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Tech.Rocks Summit 2024
Trop petit pour échouer
- Bruno Patino (CEO, Arte)
Tech.Rocks Summit 2024 · 3 décembre 2024 · 52 min · en français
Résumé
Face à la mondialisation des plateformes, ARTE semble promise à la marginalisation. Bruno Patino explique comment la chaîne fait preuve de résilience en transformant ses faiblesses en forces grâce à un modèle alternatif : une petite taille et un format de niche face aux géants mondiaux, et un modèle économique anticyclique, sans abonnement ni publicité, qui laisse une grande liberté aux téléspectateurs.
L’essentiel
Bruno Patino, président d’Arte, explique comment une chaîne franco-allemande qui, selon lui, aurait dû échouer dès sa création a fait de ses contraintes (petite taille, bilinguisme, absence de direct) le moteur d’une innovation permanente des formes, jusqu’à l’usage de l’IA.
Pour réfléchir à la manière de transformer les contraintes d’une petite organisation en avantage face à des acteurs mondiaux.
Les idées clés
- Rapprocher le piano quand on ne peut pas rapprocher le tabouret. Parce qu’elle est binationale et bilingue, la chaîne ne peut faire ni émissions de plateau ni direct ; elle a donc inventé d’autres formes, et Bruno Patino cite le replay en 2007, les webdocumentaires en 2008 et Arte Live Web en 2009. à 5:43
- Prendre le contre-pied des facteurs clés de succès. Face aux géants, Arte choisit d’être un réseau plutôt qu’un grand groupe (11 chaînes publiques partenaires en Europe), l’artisanat plutôt que l’industrialisation des process, et l’invention de formes nouvelles plutôt que la standardisation. à 15:32
- L’IA, outil de création face à deux frontières. La première est l’économie du choix : la découvrabilité est devenue, selon lui, le premier problème des médias (Arte est vue comme une petite plateforme avec 8 000 programmes, contre 31 000 sur Netflix) ; la seconde est le dialogue avec le contenu. La chaîne teste depuis trois jours un chatbot d’aide au choix. à 27:38
Questions pour votre équipe
- Quelles contraintes de notre organisation pourraient devenir une source de différenciation ?
- Sur quels sujets aurions-nous intérêt à nous mettre en réseau avec des acteurs de notre taille ?
- Comment nos utilisateurs découvrent-ils nos produits, et comment l’IA pourrait-elle changer cela ?
Il s’agit d’un talk inspirant donné par le président d’Arte sur sa propre organisation, illustré de nombreux extraits de programmes. Le contexte est celui d’un média public ; les résultats sont cités ponctuellement (8 000 programmes, 28 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux), sans données détaillées.
Chapitres
Summary
With platforms going global, ARTE seems destined to be marginalised. Bruno Patino explains how the channel shows resilience by turning its weaknesses into strengths through an alternative model: a small size and niche format in contrast to the global giants, and a countercyclical business model, with neither subscriptions nor advertising, that gives viewers great freedom.
Thèmes : Impact & numérique responsable
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Ah, Arte ! Arte! Ce bijou discret, niché dans l'océan des géants du numérique, fragile en apparence, mais terriblement puissant, là où ça compte. Et oui, nous avons le privilège, pour cette huitième édition du Tech.Rocks Summit, d'accueillir Bruno Patino, qui est le président d'Arte. Et qui vient nous conter une histoire singulière, celle d'une chaîne européenne,« Too small to fail». On aurait presque dit un titre de James Bond quand même,« Too small to fail». Oui, parce que face à la mondialisation des plateformes, Arte a su faire de sa petite taille une vraie force. Pas d'abonnement, pas de pub, vous allez voir, juste la liberté. Si vous pensiez qu'être petit, c'était une faiblesse, je mesure 1m59. Détrompez-vous, installez-vous confortablement et laissez-vous emporter par une leçon de résilience.
Voici Bruno Patino, président d'Arte France. Bienvenue Bruno. Bonjour. Bonjour. Florent Rézions. Merci beaucoup. Je vous laisse œuvrer. Merci. Bonjour, alors c'est le moment. Normalement, en télévision, c'est le moment du téléfilm de l'après-midi. C'est le moment de la digestion et c'est le moment d'un truc où, franchement, on ne prend pas la tête aux gens parce qu'ils ont autre chose à faire que réfléchir et digérer. Je vais quand même essayer, je suis ravi d'être là. Je me suis dit, qu'est-ce que je pouvais vous raconter? Parce que la télé, je sais très bien ce que vous en pensez de la télé aujourd'hui. La plupart, nous aussi, on le met à l'antenne de temps en temps, ce qu'on pense de la télé. Ça, c'est un extrait de Rematch, une série sur Kasparov et son match contre Deep Blue et l'intelligence artificielle. On est censé avoir du son.
J'espère qu'on a du son. Martin will become of chess. O sea, el de como de mí. Voilà, donc je pense que pour beaucoup, avec l'arrivée de l'intelligence artificielle, après les plateformes, etc., on se dit« bon, la télé, c'est fini, c'est condamné». Et donc, comment je pourrais vous parler aujourd'hui de quelque chose qui, pour beaucoup d'entre vous, peut-être de temps en temps pour certains d'entre nous, est condamné? Ce dont je vais vous parler, c'est d'une petite chaîne européenne, peut-être que vous la connaissez, peut-être que vous ne la connaissez pas, qui s'appelle Arte, et qui, en fin de compte, aujourd'hui, je pense, marche mieux qu'elle n'a jamais marché, pour la première raison, c'est que ça n'aurait jamais dû marcher. Cette chaîne, normalement, aurait dû, dès sa création, échouer.
Et c'est peut-être ça qui fait la clé, puisqu'on est sur un thème sur la résilience, de son succès. D'abord, il faut bien voir une chose, c'est une création politique. Et donc, c'est très loin de la réalité des téléspectateurs. Ça a été créé à la veille de la réunification allemande. Vous avez là la signature du traité international. François Mitterrand, Helmut Kohl ont créé une chaîne de télévision entre politiques et entre diplomates pour lancer un média. Ce n'est pas forcément génial. Par ailleurs, on a un fonctionnement diplomatique, ce qui fait que n'importe quel sociologue d'entreprise qui vient chez nous pour regarder comment on fonctionne s'arrache les cheveux et dit ce truc, franchement, c'est ingérable. Je vous montre une petite vidéo qui explique aux gens qui viennent chez nous à peu près comment on fonctionne, en tout cas. Ça simplifie. Vous voyez ici les cabines des interprètes, élément incontournable de la vie d'Arte. N'ayez crainte, je ne vais pas vous expliquer en détail le fonctionnement de la chaîne avec toutes ses instances, qu'il s'agisse de l'Assemblée Générale,
Mitglied of Esamlung, qui se tient quatre fois par an dans cette salle, qui rassemble six Allemands et six Français très très importants et prend toutes les décisions capitales pour la chaîne en matière de budget et de stratégie globale notamment. Et ne comptez pas non plus sur moi pour vous décrire le fonctionnement du comité de gérance, Forstand, qui se tient toutes les deux semaines dans la salle Helsinki, lui, et qui gère, comme son nom l'indique, les affaires courantes. Notons juste que la présidence passe d'un français à un allemand tous les quatre ans, tandis que la vice-présidence, elle, fait l'échange inverse. Bon, je ne vous parlerai pas davantage du comité de gérance élargie, Ça peut durer deux heures, je vais la couper bientôt la vidéo. Donc, ce n'est pas vraiment la Startup Nation, comme vous l'avez vu. Et je pense que c'est assez loin de l'univers dans lequel vous êtes. Il y a en plus un autre truc, c'est qu'on est binational et bilingue.
