Podcast Tech.Rocks

L'intelligence collective au service de l'entreprise

Podcast Tech.Rocks · 9 novembre 2024 · 19 min · en français

Résumé

Épisode de la série du podcast Tech.Rocks consacrée aux speakers du Tech.Rocks Summit 2024. Créatrice de Magic Makers en 2014, Claude Terosier allie aujourd'hui son expérience de fondatrice de startup et sa pratique de facilitatrice et de coach pour libérer les entrepreneurs et les organisations de leurs blocages. Elle a vite compris que les difficultés de son équipe venaient souvent de ce qui n'était pas dit ou pas conscient dans l'organisation, et que l'intelligence collective était la clé pour surmonter ces blocages, même si sa mise en œuvre n'est pas toujours simple. Aujourd'hui, elle aide les entrepreneurs à lever les obstacles dans leur organisation, en favorisant une prise de conscience collective et en travaillant sur les blocages individuels et collectifs. Au Summit, sa conférence porte sur « L'impact des traumas collectifs sur nos comportements ».

Summary

An episode in the Tech.Rocks podcast series featuring Tech.Rocks Summit 2024 speakers. Having founded Magic Makers in 2014, Claude Terosier now combines her experience as a startup founder with her practice as a facilitator and coach to free entrepreneurs and organisations from what holds them back. She quickly realised that her team's difficulties often came from what was left unsaid or unconscious in the organisation, and that collective intelligence was the key to overcoming these blockages, even if putting it into practice is not always simple. Today she helps entrepreneurs remove the obstacles in their organisations by fostering collective awareness and working on individual and collective blockages. At the Summit, her talk is on “The impact of collective trauma on our behaviour”.

Thèmes : Management & organisation

Programme du Tech.Rocks Summit 2024

Transcript complet

Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.

Cette capacité d'apprentissage permanent, pour moi, elle est clé. On est dans un monde, alors la tête bouge très vite, mais le monde bouge très vite. On est quand même dans un contexte où comment je reste stable, à la fois ouvert à ce qui se passe pour ne pas partir dans une voie qui ne vaut plus rien, et en même temps suffisamment ancré pour ne pas me laisser non plus embarquer par la peur. Tout ce qui se passe dans le monde nous affecte et va affecter aussi les dynamiques dans l'équipe. Bienvenue dans notre nouvel épisode de notre série thématique dédiée à nos speakers pour le prochain Tech.Rocks Summit qui aura lieu les 2 et 3 décembre 2024 à Paris. Je suis Rachel Dubois, je suis coach agile et coach produit chez Spotify et aujourd'hui j'ai le grand plaisir d'accueillir Claude Terosier qui viendra nous parler de l'impact des traumas collectifs sur nos comportements. Claude, je suis super contente de t'avoir ici aujourd'hui. Est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots? Merci Rachel. Écoute, je m'appelle Claude Terosier et moi j'en suis à ma troisième vie professionnelle.

J'ai travaillé pendant 15 ans dans les télécoms. Ensuite, j'ai monté ma startup Magic Makers pour apprendre à coder aux enfants. Et d'ailleurs, je suis passée sur Tech.Rocks, je crois le premier, j'ai dû être dans les panélistes. Donc ça a fait un petit bail. Et maintenant, je suis coach et facilitatrice. J'accompagne les dirigeants pour... Décoincer là où ça bloque, mettre de la conscience quand il y a quelque chose qu'on n'arrive pas à résoudre par la technique. Souvent, ça se joue ailleurs. Et donc là, j'accompagne les dirigeants et leurs équipes sur des process individuels et collectifs avec ma structure que j'ai créée qui s'appelle Resonance. Super, ça a l'air d'être un super beau parcours. Est-ce que tu pourrais nous donner peut-être des moments ou des rencontres ou des découvertes qui ont été clés dans ton parcours et dans tes choix professionnels? Et puis, de quoi parlerais-tu dans ce cas-là? Écoute, la première chose qui m'est venue en tête, c'est les concours. Moi, j'ai fait Mathuc Maths P, à l'époque, ça s'appelait encore Mathuc Maths P, et j'ai eu Télécom Paris. Je remercie le ciel parce que... J'ai pris la meilleure école que j'ai eue, comme beaucoup de gens quand même, dans ce système des concours qui existe encore.

