies and how to deal with it.
Thèmes : Recrutement & carrière
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Je vais vous demander de vous lever, s'il vous plaît, ceux qui le peuvent. Que c'est bon de voir tout le monde répondre positivement par cette affirmation. Parce qu'en fait, on a besoin d'un petit energizer. Après déjeuner, tout ça, c'est un peu mou. Alors, on va faire deux, trois petits mouvements. Ça ne gêne personne. Ceux qui ne veulent pas peuvent se rasseoir. Mais j'espère ne pas faire complètement un bide avec cet energizer, s'il vous plaît. Ladies and gentlemen, alors on va se tapoter un peu là. Allez, on se tapote. On se tapote, on se tapote, on se tapote un peu les épaules. Là, on vient, on sent. On sent un peu les joues. Je fais attention, Philippe, parce que je sais que tu n'aimes pas quand ça tape dans le micro. Là, tac, tac, tac, tac, tac, tac. Ça ne va pas mieux? On est bien, là? Et là, j'ai eu un pouvoir sur vous et je suis tellement heureuse.
Alors, merci beaucoup, merci d'avoir joué le jeu. Alors, une autre petite séquence maintenant. Ça fait toujours un peu réagir et on se remet dans un bon mouvement. Voilà, c'est ça qui est bien. Il y a une pièce de théâtre que j'aime particulièrement, je dois dire qu'elle fait partie de mon panthéon théâtral après Cyrano de Bergerac, c'est« On ne badine pas avec l'amour». Vous connaissez« On ne badine pas avec l'amour» de Musset? Oui? Eh bien, il y a une des phrases que Camille dit à Perdicant concernant l'amour, que l'amour est comme un enfant, il faut le cajoler, il faut le dorloter. Mais quand on ne le comprend pas, il devient cruel. Alors, comme l'amour, souvent les traumas collectifs issus de notre passé, en plus on en a un tout petit peu parlé quelque part avec la sociotechnologie avec Sam juste avant, bien qu'ils soient invisibles, ces traumas agissent souvent de manière subtile et puissante sur nos comportements. Ça ne vous aura pas échappé. Alors parfois, nous n'en sommes même pas conscients.
Et aujourd'hui, c'est Claude Terosier qui nous invite à comprendre cette dynamique enfouie, cachée, qui influence tellement, tellement nos vies professionnelles et qui parfois sont même une entrave à la résilience, bien plus que nous le pensons. Je vous demande d'accueillir Claude Terosier, coach et facilitateur chez Resonance, pour cette exploration essentielle. Acte 1, scène 6. Bienvenue Claude ! Enchantée! Re! On s'est connus dans une autre vie il y a bien longtemps, chez Paris Pionnière. Ah! Un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Effectivement, c'est oui là maintenant on dit. Oui c'est vrai, c'est pour ça, je suis complètement pas du tout à jour. Claude, la parole est à vous. Merci Elsa. Bonjour à tous. Donc je me présente, enfin j'ai déjà été présentée, je m'appelle Claude Terosier et je suis là devant vous aujourd'hui parce que par le passé j'ai créé ma propre start-up.
J'apprenais à programmer aux enfants, ça s'appelait Magic Makers. Mais ça, c'est le passé. Maintenant, je suis coach et facilitatrice, et je m'intéresse à ce qui fait que collectivement, on performe plus. Parce que notamment, je me suis rendu compte qu'il ne suffisait pas d'apprendre à coder pour que les choses fonctionnent. Alors, aujourd'hui, je vais vous parler du sujet qui a été amené, les traumas collectifs. C'est en lien avec la résilience, vous allez voir, vous allez comprendre pourquoi. Mais d'abord, je vais vous expliquer ce que c'est qu'un trauma collectif, parce que je ne pense pas que vous sachiez de quoi je parle. Alors l'année dernière, justement, j'étais avec une amie, startupeuse, et je lui ai expliqué ce sujet. Et je n'ai même pas eu besoin d'aller très loin. Assez rapidement, elle m'a dit que je devais aller à la maison. a interrompu et elle m'a dit « Ah oui, je vois ». Et là, elle m'a raconté l'histoire de son mari. Le truc avec son mari, c'est que chaque fois qu'il devait prendre le train, il était dans une panique.
