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Podcast Tech.Rocks
Le voice cloning
- Frédéric Amadu (CTO, Ircam Amplify)
- Guillaume Postaire (Media Factory Director, France Télévisions) — interview
Podcast Tech.Rocks · 30 novembre 2023 · 27 min · en français
Résumé
Épisode de la série du podcast Tech.Rocks consacrée aux speakers du Tech.Rocks Summit 2023. Le voice cloning, vous connaissez ? Frédéric Amadu, CTO d'Ircam Amplify et spécialiste du clonage vocal assisté par IA, en dévoile les secrets. Ingénieur de formation, il a accompagné pendant 17 ans les innovations d'Arkamys, devenu leader du traitement du signal et des solutions audio embarquées, où il a été responsable de l'innovation puis CTO. Il est à l'origine de plus d'une dizaine de brevets majeurs dans le domaine. Il partage son parcours, ses missions chez Ircam Amplify et sa passion pour la musique et l'innovation.
Summary
An episode of the Tech.Rocks podcast series featuring Tech.Rocks Summit 2023 speakers. Ever heard of voice cloning? Frédéric Amadu, CTO of Ircam Amplify and a specialist in AI-assisted voice cloning, reveals its secrets. An engineer by training, he spent 17 years driving innovation at Arkamys, which became a leader in signal processing and embedded audio solutions, first as head of innovation and then as CTO. He is behind more than ten major patents in the field. He talks about his career, his role at Ircam Amplify and his passion for music and innovation.
Thèmes : IA
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Je visite l'IRCAM quand j'ai 15 ans, 14-15 ans. Et finalement, quand j'ai visité son rôle, je me suis dit, en fait, on peut faire un métier autour du son. J'essaie toujours de trouver un petit peu de temps pour continuer à écrire du code parce qu'écrire du code lié au son, c'est vraiment quelque chose qui me plaît énormément. J'ai toujours été, sans le savoir, j'ai toujours été dans une agilité à 200%. Et c'est vraiment comme ça que je conçois tout le métier autour de ces technologies. Bonjour et bienvenue dans ce nouveau podcast de Tech.Rocks, le podcast des Tech Leaders. Et aujourd'hui, on est dans la série spécifique qui parle du Summit 2023. Je suis Guillaume Postaire, directeur de la Media Factory de France Télévisions. Et j'accueille aujourd'hui Frédéric Amadu de l'IRCAM Amplify, qui va nous parler de son talk et de son parcours. Bonjour à tous, je suis Frédéric Amadu, directeur technique chez Ircam Amplify. Ircam Amplify, c'est une entreprise qui existe depuis 4-5 ans maintenant.
On est 20-30 personnes. Quand je suis arrivé il y a 3 ans, on était 4 ou 5. Ça grossit assez vite. Et notre métier, c'est que nous sommes experts du son, du son numérique, c'est-à-dire de tout ce qui va être enregistrement et diffusion du son. Donc tout ce qui est un micro, tout ce qui est un haut-parleur, c'est des choses qui vont nous intéresser. Et on travaille aussi beaucoup avec l'industrie musicale, tous les créateurs de contenu, artistes, maisons de disques, labels. La particularité de cette entreprise, Ircam Amplify, dans son nom, il y a Ircam, Yerkam, c'est un laboratoire d'État qui existe depuis les années 70, qui a été créé par Pierre Boulez. En fait, ça a été construit en même temps que le Centre Pompidou. Ça fait vraiment une partie du Centre Pompidou, mais qui est dédiée à la musique et à la création, la composition. C'est vraiment le pendant musical de tout ce qu'on fait au Centre Pompidou et qui est venu interroger. les artistes dans le renouveau de la culture, comment le son peut faire partie de ça.