Et donc moi, je suis rentrée à la télécom en 94, quelque chose comme ça. Et donc, j'ai vu les débuts d'Internet, les réseaux mobiles, j'ai appris à programmer. Je pense que ma carrière n'aurait pas été la même si j'avais fait des mines ou autre chose, tu vois. Je n'ai pas vraiment choisi, mais ça m'a vraiment projetée dans le monde du futur et dans le monde d'aujourd'hui. Et donc, ça me mène au deuxième moment clé dans ma vie et truc important. C'était les 15 ans de ma promo à Télécom, justement, où mes copains de promo avaient fait un événement où ils avaient interviewé plein de pontes des nouvelles technologies. Je les écoute. Et là, je prends conscience. Donc, c'est 2012, ça date. C'était il y a 12 ans. Je prends conscience tout d'un coup de la révolution numérique qu'on est en train de vivre, que moi, je comprends parce que par hasard, j'ai fait Télécom, tu vois. Et je vois que c'est que le début, que les gens n'y comprennent rien et qu'ils ont peur. Et là, me vient l'idée de monter ma propre startup, Magic Makers, pour apprendre à programmer aux enfants. Parce que vraiment, je me dis, en fait, je me revois apprendre à programmer à 20 ans, à comprendre ce que je fais. Enfin, tu vois, vraiment, pas comprendre pourquoi je le fais, à quoi ça sert, comment ça marche, et comprendre à posteriori, devoir faire toute la post-rationalisation, tu vois.

Et les gens pensent que c'est compliqué, qu'ils n'y arriveront jamais. Mais si j'apprends aux enfants à programmer, ils vont comprendre. Et si je leur fais ça de manière ludique, ils créent leur propre jeu vidéo. Donc, tu penses bien qu'ils adoraient. Du coup, ils voyaient du sens. En fait, c'était ça, c'était redonner du sens, mettre l'informatique au service de ce qu'on fait. veut faire avec, donc remettre le projet au centre. Et du coup, quand tu subordonnes l'apprentissage à ça, les enfants, ils ont envie, ils comprennent. Et puis le jour où l'idée, c'était de former des adultes qui soient capables de comprendre le monde dans lequel on vit maintenant et qui soient capables d'être acteurs, qui ont un projet et puis ils vont pouvoir créer la solution technique qui va avec ou la faire créer, mais ils vont comprendre. Parce que c'est extraordinaire ce qu'on peut faire aujourd'hui. Donc voilà, ça c'était le deuxième moment, c'est 2012, où c'est les 15 ans de ma promo, je vois ce truc-là, j'ai l'idée, je quitte SFR, où je coordonnais les gros projets là-bas, je monte ma startup, je me prends toute la vague de la Startup Nation à l'époque, je rencontre Francis, un AP à l'époque, qui investira chez Magic Maker, c'est comme ça que j'ai rentré aussi à Tech.Rocks à l'époque.

Et donc ça, c'est une aventure extraordinaire. Je pars de la page blanche. Les cours de code pour enfants, ça n'existe pas. Donc, il faut tout créer. La méthode pédagogique, la pédagogie active, on apprend en faisant avec les autres. Tout ce qu'on ne fait pas à l'école, en fait, toutes les soft skills dont on a besoin. Mon idée, si tu veux, c'était les bons développeurs, c'est ceux qui ont appris tout seuls. Aujourd'hui, c'est des autodidactes. Comment je fais la marche pour les autres, tu vois? Comment tu recrées ça? Exactement. Comment je leur apprends à apprendre? Comment je leur apprends à trouver la solution par eux-mêmes, quand ils n'y arrivent pas, à demander, à chercher, à prendre un truc complexe et puis le découper en éléments simples et arriver à faire. Ça m'a beaucoup portée à l'époque. Et puis, j'ai développé la boîte pendant huit ans, de rien à... On avait 80 personnes. On avait des milliers, je crois, j'ai 60 000 enfants qui sont passés dans nos ateliers pendant la période où j'étais. Des milliers d'enfants, et on les accompagnait du CE1 jusqu'à la terminale, jusqu'à leur faire faire de l'IA. C'était avant que l'IA générative arrive, c'était il y a quelques années quand on a lancé ça, mais on faisait programmer en Python des jeunes fin collège, début lycée, programmer en Python du machine learning pour apprendre à leur programme à reconnaître des images ou à générer des choses, etc.