Il y avait vraiment une réaction de stress qui était disproportionnée et elle ne comprenait pas pourquoi. Et c'était un peu pénible peut-être. Ils ne comprenaient pas d'où ça venait. Mais un jour, ils ont fait le lien. Le père de sa grand-mère était juif. Et pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il pensait qu'il était parfaitement en sécurité, parce qu'il avait une très bonne position sociale, il a été arrêté, déporté, et il est mort en camp de concentration. Et c'est seulement une fois qu'ils ont compris ça qu'il a pu apprendre à gérer son angoisse quand il prenait le train. Alors j'utilise cet exemple pour vous montrer qu'il y a des situations où on ne s'y attend pas du tout et on va avoir des comportements qui n'ont pas grand-chose à voir avec ce qui se passe à l'instant présent. Ils vont être le résultat de ce qu'on a vécu dans le passé ou de ce que nos parents ou nos grands-parents ont eux-mêmes vécu et dont nous avons hérité. Et ça, ça veut dire que l'impact des traumas, on ne va pas pouvoir les laisser à la porte de l'entreprise.
qu'il s'agisse aussi bien de traumas qui sont issus de notre histoire personnelle ou de nos aïeux, ou aussi de traumas qui sont liés à ce qu'on peut vivre dans l'entreprise. En entreprise, si vous vous posez la question, l'impact de trauma, ça peut se manifester par un manager toxique qui broie une personne, des burn-out. Quelqu'un qui devient le bouc émissaire de toute son équipe. Mais l'autre enseignement de l'exemple que je vous ai raconté, et que je développerai dans la deuxième partie de ce talk, c'est que le chemin pour s'en sortir, c'est de rendre ça conscient et de ne pas rester seul avec. Et maintenant, il est temps que je vous explique ce que c'est qu'un trauma. Alors, déjà, je m'excuse, je sais, trauma, c'est un gros mot. En France, c'est un mot qui fait peur, qu'on n'emploie pas souvent. Mais c'est quoi un trauma? Un trauma, c'est un événement auquel on n'arrive pas à faire face littéralement, un événement où on risque de mourir, ou bien on croit qu'on risque de mourir.
Et le trauma, ce n'est pas l'événement, ce sont les conséquences psychiques de l'événement. Ce sont les conséquences psychiques d'avoir cru qu'on allait mourir et qu'on n'allait pas pouvoir s'en sortir. Vous avez sûrement entendu parler de syndrome de stress post-traumatique. J'ai toujours du mal à le dire en français. C'est le fameux PTSD en anglais. On diagnostique ça souvent à des soldats qui vont venir de guerre. Par exemple, des soldats qui ont vu leurs camarades mourir sur le front. On diagnostique ça aussi beaucoup après des attentats, comme ce qu'on a eu encore récemment en France, à Paris ou à Nice. On peut diagnostiquer un syndrome de stress post-traumatique après un accident de voiture, mais aussi après quelque chose comme par exemple une opération chirurgicale où vous vous retrouvez sur le billard, l'anesthésie ne fonctionne pas bien et vous ressentez la douleur. vous êtes complètement impuissant, tout ça, c'est des événements qui peuvent causer des traumas. Et alors, qu'est-ce qui se passe dans ces moments-là? Dans ces moments-là, il s'agit de survivre.
On est face à une situation où on n'a pas le temps de réfléchir. Et là, au niveau de notre cerveau, c'est la zone qui gère notre réaction de survie, qui va prendre le dessus. Cette zone va prendre le contrôle de notre corps pour nous sortir de là. On va revenir à des choses très primitives, on va mobiliser de l'énergie pour réagir très vite au danger, pour déclencher des réactions comme courir, se battre ou être complètement tétanisé. Et ça, ça va se passer en un temps tellement infime que l'on n'a pas le temps de le contrôler. Et heureusement d'ailleurs, parce que sinon, on ne réagirait pas assez vite face au danger. Et l'information importante ici, c'est qu'on n'a pas le temps d'utiliser notre cerveau rationnel. Alors notre cerveau rationnel, c'est cette partie qui est là devant, c'est ce qu'on appelle le cortex préfrontal. C'est la partie la plus récente du cerveau humain, c'est celle qui va nous distinguer des autres espèces. Et c'est celle qui nous permet de rationaliser, de conceptualiser, de planifier, de faire des liens. Et le trauma, donc, c'est de ne pas réussir, après l'événement, à rebrancher ce cortex préfrontal pour qu'il dialogue avec la partie du cerveau qui gère la survie et les émotions.