Donc c'est tout ce qui est dans la branche de la musique contemporaine, musique exploratoire et ce genre de choses. Alors dans ce laboratoire, il y a une autre particularité, c'est qu'il n'est pas rattaché au ministère de l'Industrie, mais il est rattaché au ministère de la Culture, parce que leur mission première, c'est de créer des outils pour des artistes qui viennent en résidence. Donc en fait, dans ce laboratoire, on le retrouve à la fois avec des artistes, des compositeurs, des acousticiens et bien sûr des chercheurs. Et c'est tout cet écosystème qui va venir créer des nouvelles choses, créer de nouvelles technologies et faire avancer la recherche sur tout ce qui touche le son, la musique et l'acoustique. Et la mission de IRCAM Amplify, qui est vraiment une société à part entière, on ne fait pas directement partie du laboratoire, mais on est le sas d'entrée pour tout industriel qui voudrait utiliser des technologies venant de l'IRCAM, finalement passe par IRCAM Amplify. Aussi, chez IRCAM Amplify, nous, on construit des lignes produits qui vont venir atterrir sur des marchés qui ont été ciblés, évalués à l'avance. Donc, tout l'enjeu, c'est d'accélérer la mise sur le marché d'un résultat de recherche en le transformant, en le modifiant et en créant vraiment des lignes produits sur ces résultats de recherche.
Ce que tu dis là sur le ministère de la Culture, c'est effectivement quelque chose qui m'a choqué quand on a pris contact. Parce que moi je m'attendais à ce que l'IRCAM soit quelque chose de très drivé par le scientifique, et en fait vous appartenez à un musée, et c'est ça qui est assez drôle, et qui en fait je pense fait de l'IRCAM quelque chose de très oriental. C'est un métier qui est très important. Alors tu nous as dit que tu avais accompagné la croissance de Ircam Amplify. Aujourd'hui, la taille de ton équipe, ça va être combien de personnes? C'est entre 15 et 20 personnes, qui est l'équipe que j'ai complètement constituée, parce que quand je suis arrivé il y a trois ans, il n'y avait personne en technique. Mon premier rôle, ça a été de constituer une équipe pour venir accompagner cette transformation de la recherche vers du produit. Et après, le reste, c'est les équipes de communication, marketing, produits, chefs de projet et équipes de vente. D'accord. Donc, tu as vraiment l'incarnation du D de R&D, en fait. Chez toi, ça se voit, en fait. Oui, exactement. Et le laboratoire, une particularité, c'est qu'on est l'équipe technique qui fait cette transformation, 15-20 personnes, et le laboratoire, c'est 150 chercheurs.
Depuis 40 ans. Donc on a un coffre à jouets monumental qui a un peu un puits sans fond et tout notre challenge c'est de trier tout ça pour choisir la bonne pépite à faire briller. Et alors justement quand tu parles de pépite là, il y a le discours de Charles de Gaulle de l'appel du 18 juin sur lequel a été impliqué donc l'IRCAM. Et j'imagine Ircam Amplify aussi. Oui, tout à fait, oui. Et donc ça, ça fait partie des pépites que vous faites et que tu essayes de sortir de tout ce qui est produit par l'IRCAM? Oui, effectivement. Ce sujet, c'est le journal Le Monde qui est venu nous voir, qui avait ce projet fou de vouloir, j'allais dire, recréer l'appel du 18 juin, parce que dans ton reportage, le journaliste s'est rendu compte que, L'audio que l'on connaît de l'appel du général de Gaulle date du 22, et pas du 18, parce que le 18, finalement, il y a eu peu de monde qui était derrière sa radio, et il n'y a pas eu d'enregistrement. Donc ils avaient retrouvé le texte, et ils voulaient que ce texte soit lu par la vraie voix du général de Gaulle. Il se trouve que l'IRCAM, pour des raisons artistiques, c'est vrai que ce n'était pas du tout ça le but de la manœuvre à l'origine.