Donc vraiment cette notion d'empowerment. J'adore t'écouter quand tu racontes tout ce chemin. On sent que peut-être le projet est dans le passé, mais que la passion, elle est toujours vivante. Est-ce que tu as encore d'autres moments découverts que tu as envie de partager avec nous? Oui, parce que c'est aussi ce qui m'amène à ce que je fais aujourd'hui, et que je ne suis plus à la tête de Magic Makers. Je pense que le point de bascule, il a été pendant le Covid. Pendant le premier confinement, comme pour beaucoup de gens. J'avais beaucoup de choses à gérer, etc. Mais je m'intéressais beaucoup à tout ce qui était théorie U, pour ceux qui connaissent. Je fais des programmes avec la théorie U, et là, j'entends un mec parler, un Autrichien qui s'appelle Thomas Subel, je ne l'avais jamais vu, et il parle de trauma collectif. Et là, vraiment, il y a un truc, deux neurones qui connectent à nouveau. Ça m'a fait un peu le même effet que quand j'ai eu The Magic Maker, même si ça m'a pris du temps avant de basculer et de ne plus être leader de ma boîte pour faire du coaching collectif. Mais c'est vraiment de me dire, OK, moi, je croyais beaucoup au collectif. C'est-à-dire, ce n'est pas que je croyais, c'est que je faisais, on faisait de la part de l'intelligence collective, du collectif.

participatif, j'étais beaucoup dans les entreprises libérées, tu vois, j'avais lu Frédéric Lameux, etc. Et donc j'avais testé beaucoup de choses, et je voyais bien qu'il y a des moments, tout le monde était porté par la mission, tu vois, la passion quand j'en parle, le projet, tout le monde disait que c'était génial, il y avait besoin, il y a un besoin dans la société, et pourtant c'était dur, on galérait. Et me dire, en fait, quand c'est dur comme ça, ce qui se joue, Ça me dépasse et ça vient de plus loin, en fait. C'est des choses héritées du passé dont je ne me rends même pas compte. Et me rendre compte que ce n'est pas juste individuel, pas juste moi, mais que c'est collectif en fait. C'est des schémas collectifs inconscients qui se répètent. Au moment où, si tu veux, je l'explique comme ça, là, j'ai entendu le mec parler, je me suis dit, il y a un truc. C'est l'étape d'après. J'adresse le problème, je ne suis plus en train d'essayer de le régler au niveau, je vais apprendre aux enfants à... À programmer pour comprendre le monde dans lequel ils vivent et avoir du pouvoir dessus, c'est comment je vais encore un cran en dessous. C'est super intéressant. Merci de ce partage. Du coup, j'ai envie de te poser une question. On a senti la passion, on a senti aussi la curiosité.

Selon toi, quelles sont les qualités qui caractérisent ton leadership? Qu'est-ce qu'il faut pour être un bon tech leader ou un bon leader tout court dans la tech? Et alors, clairement, tu vois, c'est lié à ce que je faisais avec Magic Makers. Pour moi, c'est la capacité d'apprentissage permanent. Je n'apprends rien à personne quand je dis que la tech change tout le temps et très vite. Et donc, ça veut quand même dire qu'il faut être ouvert, apprendre, pas rester enferré sur une façon de faire, C'est la bonne tant qu'elle marche, jusqu'à ce qu'elle marche. Je ne sais plus. Ou qu'il y ait mieux. Donc, cette capacité d'apprentissage permanent, pour moi, elle est clé, en fait. On est dans un monde... Alors, la tête bouge très vite, mais le monde bouge très vite. Et même, on peut dire, je pense, instable. Je ne vais pas te ressortir du cas volatile. Je l'ai même oublié, tu vois. Complexe, certains et tout ça. Certains, mais en plus, on le voit, le Covid, la guerre en Ukraine, ce qui se passe en Israël, les situations politiques en France et dans le monde, on est quand même dans un contexte où comment je reste stable, à la fois ouvert à ce qui se passe pour ne pas partir dans une voie qui ne vaut plus rien, et en même temps suffisamment ancré pour ne pas me laisser non plus embarquer par la peur.

