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Tech.Rocks Summit 2024
Une histoire de résilience
- Pauline Déroulède (French Wheelchair Tennis Champion, Revival)
Tech.Rocks Summit 2024 · 2 décembre 2024 · 51 min · en français
Résumé
Ancienne joueuse de tennis en club, Pauline Déroulède s'est mise au tennis fauteuil après un accident en 2018 : alors qu'elle était à l'arrêt sur son scooter, elle a été percutée par une voiture, ce qui a entraîné l'amputation de sa jambe et bouleversé sa vie. Toujours motivée par l'envie de se surpasser et de progresser, elle s'est reconstruite et a excellé dans sa nouvelle discipline. Son goût de la compétition s'est intensifié : elle a rapidement progressé au classement et intégré l'équipe de France. Ses objectifs sont ambitieux. Sur le plan sportif, elle suit un entraînement rigoureux pour viser une médaille aux Jeux paralympiques de Paris 2024 et le top 10 mondial. Sur le plan sociétal, elle milite pour faire évoluer la loi avec un test d'aptitude à la conduite obligatoire, qui aurait pu empêcher son accident. À partir de son expérience, elle explique comment se transcender après une épreuve, se fixer des objectifs et les atteindre.
L’essentiel
Pauline Déroulède raconte l’accident qui lui a coûté une jambe en 2018, sa reconstruction par le tennis fauteuil jusqu’aux Jeux paralympiques de Paris 2024, et son combat pour des visites médicales d’aptitude à la conduite.
Pour ouvrir une discussion d’équipe sur la résilience, les objectifs et le rôle de l’entourage face à un changement brutal.
Les idées clés
- Se fixer un objectif tout de suite. En salle de réveil, pour rassurer ses proches, elle leur annonce qu’elle fera les Jeux paralympiques de Paris en 2024 ; cette phrase devient le point de départ de l’objectif qui la tiendra ensuite. à 12:10
- S’entourer et accepter de repartir de zéro. Un champion paralympique lui présente le fauteuil comme « un outil de plus » ; avec sa coach, elle décide de cesser de se comparer à la joueuse qu’elle était debout et de faire table rase. Elle insiste : dans l’adversité, il faut bien s’entourer. à 25:31
- Donner du sens au drame. L’accident a été causé par un conducteur de 90 ans ; rencontré dans le cadre de la justice restaurative, il lui dit qu’il aurait respecté une loi s’il y en avait eu une. Depuis, elle milite pour des visites médicales, la France étant selon elle l’un des seuls pays à délivrer le permis à vie. à 29:15
Questions pour votre équipe
- Quel objectif clair pourrait aider notre équipe à traverser une période difficile ?
- Sur qui chacun de nous peut-il s’appuyer quand il est « dans le dur » ?
- Quelle ancienne façon de faire devrions-nous oublier pour progresser plus vite ?
Il s’agit d’un témoignage personnel en keynote d’ouverture, sans lien direct avec la technologie : la transposition aux équipes est laissée à l’auditeur. Les positions sur la sécurité routière sont celles d’une militante, sans chiffres.
Chapitres
Summary
A former club tennis player, Pauline Déroulède took up wheelchair tennis after an accident in 2018: while stationary on her scooter, she was hit by a car, which led to the amputation of her leg and turned her life upside down. Always driven by the desire to push herself and improve, she rebuilt her life and excelled in her new sport. Her taste for competition grew stronger: she quickly climbed the rankings and joined the French national team. Her goals are ambitious. In sport, she follows a rigorous training programme aiming for a medal at the Paris 2024 Paralympic Games and a place in the world top 10. In society, she campaigns for a change in the law to introduce a mandatory driving fitness test, which could have prevented her accident. Drawing on her experience, she explains how to rise above an ordeal, set goals and achieve them.
Thèmes : Impact & numérique responsable
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Philippe et Nathalie vous l'ont spécifié, c'est vrai que pour ouvrir cette nouvelle édition du Tech.Rocks, il nous fallait une histoire de résilience totale, vraiment totale. Une leçon de courage qui transcende les épreuves les plus dures. Et c'est vrai que nous avons l'honneur d'accueillir Pauline Desroulettes, une femme qui, à l'image d'une héroïne grecque, n'a pas courbé les chines face au destin, mais a choisi de le défier avec une détermination sans faille. Elle a été victime d'un accident qui aurait pu tout briser. Elle a transformé cette tragédie en un combat héroïque, renouant avec la vie, le sport et surtout la lumière. Elle aurait pu se laisser emporter, et bien non. Accueillons avec émotion et admiration Pauline Déroulède, symbole vivant de la force intérieure. Acte 1, scène 1. Ma chère Pauline, la parole est à vous. On peut tous parler de résilience, puisqu'on en fait tous l'expérience dans nos vies respectives.
Moi, je vais tâcher de vous parler de mon histoire personnelle, parce que j'ai dû faire l'expérience de cette fameuse résilience. J'étais... Une jeune fille épanouie, il y a 6-7 ans, établie professionnellement, je travaillais dans le domaine audiovisuel, j'adorais ce que je faisais. C'est très important d'aimer ce qu'on fait comme travail. Je ne vais pas vous dire le contraire, puisque c'est peut-être l'endroit où on passe le plus de temps, plus qu'en famille. Donc c'est important d'aimer ce qu'on fait. Et c'était mon cas. Je m'occupais des émissions de divertissement que vous pouvez voir sur TF1, M6, notamment des programmes comme The Voice, Ninja Warrior. Voilà, c'était vraiment un endroit dans lequel je me sentais bien. J'avais une super équipe. Ça aussi, c'est très important d'avoir une super équipe. Et ça a pris tout son sens par la suite, puisque j'avais un rythme très établi.
Je travaillais beaucoup et je faisais beaucoup de sport. Pour moi, c'était quelque chose de très important. C'était ma façon de m'exprimer, de tenir le coup aussi, de se réfréner de travail. Donc c'était une vie à mille à l'heure, avec toujours du sport dans la journée pour tenir le choc. J'étais amoureuse, ça aussi c'est très important. Et voilà, je ne savais pas ce que c'était les drames, les accidents. Alors bien sûr, j'avais connu des deuils à faire, on en connaît tous. Mais c'est vrai que j'ai toujours été privilégiée dans la vie, à l'abri de... Voilà, de l'adversité, des difficultés. J'ai jamais été à l'hôpital, j'ai jamais eu d'accident, j'ai jamais eu de jambes cassées. Voilà, j'avais beaucoup de chance, j'avais beaucoup de chance. Et puis, le 27 octobre 2018, c'était un samedi, journée assez ordinaire. Là encore, ça m'allait très bien, une vie ordinaire.