L'IRCAM a créé une technologie qui permet de faire du clonage de voix. C'est-à-dire qu'on enregistre la voix d'un acteur. On a des enregistrements de la voix du général de Gaulle et un système d'intelligence artificielle qui a été créé qui permet de morfer la voix de l'un vers l'autre. Donc on garde toute l'intonation de l'acteur. C'est l'acteur qui porte l'émotion, toutes les locutions du discours. Et on vient modifier son timbre, c'est-à-dire ce qui fait l'identité de la personne. On vient lui appliquer la voix de quelqu'un d'autre. Et donc dans ce cas-là, la voix du général de Gaulle. C'était vraiment une collaboration avec les chercheurs de l'IRCAM parce que la technologie était naissante, elle n'était limite pas finie au moment où le monde nous a consultés. Donc le travail d'IRCAM Amplify sur le sujet, ça a été de travailler avec le monde pour définir quels enregistrements il fallait prendre et puis trouver un acteur et diriger l'acteur pour qu'on soit dans les meilleures conditions possibles. Ensuite, cette matière-là, on l'a donnée aux chercheurs de l'IRCAM qui ont refait tourner un apprentissage pour avoir le résultat qu'on a là.
Mais ça fait... Alors, on avait eu une autre... Il y a eu une autre expérience de clonage de voix qui avait été faite pour un programme de... Thierry Ardisson, qui s'appelle l'Hôtel du Temps. Programme de France Télévisions. De France Télévisions, effectivement, où il faisait un interview de Dalida. Et donc, la même chose, tout l'enregistrement a été fait, donc là, c'était à la fois filmé et enregistré, d'une entreprise qui s'appelle ModGov, qui s'est occupée de faire le morphing de visage par intelligence artificielle. Et donc, nous, on a transformé la voix de l'actrice en la voix de Dalida. Là, c'était une heure et demie de programme, donc c'était vraiment du clonage vocal sur du long terme et qui demande toute une précision, qui est autre chose de faire un clonage vocal en 10 secondes ou 15 secondes, où finalement, sur un message de 10-15 secondes, il peut y avoir peu d'émotions. Alors que là, pendant une heure et demie, il fallait rire, pleurer, chuchoter, être expressif, et c'est vraiment ce que la technologie permet de faire. Et comment on devient CTO de Ircam Amplify à la limite de la France, entre la frontière recherche et développement? Alors Ircam, c'est un laboratoire spécialisé dans la musique et le son.
Et alors moi, la musique et le son, c'est ma passion. Et dans mon parcours, j'ai réussi à lier le professionnel et ma passion sur ce sujet. Mais alors ça date de très longtemps, parce qu'à 14-15 ans, j'étais déjà passionné de musique. Je faisais du piano, notamment, et du synthétiseur. Et très rapidement, je me demandais comment un son sort d'un clavier synthétiseur, pourquoi quand on tombe des boutons, ça transforme les sons. Et mes parents me disent, tiens, il y a un endroit, il y a des portes ouvertes là, où c'est un peu le temple du son, il faudrait que tu ailles voir ça. Et donc, je visite l'IRCAM quand j'ai 15 ans, 14-15 ans. Et finalement, quand j'ai visité son rêve, je me suis dit, mais en fait, on peut faire un métier. Tour du son. Je n'avais pas envie d'en faire de la recherche fondamentale. Ce n'était pas quelque chose qui me passionnait. J'étais plutôt, alors je l'ai découvert un peu plus tard, mais j'étais plutôt passionné par l'innovation. C'était vraiment ça qui me plaisait. J'ai fait mon parcours d'école très rapidement en choisissant quelque chose qui me permette de se rapprocher du son. Et donc, ça voulait dire faire de l'électronique, faire de l'électronique, faire de l'informatique. Donc, j'ai tout de suite suivi ces chemins-là. Et même, j'ai fait l'école d'ingénieur qui s'appelle ENSEA à Sergi-Pontoise.
Et j'avais choisi cette école-là, notamment parce que j'avais vu qu'il y avait des modules d'acoustique, d'électro-acoustique et de programmation liés au son. Donc, c'est ça qui m'a amené là. Arrivé en dernière année, on doit faire son stage de fin d'études. Et donc, j'ai cherché exclusivement que des endroits où on pouvait faire du son. Du son à fond. Voilà, exactement. Et donc, j'ai fait mon stage dans une petite entreprise. C'était en 2003. Toute petite structure qui s'appelait Arkhamis et qui s'appelle toujours Arkhamis. Et donc là, on faisait, c'était vraiment faire du son, on traitait du son toute la journée. Il fallait écouter du son avec un casque et on commençait à faire des programmes qui rassemblent le son, qui rajoutent de la réverbération, qui créent du son 3D, ce genre de choses. Et j'y suis resté 17 ans dans cette entreprise. Je suis arrivé en stagiaire et j'ai fini directeur technique d'Arkhamis. Et donc, c'est un peu à l'image de là maintenant chez Amplify. Quand je suis arrivé, il y avait une dizaine de personnes. Et quand je suis parti, c'était 70-80 personnes avec 4 ou 5 bureaux dans le monde entier. Et donc, j'ai accompagné la croissance et la partie technique de cette entreprise.