Et ce que ça fait, c'est que quelque part, on se retrouve coincé dans un no man's land. Tout ce qui va nous rappeler l'événement traumatique va nous renvoyer à des réactions instinctives où on n'arrive pas à faire intervenir notre cerveau rationnel. Et dans cet espace-là, on est dans la confusion, dans le brouillard, ou au contraire hyper activé et réactif. Et à cet endroit-là, on n'est pas capable de réaliser qu'on n'est pas réellement en danger de mort dans la situation. Et on n'est pas capable de choisir une réaction appropriée à la situation concrète qu'on rencontre. On est coincé en mode survie. Alors comment on guérit ? Eh bien justement, on a besoin de reconnecter notre cortex préfrontal, la partie du cerveau qui est là. Et ça, ça revient à quoi? Ça revient à mettre du sens sur l'événement, et ça demande de retraverser les émotions intenses qui sont associées à cet événement, comme la peur, la colère, et qu'on n'a pas pu évacuer sur le moment qui nous ont submergés.
Et c'est ça, mettre du sens et retraverser ces émotions en les revendant à nouveau cohérentes, c'est ça qui va nous permettre de retrouver une forme de confiance en nous et dans notre capacité à survivre. Et ça, en général, on ne peut pas le faire tout de suite. Seul. Il faut avoir confiance, mais il faut surtout avoir conscience ici que le premier mécanisme de défense pour résister au trauma, c'est le déni. Ne pas avoir conscience qu'on a été traumatisé, on va oublier le souvenir même, on va bloquer le souvenir de l'événement, c'est ça qui va nous permettre de survivre au choc et de nous protéger. Et comme pour guérir, on a besoin de retraverser ça, de mettre du sens. C'est compliqué, parce que la raison pour laquelle on a bloqué ça, c'est que par essence, ce qu'on doit retraverser est très douloureux. D'ailleurs, le trauma, c'est un endroit où on se sent complètement perdu, un endroit où on se sent seul et on a l'impression que personne ne peut nous aider. Et c'est là qu'on va avoir besoin de soutien, on va avoir besoin de support pour traverser ça.
C'est l'accueil de l'autre. C'est ça qui va me permettre de me libérer. Et c'est là qu'on a besoin de l'accompagnement de professionnels. Ce qui permettra ensuite de ne pas passer en mode survie automatique dès que quelque chose me rappelle l'événement traumatique, mais de pouvoir reprendre du recul et choisir une réaction adaptée à la situation réelle. Alors concrètement ici, je résume assez rapidement, c'est un peu plus compliqué que ça ce qu'on fait pour guérir dans des situations traumatiques graves, mais ce que je voudrais que vous compreniez et que vous reteniez, c'est que les deux choses qui permettent de guérir, c'est mettre de la conscience sur ce qui s'est passé et être en relation pour ne pas le traverser seul. Et là, vous devez vous poser une question maintenant. C'est pourquoi elle me raconte tout ça? Non, parce que c'est vrai, je suis d'accord avec vous. Les gens qui ont fait la guerre, qui ont eu un accident de voiture, ou qui étaient au Bataclan quand il y a eu l'attentat du 13 novembre, bon, c'est pas tout le monde quand même. C'est peut-être pas si courant que ça dans notre société.
