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Podcast Tech.Rocks
Bâtir un cadre de confiance pour l'IA : la rigueur des mathématiques face aux modèles de langage
- Hugo Venturini (Software Engineering, Skiplabs)
- Benoît Gantaume (Manager de transition et coach) — interview
Podcast Tech.Rocks · 18 janvier 2026 · 24 min · en français
Résumé
Épisode hors-série du Tech.Rocks Summit 2025, à la rencontre des leaders qui transforment notre industrie. Hugo Venturini (Skiplabs) dévoile les coulisses du « cadre de confiance » qu'il bâtit pour l'IA. Ancien de Meta et docteur en compilation, Hugo s'est lancé un défi qui semble presque impossible : injecter la rigueur absolue des mathématiques dans l'univers imprévisible et probabiliste des modèles de langage. Il nous emmène bien au-delà des outils de complétion de code classiques, vers un monde où la validation humaine s'efface devant des systèmes capables de certifier eux-mêmes un « espace de réponses acceptables ». Entre réflexions sur l'IA comme levier de montée en compétences et comme boussole pour explorer des codebases complexes, il livre une vision rafraîchissante du rôle de l'ingénieur. Et si l'IA était le meilleur levier pour remettre l'humain au centre ? Pour Hugo, la technologie s'efface pour laisser briller le collectif : dans toute équipe, la variable maîtresse reste l'individu. Un épisode pour comprendre pourquoi, à l'heure de l'IA générative, la maîtrise de la rigueur n'a jamais été aussi stratégique pour un tech leader.
Summary
A special Tech.Rocks Summit 2025 episode meeting the leaders transforming our industry. Hugo Venturini (Skiplabs) goes behind the scenes of the "trust framework" he is building for AI. A former Meta engineer with a PhD in compilation, Hugo has set himself an almost impossible challenge: bringing the absolute rigour of mathematics into the unpredictable, probabilistic world of language models. He takes us well beyond classic code-completion tools, towards a world where human validation gives way to systems able to certify a "space of acceptable answers" themselves. Reflecting on AI as a lever for upskilling and as a compass for exploring complex codebases, he offers a refreshing view of the engineer's role. What if AI were the best lever for putting people back at the centre? For Hugo, technology steps aside to let the collective shine: in any team, the key variable remains the individual. An episode to understand why, in the age of generative AI, mastering rigour has never been more strategic for a tech leader.
Thèmes : IA
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Moi, j'ai la sensation de fournir des outils lui permettant de converger vers un espace de code acceptable. Pour moi, on vit une époque intéressante qui change la façon de travailler et qui ne tue pas le métier. Bonjour à tous et à toutes, je m'appelle Benoît Gantaume, ça fait 25 ans que je suis dans la tech, j'ai été développeur, manager, CTO et aujourd'hui je suis manager transition. Et aujourd'hui j'ai le plaisir d'accueillir Hugo Venturini. Hugo, bonjour. Bonjour Benoît. Moi je suis un petit jeune parce que j'ai 24 ans d'expérience dans la tech et j'ai été développeur mobile, j'ai un doctorat en compilation et débuggage, j'ai fait CTO aussi. Je n'ai jamais fait de consulting ni de freelancing, ça c'est quelque chose qui pourrait manquer à mon expérience, j'en ai croisé beaucoup. Et aujourd'hui, je travaille chez Skiplabs. Alors Skiplabs, on est un tout petit groupe, on est 10 personnes dont 7 développeurs. La plupart d'entre nous sommes passés par les équipes d'analyse statique du code de Meta et Facebook, enfin Meta anciennement Facebook.