Et ça démarre par du sport. Comme je vous l'ai dit, c'était très important pour moi. Et c'était une belle journée. J'étais avec mon amoureuse. Et une fois qu'on a fait notre sport, chacun de notre côté, on se retrouve pour un déjeuner entre copines. Et je raconte ce détail puisque ça prend toute son importance par la suite. J'ai compris ce jour-là qu'on peut vraiment passer littéralement du rire aux larmes. Puisque j'ai eu... J'ai eu beaucoup de fourrir à se déjeuner. J'ai vraiment beaucoup rigolé. Et c'est vrai que c'était un joli moment. Et puis, vient le moment de se quitter. Le soir, j'allais rencontrer le frère de ma compagne, et donc un petit peu stressée, parce que c'est normal. Et de manière tout à fait ordinaire, on décide d'aller acheter des fleurs pour ne pas arriver les mains vides. Et je prends mon scooter, j'ai Tiffaine, mon amoureuse, derrière moi.
Et puis, il y a un premier feu rouge qui passe finalement au vert. Donc on décide de ne pas s'arrêter au fleuriste devant. Et puis on continue, le feu vert passe au rouge, voilà, on avance, et finalement, on prend la décision de s'arrêter au fleuriste qui est juste à côté de chez nous. Ça a son importance par la suite parce que des mini-décisions peuvent avoir des conséquences assez dramatiques. Donc après, avec le recul, on se refait le film. Parfois, c'est dur d'ailleurs de se refaire le film. Et donc finalement, je m'arrête devant ce fleuriste près de chez nous. Et là encore, je prends une décision. celle de ne pas accompagner Tiffen acheter des fleurs pour aller plus vite. Je me suis vraiment dit on va gagner du temps, je la laisse y aller, je me garde sur le trottoir, pour gagner du temps je garde mon casque et je l'attends. Et c'est drôle parce que J'en parle parce qu'on a quand même tous, je pense ici, des vies qui vont très très très très vite.
On essaye en permanence de gagner du temps. D'ailleurs, quand on en perd dans les bouchons, dans les transports, on râle. C'est normal, c'est pas agréable. Et puis, voilà, moi, j'avais envie de gagner du temps, j'avais envie d'aller vite. Donc je me suis dit, je ne vais pas l'accompagner, ça prend trop de temps, il va falloir que je descende de mon scooter, que j'enlève le casque, etc. Donc je la laisse y aller, je me gare sur le trottoir. Et je l'attends. Et puis au bout d'un certain temps, je ne la vois pas revenir. Je la perds de vue. Et donc je m'apprête à lui envoyer un message pour savoir où elle est, parce qu'on n'a pas le temps. Et là, c'est le trou noir, c'est le choc. L'instant d'après, je ne suis plus du tout au même endroit que là où j'étais sur le trottoir, mais dans une impasse, quelques mètres, beaucoup de mètres, plus loin. Et la scène, elle a complètement changé. Je suis par terre. J'ai la respiration coupée, vous savez, comme quand vous prenez un ballon dans le ventre, vous essayez de reprendre votre respiration.
Donc moi, c'est ça, je suis dans cet état. Et là, je comprends qu'il s'est passé un truc vraiment grave, puisque je suis, là encore, vraiment pas du tout au même endroit où je me trouvais. Et voilà, il s'est passé quelque chose. Il s'est passé quelque chose et je comprends tout de suite que ça va être important, ce qui va se passer par la suite. La première chose à laquelle je pense, c'est qu'il vient de se produire un attentat. Parce que malheureusement, aujourd'hui, c'est dans l'esprit commun. Et surtout, je ne pense pas du tout à autre chose à ce moment-là, parce que j'étais sur le trottoir, un endroit où on est censé être en sécurité. Donc je n'étais pas en circulation. Je me dis, voilà, ça ne peut que être une bombe qui a explosé, quelque chose de ce genre-là. Et ce qui est fou, c'est que je suis très, très lucide. J'ai vraiment les pensées qui fusent, presque un sang-froid implacable. Et je sens qu'il y a du monde qui s'affaire autour de moi déjà.
Je sens qu'on m'empêche de me relever, on me parle. Et je sens qu'il se passe notamment quelque chose vers le bas. Et j'ai envie de savoir, j'ai envie de comprendre. Donc je dois d'un grand coup de thorax. J'arrive à me dégager et là je vois qu'il me manque un bout de jambe. Et il faut savoir qu'à ce moment-là, ça va très vite parce que vous identifiez tout de suite la gravité de ce qui est en train de se passer. On se rappelle, moi, j'étais très privilégiée, j'avais les jambes cassées, j'avais peur de tout. Et surtout, je ne pensais que ça n'arrivait qu'aux autres. On le pense souvent parce que ça nous rassure de le penser. Et c'est bien normal. Moi, j'étais comme vous. Ça n'arrive qu'aux autres. Et là, ça m'arrive. Là, je vois l'image de ma jambe. Et je comprends tout de suite qu'il va y avoir un après. Et c'est vrai que ce moment-là, il est crucial parce que c'est très particulier. Je dois renoncer à celle que j'ai taillée il y a encore cinq minutes et me projeter vers l'après parce que je respire, je suis en vie.
Donc je ne peux pas lâcher. Et à ce moment-là, c'est très important d'être accompagné. Vous le savez, j'imagine. J'ai Tiffaine, ma compagne, qui me retrouve par terre. Et c'est vraiment elle qui me sauve, qui me maintient en vie à ce moment-là, en me disant qu'elle est là, que ça va aller. Et moi, j'ai qu'une obsession, c'est qu'on me recolle ma jambe. Je ne sais pas pourquoi, je me suis mis ça en tête. Le cerveau se protège certainement. Et je me dis, OK, avec la médecine, maintenant, on fait des trucs fous, on va y arriver. Et c'est vrai que je suis en boucle, je demande à tout le monde est-ce qu'on va brocoler ma jambe, dites-moi qu'on va brocoler ma jambe. Et j'avais besoin d'une réponse, en fait. Je suis emmenée à l'hôpital militaire de Persie. Je le saurai par la suite, mais je suis emmenée là-bas parce que c'est les meilleurs pour soigner le type de blessure que j'ai. Et le type de blessure que j'ai, une jambe arrachée, c'est comme une blessure de guerre.
Donc pour ça, je suis emmenée là-bas. Et je me souviens du trajet dans le camion de pompier où en fait, vous avez l'impression d'être là, mais vous n'êtes pas là. Vous sortez de votre corps pour vous protéger, là encore. Et c'est un cauchemar, en fait. Et vous vous dites, je vais me réveiller, je vais me réveiller. Et j'arrive à la suite. Et la première question que je pose, c'est, avant d'aller au premier bloc opératoire, au médecin qui est devant mon brocard, je lui dis, voilà, dites-moi qu'on va me recoller ma jambe. Est-ce qu'on va me recoller ma jambe? J'ai besoin de savoir. Et là, il me dit tout de suite, non, mademoiselle, ça ne va pas être possible. Donc, à la fois, il balaye cet espoir que j'avais, à la fois, il me donne une réponse. Et j'avais besoin de cette réponse. C'était important pour la suite, pour se projeter et surtout pour partir au premier bloc opératoire en sachant qu'on n'allait pas pouvoir me recoller ma jambe. Là, vous devez lâcher prise. Chose que je déteste faire, je ne sais pas si il y en a dans la salle qui aiment lâcher prise. Moi, c'est vrai que c'était compliqué, mais en même temps, je pars au bloc, on va m'anesthésier, on va sauver ce qui a sauvé, arrêter l'hémorragie, et c'est la machine à laver.