entreprise là, donc en prenant des postes de développeur audio de ce qu'on appelle le traitement du signal numérique, qui est vraiment ça, c'est mon cœur de passion, même aujourd'hui, j'essaie toujours de trouver un petit peu de temps pour continuer à écrire du code, parce qu'écrire du code lié au son, c'est quelque chose qui me plaît énormément. Et donc ensuite, j'ai fait des postes de direction de projet. Puis pendant un long moment, direction de l'innovation et enfin directeur technique. Et donc j'avais dans un coin de ma tête l'IRCAM qui résonnait tout le temps parce que c'était vraiment ce qui... ce que j'avais vu quand j'avais 15 ans, et j'ai toujours suivi de très près ce qui se faisait à l'IRCAM. Et moi-même, quand j'occupais le poste d'innovation, j'avais voulu transformer en produit des choses que je connaissais qui existaient à l'IRCAM, notamment un moteur de réverbération qui fonctionne très bien, qui existe depuis longtemps, c'est un des meilleurs qui existe. Et donc je savais que j'avais un besoin de très bonne réverbération, donc je me suis dit on va aller à l'IRCAM et discuter avec eux, comment récupérer ça. Le métier d'Arcamis, c'est l'automobile, c'est améliorer et mettre au point le son qui s'annonce une voiture quand on écoute un programme multimédia, donc la radio, la radio, des MP3, du streaming.
Dans une voiture, on a une voiture entrée de gamme, on a quatre haut-parleurs, dans une voiture haut de gamme, on a plein de haut-parleurs, mais en fait, la voiture, c'est un des pires lieux acoustiques qui existent au monde. C'est confiné, les haut-parleurs sont face à face, les haut-parleurs ne sont pas de très bonne qualité, pas placés au bon endroit. Donc, en fait, il faut améliorer cette restitution sonore-là. Donc, c'était ça le métier. Et donc, il y a eu besoin de réverbération. Donc, on va aller à l'IRCAM, prendre le résultat de recherche sur la réverbération, les programmes, les codes sources, et puis on va l'adapter à l'automobile. Ça n'était pas si facile que ce que j'imaginais, parce qu'un résultat de recherche, quand il est terminé, il est quand même loin d'être un état de produit. Et donc, en fait, il y a un gros travail d'ingénierie à mettre entre les deux. Et donc, c'est un travail qu'on a fait à Arcamis pour le ramener à un produit, mais ça a pris pas mal de temps. Et je découvre... en 2018-2019, qu'une entreprise a été créée proche de l'IRCAM, dont le rôle est de fluidifier tout ça. Et je me dis, mais en fait, c'est extraordinaire, parce que c'est bien, c'est cruellement ce qui manque. Le laboratoire, il y a plein de choses incroyables.
Moi, j'ai voulu récupérer une technologie, la remettre au point, faire un produit. Ça a été long pour un. Et donc, en fait, ça voulait dire qu'il y avait un ralentissement, quelque chose qui n'était pas fluide dans sa transformation. Et donc, c'est vraiment le pourquoi IRCAM Amplify a été créé. Et donc, naturellement, quand j'ai vu que la structure était construite, qu'il n'y avait pas de direction technique, rapidement, j'ai rencontré la directrice de IRCAM Amplify, Nathalie Birochot. On a vu qu'on était sur un même environnement et donc j'ai embarqué dans l'aventure. Et donc, c'était que j'avais parti. Dans ma vision de l'innovation, là j'avais carte blanche pour tout construire, donc définir quelle équipe construire pour accompagner ça. Et finalement, il y a un gros travail à faire auprès du laboratoire de discuter avec les chercheurs, comprendre ce que c'est les résultats de recherche, dans quel état ils sont, cartographier tout ce qu'il peut y avoir, parce qu'il y a énormément de choses. Et justement, pour construire des lignes produits, on est une start-up, donc on ne peut pas utiliser le résultat de 150 chercheurs pour faire un choix.