Et aujourd'hui, on travaille sur ce qu'on aime bien appeler la camisole de force de l'IA, mais dit différemment, on aime bien travailler sur l'utilisation de l'analyse statique de manière à pouvoir fournir à grande échelle un contexte très ciblé aux agents d'IA qui sont en train de coder. Parce qu'un des problèmes qu'on connaît tous, c'est que ton IA, au bout d'un moment, à force de générer du code dans un seul fil, ou dans plusieurs, dès que tu commences à être malin et à lui dire, en fait, elle finit par se prendre les pieds dans le tapis à cause du contexte. Et qu'il y a beaucoup, beaucoup de bruit. Et donc là, en ce moment, je travaille chez Skiplabs et on tente, on a quelques petites idées sur comment aborder ce problème-là. Mais genre, du coup, tu fais quoi? Tu construis un espèce d'arbre grammatical du code? C'est quoi l'output de ton analyse statique? On en a deux types, deux grands types. Le premier, c'est d'abord du typage. Simplement être capable d'avoir un typage très clair sur lequel les erreurs sont, on va dire, en bon anglicisme, adressables par ton agent. Tu peux avoir des erreurs qui sont plus ou moins claires avec des explications plus ou moins aidantes, on le sait bien.
Par exemple, pour ceux qui ont récemment bossé en Rust, les messages d'erreur de Rust sont excessivement clairs avec énormément d'aide pour pouvoir le lire, alors qu'il y a d'autres langages comme Ocamel sur lesquels les messages d'erreur sont moins clairs. On travaille du coup sur un type checker de TypeScript qui est sound et qui permet d'avoir des erreurs très claires qui sont aidantes pour une IA, a fortiori pour un humain aussi. Et l'autre type d'outils qu'on utilise, ce sont des outils d'analyse de dépendance et de reachabilité, à savoir que quand l'IA fait une modification dans un fichier, ça va impacter, et c'est là que tu as raison sur ton AST, Abstract Syntax Tree, qui va pouvoir être impacté. On va pouvoir extraire très spécifiquement les différentes lignes de code et recréer un contexte. Aidant l'IA à dire c'est là qu'il se passe des choses, c'est pas la peine que tu ailles vérifier, tel tel tel fichier ou tel contexte ou tel endroit parce qu'en fait on peut te garantir statiquement le fait qu'il n'y a pas d'impact sur ce que ça a fait. Aujourd'hui, on est au Tech.Rocks Summit, the place to be pour tous les leaders de la tech. Qu'est-ce qui t'a donné envie de venir? Alors, je connais Tech.Rocks, la communauté, depuis 2020.
J'avais participé au Summit en tant qu'orateur en décembre 2020. J'avais parlé de la différence entre l'achat et la fabrication. Make or buy, est-ce qu'il faut refaire chez soi ou est-ce qu'on peut trouver ou acheter ou réutiliser les technologies? C'était un sujet déjà qu'il avait fait parler. Et depuis, en fait, je suis sur le Slack de Tech.Rocks. J'ai participé à d'autres podcasts. J'ai fait quelques events dans lesquels je suis venu parler. Mais le plus souvent, c'est évidemment écouter et échanger. Et c'est une ambiance que j'aime énormément. La qualité de l'individu, pardon, la moyenne de qualité des individus du Summit est vraiment, vraiment intéressante. Depuis ce matin, on se balade avec Julien, le PDG fondateur de Skiplabs. Et on n'arrête pas de se faire alpaga, de se faire attraper par le coude, par des gens avec qui on a des conversations intéressantes. Et depuis ce matin, on n'arrête pas de faire évoluer une forme de discours ou en tout cas une façon de présenter ce qu'on a grâce au feedback qu'on reçoit des gens. C'est-à-dire que c'est un accélérateur de positionnement que je trouve exceptionnel. Or, ce n'est pas que ça. Il y a aussi les talks qui sont vraiment très bons.