Donc, binational et bilingue, ça veut dire... Ce jargon spécifique, développé au fil des années, et que nous allons essayer de rendre compréhensible à des non-initiés. Ça veut dire deux choses, si vous êtes binational et bilingue. Deux choses qui sont deux petits points de détail quand vous faites de la télé. La première chose, c'est que vous ne pouvez pas faire des missions de plateau. Parce que quand vous avez quelqu'un qui parle avec des invités autour d'une table, il parle forcément la même langue. Si à un moment donné, il parle allemand et que vous faites du voice-over en français, il n'y a pas un français qui regarde. S'il parle français avec du voice-over, enfin, vous m'avez compris. Et si jamais vous vous dites, non, mais on est entre nous, donc il va y avoir ceux qui parlent français, ceux qui parlent allemand, c'est impossible à faire. Donc, un, pas d'émission de plateau. Deux, dans le même ordre d'idées, pas de direct. Pareil, si vous faites du direct, vous choisissez votre langue, vous ne pouvez pas faire du direct en deux langues. Et donc, vous lancez une chaîne de télé il y a 30 ans, vous dites, bon, c'est très simple, ça va fonctionner comme une organisation internationale, ça va dépendre pour toute sa régulation d'un traité international, donc il faut que les deux pays se mettent d'accord.
Donc si on change de stratégie, il faut que les deux pays se mettent d'accord. Et en plus de ça, on ne pourra pas faire de direct, on ne pourra pas faire de flux. A votre avis, est-ce que... Ça ne marchera jamais. On se dit évidemment que ça ne marchera jamais. Et pourtant, 32 ans après sa création, je pense que ça a marché. Alors moi, j'ai une petite théorie. C'est que ça a marché parce que, alors si j'ai mis un pianiste et son piano, parce qu'on peut aimer ou pas l'économiste Milton Friedman, mais il a dit un jour une phrase qui me semble très juste, il a dit voilà, à un moment donné, il faut que le pianiste puisse jouer du piano. Donc si on ne peut pas rapprocher le tabouret, il faut rapprocher le piano. Et je pense que Arte, si vous voulez, dans la résilience, puisque c'est le thème aujourd'hui qui vous lie, on n'a pas pu approcher le tabouret, on ne pouvait pas faire de direct, on ne pouvait pas faire de plateau, et donc on a rapproché le piano. Donc finalement, on a cessé d'inventer des formes en pensant, c'est une pub que j'aime beaucoup, donc je la mets, c'est Dylan avec Apple, en essayant de penser différemment, et en ayant comme terrain de jeu l'innovation, c'est-à-dire qu'on allait inventer une télé qui n'était pas de la télé, parce que simplement on ne pouvait pas faire de la télé.
Et on s'est dit, à partir du moment où on invente une télé qui ne va pas faire de la télé parce qu'on ne peut pas en faire, on arrive à lancer des choses absolument nouvelles. Par exemple, le truc simple, en France, on a inventé le replay en 2007. Pas grand-chose. En France, on a lancé, pour la première fois, C'est la première fois des web documentaires en 2008, il n'y en avait pas eu avant. On a lancé aussi également Arte Live Web, qui était une plateforme de concerts en direct, il n'en existait pas d'autres en Europe au moment où on lance en 2009. On capte, on fait des festivals, tout ça en direct dans l'univers numérique. Autre chose qu'on a fait aussi, c'est qu'on a lancé des jeux vidéo interactifs indépendants sur des sujets culturels. Tout ça en étant une chaîne de télé. Donc si vous voulez, vous voyez bien qu'en fait, pareil, première web fiction 2010. Et je pourrais continuer, continuer et continuer encore sur ce sujet. J'ai mis, on a inventé le podcast en 2002, alors que le mot n'existait pas encore.
Et on s'est bien amusé à inventer des formes interactives qui utilisaient Internet. Ça, c'est un truc assez ancien. Ça s'appelait Ploup. Et ça parlait du dialogue entre une mère et sa fille, la fille apprenant à la mère ce qu'est Internet. Donc on lançait ce genre de programme. Et ça marchait très bien. Et en faisant ça, on attaquait des communautés numériques qui ne savaient même pas qu'Arte était une chaîne. Et dans le même temps, les chaînes concurrentes ne savaient pas qu'on était en train d'attaquer les communautés numériques. Et donc, depuis le début, on a... Pas arrêter de lancer des formes nouvelles, de s'amuser sur l'innovation des formes et l'innovation des formats. Alors ça n'aurait pas dû marcher, et aujourd'hui en réalité on devrait être mort.
Si je reprends le titre de ce livre de Jean-Louis Missika qui s'appelle« La fin de la télévision», on nous dit aujourd'hui« Ok, vous avez eu de la chance, vous avez marché, mais vous devriez être mort. Non, aujourd'hui, et je ne parle pas encore de demain, aujourd'hui, rien ne vous est favorable. Alors, pour comprendre un peu où on se situe, on va faire un petit peu un chemin de traverse sur essayer de comprendre ce qui nous arrive. En tout cas, de nos points de vue, quand je l'analyse d'un point de vue média, je sais que vous baignez là-dedans toute la journée, mais comment nous on analyse, comment moi j'analyse avec les équipes la révolution numérique dont on parle? À la révolution numérique, on entend plein de trucs. Mais moi, je pense qu'il faut la scinder en deux, en deux vecteurs forces qui sont complètement différents et qui ont, pour mon métier en tout cas, et pour de nombreux métiers, et pour la société en général, mais ça c'est une autre histoire, qui ont deux impacts complètement différents. La première force, depuis le début, c'est évidemment celle du réseau, l'interconnexion, le fait que l'humanité entière soit interconnectée, puis les objets sont interconnectés avec les humains.