La difficulté, c'est de faire un choix, le bon choix, parce que quand on le transforme, ça va prendre un peu de temps. Donc, l'enjeu, c'est de ne pas se couper quand on trouve ça. Donc, c'est pour ça que très rapidement, il y a une équipe produit qui a été constituée, une équipe... de vente pour aller analyser des marchés et définir quels étaient les leviers qu'on voyait sur les marchés et ensuite aller regarder dans les résultats de recherche quels sont ceux qui sont en adéquation, ceux qui ne le sont pas et quels sont ceux qui sont très concurrentiels, quels sont ceux qui le sont moins pour définir quelle ligne produit on allait construire. Tout à l'heure, tu nous parlais de la visite à 15 ans de l'IRCAM. Est-ce qu'il y a d'autres moments qui ont structuré un peu ta carrière? Il n'y a pas eu de grand virage, ça s'est construit doucement, notamment parce que la société où j'étais avant, Arkhamis, s'est construite pendant 17 ans. Et donc, j'ai suivi l'évolution de l'entreprise. Et donc, quand une entreprise se construit comme ça, on se re-questionne tous les jours. Donc finalement, c'est des micro-tournants tous les jours, parce que le métier avait complètement changé.
À l'origine, cette entreprise, elle travaillait avec des cieux d'enregistrement. Puis ensuite on a intégré j'ai intégré des technologies dans les premières tablettes faites par Samsung où il a fallu prendre l'avion aller à Séoul, aller dans le bureau de Samsung pour mettre au point 3 jours avant que les releases se fassent sur les tablettes et après on a commencé à travailler avec Renault puis avec Peugeot et donc finalement on se structure, on travaille avec des très grosses entreprises alors qu'on est tout petit donc ça structure la manière de travailler mais c'est ce qui intéresse aussi ces grosses entreprises d'avoir des spécialités ultra innovantes on est capable de faire des tournants assez rapidement. Donc j'ai toujours été, sans le savoir, j'ai toujours été dans une agilité à 200%. Et c'est vraiment comme ça que je conçois tout le métier. de ces technologies, de l'innovation et d'accompagner des grosses entreprises qui ont un peu plus de mal à changer de cap du jour au lendemain. C'est quoi pour toi un tech leader et quelles seraient ses qualités? Pour moi, un tech leader, je vois beaucoup de la fenêtre innovation. Pour moi, c'est quelqu'un qui a un esprit d'innovation et ouvert sur tout ce qui n'est pas forcément sa spécialité.
Moi, ce que j'aime bien dans le rôle de tech leader, c'est le... lien avec les autres entités qui construisent une entreprise, c'est-à-dire très grande communication avec les équipes de direction, direction management, avec le produit, les sales, pour que, pour moi, le rôle du tech leader, ça va être de simplifier les messages techniques pour que tout le monde qui n'a pas de bagage technique puisse comprendre de quoi on parle. Alors surtout dans des entreprises comme celle où j'ai été, où finalement le cœur de ce qui doit être vendu, c'est un objet technique, technologique, qui n'est pas forcément facile à apprendre. En plus, c'est du son. Le son, on ne le voit pas, on ne peut pas le toucher. C'est très difficile, par exemple, pour un directeur produit, de définir comment il va aller vendre du son. Et donc, il y a un accompagnement à faire. Donc ça, c'est ce que je fais beaucoup. Mais je pense qu'il faut avoir une très grande capacité de simplification du message et de vulgarisation technique pour que tous les membres d'un comité de direction puissent comprendre le message technologique et construire les bonnes solutions autour.