Moi, je trouve que c'est hyper inspirant. J'aime vraiment l'ADN de cette communauté qui est de se parler franchement et sans bullshit. On n'est pas là pour briller ou vendre sa cam. On est là avant tout pour partager. Du retour d'expérience, ça j'aime beaucoup. Absolument, et de différents angles. On a des gens qui sont très produits, d'autres très tech, des gens qui sont dans des grosses boîtes, dans des petites boîtes. C'est vraiment très enrichissant. Tant que la première journée était belle, j'ai déjà hâte d'être demain. Bon, elle n'est pas finie. Non, ça c'est vrai. Alors si on en revenait à ce que tu fais, puisque l'IA c'est quand même le gros thème de ce summit, Donc toi aujourd'hui, tu prépares des outils pour aider des IA à travailler. Si on prend deux secondes pour y réfléchir, c'est fort quand même en fait. Et c'est à la fois logique et évident, mais en même temps, on commence à outiller pour... En fait, toi, tes utilisateurs, c'est des IA, en fait. Le code que l'on écrit et nos ordinateurs sont éminemment déterministes. Les IA sont stochastiques par définition. Il faut donc les aider à pouvoir générer des choses dans un monde dans lequel elles n'appartiennent pas.
Ce qui est un peu faux, en tout cas on pourrait en discuter longtemps, mais dans les grandes lignes, ou en tout cas la version un peu abstraite de ce qu'on essaie de faire, c'est de dire que ton IA va devoir parler à une machine qui ne comprend pas la façon dont l'IA avance. La différence entre l'angle basé sur des statistiques, sur du non-déterminisme, ton IA, la même phrase, deux fois d'affilée, tu n'as pas la même réponse. Même la même phrase, en pensant avoir le même contexte, on peut avoir des choses un peu différentes. D'où l'histoire des températures dans les API, que tu peux faire varier. L'analyse statique, ce sont des maths et c'est de la preuve mathématique, c'est de la fonction pure. Une fois que tu as défini tes règles, quand tu appliques la règle, C'est toujours le même résultat. Exactement. Et l'une doit générer des choses dans le monde de l'autre. Mais c'est un vrai défi, je trouve. Dès que j'ai mis les mains dans l'IA, la première fois où j'ai touché ça du doigt, ce non-déterminisme, mais je veux dire, à l'échelle d'un projet où il y avait une volonté de mise en prod, pas d'un petit truc pour jouer dans son coin. Là, d'un coup, moi, j'ai une espèce de goutte qui a commencé à suivre sur le front, en mode, what the fuck, mais on va gérer ça comment, en fait?
Donc là, mon job, c'est de vérifier la qualité. d'un système, l'output d'un système non déterministe. Je t'avoue que j'ai un peu bugué pendant quelques instants. La confiance qu'il faut avoir dans les outils qu'on utilise permettant de garantir que le résultat n'est plus constamment le même, mais dans un espace de possibles réponses. Acceptable, dont le nombre est infini. Donc en plus, il faut trouver des astuces pour être sûr de dire c'est dans cet espace que c'est valable. Je suis garantie que la fléchette est tombée, mais elle est bien tombée dans la cible, ça suffit. Mais ce n'est pas forcément la même position. Surtout quand tu vois comment tu vas vérifier ça. Eh bien, quand on note plus c'est du texte, par une autre IA qui va venir vérifier si tu es dans la cible ou pas. Et là, tu fais, ouais, d'accord, mais alors attends, l'IA qui check, alors on la check comment? C'est ça, exactement. Non, non, c'est un point assez fou. Et moi, j'ai la sensation de fournir des outils lui permettant de converger vers un espace de code acceptable. Tu la guides, en fait, dans toutes ces zones-là. Tu dis, c'est par là que tu devrais regarder. Tu sais qu'il disait, on ne vérifie plus le code généré par un compilateur, on a confiance.