Le réseau, il faut bien le savoir, c'est une utopie très ancienne. Moi, je m'amuse souvent à remonter au XIIIe siècle avec Raymond Lulle, qui était un théologien espagnol. Mais si vous prenez Pierre Teilhard de Chardin, si vous prenez plus récemment John Perry Barlow, tous ces gens qui ont imaginé, fantasmé, voire vu le réseau ou l'interconnexion humaine comme une utopie, ont d'une certaine façon donné ont donné des lunettes pour voir ce qu'est le réseau aujourd'hui. Et en clair, le réseau, il y a la technologie du réseau qui va avec, mais le réseau, pour un métier comme le mien, c'est une force en permanence centripète. Ça rassemble les gens, ça les met ensemble, ça les connecte ensemble. Donc quand vous faites un média, quand vous faites une télé, etc., vous êtes face à cette force centripète extrêmement importante et qui est chargée à la fois d'utopie politique, mais par rapport à une demande sociale aussi, qui est importante. Et évidemment, votre audience, votre public, etc., ils ont envie de cette force centripète.
Mais en même temps que le réseau... Vous avez une autre force qui est l'économie de la donnée. Et l'économie de la donnée, on ne va pas rentrer dans le détail, vous savez ce que c'est, mais l'économie de la donnée qui prend son essor plus tard que celui du réseau, l'économie de la donnée, ça fait exactement l'inverse. Ça fragmente, fragmente, fragmente, fragmente et fragmente. Les foules, pour mon métier, les masses, deviennent des communautés, puis les communautés, les individus, puis les individus, les identités, et les identités, les comportements identitaires. Et donc ça ne cesse de fragmenter les gens. Donc vous êtes face à deux forces en permanent qui à la fois interconnectent et fragmentent. Et si vous regardez tout l'univers médiatique, il est toujours pris entre ces deux forces contradictoires qui sont amenées par la même révolution numérique. Un, je rassemble, deux, je fragmente. Et comment rassembler quand on se fragmente, comment fragmenter quand on se rassemble, c'est un peu l'équation impossible qui nous est donnée.
Et donc, si on regarde bien ces dernières années, moi, je fais des médias dans l'univers numérique depuis maintenant 30 ans, enfin un peu moins, 28, il y a eu trois périodes, en fait, qui se cumulent. La première période, c'est l'ère de l'accès. On va dire, pour simplifier, 1994, quand les navigateurs deviennent un peu universels. L'ère de l'accès, c'est quand tous les contenus deviennent des fichiers et tout d'un coup, on a accès à tout. Quand vous êtes entre guillemets une chaîne de télé, qu'autrefois vous étiez six, vous étiez trois, vous étiez deux, que les gens devaient attendre ce que vous leur proposez pour pouvoir avoir accès à quelque chose, le fait que nous tous ayons accès à tout, on s'y est habitué depuis, c'est une première révolution copernicienne. Après l'ère de l'accès, pour se cumuler, en plus de l'accès universel, vous avez l'ère de la propagation. 2006, avec l'invention de l'iPhone, des réseaux sociaux ou autres, tout peut être partagé, viralisé et amplifié. Et donc tout contenu, entre guillemets, non seulement vous avez accès à tout contenu, mais à un moment donné, il vient vers vous parce qu'il est viralisé, partagé, et donc la structure médiatique devient une structure de la propagation.
Accès universel, propagation infinie. Et on arrive maintenant, dans un moment qui commence, qui se cumule, ça ne se chasse pas, avec l'imbrication, avec une double imbrication. machine avec l'IA, mais aussi réalité-fiction avec l'IA aussi. On pourrait passer des heures ici à discuter de ça, mais l'arrivée de l'IA, c'est l'imbrication entre homme et machine d'une part, et c'est l'imbrication entre la réalité et la fiction d'autre part. Et si vous regardez tous les débats politiques, médiatiques, sociologiques qui ont lieu sur, en ce moment, la période qu'on vit, la période d'imbrication entre ce qui est réel et ce qui ne l'est pas, et ça mord sa peine, et on n'en est qu'au tout début. Alors, une fois qu'on dit ça, quand on se met du côté d'Arte, les facteurs clés de succès, ils sont plutôt en notre défaveur. Je pense que c'est peut-être pour ça qu'on a voulu que je vous parle en termes de résilience, parce qu'on a fait la même chose qu'on a toujours fait, c'est qu'on a pris ce qui jouait en notre défaveur pour en faire au contraire des clés de notre succès actuel.
Donc les facteurs clés de succès ne nous sont pas favorables. Donc, on a essayé d'être un peu résilient. La première chose, c'est qu'en ce moment, il faut être un très grand groupe, un énorme groupe, une puissance mondiale, un Netflix, un Amazon. Disney sort à peine la tête de l'eau. Disney. Paramount, tout le monde dit c'est trop petit. HBO Max, ça a été vendu, c'est trop petit. Alors nous, on ne va pas être un grand groupe, on va être un réseau. Donc, en fait, au lieu de grossir, on va se mettre en relation. Je ne vais pas vous donner tous les chiffres ici, on n'est pas dans une conférence de presse d'Arte, mais l'idée, ça a été de se dire, bon ben voilà, on va créer un réseau de chaînes partenaires, on va créer un réseau de producteurs partenaires, on va créer un réseau d'institutions culturelles partenaires, et on va travailler dans toute l'Europe avec 11 chaînes publiques partenaires, et on va faire circuler les choses, on va travailler ensemble, etc. Même chose pour, comment dire, les œuvres européennes, les langues, etc. Donc l'idée de se dire, il y a des énormes silos, on ne peut pas lutter, on est tout petit, on n'est rien, on va être...
Deuxième facteur clé de succès important aujourd'hui, tout le monde s'industrialise, les process s'industrialisent. Maintenant, entre le moment où Netflix commande une fiction et le moment où ça arrive sur son écran, ça prend six mois. Et bien nous, on va être à l'inverse, c'est-à-dire qu'on va devenir de plus en plus des artisans. Donc la division internationale, si j'ose dire, du travail, eux, savent faire de l'industrie comme nous, on ne saura jamais en faire, donc dans les process, l'agilisation des process, etc. Nous, on va être totalement à l'inverse, c'est-à-dire qu'on va prendre tout notre temps pour développer des choses presque avec le point de croix. Donc certains, de temps en temps, quand on est un peu mégalo, on se dit haute couture, prêt à porter. Quand on est un peu plus humble, on dit artisanat par rapport à industrie, mais il y a de la place pour les deux. Parce que vous ne pouvez pas exprimer certaines choses éditoriales dans un modèle industriel. A l'inverse, vous avez besoin du modèle artisanal. Mais à l'inverse, un modèle artisanal n'est pas capable de vous faire ce que fait Netflix aujourd'hui en six mois ou trois mois.