Donc ça, c'est vu de l'extérieur de la technique. Et après, pour l'intérieur de la technique, dans la thématique du lead, c'est diriger son équipe. Diriger, moi j'aime bien, souvent je dis que je suis directeur technique, mais pas au sens, c'est la direction pour montrer la direction, pas la direction pour dire aux gens ce qu'ils doivent faire. La vision. La vision. Je préfère largement incarner ça. Et voilà, là, j'ai reconstitué, j'ai construit moi-même l'équipe technique qui est là. C'est moi qui ai traité chacune des personnes. J'aime bien les équipes qui sont très autonomes. Alors, on traite du son, de la musique. Tous les gens dans l'équipe sont musiciens. Ils sont ultra motivés par leur métier. Donc, ça aide à embarquer l'équipe. Mais j'aime bien qu'il y ait une grande autonomie pour que moi, je m'occupe de la vision, de la direction. Et alors, dans les challenges qu'on a avec le laboratoire Ircam, finalement, moi, je passe beaucoup de temps très en amont à travailler avec le directeur technique du Ircam, Luc Vinet, à avoir une vision sur qu'est-ce qui est en train de se faire à l'Ircam.
Il y a plein de thèses et des travaux pendant trois ans, donc c'est important pour nous de savoir quelles sont les thèses qui sont en train de se terminer, pour savoir quelles sont les nouvelles choses qui arrivent là maintenant. Quelles sont celles qui vont arriver dans 2-3 ans, mais il y a aussi tout un historique qui est super intéressant, parce que pour un laboratoire, une technologie qui a été mise au point il y a 3-4 ans, qui pour eux, ça peut paraître obsolète, mais pour un marché industriel, c'est ultra innovant. Je travaille beaucoup à faire la cartographie de tout ça, et à comprendre l'état des résultats, parce qu'on peut avoir des résultats scientifiques, ça peut être une publication, un papier, ça peut être un code écrit dans des logiciels comme MATLAB qu'on va parfois mettre rendre directement tout de suite. Et puis parfois, il y a aussi des codes dans des langages plus standards, Python, C, C++, qui sont des choses qu'on va pouvoir plus facilement introduire. Donc en fait, il faut que je comprenne dans quel état ils sont pour se rendre compte du chemin à parcourir pour aller construire le produit visé. Donc ça, je travaille beaucoup. beaucoup sur cette partie-là.
Je travaille beaucoup à l'autre bout de la chaîne avec les équipes de vente pour faire toute la partie avant-vente où j'accompagne l'équipe de vente chez les clients pour expliquer ce que c'est la technologie. Et pareil, il y a aussi l'équipe produit pour définir quelles sont les features clés des produits, des futurs produits. Je travaille avec eux, donc je suis beaucoup en amont, beaucoup en aval. Et je donne le maximum d'informations à l'équipe technique pour qu'ils puissent avancer en autonomie là-dessus et avoir la meilleure vision d'où on part, où est-ce qu'on va. Chez Amplify, on ne peut pas venir si on n'est pas musicien en fait. Si, si, bien sûr, ce n'est pas un critère de recrutement, mais il se trouve que, Naturellement, les gens qui sont intéressés et qui postulent, très souvent, dans le CV, il y a quelque part dans une ligne loisirs, musique, composition, musique et cité par ordinateur, c'est très régulier d'avoir ça. Est-ce que tu as des inspirations dans ton quotidien, des ouvrages, des newsletters qui te permettent de t'alimenter?
Je n'en ai pas des particulières, mais c'est en naviguant au gré de publications que je peux voir dans l'Inkine. On peut avoir plein de publications. Je vais plutôt lire des choses comme ça qui m'attirent plutôt que viser un média ou une revue particulière. Après, à l'image de ce qu'on disait tout à l'heure, que la particularité du laboratoire Ircam, c'est d'être... Driveé par l'artistique, je m'inspire pas mal. d'artistes, de visions d'innovation d'artistes. Comme je disais, moi je fais de la musique, je fais aussi de la photographie, et je lis des parcours, des histoires de photographes, de musiciens, de compositeurs, de groupes de rock. Qu'est-ce qui a fait? Qui finalement ont innové dans cette partie artistique. J'aime bien prendre ces éléments-là et les amener dans mon métier, parce que finalement, on va faire de l'innovation avec la technologie, il y a un petit côté artistique dans l'affaire, et j'aime bien garder cette vision fraîche du côté artistique. qui est très en phase avec l'air de cam, parce qu'il n'y a qu'un Amplify qui me convient vraiment dans ma vision, parce que je pense que l'art amène quelque chose, nous amène sur des chemins qu'on n'irait pas autrement, avec une autre vision, on n'irait pas.