Non, effectivement. Normalement, la génération de ton compilateur, elle est déterministe. Donc, une fois que tu as validé que ça générait bien ça, après, tu peux avoir des bugs, tu peux les retrouver, mais tu peux les fixer. Mais j'aimais bien cette idée. qu'on arrive dans un monde dans lequel, alors je n'utiliserai pas le fait que, je ne dirai pas qu'on est un compilateur pour langue naturelle vers langage de programmation, mais dans les grandes lignes, on arrive dans un monde dans lequel, idéalement, on va vers du code généré dans lequel on a une confiance. assez grande pour ne pas avoir à le vérifier tel qu'on le vérifie aujourd'hui. A savoir, en le lisant, on le vérifie différemment. Le code que tu compiles, tu le vérifies différemment, tu n'as pas le dire. Tu lances et tu vois si ça marche ou pas. Exactement, et tu as confiance dans énormément de choses autour en fait. Et en fait c'est un peu ça l'idée. Les boulons et les écrous qu'on essaie de resserrer autour de l'IA, c'est de se dire qu'on arrive à des moments où on sait que la façon dont on le valide autour nous met en confiance. Et on s'occupe de prod. Parce qu'encore, on disait, pour ce qui est du POC, pour ce qui est de l'effet waouh, pour ce qui est de la démo, je trouve qu'on est dans un état, c'est vraiment acceptable, aujourd'hui déjà.
Oui, on est bien d'accord que le sujet c'est de passer à la prod. Est-ce que l'IA, il y a d'autres initiatives chez vous en interne? Comment vous l'utilisez? Comment c'est accueilli par les devs? C'est marrant parce que, comme je te le disais tout à l'heure, on est un petit nombre, et je pense être peut-être le dernier du domaine, à travailler sur l'analyse statique. Ce sont des gens qui ont fait des doctorats de maths, qui ont fait déjà des longues carrières en recherche chez Microsoft, chez Facebook, autour de l'analyse statique et de choses qui sont prouvées. On est quand même sur une niche. On est sur une niche de personnes, mais ce sont des choses qui sont utilisées dans tous les compilateurs et dans tous les territoires. Ah oui, tout le monde, tous les développeurs s'en servent sur Terre. Exactement. Mais il n'y a pas 2000 personnes autour de cette... Il y en a un petit peu, mais... C'est ça, non, je vois où tu... Oh, je n'ai pas de chiffres. Mais effectivement, non, non, ça reste un vivier de talent dans le domaine qui est énumérable. Voilà, c'est un peu l'idée. Et aujourd'hui, ce sont des gens qui ont l'habitude de travailler pour des choses et sur des choses qui sont carrées.
Je ne dis pas que Yann ne l'est pas. En tout cas, c'est ce que je sens. Prédictible en tout cas. Oui, prédictible. Et donc, de prime abord, ça les a rendus... Nerveux. Exactement. Tu le fais bien, je te regarde, tu le fais bien. J'étais nerveux, oui. Mais vous êtes sûr? Mais il faut relire, on n'est pas sûr. Et puis, après, ils se sont dit, OK, on va essayer. Donc, il paraît qu'on fait ça sur son code. Et ils l'ont essayé sur leur code. Évidemment, il y a... aucun cas d'exemple sur le type de code sur lequel ces mecs-là étaient en train de travailler, sur lequel l'IA avait pu s'entraîner avant. Donc évidemment, elle a fait n'importe quoi. La pertinence, elle ne devait pas être là. Elle n'est pas fou. Et donc du coup, c'est n'importe quoi. Je ne comprends pas comment on peut s'en servir. Et en fait, on les a avec d'autres. Donc on a un spectre d'enthousiasme à l'adoption dans la boîte qui est assez large. Jérémy, comme tu positives les choses. Et on est là pour encadrer et pour aider. C'est un coaching, c'est ça? Même pas. Et en fait, l'idée, c'était que chacun trouve un peu la façon dont il aurait envie d'en servir. Mais d'abord, pour la première chose, il faut être sans jugement sur l'outil qui aide l'autre.