Et du coup, qu'est-ce qui se passe? On travaille avec Netflix, on travaille avec Amazon, on travaille avec Disney, on travaille avec tous ces gens-là parce qu'on fait des choses qui, entre guillemets, ne savent pas faire parce que ça leur prend trop de temps dans les process. Eux, évidemment, ils font des tas de choses que nous, on serait bien incapables de faire. Troisième chose, pour ne pas être trop long, le secteur se standardise de plus en plus. Vous l'avez vu, vous ne pouvez pas le voir. Qui ici est abonné à Netflix? J'aurais dû dire qu'il n'est pas abonné à Netflix. Qu'est-ce qui vous est arrivé? Vous êtes abonné à qui? Amazon ou autre? Non, rien? En tout cas, ceux qui sont abonnés à Netflix, vous ne pouvez pas ne pas le voir. On a l'impression aujourd'hui, ce qu'on appelle la myth TV, qu'on regarde de plus en plus la même série tout le temps, qui change certes, mais qui est tout le temps. Et donc nous, au contraire, au moment où tout se standardise parce que ça s'industrialise, on va inventer encore et encore des formes nouvelles. Et donc je vous en ai amené quelques-unes, après tout, encore une fois, c'est le téléfilm de l'après-midi.
Donc on va réinventer des choses dans la fiction. Ça c'est une série qui s'appelle 18h30. Voilà, on filme deux personnes à la sortie du bureau tous les soirs à 18h30 pendant des jours et des jours. Et ça va faire un carton en ligne et on va le lancer comme ça. Tu te connectes sur le site. Évidemment, jamais vous verrez un truc comme ça sur Netflix. Tu te connectes sur le site. Tu appelles le numéro et lui il fait pareil. Si je prends mon téléphone et que je compose le numéro, c'est... Non, non, non, non, non. Tu peux pas. C'est complètement contre-productif. Oui, c'est comme ça. Ça fait 13 ans que je suis dans la boîte, on a toujours fait comme ça. J'ai jamais compris l'avantage du process, mais... Ça fait 13 ans. Oui, ça file. Ça file. Donc ça, c'est deux personnes qui vont prendre leur bus chaque jour à la même heure à Cergy. Ils prennent un bus différent, ils sortent des mêmes bureaux. On les filme, on réinvente. les magazines, on a des magazines en ligne qui ne sont jamais passés à l'antenne, ça c'en est un sur la vie des idées avec les idées émergentes, évidemment on s'adresse aux populations les plus jeunes, on s'adresse aussi aux nouveaux philosophes, nouveaux théoriciens ou autres, et ça se fait
dans l'univers numérique. On a tendance à idéaliser la jeunesse. Les jeunes années seraient les plus belles, les plus fortes. Quand on rencontre une vintenaire, on a envie de lui dire profite. Mais quand on lui dit profite, est-ce qu'on n'est pas en train d'impliquer qu'après, ça se dégrade? Que la vie adulte est sinon... Bref, on ne va pas regarder le magazine. On a... Ça se dégrade après, je confirme, mais... Comme on s'adresse à une population jeune, on ne va pas leur dire aujourd'hui, mais aujourd'hui, si on me demandait de témoigner, je dirais oui, ça se dégrade très nettement après. On fait des trucs dans l'immersif aussi. Ah mince! Je savais bien qu'à un moment donné, j'allais foirer ça. Donc on fait des trucs dans l'immersif, par exemple ça, qui normalement se regardent dans un casque VR. Et donc ça, c'est un programme qu'on développe avec des Argentins et des Français.
Et où on a essayé de développer des univers entiers dans la VR. Alors on fait beaucoup de programmes VR, on est pratiquement les seuls en France à le faire. Là, c'est dans une image 3D, mais à plat, donc ça ne rend pas les choses. Mais avec un casque VR, on a eu à peu près tous les prix de la Terre avec ce programme-là, qui s'appelle Gloomy Eyes. Dans l'immersif aussi, on teste la réalité mixte, évidemment. J'ai réussi à vendre 50 millions. J'ai une signe de survie, j'ai fait ce qu'il fallait. Je trouve un moyen de devenir vivant. Juste envie de travailler moins, d'avoir moins de stress. Oui, on peut travailler pour le sens, mais le sens ne paye pas le loyer. Ça me rassure, ça m'excite, ça me donne du pouvoir. On produit de quoi faire vivre à peu près une centaine de familles. Le but du jeu, c'est de scander nourriture gratuite issue du gaspillage alimentaire. Servez-vous, c'est votre argent.
On a vendu notre maison pour des bitcoins. On fait des jeux vidéo. Indépendant, mais on en fait. Ça fait 10 ans qu'on fait des jeux vidéo. On ne va pas faire le jeu, mais on réinvente aussi des formes complètement anciennes. Marshall McLuhan disait« On regarde le futur dans un rétroviseur». Marshall McLuhan, c'est le pape de ceux qui font des médias, théoricien du village global, celui qui a dit... Bref. Il est... Non, j'avais une citation de lui, mais je ne vais pas la dire là.
Mais si vous voulez, comment dire? La radio s'est inventée avec le feuilleton quotidien. Depuis, le feuilleton quotidien est devenu soap opéra, en télévision, feuilleton quotidien, série, etc. Et nous, comme on a une radio, on a réinventé le feuilleton podcasté quotidien. On est les seuls dans le monde à le faire. Je vous encourage. La chute de Lapinville. Ah, écoutez la chute de Lapinville. pour se venger de ses camarades de primaire. 1, 2, 1, 2, test, test. Je suis un peu petit, personne ne m'aime. C'est aussi l'histoire d'une ville moyenne où il fait moyennement vivre. Et comme on a beaucoup de temps devant nous, on va explorer la psyché de chacun des habitants de Lapinville. Je vais renouveler mon allocation adulte handicapé. Alors, vous l'apercevez au titre de quel handicap? Pervers narcissique. C'est ça, leur destin se croise, s'entremêle. Vous faites quoi dans la vie? Du télémarketing. Et vous? Moi aussi. Les personnages peuvent devenir un peu comme des membres de la famille.
Ça fait trois jours que t'es pas sorti, tu vas devenir tout jaune. La chute de Lapinville. C'est une fiction quotidienne. Il y a des scènes de goûter impressionnantes. Il y a des scènes d'action. Il y a des effets spéciaux. Il y a des courses-poursuites. Il y a des animaux. Il y a du scandale. C'est une série sur le bien et le mal. Avec des comédiens sans doute pas très bons puisqu'ils sont hyper disponibles. La chute de Lapinville, c'est super en fait. A suivre sur Arte Radio. Il faut écouter plusieurs épisodes avant de dire qu'on n'aime pas. Ça, c'est notre truc sur Arte. Il faut écouter ou regarder plusieurs épisodes avant de dire qu'on n'aime pas. On réinvente le live pour nous aussi. Je l'ai dit, on ne peut pas le faire à l'antenne. Ce n'est pas grave, on le fait sur Twitch. Alors, on est super contents tous de vous retrouver pour cette deuxième édition de SCOP, donc l'émission Science Arte en live sur Twitch, en partenariat avec le CNRS. Et comme toujours, vous avez le chat à côté pour poser vos questions. N'hésitez pas pour cette deuxième émission dans son tout nouveau décor. On espère qu'il vous plaît quand même. N'hésitez pas à nous dire si ce n'est pas le cas. Enfin, plutôt si c'est le cas.