Oui, quand tu danses avec le chaos quelque part. Exactement, je pense qu'on est dans un monde où on danse avec le chaos. Et il faut identifier ce qui est stable et ce qui ne l'est pas en fait. Pas se tromper. J'ai cru comprendre en t'écoutant que tu fonctionnais beaucoup par rencontre ou par déclic. Et du coup, c'est ça qui est un peu le fuel de ton inspiration. Mais est-ce que tu as d'autres façons de nourrir cette inspiration-là? Peut-être que ce sont des livres ou des rencontres. Et qu'est-ce que tu aurais envie de nous recommander? J'en ai cité quelques-uns là. Je vais dire les trois auteurs ou les trois personnes qui ont le plus influencé peut-être ma carrière. Frédéric Laloux et son livre« Reinventing Organization». J'avais eu Frédéric Laloux sur scène en 2016, dans les dernières conférences qu'il a faites. Le bouquin m'a beaucoup inspirée sur d'autres façons de travailler ensemble. Et toute la théorie qui a d'autres... sur les niveaux de conscience. Je ne vais pas en dire plus parce qu'il faudrait 10 minutes sur le sujet, mais vraiment, pour moi, ce livre donne des grilles de lecture sur nos modes de fonctionnement et le monde de fonctionnement qui varie selon les entreprises, qui est vraiment très, très, très précieux.

Pour comprendre comment fonctionnent les entreprises et les organisations dans lesquelles on est, et comment nous on fonctionne, où sont nos aspirations et où on veut aller. Ça, c'est le premier. Le deuxième, c'est Otto Scharmer. C'est celui qui a inventé la théorie U. Donc, c'est un prof. MIT aux États-Unis. Et il a fait un truc phénoménal, parce que la théorie U, lui, s'est occupé de comment intervient l'innovation, les vraies innovations de rupture. Et en gros, il dit un truc qui peut paraître contre-intuitif, il dit que l'innovation, elle dépend de l'état intérieur de la personne. Et donc, c'est quand je vais être... ouvert, donc c'est, tu vois, je parlais d'apprentissage permanent, c'est quand je vais être ouvert mentalement, c'est-à-dire que je vais pouvoir accueillir des nouvelles informations. Mais quand je vais être ouvert aussi émotionnellement, c'est-à-dire que je vais être capable de me mettre à la place de l'autre, là, je vais récupérer d'autres informations. Et quand je vais être capable d'ouvrir, lui, il appelle d'ouvrir sa volonté, je vais être capable de lâcher ce que je pense qui doit arriver, pour sentir ce qui pourrait arriver de différent. Et bien on propose des méthodes pour faire ça et le faire émerger, et le faire collectivement, en groupe. Il a quand même formé 200 000 personnes, je crois.

C'est-à-dire qu'il a fait un MOOC gratuit, et avec tous les ans, de septembre à décembre, tu as un MOOC sur trois mois qui tourne, où tu as à chaque fois 10 000, 15 000 personnes qui le font dans le monde. Il a fait des protocoles dans le monde entier, sur des grandes entreprises. Donc, il apporte vraiment une vision et il l'a fait. Donc, c'est le deuxième, Otto Scharmer. Puis le troisième, là, il est moins connu et c'est un peu plus ésotérique, mais c'est Thomas Hubel, dont je parlais sur les traumas collectifs. C'est un Autrichien qui a beaucoup travaillé sur quand tu crées des espaces, de sécurité entre les personnes, où les personnes sont suffisamment en sécurité, il y a les non-dits et les inconscients qui peuvent surgir, et tu peux processer les choses douloureuses qui sinon restent coincées. Et chaque fois que tu fais ça, tu récupères de la liberté, des nouvelles choses deviennent possibles. Il a beaucoup fait ça, notamment sur des trucs, donc trauma collectif, il a travaillé sur la Shoah, avec des Allemands, des Israéliens. Moi, je m'inspire énormément de ça pour voir... Déjà, j'intègre ça dans mon coaching, sans forcément toujours le dire. Là, je le dis, mais voilà, c'est des choses que j'intègre.