Et je me réveille quelques heures plus tard, Je suis en salle de réveil et là, les premiers visages que je vois, c'est celui de ma famille, de mon frère, de ma sœur, mon père, ma copine. Et c'est fou parce que la première pensée que j'ai, c'est de me dire, je suis contente de les voir. Ils ont arrêté ce qu'ils étaient en train de faire pour être là. Ça n'arrive jamais, ça, dans nos vies. Je veux dire, il faut vraiment un truc grave pour arrêter ce qu'on est en train de faire, les obligations professionnelles, etc., pour venir au chevet de quelqu'un. C'est vrai que je me dis, je suis trop contente qu'ils aient arrêté ce qu'ils étaient en train de faire pour être là. Je vois évidemment leur visage très inquiet. Et ça vous touche forcément quand vous voyez ceux que vous aimez être soucieux. Donc je me dis à ce moment-là, j'ai envie de les rassurer, j'ai envie de leur dire que ça va aller. Moi, à ce moment-là, je suis souriante parce que vraiment, je suis contente de les voir.
Et voilà, je les vois très inquiets et je me dis, OK, je vais vraiment essayer de les rassurer. Donc c'est eux qui me donnent envie de leur dire quelque chose. C'est la façon dont ils sont qui va provoquer cette phrase que je vais leur dire. Je vais leur dire, vous inquiétez pas, je vais faire les Jeux paralympiques de Paris en 2024. Et là, tout de suite, je sens un soulagement dans la pièce. OK, c'est bon, c'est toujours la même. Complètement taré. Mais en tout cas, je sens qu'il y a un truc qui se dit, OK, elle voit un après, elle se projette, elle parle des jeux. On connaît l'histoire d'amour que j'ai avec le sport depuis toujours. Donc quelque part, ce n'est pas vraiment déconnant, entre guillemets. Et moi, quand je m'entends dire cette phrase, ça va être le point de départ de l'objectif que je vais poser là, dans cette salle de réveil, et qui va me tenir par la suite.
Évidemment, je n'ai pas tout de suite pu faire les Jeux paralympiques de Paris en 2024. On était en 2018, fin 2018, donc. Et la route était encore très longue. Et c'est vrai que là, la période qui a suivi, elle a été extrêmement dure. J'oscillais entre les périodes d'euphorie, d'être en vie, de respirer, de me sentir privilégiée à nouveau quelque part, d'être encore là, d'avoir de l'amour, d'avoir énormément de visites, à tel point que les gens de l'hôpital avaient mis un panneau sur ma chambre, seulement cinq personnes dans la chambre. On était tout le temps 10. Et c'est vrai que je sens que j'ai de la chance. Mais en même temps, je suis hyper triste. Je suis hyper triste. C'est normal, parce que celle que j'étais avant, sur ces deux jambes, c'était tellement ma vie, le sport mon moteur, je me dis mais comment je vais faire dans cet état-là pour continuer à faire du sport, pour continuer de faire tout ce que je faisais avant?
Et quelques jours après l'accident, un soir de détresse, parce qu'il y en a eu, surtout le soir. Le soir, vous savez, quand la nuit tombe, c'est comme les enfants, ça les angoisse. Moi, j'étais redevenue une enfant. La luminosité baisse, les visites s'arrêtent, l'hôpital s'éteint. Et là, vous êtes seul avec vos angoisses, avec les réminiscences. Avec toute la nostalgie, finalement, et c'est ce qu'il faut affronter. Et c'est peut-être le plus dur. Et un soir, j'étais vraiment dans une grande détresse. Et là, on fait appeler le chef de service à l'époque, qui est de garde. Et je me souviens, il rentre dans ma chambre. Et tout de suite, je le vois arriver, la coupe militaire, Grand Gaillard, Taroun, avec le nom, ça impose. Et là, ça me calme direct. C'est-à-dire que j'arrête de pleurer, je le regarde et j'attends de voir ce qu'il va me dire. Et il me regarde. Il me dit « Ok, c'est vrai, il te manque quelque chose, je ne vais pas te mentir, mais dis-toi que tous les projets que tu avais, ils sont juste reportés.
» Il me dit« Ce qui t'arrive, c'est un détail. Et fais-nous confiance, obéis aux ordres, et tu verras après, tu iras en rééducation, fais-moi confiance, ça va te plaire. » Mais pour le moment, tu nous fais confiance et tu obéis aux ordres. Et il rajoute, tu es un de nos jeunes soldats. Et Taroun, il m'a aidée ce jour-là parce qu'il m'a parlé comme une des leurs, finalement. Et il a considéré ce qui m'était arrivé, mais c'est peut-être la première personne à vraiment me parler de l'après, de la projection de ce qu'elle allait être. Ma vie future, en tout cas le début de ma vie future. Et c'est vrai que là, à l'époque, j'étais dans le dur. J'étais hospitalisée, une anesthésie générale tous les deux jours, la machine à laver. C'était vraiment le moment où j'ai peut-être le plus subi. Pour moi, il n'y avait rien de pire. Non pas qu'il y ait des gens qui aiment subir, bien sûr, mais c'est vrai que pour moi, c'était très compliqué de ne pas avoir la possession de mon corps.
Moi qui faisais tellement de sport, je devais me laisser faire. Et j'ai dû traverser ces moments avec ma super équipe. Donc c'est évidemment l'entourage. La famille, les amis et aussi les soignants. J'en parle souvent parce que les soignants, ils font leur devoir. de soigner, d'être au chevet des malades. Mais moi, j'ai vu plus d'une fois les soignants sortir de leur rôle. C'est-à-dire, par exemple, le soir, rester à mon chevet jusqu'à ce que je m'endorme, me faire des massages, me détendre pour que je sois plus calme. Et ils m'ont vraiment, quelque part, sauvé la vie au même titre que ma famille, pour m'éviter de sombrer. Et ça a été vraiment... J'ai une reconnaissance infinie pour tous ces gens qui ont croisé ma route. qui, ironie du sort, je n'aurais jamais connue dans d'autres circonstances. Et c'est ce que j'aime appeler la beauté dans le drame. C'est-à-dire que voilà, moi, ce qui m'est arrivé, c'était un drame, mais j'ai fait des rencontres extraordinaires de gens d'une extrême qualité.