On a le plaisir d'accueillir un nouveau dans l'équipe, nouveau petit qui s'appelle Pierre Girard. Vous avez peut-être entendu parler. Il est vidéaste sur la chaîne YouTube Tous Terriens et journaliste scientifique. Et il sera notre envoyé spécial en direct. Là, on le voit. Voilà, et on réinvente même les soirées électorales. On ne peut pas faire de soirée électorale pour la raison simple que je vous ai dite, c'est-à-dire qu'on ne sait pas faire de live, ou en tout cas quasiment pas, on ne sait pas faire d'émission de plateau. Donc quand il y a une soirée électorale, qu'est-ce qu'on fait? On décide de faire une fiction improvisée. C'est-à-dire qu'en fait, le truc qui s'appelle Jour de Gloire, je vous en montrerai cinq secondes là, c'est une fiction écrite avec des comédiens qui sont très forts en improvisation, et on va leur donner, suivant les résultats, deux, trois scénarios à lire. Et en fait, la fiction qui va être diffusée à 20 heures va parler d'un village, d'une famille et d'un lieu où on découvre les vrais résultats de l'élection. Dans un cadre fictionnel. Imbrication, fiction, réalité. C'est-à-dire que vous vivez une fiction, puisque les personnages sont des personnages de fiction, mais en même temps, ils réagissent aux vrais résultats de l'élection qui viennent de tomber au moment où ils tombent.
Voilà. Et donc, on fait ça. Et alors, c'est assez difficile à faire, pour être très franc, Je me trouve actuellement dans la petite commune de Larocque-Timbaud, au cœur du Lot-et-Garonne. Nous sommes maintenant à quelques minutes du résultat. Vous pouvez apercevoir derrière moi le bureau de vote où le dépouillement a déjà commencé. Je suis avec Kamel Abdesadok. Je ne vais pas vous montrer tout ça, mais... Voilà, on fait ça. Qu'est-ce qu'on fait aussi? On va tester évidemment. On est les premiers, maintenant c'est le troisième ou le quatrième programme qu'on fait, à tester l'open source intelligence, c'est-à-dire qu'on va faire arriver à la fois sur nos antennes et sur nos réseaux les programmes OSINT. 13 avril 2020. Des rafales d'armes à feu s'abattent sur une maison d'un village saoudien. C'est celle d'Adoul Rahim Al-Houaïti qui mourra dans cet assaut des forces de sécurité. Il s'était opposé au rêve du maître du royaume, Mohamed Belsalman, Néome, la ville du futur.
Voilà, donc, comme je dis, ça va continuer. Évidemment, on est bêta-testeur sur l'Apple Vision Pro et sur beaucoup d'autres. Et donc, vous voyez cette démarche qui est en permanence d'innover les formes, d'innover, faire les formes, de faire ce que les autres ne font pas, et la démarche qui explique, je pense, une forme de résilience qui peut être la nôtre. L'IA, elle s'ouvre désormais à nous. Et évidemment, pour beaucoup, c'est un outil de productivité ou autre. Pour nous, c'est un outil de création, on va y revenir. C'est un outil dans lequel on peut créer des choses nouvelles, mais surtout, on va utiliser l'IA pour résoudre deux frontières qui se posent à nous et qui nous permettent peut-être... De prendre là aussi une petite part d'avance. La première frontière, c'est l'économie du choix. Je vous en ai parlé, autrefois, les vieux mecs comme moi ont connu l'époque où on pouvait attendre six ou neuf mois avant de voir le film qu'on désirait, parce qu'il n'était pas joué au cinéma, il ne passait pas à la télé, et donc on attendait.
Aujourd'hui, maintenant, vous êtes sur Netflix, vous avez 31 000 programmes. Nous, Arte, on est considéré comme une petite plateforme parce qu'on n'en a que 8 000. D'accord? Vous êtes sur Spotify, vous avez 120 millions de titres. partout, et je dis ça à vous parce que certains d'entre vous vont travailler sur, j'en suis absolument sûr, sur cette équation, c'est comment je suis découvert. Discoverability, comme on dit aujourd'hui, la découvrabilité est devenue le premier problème majeur des médias. Avant, c'était comment je suis disponible. Ensuite, ça a été comment je suis trouvé. Moteur de recherche, machin, etc. Maintenant, comment je suis découvert? Comment, à un moment donné, quand les assistants personnels d'IA vont nous aider dans notre vie quotidienne, quand je vais rentrer chez moi le soir et je vais dire à un assistant personnel d'IA, s'il te plaît, qu'est-ce que je dois voir ce soir à la télé? Je suis fatigué, j'ai envie d'un film divertissant. Comment, moi, Arte, je fais en sorte qu'ils disent, j'ai un super film sur Arte à te proposer? Ça, pour Arte, comme pour Netflix, comme pour les autres, c'est aujourd'hui un truc extrêmement problématique.
La deuxième chose qui va arriver, c'est le dialogue avec le contenu. Et là aussi, certains d'entre vous développeront ça. Le dialogue avec le contenu, c'est quoi? Je prends un podcast, par exemple, qui aura été enregistré par Paul Dupont. Et à un moment donné, il va falloir qu'on soit en capacité que l'auditeur du podcast puisse à un moment donné dire« j'ai pas compris ce que tu viens de dire, qu'est-ce que tu viens de dire? » Ou« peux-tu préciser ce que tu viens de dire? à ce moment-là, répondre à l'auditeur avec la voix de Paul Dupont, quelque chose que Paul Dupont n'aura pas enregistré, mais qui aura été fourni évidemment par l'entraînement sur tout ce qui aura entouré la préparation de ce podcast. Et donc le dialogue avec le contenu, c'est notre deuxième frontière aujourd'hui. Alors, sur l'économie du choix, On teste depuis trois jours un chatbot sur notre plateforme, quand vous avez un compte MyArte gratuit, pour vous aider à faire votre choix sur notre plateforme. Donc on a lancé ça, histoire de...
Alors, il faut qu'on améliore la capacité de dialogue, la capacité ludique, etc. Mais notre but, évidemment, c'est qu'un jour, vous puissiez, et ça va arriver très très vite, vous puissiez arriver par exemple sur le chatbot en disant« Je ne comprends rien à ce qui se passe dans le Donbass, qu'est-ce que tu me proposes? » et mon chatbot va vous proposer un truc. Ou, à l'inverse, je n'ai pas le moral, j'ai envie de regarder une comédie, qu'est-ce que tu as? Qu'est-ce qui te plairait, etc. Et qu'on dialogue là-dessus. Donc le chatbot, il marche depuis un certain temps aujourd'hui. Alors tout ça pour vous dire, parce qu'on arrive vers les dernières minutes de l'introduction, que de l'introduction. L'énorme trouille que vous avez eue. Non, ce n'est pas vrai. On n'en est qu'à l'introduction, mais ce n'est pas possible. Débranchez-le immédiatement. Non, de la présentation, n'ayez pas peur. Tout va bien. Pour vous dire qu'en fait, notre métier, la façon dont on ne se voit pas comme une télé, mais on se voit comme des... Fournisseurs d'expérience. Donc une expérience, c'est quoi pour quelqu'un comme moi ? Une expérience, c'est un triangle.