Ce n'est pas parce que ce n'est pas ton outil que ça ne peut pas t'aider. Et donc, quelqu'un qui utilise beaucoup l'IA d'une façon ou d'une autre, soit si le résultat du travail est au niveau de ce qu'on veut faire. Et donc, il y avait un premier point qui était d'abord de qu'on se comprenne, qu'on sache qui utilise quel outil comment. Et ensuite, ça a été de peut-être voir, tiens, tu essayes comme ça, essaye ça, tu vas voir, c'est pas mal. Et tranquillement amener à comprendre qu'il y a des endroits dans lesquels l'IA est exceptionnelle. Par exemple? Alors, il y a d'abord l'exploration de langues naturelles. Tu as de la doc en pagaille, tu cherches un truc, tu cherches d'un côté, tu veux essayer de reformuler, tu n'es pas sûr. L'explication, moi, c'est le poste pour lequel je me sers énormément de l'IA, c'est j'ouvre des éléments de code base et je lui demande qu'est-ce que tu comprends? Je ne te dis pas comme ça, il y a des points un peu plus rigolos. En tant qu'EM et de transition en plus, c'est-à-dire que j'arrive sur une code base, il faut que ce soit vite pertinent. Je n'ai pas tout l'historique en quelques jours. Jour, quelques semaines, j'ai fait ces expériences-là, on a une grosse décision technique à prendre. Bon, j'ai mes gars qui me proposent ça, j'ai un architecte qui me propose ça, je vais me faire mon opinion à moi.
Et là, l'IA, j'ai pris cursor, j'ai dit vas-y, guide-moi, explique-moi ce qui se passe. Voilà ce que je veux faire, dis-moi les classes qui vont être impactées par ça. Qu'est-ce que tu en penses, qu'est-ce que tu me suggères comme possibilité? C'est quoi les impacts? Tiens, ça c'est un pattern que je ne connais pas, explique-le-moi. Et en l'espace de 2-3 heures, j'avais compris, j'avais les tenants et les aboutissants. Avec l'expérience, je savais où mes gars allaient se planter. Quand l'architecte est arrivé avec sa solution, il avait juste coché toutes les cases, il avait fait un boulot de dingue. Donc j'ai pu apprécier la maturité de mon équipe, la maturité de la solution qu'on me proposait. Et j'étais serein en fait, parce que je savais où on allait et je savais quelle était la bonne trajectoire en fait. C'est ça, en tout cas moi c'est aussi, je m'en sers également de cette manière là, poser des questions, s'interroger, ce qui n'exclut pas de lire le code, de comprendre, de chercher, de poser des questions, il y a mille façons. Mais c'est un des outils qui est un accélérateur incroyable de reformulation, quand on n'est pas sûr d'avoir saisi ce qui se passait, de validation, après l'écriture du boilerplate ou de la série, il y a pas mal d'éléments qui sont assez redondants, qui peuvent l'être, c'est hyper intéressant à aller chercher.
C'est sur lequel tu peux aller l'utiliser. Et d'un coup, les gens qui étaient, en tout cas, qui se montraient peu intéressés, qui étaient là, c'est un outil pas pour moi, ont commencé à faire des choses. On sait, en fait, qu'il y a des choses intéressantes là-dedans. Oui, de toute façon, c'est des gens intelligents. S'ils commencent à avoir du gain, ils... C'est ça. Et ce qu'on a... Puis là, encore une fois, ce sur quoi on a insisté, c'est dans l'équipe, il n'y a pas de bons et mauvais chasseurs. Il n'y a pas de bons et mauvais utilisateurs de l'IA. Il n'y a que celle qui te convient et qui t'amène d'avancer. Et si du coup, tu es curieux, tout comme on n'a pas tous la même appétence pour la profondeur de compréhension des langages qu'on utilise, j'ai presque envie de dire, le bon ingénieur, c'est celui qui est curieux juste au moins de l'étape d'après, ce qui lui permet d'être plus intéressant, plus pertinent. De la même manière pour l'utilisation de ces outils. Et donc du coup, il y a aussi un travail collectif, éducatif, pour être sûr d'être dans un espace sans jugement. Parce qu'il y en a aussi énormément. Oui, une espèce de safe zone. Donc là, on revient sur l'enjeu humain, en fait. Absolument, absolument.