Eh bien, figurez-vous, qu'il y a un autre type de trauma, qui ne sont pas uniquement ces événements violents, et qui vont toucher un beaucoup plus grand nombre d'entre nous. Et cette autre source de trauma dans notre société, c'est ce qu'on appelle les traumas complexes, et c'est lié à ce qu'on va vivre très jeune quand on est enfant. Quand on a un enfant, pour vivre, pour s'épanouir, de quoi est-ce qu'on a besoin ? On a besoin d'être nourri, on a besoin d'être protégé. Fondamentalement, on a besoin d'être aimé. Et en général, nos parents le font du mieux qu'ils peuvent. Mais il peut y avoir des moments où nos parents ne sont pas vraiment disponibles, physiquement, émotionnellement, pour s'occuper de nous. Il peut aussi y avoir des situations carrément d'abus dans le cadre familial, qui sont malheureusement beaucoup plus fréquentes que ce qu'on croit. Tout à l'heure, je vous disais qu'un événement traumatique, c'est un événement face auquel on a l'impression qu'on risque de mourir.
Un enfant très jeune, il dépend complètement de ses parents. Il ne peut pas aller se nourrir tout seul, il ne peut pas se protéger tout seul. Il a vraiment besoin de ses parents pour ça. Et s'il ne peut pas compter sur ses parents pour s'occuper de lui, il risque très factuellement de mourir. Alors, ce qui va se passer, c'est que quand on est très jeune enfant, on va tous apprendre à réagir de la manière qui nous permettra de rester en relation avec nos parents, pour assurer qu'ils s'occupent de nous et qu'on survive. Et ce qu'on va apprendre là, très très jeune, ça va définir notre façon d'être en relation avec les autres, une fois adulte. Ça va définir ce que l'on pense qu'on doit faire pour exister dans notre société en tant qu'individu. Vraiment, ça va structurer notre façon de nous comporter adultes. C'est notre façon d'être en relation avec nos parents lorsqu'on est enfant qui définit ça. Mais le contexte familial dans lequel on grandit, il ne vient pas de nulle part.
Parce que l'attention, l'amour, la protection que nos parents nous prodiguent, ou au contraire les abus auxquels on peut être confronté, ça découle directement de ce que nos parents eux-mêmes ont vécu. Imaginez, mon père a été excroqué, il a perdu tout l'argent qu'il avait gagné. Il est possible que ce qui me soit transmis en tant qu'enfant, c'est quelque chose de l'ordre de« fais attention aux autres, ils vont te trahir». Et tous ces comportements, toutes ces croyances, conscients ou inconscients, dont on hérite de nos parents, on appelle ça le transgénérationnel. Donc ce que je suis en tant qu'individu est influencé par le transgénérationnel. Et d'ailleurs, ce n'est pas juste des questions de psychologie. Les avancées scientifiques récentes montrent qu'un individu qui subit un trauma, ça modifie son ADN et qu'il va le transmettre à ses descendants, y compris dans son matériel génétique. C'est ce qu'on appelle l'épigénétique. Mais ce qu'ont vécu nos parents, encore une fois, ça ne vient pas de nulle part.
Et c'est impacté par l'histoire, avec un grand H. Concrètement, par l'état de la société dans laquelle eux-mêmes ont grandi et ont vécu. Et donc, en tant qu'individu, on va hériter de notre famille et on va hériter par ce biais-là du collectif. Alors le collectif, si on va regarder un peu, je prends la France, le siècle dernier, deux guerres mondiales, des guerres de décolonisation brutales, Indochine, Algérie, on envoyait les conscrits trois ans faire la guerre en Algérie, ça c'était monsieur tout le monde qui revenait après à la maison. Il s'est passé quand même deux, trois choses impactantes et pas du tout neutres qui ont marqué nos grands-parents, nos parents et qui, par cascade, vont nous impacter de manière consciente ou inconsciente. Et l'entreprise alors dans tout ça ? J'y arrive, j'y arrive. L'entreprise, je vous l'ai dit en entrée de jeu, c'est que la vérité, c'est qu'on ne laisse pas les traumas à la porte de l'entreprise, tout simplement.