Vous allez voir, j'adore les triangles. Une expérience, c'est un triangle. C'est-à-dire, c'est un contenu. Je mets contenu parce que je déteste ce mot-là. Mais ton programme, contenu, etc. C'est une interface. Vous êtes sur arte.tv, vous êtes sur la télé en linéaire, vous êtes sur YouTube, vous êtes sur Facebook, c'est une interface. Et c'est un device, un outil sur lequel vous regardez, mais le device, l'important, ce n'est pas le device, c'est le contexte. Le device vous donne une indication du contexte. Et donc, notre petite théorie, un peu idiote, c'est que quand vous changez un des éléments du triangle, vous changez l'expérience. Et donc, vous ne pouvez jamais considérer qu'une interface est un outil de distribution ou un device, c'est un outil juste technologique. C'est qu'en réalité, vous devez en permanence avoir une stratégie qui se dise« Non, non, non, qu'est-ce que je fais pour quelle expérience? » Et donc, regardez les trois éléments du triangle. Et donc, mon métier, ce n'est pas seulement le contenu. C'est comprendre l'interface, la piloter, la gérer, et évidemment comprendre et connaître à fond le contexte et le device.
Notre positionnement, en tout cas c'est celui qu'on essaye d'avoir, toujours un triangle, Excellence, pertinence, différence. On essaye d'être excellent dans ce qu'on propose, d'être pertinent, c'est-à-dire d'être connecté totalement à l'époque et d'être différent encore et encore et encore. On est petit. On est tout petit et donc notre seule chance de nous en sortir, c'est d'avoir une stratégie qui comporte ces trois termes, excellence, pertinence, différence. Alors ça pourra dire, Elsa D'Acosta tout à l'heure dit, de niche, si vous le voulez, j'en accepte l'augure. Moi je dis ça, c'est une stratégie d'excellence. Et cette stratégie, elle comporte partout de la tech. Parce qu'aujourd'hui, on ne peut pas être excellent éditorialement sans être excellent technologiquement. Et alors, quand on essaie de le faire, ça marche. Je vous donne deux exemples. Par exemple, on a lancé cet an dernier, on a totalement, puisqu'on regarde les usages, les devices et les interfaces, on s'est dit que sur la plateforme de téléphone mobile Arte.tv, on allait nous aussi faire des shorts.
Comme les Reels, comme TikTok ou autres, mais que ces shorts seraient utilisés sous forme de télécommande. Parce que c'est l'usage des plus jeunes et qu'on ne peut pas faire comme si les plus jeunes ne passaient pas leur temps à scroller de façon verticale sur un tunnel de vidéos. Ça marche, et je vous donne un autre exemple, c'est-à-dire que je pense qu'on est là. seule chaîne de télé en France dont le plus grand succès de ces cinq dernières années n'est pas passé à la télé. Et le plus grand succès de ces cinq dernières années, c'est celui-là. Je m'appelle DJ Mehdi, producteur de rap et de musique électronique. Il est en studio avec des pitbulls, avec la mafia 15 free, et le soir il va danser avec Cassius et Love Punk à New York. À l'époque, il n'y a pas de compositeur. Donc me dire qu'il y a un mec de mon âge qui compose, mais avec quel matériel? Il s'est fabriqué un centre et il nous faisait des putains de sons. Qui d'entre vous a vu DJ Mehdi?
Et on est bien d'accord, c'est pas... Donc quand on a vu un article dans Le Monde qui disait « On va expliquer aux boomers, moi je suis un peu trop jeune pour être boomer, mais pas loin quand même, comment comprendre DJ Mehdi. » C'était à la fois comment comprendre le personnage du DJ Mehdi et comment leur parler d'un programme fait par une chaîne de télé qui n'était pas passée à la télé. Et donc, oui, je pense que ça, ce positionnement qui est le nôtre, d'innovation permanente, d'imbrication entre la tech et le contenu, ça marche. Alors, pour vraiment conclure là, quelques petites, je crois qu'on dit takeaway, normalement, non? Voilà, des takeaways. Alors, des takeaways très modestes en provenance d'un vieux truc qui s'appelle une vieille chaîne de télé. Pour moi, la tech, c'est que le contexte dans lequel on est. C'est le contexte général qui fait que je regarde les usages. La tech ne m'intéresse qu'à partir du moment où elle a...
Une conséquence sur les usages. Donc la tech, ça n'est que le contexte de l'exercice de mon métier. Mais il y a une phrase d'un philosophe espagnol, Ortega y Gasset, qui dit« Je suis moi dans mon contexte». Ça veut dire« Si vous ne connaissez pas le contexte, vous ne me connaissez pas moi». Et donc l'ensemble des personnes que je regarde, auxquelles je m'adresse, je parle des téléspectateurs, des internautes, etc., c'est des gens dont je veux absolument connaître le contexte technologique, d'autant plus... Si je suis moi dans mon contexte, la tech est donc une partie de moi. Quand je mets moi, évidemment, je ne parle pas de moi, mais des individus qui nous regardent. D'autant plus qu'il y a une chose dont je suis sûr, c'est qu'aujourd'hui, ça n'était pas le cas au début de la révolution numérique, la tech est plutôt en retard sur les attentes sociales de ce qu'elle peut faire. C'est-à-dire que quand on s'adresse aujourd'hui aux... Aux utilisateurs, aux internautes, à ceux qui nous regardent, ils attendent de la technologie des choses qu'elle n'est pas encore totalement capable de leur fournir.
Et donc la demande sociale pour la tech, elle est presque supérieure à ce que la tech est capable de fournir aujourd'hui. Et donc... Juste pour terminer, la culture, le divertissement, l'information sont aussi un problème technologique. Donc quand mon actionnaire me demande quel est ton programme, etc., je dis oui, mais il y a un aspect technologique à ce que je fais. Et paradoxalement, Arte n'est pas une société de technologie, mais c'est une société qui vit et se développe avec et grâce à la technologie. Ce n'est pas du tout une contrainte pour nous, mais comme vous l'avez compris, j'espère, une formidable opportunité, parce que ça nous permet d'être en avance de phase et différent. Mais si la culture, le divertissement et l'info sont un problème techno, Je pense que la techno a aussi un problème de culture et d'information. C'est-à-dire qu'elle ne peut se penser que dans un contexte culturel et informationnel. C'est les simples petites choses que je voulais vous dire.