Et je m'interroge aussi beaucoup ce qu'on pourrait faire sur la société française sur ces sujets aussi. Ça fait écho avec un livre que j'ai lu il n'y a pas longtemps qui s'appelle« Petit deuil en entreprise» de Malarevitch, que tu dois connaître, j'imagine aussi, et qui parle d'une autre approche de cette capacité à intégrer des changements un peu traumatiques dans les entreprises et comment les aborder. C'est super intéressant. Et du coup, ça fait aussi un lien vers ton talk, ce livre dont tu nous parles. J'ai compris que tu es en train encore d'écrire le talk et je ne veux pas que tu nous donnes tous les détails parce que je veux garder vraiment tout le suspense, tout le contenu pour les participants. Mais selon toi, que va apporter ton talk à tous les tech leaders qui seront présents le 2 et le 3 décembre? Quels sont les deux, trois messages forts que tu as envie de leur faire passer, peut-être, clés? Ce que j'espère, ce que je pense que ça va leur apporter, c'est du recul en fait. Un de mes grands apprentissages, ça a été quand tu travailles comme ça sur la systémique, sur du collectif, alors c'est déjà de se dire que je ne suis pas seule.

Généralement, quand tu es tech leader, tu as une équipe et tu as une équipe parce que tu as besoin d'avoir une équipe pour produire ce que tu dois produire. Donc la notion de comment tu vas... L'équipe va interagir, c'est clé en fait dans ce que tu vas obtenir comme résultat. Et ce truc de tu n'es pas seul, c'est vraiment comment... J'essaie pas de résoudre les problèmes tout seul, mais j'arrive vraiment à faire de la place pour tout le monde. Et comment aussi, je vois que je suis... Il n'y a pas les autres et moi, je fais partie du système. Et donc, quand ça bloque, parfois ça bloque. Disons que ce n'est peut-être pas aussi fluide que ça pourrait l'être, il y a de l'énergie qui est perdue, etc. C'est comment prendre conscience que ce n'est pas la faute, parfois, comprenant pourquoi chez moi c'est compliqué, et en entendant pourquoi c'est compliqué chez les autres, il y a quelque chose qui va devenir possible qu'il n'était pas avant. Donc de prendre du recul et d'avoir cette perspective du global, tu nous dis en fait. Exactement, cette perspective du global, exactement. Quand je suis coincée, j'ai l'impression que je ne vois pas la solution, il faut arriver à dézoomer, et ça on n'arrive pas à le faire tout seul.

Ça c'est une des grandes idées, et puis l'autre idée, parce que je parle de trauma collectif, et c'est quoi le lien, etc. C'est un peu de se dire qu'il n'y a pas le monde, les traumas collectifs, les guerres, tout ce qui se passe, et après quand je suis au boulot, je suis juste au boulot, et je suis performante et je ne fais que ça. Ça, c'est vrai partiellement. Là, l'idée, c'est d'ouvrir son champ, sa perspective, et pour se rendre compte que tout ce qui se passe dans le monde nous affecte et va affecter aussi les dynamiques dans l'équipe. Et même, moi, je vais beaucoup plus loin que ça, c'est ce qui s'est passé dans le passé nous affecte. Ça, c'est les notions de trauma, parce que tu as des traumas individuels. Ce qui m'est arrivé dans mon passé, et sans aller même parler de trauma, Juste la façon dont j'ai été élevée. Tu le portes. C'est surtout que ça va conditionner la façon de réagir à une situation donnée. À un événement donné, on ne réagit pas tous de la même manière. Et une grande partie ne vient pas de ce qui se passe dans le présent, mais il vient de comment j'ai appris. Est-ce que j'ai le droit d'exprimer de la colère ou pas? Est-ce qu'il faut absolument que les gens m'aiment ou pas? Il y a plein de choses qui ne sont pas conscientes souvent, mais qui vont conditionner nos réponses.

Ça, c'est sur la partie le développement individuel. Et donc, chaque fois que tu en prends conscience, tu peux récupérer de la liberté. C'est-à-dire que tu peux voir... qu'est-ce qui serait presque la chose que tu aurais pensé que c'était obligé de faire ? Et en fait, peut-être que tu n'es pas obligé, peut-être qu'il y a une autre réaction, tu peux tester autre chose, et tu récupères de la liberté, et tu redeviens plus capable d'agir par rapport à ce qui se passe en présent, et tu n'es pas conditionné par le passé. Et en fait, ça, l'idée importante que je veux amener, c'est qu'en fait, ça, il n'y a pas que juste ce qui m'est arrivé quand j'étais enfant. Parce que ce qui m'est arrivé quand j'étais enfant, ça vient de ce qui est arrivé à mes parents avant. Et ça vient de ce qui est arrivé à leurs parents avant. Donc ça, c'est le transgénérationnel. Et en général, ce qui est arrivé à tes parents, à nous, mais aussi à nos parents et aux parents avant, c'est ce qui s'est passé dans l'histoire. Tu regardes le siècle dernier, deux guerres mondiales, les guerres de décolonisation quand même, la guerre d'Algérie, on envoyait les conscrits en Algérie dans les années 30, trois ans là-bas. Donc ça a impacté énormément la société française. Et en fait, tout ça, quand il y a des choses qui ont été difficiles à vivre, et même presque on va être dans un déni sociétal en fait, c'est la première réaction et c'est tout à fait normal, c'est le mécanisme de protection.