Et pourquoi ça? Il faut avoir conscience qu'il n'y a pas d'un côté des gens normaux, des gens normaux qui auraient toujours une réaction rationnelle, posée, adaptée, quelle que soit la situation, et d'un autre côté, Des gens qui seraient traumatisés avec des réactions inappropriées, dangereuses, des gens qui seraient incapables de fonctionner dans la vraie vie. Non, en fait, il y a un continuum entre tout ça. Et on va tous se placer quelque part sur ce continuum. Et on va tous avoir des moments où, même si on est des êtres très rationnels, posés, intelligents, efficaces, il y a des moments où on va être rattrapé par notre passé, conscient ou inconscient, Et on va avoir des comportements moins appropriés, des réactions disproportionnées par rapport à ce qui se passe à l'instant présent. Et quand on arrive dans l'entreprise, on vient tous avec ce bagage-là. Et ce bagage-là, il peut être réactivé à n'importe quel moment par les situations qu'on vit dans l'entreprise. D'autant plus quand on est confronté à des situations de stress, comme ça arrive quand même souvent.
Et l'entreprise, c'est un collectif aussi. Et ce collectif peut lui aussi vivre des événements traumatiques. Je pense que je ne vous apprends rien si je vous dis que dans le secteur de la tech, on traverse une période compliquée depuis plusieurs années, avec des financements qui se sont taris, des vagues de licenciements massifs. Aux US, ça se compte en centaines de milliers de personnes, les personnes débarquées, et on n'est pas du tout épargné en France. On a pu passer d'environnements qui étaient très permissifs à des environnements qui sont tout d'un coup beaucoup plus tendus. Il y a des entreprises, même plus largement, où on peut connaître des managements toxiques à grande échelle, avec des conséquences qui vont jusqu'à des vagues de suicides. Concrètement, on est confronté à des événements qui ne sont pas neutres et face auxquels on a tous une part de responsabilité, mais aussi une capacité d'action. Encore plus quand on est dans une position de leadership dans l'entreprise, comme c'est le cas, je crois, de la plupart des personnes qui sont ici dans cette salle. Alors la bonne nouvelle, c'est qu'il n'y a pas de fatalité.
On n'est pas condamné à revivre le passé et à revivre notre trauma à perpétuité. Il y a des moyens de faire face et des moyens de sortir grandi de cette situation, à la fois sur le plan individuel et sur le plan collectif. Alors comment on fait ça ? Alors déjà, la première chose, c'est de détecter qu'il y a une situation qui sort de l'ordinaire. Et le premier indicateur, c'est que la situation semble insoluble, que la situation se répète, qu'il y a un problème, on a beau mettre des solutions en face, le problème revient sous une forme ou sous une autre. Il y a quelque chose qu'on n'arrive pas à résoudre, il y a des personnes qui vont se remettre dans des situations similaires. Ça, en général, c'est le signe qu'il y a une réaction qui est liée au passé et pas au présent de la situation concrète. Et donc les signaux faibles, ou forts d'ailleurs, vous les connaissez déjà. C'est les conflits et les tensions qui ne se résolvent pas. Les départs. Un départ, ça peut être une façon de fuir une situation insoluble.
Les burn-out. À nouveau, un burn-out, c'est souvent une réaction à une situation de stress durable qui ne se résorbe pas. Une fois qu'on a détecté, ce qui est important, c'est de dire, de nommer. c'est de mettre des mots sur la situation. Je vous ai expliqué tout à l'heure que pour traiter le trauma, on avait besoin de mettre de la conscience, de l'écoute, En fait, ce dont il faut se rendre compte, c'est de ne pas regarder la situation en face qui amplifie le trauma. Et donc, justement, ce qu'on a besoin, c'est de sortir du déni, de reconnaître la réalité de la situation vécue. et la réalité des ressentis des collaborateurs. C'est ce qui va permettre de commencer à séparer les faits, ce qui se passe, et la façon dont ces événements sont vécus, l'impact qu'ils ont sur les personnes. On va pouvoir commencer à désamalgamer ça. Et la troisième étape, c'est l'accompagner. Ce dont on a besoin, c'est d'apporter un soutien relationnel aux personnes.