Be curious. Et pour terminer, toujours rematch. Qui d'entre vous a vu Rematch? Moins de gens que DJ Mehdi, alors que c'est passé à la télé. Le match entre Kasparov et l'IA CQFD. When asked about his strategy, Kasparov answers with five simple words. Losing is not an option. Voilà, on n'a pas le droit de perdre. Merci beaucoup. Merci à vous tous. Merci beaucoup Bruno. Bravo. Alors je voudrais juste revenir sur une toute petite phrase parce que j'ai été cotée, j'ai été citée. Donc j'ai bien précisé que Arte était un bijou discret et qui était puissant là où ça comptait. Je pense qu'on a eu la démonstration avec ton talk inspirant de 40 minutes. Alors maintenant on va ouvrir une session. 38. Oui, mais bon. Mais je suis curieuse, moins précise, mais curieuse. Donc ça va, je peux être excusée.
Donc, alors, qui se lance pour sa première question? Alors, madame, on va vous demander de vous lever, si vous voulez bien. Juste ici, Amélie, quatrième ou cinquième rang, s'il te plaît. Merci beaucoup. C'est moi qui fais rire? Oui? Oui, je disais le 10e rang, mais à chaque fois que je dis 4e, ça marche toujours. On finit par trouver la bonne personne. Pardon. La tech est aussi un problème. Un problème de culture et d'information, on l'a bien dit. C'est comme nous sommes vus en live dans le monde entier. On avait un pic d'ailleurs d'audience depuis que tu parles Bruno. Merci beaucoup. C'est le téléfilm de l'après-midi, ça marche toujours. Exactement. Permets aux gens de digérer. Et là, je pense que c'est bon. Bonjour et merci pour votre présentation. J'ai un commentaire et une question. Le commentaire, c'est que... On a l'impression qu'on est tout petit. Finalement, est-ce que Arte ne serait pas le mammifère par rapport au dinosaure?
C'est un commentaire question. Ma vraie question, c'est quand on revient au début, au côté franco-allemand, comment, au-delà du cadre, qui a été posée pour des questions très pratico-pratiques. Comment est-ce que ça infuse dans la création innovante d'Arte? Moi, je vous l'ai dit, je pense que le cadre franco-allemand par rapport à l'innovation, ça a été plutôt une contrainte à laquelle il a fallu s'adapter. Et contrainte des deux côtés. Il y a des choses qui nous sont impossibles. Il y a des choses qu'une autre chaîne de télévision mettrait une semaine à créer et qui, pour nous, sont juste totalement impossibles. Oui, je ne t'ai pas prévenu en fait. Tommy Dessine croque tous les talks inspirants. Pas seulement. Il serait surpris, Tommy, de savoir qu'aujourd'hui, on a 28 millions d'abonnés sur les chaînes sociales et qu'auprès de certaines communautés jeunes, on est la marque média favorite.
Ce qui surprend, y compris jusqu'à mon actionnaire de temps en temps. Donc certes, on a les profs d'allemand, et je pense qu'en Allemagne, on a les profs de français, à mon avis. Voilà. Faut pas chercher Tommy. Tommy devrait savoir qu'étant à la tête d'une chaîne franco-allemande, on ne pourra pas forcément célébrer le triomphe de la Coupe du Monde 98. Donc voilà, comment ça se joue sur le franco-allemand? D'abord, ça a été vu comme une contrainte. Ensuite, il y a une chose qui est extrêmement précieuse chez nous, je crois, c'est le double regard, voire le triple, quadruple maintenant. Parce qu'en fin de compte, vous vous apercevez que dans une structure, quand vous avez vraiment... En permanence deux regards sur la même chose, vous vous apercevez que, soit vous vous dites on va faire une juste moyenne et c'est la catastrophe, soit vous vous apercevez que c'est une richesse absolument phénoménale.
Donc sur les angles éditoriaux déjà, depuis très longtemps, on nous dit oui, vous traitez les trucs un peu différemment, un peu différemment simplement, parce que quand vous avez, au lieu d'une équipe, la rédaction, elle est franco-allemande, elle est à Strasbourg. Donc c'est des Français et des Allemands qui discutent chaque jour du journal qu'ils vont faire. Donc même pour une forme ancienne, le fait d'avoir un double regard vous donne une différence. Et par ailleurs, sur les innovations et sur les formes, la culture des formes en Allemagne et en France est extraordinairement différente. Donc chacun propose, avance, l'autre complète et ça fait quelque chose. Alors nous, on essaye de l'européaniser aujourd'hui. Il y a des Italiens qui travaillent, des Espagnols ou autres. Mais petit à petit, on essaye de le faire comme ça. Plusieurs regards. Une autre question? Alors, même trois questions sur la gauche. Au quatrième rang, donc. Bonjour, merci beaucoup. Vous dites qu'Arte est petit, mais vous avez un petit frère ou une petite sœur encore plus petit qui est aussi confronté à une question de bilinguisme. Je pense à la RTS ou bien à la Société Suisse de Radio-Télévision, qui produit évidemment aussi du contenu en français, en allemand, en italien, en roman, je ne crois pas.
Est-ce que ça a pu être soit une source d'inspiration, soit une source de dialogue, justement, autour de la création de contenu, finalement, dans un contexte bilingue et potentiellement multiculturel? Je vais me faire des copains chez Netflix, moi, ça va aller vite. Mais on travaille bien avec eux. Non, c'est pas en tout cas, on travaille, notamment avec la RTS, qui fait partie de nos chaînes partenaires. Donc évidemment, si vous voulez, ce que je voulais dire par là, c'est qu'en réalité, La barrière de taille pour être significatif dans la taille n'a cessé de monter ces dernières années. Je vais encore me faire d'autres copains, c'est-à-dire qu'il y a 30 ans, TF1 était un géant. Aujourd'hui, quelle que soit votre échelle de mesure, et le groupe n'a pas rétréci, mais quelle que soit votre échelle de mesure, ce n'est plus un géant. On va dire au mieux, c'est un acteur de taille moyenne. Et no offense, parce qu'ils font du bon travail, etc. C'est juste que les acteurs...
qui les entourent, sont mondiaux, énormes et autres. Donc, si vous voulez, le fait de dire à un moment donné, finalement, d'avoir une conviction, peut-être à tort, que soit les plus gros, soit tous les plus petits, sont mieux placés que ceux de taille moyenne, j'en sais rien. Mais en tout cas, que les gens de taille moyenne, de petite taille, se mettent en réseau quand ils sont confrontés aux mêmes équations, c'est certainement une solution. Est-ce que c'est la justification du fait que les programmes d'Arte aujourd'hui soient disponibles aussi bien sur la plateforme de France Télé que sur... Celle de TF1 et d'autres à venir. Non, ça c'est une réponse stratégique assez simple, mais je ne veux pas vous embêter avec une stratégie média, mais quand vous avez une plateforme, vous avez... Deux objectifs. La première, c'est que le temps moyen passé par, allez, on va prendre des termes anciens, par visiteur unique sur votre plateforme augmente. Et la deuxième, c'est d'augmenter le reach de votre plateforme. Moi, j'ai une conviction avec la taille d'Arte, c'est qu'on est trop petit pour mener à bien les deux stratégies.