Et comment vous l'animez, ça? On n'est pas nombreux, on s'appelle, on se voit, on boit des bières. Ok, d'accord. T'as fait de la merde, viens, on discute. Alors, ce qui arrive très fréquemment, évidemment. Mais ça, déjà, on a déjà un respect collectif et individuel sur ce que fait le travailleur. Donc, lui, il m'est déjà arrivé, il nous arrive tous d'envoyer une pull request, on ne voit pas le truc passer, ça pète quelque chose, l'autre arrive derrière, moi, il arrive de réparer sans même lui dire. La personne ne sait pas qu'elle a pété, ou peut-être qu'elle n'a pas vu, mais elle s'est rendue compte que quelqu'un l'avait fixé. Ce n'est pas ça le problème. Donc du coup, on avait déjà une base solide de confiance et de respect inter-individu. Et donc du coup, il a juste fallu mettre à plat certains éléments en étant sûr. Il faut juste valider. T'as mieux fait de dire les choses deux fois que d'oublier de le dire au moins une fois. C'est pas ça l'expression, mais t'as compris. Je vois l'idée. Vous avez compris, vous auditeurs. C'est ça. Exactement, ouais. Et donc du coup, mettre les choses à plat, il faut oser se parler avec franchise. Quelle leçon tu tires de toutes ces expériences que vous avez menées? La curiosité est un joli défaut. On vit une époque incroyable d'évolution technologique.
Il y a encore plein de choses à voir, à découvrir, à comprendre. Je me rends compte que plus que jamais, l'humain, C'est la diff dans une équipe et que c'est les... équipe qui fait un produit et c'est pas la technologie et que du coup ça n'est qu'un accélérateur, qu'un révélateur de qualité d'une équipe. Ça, ça valide ce que je le pensais depuis bien longtemps. Pour moi, le recrutement est clé, les individus sont clés, ça fait toute la différence, c'est pas tes process, c'est pas tes outils. Mais qu'avec les bons outils, les bons process, c'est là que tu révèles ton équipe, c'est là que tu révèles la qualité de ce que tu as envie de faire. Et ça, c'est vraiment, vraiment, vraiment chouette. Je reste excessivement curieux de ce qui peut encore nous tomber sur le compte de notre PBE. Ah oui, je pense que c'est aussi ce qui fait peur aux gens. C'est difficile à imaginer, ça va à une telle vitesse. Ça a été la claque il y a deux ans. Enfin, je dis 2-3. En fait, si tu commences à projeter, ça devient... Justement, c'est quoi les évolutions? Comment tu le sens, les choses arriver? Si on s'amuse à un exercice un peu de prospective, comment tu vois l'IA impacter ton métier, ton entreprise ou les défis qui vont arriver?
Alors, c'est un outil qui a montré ses forces et ses faiblesses. À date, c'est cadré. Mais contrairement aux autres outils où on a réussi à faire ça, comme des limites qu'on avait des autres outils, de ton IDE, de ton générateur de code pour ta codebase ou de ton compilateur ou ton linter, aujourd'hui l'IA qu'on utilise n'est pas la même que celle qu'on utilisait avant l'été. Et ce n'est pas la même qu'on aura en janvier. Et donc, il faut refaire cet assaisissement des limitations, des possibilités des outils qu'on utilise. Le vrai changement, pour moi, il est là. Mais l'IA est un outil. Ce n'est pas qu'un outil, ce serait... et minimiser le... C'est un outil un peu plus intéressant ou un peu plus rigolo que d'autres outils qu'on peut avoir. Mais c'est un outil et il libère certaines choses, il fait revoir, il demande de revoir l'organisation des équipes. Je ne pense pas que l'IA remplace les développeurs au sens général du terme. Je pense que l'IA change la façon d'être développeur, d'être ingénieur. Je ne fais pas forcément une grosse distinction entre développeur, codeur, ingénieur, on va mettre ça dans le même sac.