Même si on fait une transformation, une transformation en accompagnement des résultats de recherche vers des produits, vers des marchés industriels, Dans notre mission, on doit absolument garder la fibre artistique qu'il y a dedans. On s'efforce de garder dans la proposition de produit qu'on construit ce truc singulier de« ça a été construit pour un artiste, par des artistes» et donc on emmène cette vision artistique dans le produit technologique à la fin. Et donc, tu tiens une session au Tech.Rocks Summit. Tu vas nous parler de quoi dans cette session? Je vais juste en parler de ce chemin de transformation entre le résultat de recherche de Ircam, mais en fait qui est valable pour tous les laboratoires. Parce qu'on se rend compte que beaucoup de laboratoires créent énormément de choses et finalement, il y a quand même peu d'industriels qui arrivent à s'appuyer dessus et qui le valorisent en produit, en technologie qui est vendue ensuite. Je vais expliquer plus en détail ce que j'ai un peu cité là, comment j'ai mené ce chemin de transformation et cette accélération de recherche to business.
Il y a vraiment ce saut-là qui peut paraître un peu fou, parce qu'on voit beaucoup de monde, quand on est tech lead, directeur technique, peut-être que lancer une thèse, une thèse chiffre par exemple, c'est un beau programme, les thèses chiffres, parce que ça permet à l'entreprise d'aller lancer un chemin de recherche avec un laboratoire. Et ça dure trois ans. Je pense que naturellement, on se dit, comment je garantis que si il y a dans trois ans, on va vraiment pouvoir l'utiliser? C'est de la recherche, ça peut peut-être aboutir nulle part. Et finalement, ce que je fais avec l'IRCAM, c'est tous les jours qu'on met en œuvre ça. Dans la présentation, je vais expliquer le mécanisme mis en place avec l'IRCAM pour qu'on en tire le maximum de bénéfices. Et en fait, c'est hyper intéressant parce que finalement, je pense que ce n'est pas limité qu'aux institutions de recherche, de passer de la recherche à quelque chose d'applicable. Moi, ça m'est arrivé chez France Télé, mais aussi avant dans ma carrière. Et pourquoi c'est quelque chose qui te tient à cœur? Alors, j'ai fait partie des gens qui sont allés un petit peu à la chasse pour avoir ce type d'entretien.
Mais pourquoi tu t'es dit, tiens, je vais parler à Tech.Rocks et pourquoi partager ça? C'est une grande valeur française finalement. La France met beaucoup d'argent dans des laboratoires, dans la recherche, dans des programmes d'aide de CIR, de CI. Il y a beaucoup d'argent mis à disposition pour ça, pour que toutes les entreprises françaises construisent, mettent en avant des innovations et fassent valoir le savoir-faire français. En plus, on en a un plutôt... Très reconnu qu'il y a autour de l'intelligence artificielle. Aujourd'hui, il y a très grosses boîtes, il y a Meta, il y a Google, ils sont venus en France faire leur laboratoire d'intelligence artificielle. Samsung aussi, il y a quelque temps, parce qu'il y a un savoir-faire d'intelligence artificielle en France indéniable qui a été bien mis en avant. Tout ça est très bien, mais encore faut-il qu'effectivement, il y ait bien la passerelle industrielle qui se fasse et que ce soit vendu ensuite pour que ça prenne une vraie valeur commerciale. Et le chemin, il n'est pas évident. C'est que finalement, beaucoup se disent, il y a beaucoup de laboratoires, il y a plein de publications, il y a plein de prototypes, mais s'il faut 5, 10, 15 ans pour qu'on puisse l'utiliser et que quelqu'un se remonte les manches et dit, oui,
je vais monter mon entreprise et je vais utiliser ça. Sans trop savoir par où le prendre, on peut perdre son temps et peut-être s'essouffler et ne pas y arriver. Et donc, dans la méthode qu'on a mise au point à Ircam Amplify, on n'a pas réfléchi en chambre pendant des mois, puis ensuite l'appliquer. C'est vraiment en voulant publier cette transformation que petit à petit, on a réussi à mettre quelque chose au point qui fonctionne et qui fonctionne pas mal. Donc, je vais expliquer ça, montrer les choses qui marchent bien, les choses qui marchent moins bien. Et puis, j'espère que chacun pourra s'emparer de ce que j'ai dit pour voir comment ils peuvent l'appliquer dans leur métier, dans leur challenge. Oui, je pense que c'est vraiment le point. C'est que ton tour s'adresse à tous les gens qui doivent et qui ont besoin de faire ce passage entre recherche et développement. Je veux juste ajouter parce que je pense que parfois, je pense qu'on... Parce que je suis déjà passé par cette conclusion-là, On se dit, tiens, on a besoin de faire quelque chose.