Donc on se concentre sur la durée moyenne des visiteurs uniques sur notre plateforme, en essayant de contextualiser la plateforme, d'en améliorer les fonctionnalités, d'être dans une ergonomie de choix qui soit facile. Et le reach, on se fait embarquer par des gros porte-avions. Donc on a une logique de... d'omni-distribution auprès de tout le monde pour dire, si vous êtes intéressé par le fait de nous distribuer parce que vous pensez que ça en vaut la peine, ça veut dire contrat de distribution, pourquoi pas? Mais si je prends le modèle, vous avez deux modèles, vous avez le modèle de l'hypermarché, vous êtes éparpillé façon Pulse dans les... Dans les rayons de l'hypermarché, c'était ce que proposait Salto par exemple. Vous avez le modèle du grand magasin où vous dites, moi j'ai une marque de mode et je veux ma petite boutique, mon corner comme on dit, dans votre boutique. Mais ma petite boutique, c'est moi qui la gère. C'est mes choix éditoriaux, c'est mon ergonomie, c'est mes datas. Et si vous voulez que ma petite boutique s'installe chez vous, on en discute, pas de problème.
Et donc on fait ça, ce qui nous permet d'augmenter le reach en étant porté par des plateformes qui ont un reach assez grand. Et qu'au contraire, on nous a dit oui, c'est un peu innovant, on a fait ça avant l'été, mais je regardais un rapport de l'Ouatt d'il y a trois jours qui disait... Maintenant, même les acteurs de taille moyenne vont devoir penser à être distribués par les gros acteurs s'ils veulent survivre. Donc je me dis qu'on n'a pas forcément eu tort. Anticipation. Il y avait deux ou trois autres questions, il me semble, sur la gauche toujours. Voilà, hop. Je vais vous demander de vous lever pour qu'on puisse vous identifier, s'il vous plaît. Merci beaucoup. Il y a une censure. Merci beaucoup pour votre présentation. Première question. Je suis curieux de voir comment les... Michel Macluan, juste, il disait le média, c'est le message. Mais je me suis dit que si on rentrait là-dedans, c'était un peu compliqué. Prochaine fois. Voilà, pardon. Et après, il disait... Le média, c'est le message.
Et il disait, le message, c'est le massage. Et ce n'était pas un jeu de mots. C'était très pensé. Je vous en prie. Je suis curieux de savoir comment les formats allemands sont... Est-ce qu'ils sont légèrement différents des formats français? Vos équipes françaises ou même les boîtes type Upion ou la Blogothèque ont des formats assez créatifs. Est-ce qu'on remarque les mêmes mimiques finalement sur les formats allemands? Non, pas du tout, c'est complètement différent. En Allemagne, vous le savez bien, on a un écosystème totalement différent. Il y a certains domaines sur lesquels ils sont relativement absents. Si je regarde par exemple le SINT, l'Open Source Intelligence à un moment donné, ou ce qu'on a pu faire avec UPIAN au tout début, ou ce qu'on peut faire dans le domaine de la VR, là il est sûr que l'Allemagne et d'autres pays n'est pas très créatif dans ce domaine. En revanche, Dans d'autres, ils le sont, ils sont beaucoup plus, j'allais dire, ils poussent. Oui, exactement.
Mais c'est ça, le média. C'est un massage quotidien. Il a raison, Marshall Mack, lui. Et donc, les Allemands, sur d'autres domaines, sont plus... Mais là, on est dans deux écosystèmes totalement différents, vraiment totalement différents. Peut-être un peu plus... Pétillant du côté français, mais en Allemagne, si vous voulez, dans tout l'univers accolé à YouTube, par exemple, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de productions très intéressantes. Et ma deuxième question, c'est est-ce que Arte pourrait rester résilient face à une instabilité politique, notamment une possible arrivée de l'extrême droite? Ces deux questions, la première question c'est l'instabilité politique et la deuxième question c'est le changement politique. Face à l'instabilité, j'espère bien qu'on est suffisamment solide. S'il y a un moment un peu instable en ce moment, au jour où on parle en France et en Allemagne, je vous le signale.
Donc on vit un moment d'instabilité. Et là-dessus, oui, je pense qu'on est résilient de tous les points de vue, parce que nos fondateurs l'ont voulu comme ça. On dépend d'un traité international. Un traité international, comme vous le savez, en hiérarchie juridique, c'est supérieur aux lois. Donc, un moment. Après, est-ce que Arte peut... survivre à un changement majeur, un double changement majeur de régime, clairement Arte est vu d'une vision... Oui, puisqu'il reste une minute, on peut en parler. Parce qu'au début, et je pense à juste titre, je vous ai dit, oui, on est une création politique, mais... Remettons-nous, là ça va faire plaisir parce que ça va vraiment être boomer, remettons-nous en 89-90, chute du mur et réunification allemande en 90. À ce moment-là, il y a un questionnement qui est majeur, notamment du côté français, mais aussi du côté allemand. Qu'est-ce qui se passe? Est-ce que le projet européen va continuer? Est-ce que l'Allemagne va regarder vers l'Est, ne va plus regarder vers l'Ouest?
Est-ce que c'est le retour des affrontements possibles entre l'Allemagne et la France? On minore aujourd'hui, c'est normal, le temps a passé, le questionnement vertigineux qu'ont pris les deux pays au moment de ce changement tellurique. Clairement, parmi toutes les décisions qui ont été prises entre la France et l'Allemagne, entre Helmut Kohl et François Mitterrand, pour arrimer, comme on disait, l'Allemagne à l'Europe, à l'Europe de l'Ouest, et solidifier ce qu'on appelle en France le couple franco-allemand, ou le duo franco-allemand, comme on l'appelle en Allemagne, il y a eu ça. Et dans notre chaîne et dans nos statuts, il y a notre mission, si on l'accepte, c'est contribuer au rapprochement des peuples européens par la culture. On sert à ça. Et on a été créé pour ça. Donc à un moment donné, si vous aviez une volonté politique des deux côtés qui soit antinomique à cet objet-là, qui dirait maintenant le projet européen s'effondre, on est sur un projet national,
le rapprochement des peuples européens par la culture n'a plus de raison d'être, oui ça remettrait en cause la raison d'être d'Arte, mais pour le moment on n'a pas de signaux en ce sens. Suite au prochain épisode sur la plateforme arte.tv. Merci infiniment Bruno. Merci de ce cadeau. Je sais que tu as pu te demander ce que tu venais faire au Tech.Rocks Summit. Je crois que nous, nous savons. C'était le téléfilm de l'après-midi. Exactement. Merci pour ce téléfilm. Merci pour votre attention.