Et je ne les aurais jamais rencontrés, ces gens-là, dans d'autres circonstances, encore une fois. Donc il y a toujours du positif dans quelque chose de grave. Au bout de quatre mois, j'ai pu remarcher grâce à une prothèse super technologique, un genou intelligent. Et c'est vrai que ces premiers pas, je m'en souviendrai toute ma vie, on n'est pas censé se souvenir de ces premiers pas, mais ces premiers pas, ils ont une saveur particulière puisque c'est le moment où physiquement, je reprends le contrôle de ma vie, de mon corps, et la machine se remet en route quelque part. Et à partir de là, non seulement... Je réapprends à marcher, mais je recommence une période de réathlétisation. J'avais perdu 20 kilos, j'avais perdu tous mes muscles, tout ce travail finalement éphémère. On s'entraîne, on s'entraîne et puis d'un coup, il vous arrive un truc, vous n'êtes plus rien. Il faut tout recommencer.
Mais là, pour moi, c'était très important de tout recommencer, de tout refaire, en tout cas tâcher de refaire comme avant, malgré le handicap. Donc la rééducation a commencé. C'est beaucoup d'heures de kiné, on vous apprend à marcher. Donc en fait, la marche, c'est inné chez chacun d'entre vous. Mais moi, je devais mettre suffisamment de pression sur la prothèse pour que le jeu nous plie. Voilà, et c'est très particulier quand vous ne sentez pas l'appui. En tout cas, vous le sentez là, mais pas au niveau du pied. Et donc, voilà, des nouvelles proprioceptions à développer, enfin tout nouveau, avec quand même des militaires derrière vous, où c'est jamais bien, je vous le dis, les militaires, ils m'ont fait vivre un enfer, c'était jamais bien. Mais en même temps, cette exigence m'a permis d'aujourd'hui bien marcher et de faire presque tout comme avant. L'éducation se passe bien, le moral est meilleur parce que je suis dans l'action et que l'action, être dans l'action, moi ça m'aide.
Et je fais la rencontre. J'entends parler d'un jeune homme qui s'appelle Jean-Baptiste et on me dit il est dans ta... La chambre d'avant. Donc je me dis, c'est qui le mec qui est dans ma chambre? La 464, c'est ma chambre, d'accord? Et on me dit, tout de suite, on voit dans mon regard cette curiosité. Et mon infirmière, qui s'occupe désormais de lui, me dit, Pauline, je te préviens, va pas le voir. Vous n'êtes pas prêts, vous allez vous faire du mal. C'est un garçon qui ne veut voir personne, qui jette ses parents dehors, qui insulte tout le monde, il est intenable. Il a 20 ans. Il vient d'avoir un accident en opération extérieure, sauf que pour lui, c'est la honte parce qu'il a eu un accident de camion et qu'il n'a pas sauté sur une mine. Pour un militaire, sache que ce n'est pas l'accident rêvé. Ok? Très bien. Bon, en tous les cas, je retiens que ce garçon est très en colère, à tel point qu'il jette tout le monde de sa chambre.
Mais ça m'interpelle. Je me dis, je ne sais pas, j'ai un truc qui me dit, il faut que j'y aille. De toute façon, le mec est dans ma chambre, donc je vais au moins aller voir à quoi il ressemble. Et donc je désobéis aux ordres. J'ai toujours été rebelle. Et je vais dans la chambre et je rentre et ce garçon me voit. Il ne me jette pas dehors tout de suite, en tout cas. Il ne me jette pas. Je me dis OK, je continue. Et c'est vrai que je commence à lui parler. À lui dire, voilà, je suis passée par là, il y a encore quelques temps, mais là, tu vois, je suis en rééducation, c'est mieux, quoi. Enfin, voilà, là, t'es dans le plus dur. Et il me laisse, il m'écoute, et puis il finit par me dire, de toute façon, avec un regard très noir, il me dit de toute façon je vais rentrer chez moi, je vais prendre mon arme de service et je vais me tirer une balle dans la tête. Et là, moi à ce moment-là, je disjoncte, c'est-à-dire que ce qu'il me dit, ça provoque chez moi une colère, une surréaction.
Où je lui dis« mais t'es sérieux de me dire ça? » Je lui dis« mais là t'es en vie, tu respires, T'as de la chance, t'as des parents qui s'inquiètent, t'as des gens qui s'occupent de toi, mais jette-toi tout de suite par la fenêtre. Jette-toi tout de suite par la fenêtre. Si t'es en vie, c'est qu'il y a une raison. Ok, t'as perdu ton métier, ok, t'as perdu ta vie. Mais en fait, il y a un après. Il y a un après parce que t'es encore là. Je ne sais pas d'où ces mots sont sortis, mais c'est ce qui a provoqué chez moi, sa réaction a provoqué ça chez moi. Et en fait, j'arrive à le rattraper et je lui dis écoute, parce que le mec n'était jamais sorti de sa chambre évidemment, je lui dis ce soir, on va sortir prendre l'air, on va boire un coup, fumer une clope, je ne fume pas, ok c'est pas grave, on va sortir, ok. Mais non, non, non, il rechigne un peu, je lui dis non, non, mais tu te laisses faire en fait, tu n'as pas le choix. Et l'histoire, la suite, c'est que je suis revenue le soir et j'ai réussi à le faire sortir. Donc c'était là encore la beauté ou la drôlerie dans le drame. C'est qu'on a dû faire un Tetris pour entrer les deux fauteuils roulants dans l'ascenseur tout petit de l'hôpital pour arriver à descendre.
Et mon histoire avec Jean-Baptiste commençait à partir de là. Et il faut savoir que quelques temps après, ce garçon a repris vie un peu plus et qu'il a tenu à ce que je sois là pour ses premiers pas. Et c'est peut-être la première fois que j'ai été dans un rôle de transmission, comme on l'avait été pour moi quelques temps auparavant. Mais un espèce de passage de relais qui a commencé à opérer. Et cette mission profonde que j'ai eue en moi de devoir et de vouloir être... utile parce que ce qui m'était arrivé c'était dramatique c'était très négatif mais il fallait transformer ça tordre cette réalité en quelque chose d'autre c'était indispensable pour moi on est toujours en éducation je suis toujours en éducation et puis il ya quand même ce projet des jeux à à concrétiser, en tout cas à amorcer. Je vois qu'il y a un programme de détection organisé par le comité paralympique en vue de dénicher des espoirs justement pour les Jeux de 2024.
Et donc je postule à cette journée où il va y avoir des ateliers sportifs. Et la présence surtout de plusieurs fédérations de tous les sports pour permettre une rencontre, éventuellement qui débouchera à quelque chose. Donc je suis retenue à cette journée et je vais là-bas. Et très très vite, je suis alpaguée par la Fédération française de tennis qui me dit qu'ils connaissaient mon passif de bonne joueuse de tennis. Je ne faisais plus de compétition en tennis, mais je donnais des cours de tennis à des enfants pour maintenir un bon niveau. Et donc ils sont au courant, ils me vendent du rêve. Ils me vendent du rêve très clairement. Ils me disent avec le niveau que tu as, que tu avais, tu vas pouvoir faire une médaille au jeu. Il faut absolument que tu te mettes au tennis fauteuil. Là, j'entends le mot fauteuil. Je le savais, je savais que le tennis... C'était en fauteuil. Et là, c'est concret. Il y a les jeux, mais j'ai un blocage. J'ai un blocage psychologique avec le mot fauteuil.