Les gens qui travaillent dans la tech et qui vont créer des produits technologiques. Pour moi, on vit une époque intéressante qui change la façon de travailler, mais qui ne tue pas le métier, qui ne tue pas la demande dans ce métier. Il y a encore plein de demandes. Et je pense également qu'il y a tout un espace dans lequel la jeunesse... On pourrait penser qu'elle est interdite de métier parce que les IA codent très très bien très très vite. Ce serait faire fi du plus humain que la jeunesse peut apporter, de la créativité, d'une éducation, d'une culture. Et que pour moi, l'IA ne remplace pas le... Mais en revanche, je le répète, redéfinir la taille d'une équipe. Fini un seul staff ingénieur avec une armée de mignons payés ou mal payés, de stagiaires pour que ça avance. En l'occurrence, ce n'est plus comme ça que ça marche. Il y a quand même de la place, mais ça redéfinit la façon dont on va être obligé de fréquemment se poser les bonnes questions pour avoir les équipes adaptées au travail.
qui nous est fournie grâce aux outils qui nous sont fournis à date. Quand je t'écoute, moi, la question que ça pose, c'est la capacité à progresser. Pour les individus. Pour les individus. Parce que quelqu'un qui est senior aujourd'hui, je crois que c'est l'un des... Quand on regarde les évolutions de salaire, c'est les profils qui vont le plus bénéficier d'augmentation. Et aujourd'hui, effectivement, je pense que quelqu'un qui est senior, qui a, je ne sais pas, 5 ou 10 ans d'expérience, je ne suis pas très inquiet pour lui, en tout cas s'il a un minimum de soft skills. Par contre, tu vois, moi j'ai l'exemple de mon fils, il est 42, il est à l'école 42, il se rend compte qu'il est passionné d'info, il a envie d'en faire son métier, il finit dans deux ans, déjà dans six mois il va chercher une alternance, vu la vitesse que ça va, je ne sais même pas à quoi ça va ressembler dans six mois, mais d'ailleurs on voit que les alternances sont plus dures à trouver. Il y en a encore, ce qui me rassure. Moi, je pensais que c'était même fini. Mais je me mets dans la peau d'une boîte. Aujourd'hui, quand je regarde ce que fait Claude ou ce que va faire un agent, pour moi, c'est au niveau d'un stagiaire ou d'un débutant. Il faut qu'il soit très bien cadré. Ça peut faire des choses intéressantes, un effet de levier.
Là, je parle en termes de production pure. J'ai déjà vu ces discours passer. Est-ce qu'il vaut mieux que je mette 200 balles de licence et d'agent ou que je paye un stagiaire 1000 balles? L'équation économique, elle n'est pas en faveur. Et pourtant, tu l'as dit, ces jeunes-là, si on veut demain avoir des seniors, il faut commencer à les former maintenant. Tu as commencé à me raconter cette histoire et directement j'ai repensé à cette image que tu as. Tu as peut-être déjà vu où tu as deux personnes qui discutent et qui disent « Mais nos employés, t'imagines, on les forme et ils partent. » Et la personne de répondre« Ça pourrait être pire, on ne pourrait pas les former et qu'ils restent. » Et effectivement, ce qu'il faut aussi voir dans le fait de prendre des stagiaires ou des alternants, c'est aussi la préparation à l'avenir du pool de talents, à l'avenir de l'espace dans lequel tu as envie de vouloir voir avancer ton entreprise, les gens, etc. À part un Facebook qui, eux, ont tellement de besoins. Qui peuvent se poser ce genre de questions. Est-ce que la petite entreprise qui a 20, 10, 50 collabs va se poser ce genre de questions, tu crois?