On va le mettre de côté, sauf que ça va conditionner nos comportements et on ne va pas s'en rendre compte et on va être enferré dans des choses potentiellement. Donc plus j'arrive à mettre de la conscience dessus, plus je vais être libre. Après, pour faire des exemples peut-être plus concrets et montrer que les guerres, etc., quel impact ça peut avoir sur une entreprise aujourd'hui, on parle beaucoup d'inclusion, on parle beaucoup de... criarcas, sexisme, diversité. Et en fait, il y a aujourd'hui ce qui se passe, le comportement déplacé que je peux avoir par rapport à une femme. Mais en fait, c'est mettre ça en perspective. Sur le sexisme, ça vient d'une culture patriarcale, ça vient d'une culture où, dans les années, je crois que les femmes mariées ont pu avoir un compte en banque séparé en 70 et quelques. C'est assez récent. Il y a 50 ans, c'est l'époque de nos mères et après de nos grands-parents, où les femmes, elles dépendaient complètement des hommes pour survivre. Donc, elles ont appris à plaire à l'homme. Il y a plein de manières différentes de réagir à ça, mais il y avait une situation sociétale complète où les hommes et les femmes ont appris à interagir selon ces codes-là.

Aujourd'hui, on arrive à une époque où on commence à mettre de la conscience de dire« en fait, ce n'est peut-être pas complètement normal». C'est clair qu'il y a beaucoup d'évolutions qui se sont faites sur ces thématiques-là. En t'écoutant, je me rends compte que ton talk est très riche, il couvre beaucoup d'aspects. Encore une fois, on ne veut pas tout dire parce qu'on veut garder le meilleur pour les tech leaders. Peut-être en teaser, en appetizer, pourquoi voudrait-il ou devrait-il ou devrait-elle d'ailleurs venir t'écouter le 2 et le 3 décembre? Pour récupérer de la liberté dans les situations qui coincent. C'est presque un slogan, un côté accrocheur très très bien. Super. Est-ce que tu as envie de nous partager encore une dernière pépite, un dernier cadeau, comme tu viens de le faire généreusement pendant cette interview? Écoute, je n'ose pas, j'ai peur d'en avoir trop dit déjà. C'était parfait, ne t'inquiète pas. Si, peut-être une petite surprise. L'idée, c'est quand même aussi qu'ils repartent avec peut-être des choses activables. Que ce soit... pas juste un taux théorique, mais qui est peut-être une ou deux pratiques qu'ils peuvent après tester pour voir comment ça les aide à comprendre ce qui joue dans une situation et du coup à choisir une route un peu différente à chaque fois.

C'est intéressant ça parce que bien sûr on a parlé des guerres et de tout ce qui s'est passé dans les siècles précédents, mais aujourd'hui la situation est quand même tendue pour les tech leaders de la France, mais dans le monde entier on connaît les pressions économiques, on sait qu'il y a eu beaucoup de lay-off et tout ça c'est quand même aussi des traumatismes à savoir accompagner, entendre, gérer. Donc je suis très contente de savoir que tu vas leur donner des clés concrètes et pratiques pour les aider dans ces situations-là. Merci beaucoup pour cette conversation, Claude. J'aurais pu passer des heures à t'écouter parler, donc je pense que ça va être le cas de nos auditeurs. J'ai vraiment hâte de te retrouver à Tech.Rocks. Donc, on se retrouve tous à Tech.Rocks le 2 et 3 décembre 2024. Tenez ça dans vos agendas. Si vous n'avez pas encore vos places, c'est encore le moment. Donc, allez-y. Puis, bon été.