Beaucoup de préjugés, je pense, que j'avais. Je ne voyais pas la dimension physique. Je voyais ça comme une régression. Et pour moi, c'était dur de faire un sport que j'avais toujours pratiqué debout, désormais en fauteuil. Même au niveau de la hauteur, vous descendez, en fait, vous voyez? Et donc moi, j'étais là, franchement, votre truc, là, je n'ai pas envie, quoi. Mais en même temps, le tennis, ça... toujours été mon sport. J'ai commencé à 7 ans, j'ai toujours joué, j'ai donné des cours, donc j'ai un bon niveau. Et voilà, ces jeux, il fallait les faire dans quelque chose. C'est vrai que de redémarrer à zéro un autre sport, ça aurait peut-être été mission impossible, ou alors peut-être juste plus dur. Et donc, ça me travaille. Et ils me sortent le tapis rouge. Après m'avoir vendu du rêve, de médaille, ils me disent« Ok, viens à Roland-Garros. On t'invite à Roland-Garros. On te présente Stéphane Houdet, grand champion paralympique. » Et là, la rencontre avec Stéphane, elle a été importante parce qu'on a toujours besoin, vous savez, je pense, dans la vie de modèle.
Et lui, il a vraiment joué un rôle de grand frère et de modèle parce qu'il avait le même handicap que moi, la même jambe. Il jouait au tennis avant. Et il m'a parlé, il m'a finalement, il m'a dit les mots que j'avais besoin d'entendre. Il m'a dit tu sais Pauline, ok c'est un fauteuil, mais ton fauteuil c'est un outil de plus comme ta raquette. Et nous on a de la chance, on arrive debout sur un cours et tu te mets dans le fauteuil qui est encore une fois un outil peut-être plus important que la raquette. Donc tu vas devoir apprendre à le maîtriser et puis tu repars debout. Et donc c'est vraiment, il m'a fait voir les choses avec une perspective différente de celle que j'imaginais. Et je me dis, bon, il faut quand même que j'essaye ce truc. Et je me suis fait violence et donc j'ai essayé avec les bonnes personnes à nouveau, le bon entourage et celle qui deviendra ma coach Aurélie. Et là, j'adhère tout de suite. J'ai l'impression de rejouer au tennis, mais avec une pratique différente, évidemment, un déplacement différent.
Et j'ai l'impression de retrouver des sensations de glisse dans le déplacement du fauteuil. Je ne sais pas si vous avez déjà vu des matchs. D'ailleurs, je vous attends tous à Roland-Garros en mai prochain. Et c'est vrai que je retrouve le sourire. Et donc là, je me dis OK, c'est parti. Et en septembre 2019, donc même pas un an après l'accident, je démarrais cette nouvelle vie. Voilà cette nouvelle vie avec ma coach. Et là encore, ça a été dur. J'ai dû faire face parce que ce n'était pas une partie de plaisir que de redémarrer à zéro un sport que j'avais bien pratiqué. Parce que même si le tennis fauteuil, ça reste du tennis, c'est quand même une pratique très, très différente. Et j'ai dû encaisser énormément de frustration, notamment en laissant passer la balle à droite, à gauche, en étant en permanence dans la comparaison avec avant. Avant, j'avais ces balles. Debout, je les ai, ces balles. Mais là, je ne suis plus debout, en fait. Je ne suis plus debout. Donc j'ai dû, à un moment donné, avec la bonne coach qui m'a accompagnée sur ce cheminement,
me dire« Ok Pauline, tu vas devoir déconstruire tout ce que tu savais d'avant du tennis pour pouvoir aller plus vite et parce que le temps est compté, tu as 5 ans devant toi. » Donc j'ai pris la décision de ne plus être en permanence dans cette comparaison, dans cette nostalgie et de faire table rase. Sauf que ce que je ne savais pas, c'est que ça a été... Finalement, la même chose pour toutes les premières fois qui ont suivi mon accident. La première fois que je vais dans l'eau avec la prothèse, mais surtout la première fois que je resquille avec une prothèse, c'est peut-être ce qui a été le plus difficile pour moi. Imaginez-vous être sur la neige sans sentir la neige. C'est quand même particulier. Ça a été très dur. J'ai failli abandonner, mais là encore, on m'a rattrapée. Les bonnes personnes, que ce soit ma famille, ma copine, m'ont rattrapée. On m'a dit« Pauline, on est là, vas-y». Et c'est vrai que ça a été précieux d'avoir une super équipe. Et je dis souvent que... Quand on est dans le dur, dans l'adversité, il faut bien s'entourer.
Il faut à la fois identifier ce qui nous fait du bien. Pour moi, ça a été le sport. Pour d'autres, ça peut être la musique ou la littérature. Peu importe, il faut identifier ce qui nous fait du bien avec la bonne team. Et c'est très important d'avoir une team. Moi, vraiment, c'est ce qui m'a sauvée. Et le sport, le meilleur outil de reconstruction dans ma vie. Je voulais vous parler aussi d'un autre combat que j'avais en parallèle de ça. Quand j'ai connu les circonstances de mon accident, parce que je n'en ai pas reparlé, Il s'agissait d'un monsieur très âgé qui manifestement a appuyé sur l'accélérateur au lieu du frein. Ce monsieur, il avait 90 ans et on était trois sur le trottoir. Il nous a fauchés, trois avec des graves blessures. On est tous restés en vie, heureusement. Mais voilà, il s'agissait d'un monsieur qui avait perdu le contrôle de sa voiture. Et quand on me dit ce qui s'est passé, le premier réflexe que j'ai, je me dis mais qu'est-ce que c'est bête.
Mais bien sûr, l'accident, le propre d'un accident, c'est injuste, c'est bête. Mais celui-là tout particulièrement, puisqu'il aurait pu être évité si une seule personne avait arrêté de conduire. Et à partir de là, ça chemine dans la tête et je me dis qu'il faut mener un combat. Il faut témoigner, il faut que ça n'arrive plus jamais à d'autres personnes. Là, ça devient une obsession chez moi. Je me dis que je veux donner du sens à ce qu'il n'en a pas. Et pour moi, en donner, c'est de faire en sorte que ça n'arrive pas à d'autres personnes. Pour moi, c'est trop tard, ma jambe ne repoussera pas, mais je ne supporterai pas que ça arrive à d'autres personnes. Et donc, en parallèle de l'hospitalisation, surtout de la rééducation, parce que les quatre premiers mois, je n'étais pas super en forme. Mais quand je commence la rééducation et littéralement quand je me remets debout, je démarre ce combat, un combat médiatique dans un premier temps. Je me souviens, j'étais sur mon lit d'hôpital et j'entends le ministre de l'Intérieur de l'époque, Christophe Castaner, dire« oui, oui, réagir à l'accident qui venait de se produire» en disant« c'est malheureux, mais c'est la responsabilité individuelle et celle des familles».