Et c'est ça qui va permettre de remettre en perspective les faits et de retrouver de la liberté dans sa façon d'agir. Et en fonction des cas, il peut s'agir d'accompagnement individuel ou collectif. Et ça peut être très puissant dans un collectif d'arriver à créer un cadre de sécurité avec de l'écoute, de l'empathie, qui va permettre de nommer les choses, les ressentis, et ça va permettre de dégonfler le sujet pour revenir à des proportions normales. Et c'est ça qui va permettre de voir de nouvelles solutions, de vraies solutions apparaître. Et donc, si je devais résumer ce que je vous ai partagé aujourd'hui, ce serait, on ne laisse pas les traumas à la porte de l'entreprise. Pour en sortir grandi, la proposition, c'est de ne pas laisser non plus notre empathie et notre humanité à la porte. Et là, je vais vous proposer de prendre une grande respiration. Et je vais vous proposer de pratiquer un peu ce que je viens de nommer, à savoir dire, écouter.
Je vais vous proposer de réfléchir à ce qui vous a frappé dans cette présentation. Et est-ce que ça vous rappelle éventuellement des situations que vous avez pu déjà observer en entreprise? Et puis je vais vous proposer de vous tourner vers votre voisin et deux par deux, de prendre quelques minutes pour échanger. Quand tu veux, tu peux.
Ah bah non, mais j'ai l'impression qu'ils ont plein de choses à se dire. On ne va pas déranger, en fait. On va discuter toutes les deux. On est là-bas. Voilà. Je vous propose que... Vous voulez continuer à discuter tous ensemble? Si on dérange, vous le dites? Non? C'était chouette cette expérience quand même que Claude vous a fait vivre. Non, voilà! Il y a eu des cœurs, plein de cœurs. On a tellement besoin de ça, de ce lien fondamental. Alors justement, on va continuer le lien, Claude, si tu veux bien, parce qu'il nous reste un peu de temps pour des questions-réponses.
Ou peut-être partager d'ailleurs ce que vous avez ressenti. pendant ce talk, vous avez prévenu qu'on mettait la barre assez haute sur le sujet de la résilience. Alors, y a-t-il des questions dans le public? On y va tout de suite. Nathalie, qui à mon avis a plein de choses à partager certainement. Merci Claude. Ma question, évidemment ça me parle beaucoup, c'est comment on fait quand on est dans une entreprise et qu'on détecte le problème, mais l'organisation, les grands chefs n'ont pas forcément envie de changer les choses, même quand on leur dit. Est-ce que tu as rencontré dans les accompagnements que tu as pu faire? J'imagine que dans les accompagnements que tu as pu faire, ça fonctionne quand il y a une volonté du grand chef. Effectivement, quand j'accompagne un collectif, ça ne peut fonctionner que si le leader du collectif, et à conscience du problème, et ouvert pour aller le traiter.
Je parlais du déni, etc. En fait, ça commence par le haut de la pyramide, parce qu'effectivement, sinon, la parole ne pourra pas être libérée, on ne pourra pas vider son sac. Donc, en général, je coach le leader avant de coacher le collectif. Et c'est aussi important parce que ça permet à... Donc moi, j'ai monté ma boîte, j'avais Magic Maker. J'ai pu voir combien mes forces se projetaient dans la boîte, mais aussi mes peurs, elles bloquaient certaines choses presque inconsciemment dans la boîte. Et donc, c'est hyper intéressant en tant que leader de faire ce boulot, de comprendre dans une situation qui est compliquée, qu'est-ce qui se joue pour moi? Et déjà, si moi j'arrive à mettre de la conscience dessus, du coup, je vais pouvoir entendre ce qui se joue pour les autres, et on va tous pouvoir entendre ce qui se joue, et là, on va pouvoir trouver de nouvelles solutions. Voilà la réponse que je peux t'apporter, Nathalie. Il y a d'autres questions, d'autres partages. Oui, alors sur la droite. Est-ce que vous pourriez vous lever si c'est possible? Vous levez pour qu'on vous voit bien, parce qu'après les caméras prennent.