Tu dis, il y en aura toujours, quoi. Alors, il ne faut pas oublier que ton cloud, il faut quand même le piloter et que voir les alternants et les stagiaires, c'est un enrichissement qui est multimodal. Ce n'est pas que quelqu'un qui pisse du code ou que quelqu'un qu'il faut former pour plus tard. C'est un peu des deux. C'est aussi un enrichissement local. C'est aussi une vie d'entreprise. C'est aussi la sortie de l'isolement et l'ajout d'un regard différent avec les gens avec qui on travaille. Ça demande de sélectionner ses stagiaires et ses alternants. Mais on le faisait déjà avant. La différence, c'est qu'aujourd'hui, encore une fois, ça reshape, ça redéfinit simplement la façon dont tu voulais absolument, tu voulais un stagiaire pisseur de code, ce que je n'ai jamais validé, mais ça existait. Maintenant, ça devient compliqué de trouver ou de vouloir ça ou de justifier qu'on veuille ça. Ce qui ne pense pas plus mal. Oui, c'est-à-dire de la même manière que dans une équipe, quelqu'un qui faisait un job un peu répétitif à faible valeur ajoutée, même si c'était du dev, parler des baller play, tout ce genre de choses. Je connais des endroits où le job avait une valeur ajoutée vraiment très très très très faible.
Certes. Ces métiers-là, ils vont disparaître, mais est-ce que c'est grave? Ces jobs-là, pas ces métiers-là, ces jobs-là. Tant que tu ne vas pas avoir l'impression de dire des horreurs, je te propose qu'on prenne ça dans sa globalité. Vas-y. Alors, je ne pense que ce n'est pas grave si on s'intéresse également aux personnes pour ce qu'elles peuvent devenir, ce qu'elles peuvent avoir envie, vers où elles peuvent aller en fait. C'est-à-dire que la disparition de certains emplois, ce n'est pas forcément une mauvaise chose, parce qu'ils ne sont pas forcément intéressants, pas épanouissants. Or, ce qu'on veut pour les individus avec qui on travaille, c'est qu'ils se sentent épanouis, qu'ils aient envie de contribuer. Ce qui est triste, c'est quand on fait disparaître un métier, qu'on ne s'occupe pas des individus, on ne s'occupe pas des humains. Les humains, c'est important, c'est avec eux qu'on travaille, et c'est eux qui font les équipes, c'est eux qui font la vie dans laquelle on évolue, qui font la société. Et que ce qui est, d'où l'idée de ne pas vouloir dire des horreurs, mais qu'effectivement, la disparition d'un métier ou la création d'un nouveau métier, c'est presque, on va dire, c'est neutre. J'ai envie qu'on se pose la question du quel est le but, comment, pourquoi, et surtout, que deviennent ou que font les individus? Est-ce qu'on aide les individus à remplir ces nouveaux métiers? Et est-ce qu'on aide les individus à évoluer vers d'autres choses?
La question est un peu plus... Mais là, du coup, ça sort de nos cadres. Nous, on a une prise moins forte. Sur les choix d'avenir et les choix de carrière des individus. On peut leur faire des propositions, on peut les aider, mais là par contre, il faut surtout leur donner le pouvoir de prendre des choix de manière éduquée. Je te propose de te donner le mot de la fin. Qu'est-ce que tu as envie de partager avec les auditeurs? C'est dur ça. Un insight sur... Et c'est là que tu te dis, j'ai envie d'avoir la parole de sage, de ne pas dire une bêtise. Écoute, tu as une minute pour y réfléchir le temps que je fasse un peu de promo. Vas-y. Pour la commu, si tu fais partie des leaders de la tech en France, que tu sois manager, engineering manager, ou directeur, ou CTO, ou tech lead, je t'invite vraiment à rejoindre la communauté. On est plus de 3000 sur le Slack, c'est une communauté qui est super active. Viens sur tech.rocks. Et si tu as... l'opportunité de venir au Summit, alors du coup ce sera l'année prochaine. Je ne peux que t'inviter à venir, en général c'est autour du début décembre. Voilà, rejoins la commu. Si tu es déjà sur ce Summit-là, les replays des conférences seront disponibles pendant 3 mois.
Voilà, si tu t'inscris. Et si tu en as raté, tu prends à rattraper. Et maintenant, le mot de la fin. L'IA, c'est l'opportunité incroyable de s'intéresser aux humains avec qui on travaille. C'est beau. Mais ça n'a de valeur que si on a écouté le reste du podcast, parce que sinon, c'est en fait sorti de son contexte. Merci Hugo. Merci Benoît. Bonne journée. Au revoir.