Et moi, je suis sur mon lit d'hôpital, j'entends ça, je me dis que ce n'est pas satisfaisant comme réponse. C'est-à-dire qu'en fait, c'est soi-même, on doit se dire« Ok, j'arrête». C'est hyper facile de dire ça, vraiment. Ou alors, on doit compter sur la famille et du coup, c'est eux qui ont le mauvais rôle de nous faire arrêter de conduire. Je me dis que ce n'est pas possible, ce n'est pas possible. On est tellement investi sur les questions de sécurité routière en France, que ce soit pour l'alcool au volant, le portable au volant. Comment ne pas commencer par la base et contrôler sur un plan médical les personnes qui peuvent être dangereuses, qui peuvent ne plus avoir leur réflexe, etc. Et donc, ce combat commence à partir de ce moment-là. Je recroiserai plus tard complètement par hasard Christophe Castaner qui me recevra. Et ce travail de l'ombre a démarré en rencontrant beaucoup de personnalités politiques. C'est un long combat qui continue encore aujourd'hui et qui dépend évidemment de la stabilité de notre gouvernement. Par les temps qui courent, c'est compliqué. Il y a toujours eu un truc, mais c'est le jeu.
Mais en tout cas, les mentalités ont évolué depuis six ans. Les mentalités ont évolué parce que moi, quand j'ai démarré ce combat, je me suis vraiment confrontée à... À des personnalités politiques qui étaient toutes, qui sont toutes d'accord en off pour dire mais oui c'est censé, il faut une visite médicale au cours de la vie, avec une fréquence plus régulière à partir d'un certain âge, parce qu'on sait que l'âge peut altérer effectivement les capacités cognitives, physiques, sensorielles. Oui, oui, c'est voilà, mais derrière il ne se passe rien, c'est-à-dire qu'il y a un manque de courage politique. Et ça demande une énergie folle pour avoir parfois le courage pour deux, si je puis dire. Mais on a eu des moments, je dis on, parce que derrière, j'ai des gens maintenant qui sont avec moi, qui me soutiennent. C'est très important, là encore, d'avoir une équipe. Et c'est vrai qu'un peu malgré moi, depuis ce combat, que je mène ce combat, je reçois énormément de messages. Qui à chaque fois me touchent, des gens qui se livrent, qui me livrent leur histoire de vie, soient victimes d'un accident.
soit famille de conducteurs impuissantes. Et là encore, depuis que je reçois tous ces messages, je me sens investie d'une mission. Il faut que je sois utile, il faut que je participe à aider ceux qui en ont besoin. Je me rends compte qu'il y a des victimes de l'ombre. Dont on ne parle pas, et qu'il faut en parler. Et ça, c'est très important. Les victimes de l'ombre, c'est des victimes directes, entre guillemets, comme moi, qui peut-être n'ont pas eu tout de suite la force, le bon entourage pour se relever. Et aussi les victimes, je dirais, indirectes. Je prends l'exemple souvent de ma compagne, Tiffen, qui n'a pas été touchée physiquement, heureusement, dans l'accident, mais qui était plus que là sur les lieux d'accident et qui, sur le plan psy, a été profondément traumatisée puisqu'elle a vu une scène de guerre avec des choses que personne n'a envie de voir finalement, que moi-même je n'ai pas vu puisque j'étais par terre. Et ça, c'est des traumatismes. Ça, c'est des choses qu'il faut soigner par la suite. Et derrière, elle a quand même accompagné une personne, moi, handicapée au quotidien.
Et c'est vrai qu'il y a beaucoup de gens dans cette situation d'aidant. Vous savez, on en a parlé il n'y a pas si longtemps, les fameux aidants. Et c'est vrai que moi, depuis, j'essaye de mettre en lumière toutes ces personnes-là et de dire voilà, un accident comme le mien, il aurait pu être évité si une seule personne avait arrêté de conduire. Et tout l'entourage aussi. Parce que quand vous avez un accident, victime ou responsable, ça a un retentissement sur toute la sphère autour de vous. Dans le cadre de ce combat, j'ai voulu rencontrer le conducteur qui m'a pris ma jambe. C'était très important pour moi de construire constructif, de ne pas rester dans la colère, parce que j'ai été en colère dans les deux premières années notamment. La colère, ça sert parce que c'est un moteur, donc ça m'a fait aller vite, ça c'est sûr. Mais au bout d'un moment, ça arrange, c'est pas bien. Ce n'est pas bien pour l'entourage aussi qui vous sent en colère. Et je savais que cet échange avec ce conducteur serait très important. J'ai réussi à l'obtenir dans le cadre de ce qu'on appelle la justice restaurative.
Pour ceux qui en ont entendu parler, c'est un très bon film qui est sorti qui s'appelle« Je verrai toujours vos visages». Qui parle de la justice restaurative, qui permet d'avoir une médiation entre les deux parties, en dehors du cadre judiciaire. Donc j'ai pu avoir cet échange avec ce monsieur par téléphone dans un premier temps, puisqu'il ne voulait pas me voir handicapée. Et pour moi, déjà, avant de lui parler, c'était compliqué parce que moi, je voulais voir ce monsieur en vrai. Je voulais qu'il voit mon visage. Je voulais voir son visage. Je voulais mettre un visage, en fait, sur celui qui me hantait et celui qui m'a pris ma jambe. Et j'avais en tête, quand on commence le coup de fil, que j'allais réussir à le convaincre. De basculer en appel vidéo. Et c'est ce que j'ai réussi à faire, d'ailleurs. Et ça a été un moment très, très fort. Très, très fort parce que c'est un échange entre deux êtres humains, en dehors de la procédure judiciaire, qui déshumanise souvent les parties. Et j'ai tout de suite vu que ce monsieur, il était anéanti par ce qu'il avait fait.
Ça aurait pu être mon grand-père. Il était meurtri. Il ne supportait pas. C'est d'ailleurs pour ça qu'il ne voulait pas me voir en vrai. Parce qu'il me dit, moi, je suis un... un assassin à cause de moi vous êtes handicapé et à un moment donné c'est moi qui lui dis mais non je suis pas morte c'était un échange assez lunaire mais finalement très humain et ce monsieur me raconte son histoire et je comprends à qui j'ai affaire je comprends que j'ai affaire à un conducteur Un monsieur qui a été exemplaire toute sa vie, un conducteur qui a toujours respecté le code de la route, qui a conduit énormément dans le cadre de son travail, qui a fait beaucoup de déplacements. Et c'est quelqu'un de responsable. Ce n'est pas un irresponsable, ce n'est pas un délinquant de la route. Et il me dit ces mots très forts, il me dit« je savais que je n'étais plus capable de conduire, j'avais prévu d'arrêter, mais c'est dur de renoncer à cette autonomie-là, ce que représente la voiture. » Et s'il y avait une loi, je l'aurais respectée.