Vous allez être une star dans quelques temps. Donc il faut qu'on vous voit. Le micro, il faudrait que le micro arrive jusqu'à monsieur. J'ai aussi une question. Vous parlez des traumas. Ah pardon, vous n'avez pas vu. Excusez-moi. Pas de problème. Ça peut être un peu lourd, vous parlez d'exemples effectivement très graves et très violents, mais est-ce que vous prenez aussi en compte des choses, on va dire, plus légères? Souvent, on retombe sur le terme de biais cognitif. Par exemple, souvent en architecture, on peut retrouver des personnes qui ne vont pas supporter certains modes de delivery du service, certains types d'archi. Est-ce que c'est des choses que vous prenez en compte, entre guillemets, ou vous faites vraiment les sujets graves? C'est une question très intéressante. Pour moi, en fait, je parlais de continuum, mais c'est un peu... C'est une question de... symptômes et de profondeur du problème et de est-ce que c'est bloquant. Quand on a des rigidités, des choses qui sont impossibles, etc., en général, c'est des mécanismes qu'on a mis en place pour de bonnes raisons et qui ont très bien fonctionné jusqu'à présent.
Donc, si ça fonctionne toujours, il n'y a pas tellement de raisons de remettre ça en cause. Si ça commence à bloquer le fonctionnement de l'équipe, de la boîte, quand ça commence à vraiment avoir un impact, là, ça devient intéressant d'aller regarder et vous serez étonné de voir comment des choses aussi... Petite ou futile, je ne sais pas quel mot tu as employé, mais que ne pas vouloir changer de... Qu'est-ce qui se joue quand je ne veux pas changer de techno? Parfois, ça peut avoir des racines un peu plus profondes que ça. Mais encore une fois, il ne s'agit pas tout le temps d'aller creuser, seulement si ça devient bloquant, en fait. Seulement si c'est dommageable pour les individus et pour l'entreprise. Est-ce que ça répond à ta question? Il y avait une autre question sur la droite. Pardon, je vous ai fait lever pour rien tout à l'heure. Excusez-moi. C'est le petit côté energizer qu'on maintient. Oui, c'est bien de se lever un peu, parce que ça circulait l'énergie. On va se faire deux, trois pompes tout à l'heure. Tu vas voir, Claude, tu vas le voir. Ma petite question, c'était sur votre slide avec le continuum, là, entre normalité et trauma.
Et vous avez dit que dans le contexte actuel, soit business, ou même l'ambiance dans l'entreprise, on va dire que les gens sont plus sous tension. Est-ce qu'on peut se dire que s'il y a une crise qui démarre, est-ce que c'est des choses auxquelles il va falloir faire attention? Comment les gens vont se comporter? Est-ce qu'ils vont aller plus vers un comportement lié à leur trauma ou plutôt par solidarité, ils vont plus être dans la normalité? Comment on peut anticiper tout ça? C'est exactement... Alors quand même, en général, quand on est sous stress, j'ai beaucoup simplifié tout à l'heure sur la zone du cerveau qui prend le contrôle, etc. Il faut bien vous dire que quand on est sous stress, on va revenir sur des mécanismes de défense. On va revenir sur« j'ai appris que pour survivre, il fallait faire comme ça». Et donc, on va en général amplifier, on va être moins ouvert à regarder. de ce qui se passe vraiment, on va plutôt avoir tendance à sécuriser. Et donc, ne pas être ouvert à voir, par exemple, qu'en sécurisant beaucoup, on obtient le contraire du résultat qu'on voudrait obtenir, par exemple. Donc oui, en général, les situations de stress, alors bien entendu, il y a ce mythe du bon stress ou le fait d'avoir du stress fait avancer.
Il y a des études qui montrent qu'en fait, le bon stress, ça existe dans 15% des cas. En fait, il n'y a pas vraiment de bon stress. Tout le reste, la performance se dégrade. En fait, ce que j'ai envie de vous proposer de faire, c'est de traiter les signaux faibles plutôt que les signaux forts. Quand vous êtes déjà en grosse crise, en grosse surchauffe, que ça pète de partout, ça va être compliqué de gérer un retour à une situation normale et apaisée sans qu'il y ait de pertes, de casses, de gens qui partent ou de gens qui sont vraiment malades. Les vrais burn-out, il y a des gens qui ne se relèvent pas et qui ont du mal derrière. Ce n'est pas transparent. Et donc, c'est intéressant, en fait, c'est presque comme une espèce d'hygiène. De détecter dès qu'il commence à y avoir des signaux faibles de tension, etc., mettre en place des choses pour regarder très vite. Quand la tension est faible, vous allez pouvoir la démarrer beaucoup plus facilement que quand les gens sont déjà enfermés dans leur camp retranché sur leur position, si vous voyez ce que je veux dire.