On ne va pas réinventer la roue, il doit bien y avoir quelque chose qui existe quelque part. Peut-être qu'on le trouve, mais le chemin paraît tellement périlleux pour y arriver que finalement, on reste à faire cette technologie en interne et on va plutôt faire de l'ingénierie. Alors, ça répond à la question de l'ingénierie, mais quand on passe par l'ingénierie très proche de la problématique technique qu'on a, on va faire de l'innovation incrémentale et ce n'est pas avec ça qu'on perce des lignes. Il faut vraiment réussir à aller chercher un résultat de recherche fondamental qui peut paraître... complètement obscur et des fois qui ne répondent pas directement à son besoin. Une des clés, je ne vais pas tout révéler, mais une des choses que je me suis rendu compte, c'est que sur le chemin de recherche d'un chercheur, parfois ce qui est plus intéressant, ce n'est pas le résultat, mais c'est le chemin pour lequel ils sont passés. C'est que pour arriver à leur fin, ils mettent en place des systèmes qui finalement ne sont peut-être même pas publiés, mais c'est vraiment le passage par où ils sont passés, ils ont craqué quelque chose, S'il leur semble peut-être simplement d'une évidence, parce que c'est leur métier de tous les jours de jongler avec des choses très compliquées, la solution à un produit envisagé est peut-être là.
Moi j'en ai découvert une, à l'IRCAM ils ont fait une machine qui permet de séparer le chant de la musique. Parce qu'ils avaient besoin d'avoir des pistes de chant seules pour faire un système qui permet de cloner la voix, notamment pour le chant, de synthétiser de la voix chantée. Donc il leur fallait du chant seul, et donc il y a une machine qui a été mise en place qui permet d'extraire le chant de la musique. Mais ça c'est super intéressant pour nous dans notre métier, chercher un Amplify, pouvoir faire ça, ça répond à tout un tas d'usages qu'on peut avoir, à la fois en musique créative, à la fois en karaoké. Ce n'est pas quelque chose qui fait partie forcément des publications ou de la finalité, ils sont sur un parcours. Et donc être capable de voir par où la recherche est passée, ça peut être plus intéressant que de s'appuyer sur le résultat même. Et donc ça demande forcément à comprendre par où ils sont passés et aller dans le détail. Je pense que ce que tu nous décris est très intéressant. Et je vais laisser quand même un peu de suspense, puisqu'à la fin de ton talk, il y aura un événement un peu festif, et je pense qu'il permettra de bien comprendre les fameuses pépites dont tu parles, et qui aura lieu sur la scène du Summit.
Frédéric, je voulais te remercier d'être venu aujourd'hui auprès de moi pour l'enregistrement de ce podcast. Et donc, on se retrouve au Tech.Rocks Summit 2023, les 7 et 8 décembre prochains. C'est un événement en hybride qui se passe à Paris et que vous pouvez suivre partout ailleurs dans le monde. Et donc, j'espère que vous serez avec nous et notamment pour assister à cette conférence de Frédéric sur l'IA et comment on passe de la recherche au développement. Et je vous souhaite une bonne journée.