Il me dit ça. Et je le crois. Je le crois et je l'ai cru. Et là, j'ai compris. Je me suis dit« Ok, ce monsieur, il a été victime de lui-même. Et s'il y avait eu un cadre légal, il aurait respecté ce cadre légal. » Et donc depuis, je me bats pour la mise en place de visites médicales dans notre pays, parce qu'on est un des seuls pays à avoir le permis de conduire à vie. Et quelque part, c'est peut-être naïf de ma part, mais j'ai une confiance inébranlable dans le fait qu'on y arrivera, puisque pour moi, ce n'est pas mon combat, c'est le nôtre à tous, parce que l'enjeu, évidemment, c'est de sauver des vies. Donc ça, c'était la partie sécurité routière. On revient au tennis quand même, parce que... Vous vous demandez si j'ai pu faire les jeux. Au début, ça a été dur, mais j'avais besoin de savoir si j'étais légitime, si j'avais le niveau. Et rapidement, c'est vrai que je gagne mon premier titre de championne de France, le deuxième, le troisième. Et surtout, au niveau international, je gravis des échelons, je démarre très, très loin.
Et j'atteins mon meilleur classement, 13e mondial. Et surtout, ça, c'est la cerise sur le gâteau que je n'avais pas prévu de vivre. Je participe à mon premier grand chelem. l'US Open. Et par la suite, j'ai fait évidemment d'autres grands chelèmes, l'Australian, Roland-Garros. Il y a seulement Wimbledon que je n'ai pas fait parce que nous, en tennis fauteuil, c'est des tableaux tout petits. C'est seulement le top 7 mondial. Et Wimbledon, jusqu'à l'année dernière, c'était seulement le top 8 mondial. Donc c'est le prochain objectif. Mais voilà, finalement, je me mets à vivre des choses extraordinaires que je ne pensais pas vivre. Et surtout, je me dis que je suis légitime. Donc maintenant, l'objectif, ça va être d'attraper une médaille. Je veux une médaille au jeu. On est été 2024 et ça fait quasiment 5 ans que je me suis entraînée. Je vais faire les Jeux paralympiques de 2024. Et je rentre sur le central de Roland-Garros et c'est un moment que je n'oublierai jamais parce qu'il y avait une ambiance incroyable, incroyable, incroyable, portée par les gens.
Peut-être que vous avez pu vivre ces Jeux. Je pense que ça a été une fête pour tout le monde. C'était quelque chose que je n'oublierai jamais. Malheureusement, sur le plan sportif, ça ne s'est pas passé comme prévu. J'ai vite perdu contre une joueuse redoutable 5e mondiale. Et je m'étais dit, si je n'ai pas de médaille au jeu, c'est un échec, je vais m'écrouler, je vais m'effondrer. Après cette course effrénée de cinq années où j'ai dû tout apprendre en accéléré. Mais mon préparateur mental avait bien bossé puisqu'il m'avait quand même dit tout miser sur une médaille. C'est un peu dangereux, Pauline, on va bosser deux, trois trucs. Et finalement, quand je perds, je sors du cours et j'ai l'impression d'avoir gagné. J'ai l'impression d'avoir gagné quelque chose, d'avoir convaincu les gens. Voilà, une magie qui opère. Et je me retrouve dans les allées de Roland-Garros. Et il y a du monde qui sort de mon cours, 200, 300 personnes. Et là, j'ai le droit à une marseillaise. Et cette marseillaise et le pouvoir des autres, l'énergie que j'ai reçue, m'a donné sur le moment envie de leur dire rendez-vous à Los Angeles en 2028.
Merci beaucoup. C'est toute petite. Merci beaucoup. On avait dit qu'on allait démarrer fort cette première journée du Tech.Rocks Summit. Pauline, si vous voulez bien vous joindre éventuellement à moi pour 10 petites minutes de... J'ai respecté le timing. À fond! C'est ça, sportifs de haut niveau, on a des objectifs, c'est clair, on les assume pleinement. Donc nous avons la chance d'avoir Pauline encore avec nous pour 10 minutes de questions. J'imagine qu'il y en a quelques-unes dans la salle. Alors les consignes déjà, premièrement, on rallume. Je sais que vous êtes très déçus que je n'ai pas gardé cette robe, je le sais. C'est clair.
Mais d'autres surprises seront prévues dans la journée d'aujourd'hui et de demain. Alors, les consignes sont assez claires pour les questions. Donc, n'hésitez pas à lever la main, d'attendre qu'on vienne près de vous et de vous lever pour qu'on puisse bien vous identifier lors de vos questions. Alors, qui se lance? Il n'y a pas de questions à vous. Vous pouvez poser toutes les questions que vous voulez. Ah, là, quatrième, cinquième rang. Un micro arrive près de vous. Déclinez votre identité. Bonjour Pauline, merci pour cette présentation. Je m'appelle Evelyne. Je me lance pour la première question. Vous avez parlé beaucoup de la résilience sur toute votre préparation. Je pense qu'il y a un autre point de la résilience, votre vie quotidienne. Que vous n'avez pas abordé mais que vous devez sans doute défendre très régulièrement, c'est la position des personnes handicapées dans la ville pour se déplacer dans le métro, dans le RER. La fameuse accessibilité universelle. Effectivement, bien sûr, bien sûr, merci de la question.
Moi, j'ai vécu 27 ans debout, donc personne valide. Ça fait seulement 6 ans que je suis en situation de handicap et j'ai découvert un monde que je n'imaginais pas. Je pense que la question de l'accessibilité, jusqu'à pas si longtemps, on se la posait uniquement quand on est parent, par exemple, avec une histoire de poussette. La question se pose. Et c'est vrai que du fait d'évoluer maintenant dans un milieu avec des personnes en situation de handicap, avec un handicap plus lourd que le mien, par exemple, être en fauteuil au quotidien, ce qui n'est pas mon cas, je me rends compte de la réalité dans laquelle on vit, effectivement. Et ça a ouvert ma vision, ma façon de voir notre monde, notre société. Et effectivement, je ne vais pas mentir, on est très en retard. Il y a une culture du handicap dans notre pays qui est vraiment très en retard par rapport aux autres nations. En plus, en tant que sportive, je voyage. Je côtoie des étrangers, je vois le pays là où je vais, c'est pas du tout la même approche. Mais je suis vraiment de nature positive et j'essaye à mon niveau de participer à changer le regard.
Moi-même, j'ai dû affronter ce regard. Une prothèse, ça se voit visuellement. Vous ne pouvez pas la rater. Et en fait, j'ai constaté que plus j'essayais de porter cette prothèse avec assurance, plus je renvoyais finalement un signal de confiance, même si au début, ce n'était pas forcément évident. Et qu'en fait, les gens, tout de suite, ils passaient à autre chose. Et que je pense qu'il faut être plutôt dans la pédagogie, d'éduquer. Notamment les futurs adultes de demain, les enfants. Moi, c'est vrai que dès que je peux, d'aller dans les écoles et de tout casser, les barrières, montrer la prothèse, tout expliquer, en fait, on se rend compte que les enfants, vous les cueillez là, vous leur expliquez deux secondes, mais en fait, eux, ils passent tout de suite à la partie sport, autre chose. Mais c'est vrai que, pour revenir à la question initiale, l'accessibilité, on est très en retard. Et je pense que les jeux ont malgré tout participé à donner un coup de pouce dans les réflexions, dans la façon dont on peut regarder le handicap.