Il y a d'autres questions? Il nous reste trois minutes. Ah, au fond, tout au fond, pardon. Il faudra que vous veniez tout à l'heure pour vous apercevoir qu'en fait, on ne voit rien passer certains rangs. Vraiment, mille excuses si on ne vous voit pas. Il n'y a aucun souci. C'est presque plus une remarque qu'une question. Je sais que mes collègues aiment bien les calls to action. Il existe une formation qui s'appelle« Premier secours en santé mentale». Pour l'avoir suivi, c'est vraiment hyper intéressant et qui permet notamment d'aborder ces sujets. Merci d'avoir parlé de santé mentale en entreprise parce que c'est un sujet qu'on oublie. Et comme on peut être formé en secours physique, on peut aussi être formé en santé mentale. Ça existe depuis 2019 en France et je vous encourage tous à le faire. Merci. Premier secours de santé mentale. On le note. Très bien. Y a-t-il une dernière question pour Claude? Effectivement, c'est un sujet qui était éminemment important et stratégique. Tu as peut-être quelque chose à ajouter avant de... Oui, quand je préparais le talk, il y avait une métaphore que je n'ai pas utilisée parce que je disais déjà beaucoup de choses, mais qui, je trouve, est assez parlante.
C'est la métaphore de à quel niveau les choses sont codées. Quand il y a des gros tromois et que du coup ça va se transmettre dans l'ADN, là on est quasiment sur du hardware, vous voyez ce que je veux dire. Et là après ça peut être des marqueurs d'ailleurs génétiques qui sont des prédispositions à des maladies chroniques, etc. Donc là, encore une fois, l'ADN, c'est du hardware. Et encore, vous noterez que même ça, ça change dans le cours d'une vie. Après, quand je parlais de ce qui nous est arrivé quand on est jeune enfant, là, c'est un peu comme si à ce moment-là, ce que je faisais, vous allez coder, c'est votre OS, votre système d'opération, puisque vous allez apprendre comment gérer les situations, les relations, etc. Et donc certes, c'est codé un peu en dur, et c'est dans les couches basses, mais ça reste du code. C'est-à-dire que plus tard, quand vous êtes amené à voir que la façon dont vous avez appris qu'il fallait réagir pour gérer une situation, en fait, elle n'est pas fonctionnelle, elle vous crée du malheur, elle fait que vous vous tuez à la tâche et que vous ruinez la santé, par exemple. Un exemple. Mais en fait, ça se recode. C'est là où c'est des choses qu'on peut aller travailler pour apprendre à réagir de manière différente et être beaucoup plus heureux, efficace, épanoui.
C'est ce que je voulais dire quand je disais qu'il n'y a pas de fatalité. Il n'y a pas de fatalité pour peu qu'on accepte d'aller regarder. Avec le bon cadre, les bonnes personnes et le bon accompagnement. Et surtout, j'ai une petite remarque aussi. J'ai décidé d'arrêter d'appeler ça les signaux faibles, mais plutôt les signaux subtils, parce qu'ils racontent beaucoup de choses aussi, de ce qui se joue en sous-jacent aussi. Donc, plutôt que de dire qu'ils sont faibles, ils ne sont jamais faibles, ces signaux-là. Bien au contraire, ils sont plutôt subtils pour nous apprendre à mieux les appréhender et à faire face après à toutes les situations. Et c'est vrai que ça devient fondamental qu'on soit tous aussi à l'écoute les uns des autres pour repérer ce genre de choses, surtout dans un monde où, en fait, on mélange vie pro, vie perso, et qu'après, on ne sait plus très bien à quel endroit ça se joue. Donc, soyons tous attentifs les uns aux autres. On en aura besoin encore plus dans les années à venir. C'est ça. En gros, ne laissons pas notre humanité, notre empathie à la porte de l'entreprise. C'est tout ce que je peux vous conseiller. Exactement. Quelle belle conclusion, Claude. Merci infiniment. Merci beaucoup.
A très bientôt. Ah oui, la zapette, très important. Je te laisse repartir côté gauche.