Il y a tellement de formes de handicap. 80% du handicap est invisible. Il faut quand même se le rappeler. Et je pense que les personnes porteuses d'un handicap sont dans une démarche de vouloir expliquer, de vouloir parler de leur handicap. sans pour autant dire que finalement ça ne les handicap pas au sens propre du terme. En fait c'est fou, moi je peux vous en parler parce que ça fait 6 ans, comment les personnes en situation de handicap arrivent à développer des capacités incroyables pour esquiver finalement leur handicap et du coup ce n'est pas un frein, c'est vraiment pas un frein puisque Voilà, on n'a pas le choix. Une personne en fauteuil, pour elle, ce n'est pas un frein d'être en fauteuil. Seulement, ça peut le devenir quand il y a cinq marches et qu'il n'y a aucun moyen de rentrer dans la salle. Et en fait, c'est la société qui lui renvoie ce frein. C'est pour ça qu'aujourd'hui, la société doit évoluer et qu'on a tous notre rôle à jouer. Dans la façon de démocratiser le handicap, de sensibiliser autour de nous.
Et pour ça, c'est vraiment un combat, je dirais, collectif, parce que ça nous concerne tous, finalement, l'accessibilité. J'en parlais en introduction, ne serait-ce que quand on est parent, avec une poussette. Donc je pense qu'on est sur la bonne voie, même si ça fait des siècles qu'on se construit. Sans penser à l'accessibilité, mais je garde espoir et je pense qu'on y arrivera. De toute façon, on n'a pas le choix. Et Pauline, si on revient sur les Jeux Olympiques, parce que c'est vrai que vous le disiez, il y a eu un retentissement incroyable autour pour la cause des personnes en situation de handicap. Est-ce que vous avez des petites infos sur qu'est-ce que le gouvernement ou potentiellement un comité olympique va faire de cet engouement qu'il y a eu en France autour de ces Jeux qui étaient... particulièrement brillant. Le fameux héritage. Vaste mot. Le gouvernement, pour l'instant, il n'y a pas grand-chose. Il n'est pas en posture de le faire. Mais moi, ce que je sais à mon niveau, c'est que le programme de détection par lequel j'ai commencé ma carrière va continuer, va perdurer.
Voilà, c'est indéniable. Le sport peut reconstruire, aide à reconstruire et au plus haut niveau. Donc ces programmes-là, ils vont continuer d'exister pour des jeunes, peut-être de se reconstruire dans le sport. Ça, c'est très important. Moi, je pense que tant qu'il y a cette existence de programme par le sport, la reconstruction par le sport, pas forcément au plus haut niveau, ça peut vraiment sauver énormément de gens et notamment l'accessibilité dans tous les clubs. Aujourd'hui mon rêve c'est que un petit garçon ou une petite fille qui va faire du tennis fauteuil, il franchisse la porte de n'importe quel club de tennis et qu'il puisse faire sa pratique, qu'il puisse rentrer sans problème, qu'il puisse avoir le bon enseignant qui soit formé pour sa pratique On n'y est pas encore, mais c'est évidemment l'ambition. Je pense qu'on a vu l'effet des Jeux. Je pense qu'il y a, j'imagine, des programmes qui se préparent de la part du gouvernement. En tout cas, il faut continuer d'investir ce sujet-là. Et puis, la responsabilité des athlètes, de partout où ils passent, d'en parler, de conseiller.
Moi, je pense que, encore une fois, c'est le combat de tous. Après, il est trop tôt pour parler de l'héritage des Jeux. On est encore, finalement... en post-jeu. Je pense que l'année prochaine, on pourra voir ce qui a été fait ou plus fait. Ou être exigeant, justement, pour qu'il y ait une prolongation et que ce soit fait. Bien sûr. On a encore trois minutes à une question au premier rang. Je vous reconnais, monsieur Philippe, du comité contenu. Alors, un micro arrive. Comment vous appelez-vous, mademoiselle? Oui, Amélie. Donc on a la chance d'avoir Amélie qui distribue les micros aussi. Merci Pauline, c'était incroyable comme témoignage. Moi, il y a une partie sur laquelle j'aimerais bien que tu reviennes, notamment quand tu as parlé de déconstruction face à l'inconnu, à la perte de repères. Alors tous les contextes sont différents, mais finalement, est-ce qu'il y a quelques tips ou quelques trucs que tu pourrais nous partager et qui t'ont aidé? Oui, ça peut tous nous arriver. Merci pour la question. Alors, je l'ai dit, moi, je pense que déjà, il ne faut pas le faire seul.
Il faut être entouré. Vraiment, j'ai parlé beaucoup d'entourage, d'esprit d'équipe. Vous, dans vos métiers respectifs, je pense qu'il faut en faire. Vous en faites l'expérience déjà. Et vraiment, se reposer là-dessus seul, c'est presque impossible. Honnêtement, je ne connais personne qui a réussi à s'en sortir seul. Et je pense que pour déconstruire, finalement, quand on est dans l'inconnu, il faut arrêter dans la comparaison. On a souvent ce réflexe à comparer, à regarder derrière, en fait. Moi, j'ai eu la chance d'avoir quelqu'un qui m'a dit« Attends, oublie, fais comme si tout... et concentre-toi sur là ce que tu es en train de faire. En fait, il faut se mettre dans la peau d'un débutant, mais c'est pour la bonne cause. Parce qu'évidemment, débutante, je ne suis pas restée éternellement. J'ai été débutante un tout petit temps en tennis fauteuil, mais ça m'a permis de devenir athlète très rapidement. Donc en fait, quand on regarde l'objectif, Le jeu en vaut la chandelle. Donc il faut accepter vraiment avec le bon entourage de se dire, OK, je vais faire table rase, je vais redémarrer à zéro, quelque chose que j'ai toujours maîtrisé, je vais oublier.
que je l'ai maîtrisé, et ça va me permettre d'aller encore plus vite. Le chemin va être plus rapide, parce que si je lutte, je résiste à déconstruire ce que je ne connais pas, je n'y arriverai pas, tout simplement. Je pense que si j'avais résisté, je serais restée dans la frustration, dans la comparaison en permanence, je n'aurais pas pu avoir la route que j'ai prise, la trajectoire que j'ai prise. rapide, parce que là encore, le temps était compté pour moi. Merci infiniment, Pauline, d'avoir ouvert cette grande journée. Merci à vous. Merci, j'étais ravie. Merci beaucoup. Merci beaucoup. Merci à vous. Par la barre. Merci beaucoup. Une salve d'applaudissements pour Pauline Déroulède.
