Podcast Tech.Rocks

Comment la technologie modifie nos vies ?

Podcast Tech.Rocks · 27 octobre 2024 · 13 min · en français

Résumé

Épisode de la série spéciale du podcast Tech.Rocks consacrée aux speakers du Tech.Rocks Summit 2024. Bruno Patino, président d'Arte, explore la relation complexe entre la technologie et notre quotidien, et réfléchit à l'impact des bouleversements technologiques dans le secteur des médias. Il défend l'idée de ne pas être victime des circonstances, mais plutôt de les utiliser à son avantage. L'épisode aborde aussi la façon dont la technologie a transformé notre rapport à l'information, passé d'une démarche active (« je m'informe ») à une réception passive (« je suis informé »), ainsi que les enjeux éditoriaux et technologiques aujourd'hui indissociables pour les médias. Un échange qui questionne le rôle de la technologie dans nos vies et notre société, tout en offrant des perspectives sur son adoption et son utilisation.

Summary

An episode of the special Tech.Rocks podcast series dedicated to the speakers of the Tech.Rocks Summit 2024. Bruno Patino, president of Arte, explores the complex relationship between technology and everyday life, and reflects on the impact of technological upheaval on the media sector. He argues for not being a victim of circumstances but rather using them to one's advantage. The episode also looks at how technology has transformed our relationship with information, from an active approach ("I inform myself") to passive reception ("I am informed"), and at the editorial and technological issues that are now inseparable for the media. A conversation that questions the role technology plays in our lives and society, while offering perspectives on how it is adopted and used.

Thèmes : Impact & numérique responsable

Programme du Tech.Rocks Summit 2024

Transcript complet

Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.

Bonjour à toutes et à tous, merci d'écouter ce nouvel épisode du podcast Tech.Rocks. Aujourd'hui, j'ai envie de vous parler d'un événement que vous ne voudrez pas manquer, qui est le Tech.Rocks Summit 2024. Et de les 3 décembre, on se retrouve donc pour deux jours intenses de conférences inspirantes, de discussions passionnantes et d'expériences qui sortent de l'ordinaire. Ce sera l'occasion parfaite de découvrir des idées neuves, d'échanger avec des leaders du secteur et de se plonger dans le thème de la résilience dans la tech. Ça va être un moment vraiment unique. Donc, si vous avez envie de vous enrichir, de networker ou juste de vous inspirer, eh bien, on vous attend. Le lien est en description de l'épisode de ce podcast. J'espère qu'on vous y verra nombreux et nombreux et on a hâte de vous retrouver. A très bientôt! La tech, dans ce qu'elle influence, change, modifie nos comportements, donc nos vies, nos façons d'être de façon personnelle ou nos façons d'être de façon collective, ça, ça me passionne absolument. En réalité, on n'est pas envahi par la tech, mais c'est comme un paysage qui change.

La tech, elle change notre contexte général. On est passé du verbe positif ou actif, je m'informe, à la forme passive, je suis informé. Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans un nouvel épisode de notre série thématique dédiée au speaker de notre prochain Tech Rock Summit qui, je vous le rappelle, se tiendra les 2 et 3 décembre 2024 au Théâtre de Paris. Je suis Elsa d'Acosta, animatrice du Tech Rock Summit depuis bientôt 4 ans et aujourd'hui je suis ravie d'accueillir Bruno Patino, président d'Arte France et l'auteur de nombreux ouvrages comme le très remarqué La civilisation du poisson rouge ou encore Submersion aux éditions Grasset qui font état du bouleversement que la tech opère dans le monde des médias et surtout dans nos vies. Bonjour Bruno! Bonjour. Et merci de venir nous mettre l'eau à la bouche sur le propos que tu vas tenir le 3 décembre prochain devant tous les tech leaders français de la communauté Tech.Rocks.

Alors tu le sais, le thème que nous défendons cette année, c'est la résilience. C'est un terme emprunté à la technique des matériaux et popularisé par Boris Cyrulnik pour qualifier notre capacité à absorber un trauma et en faire une force. Est-ce que tu te qualifierais de résilient? Je suis incapable de me qualifier comme ça parce que je pense que c'est les circonstances de la vie qui montrent à un moment donné si on l'est ou pas. Et moi, on va dire que j'ai eu la chance jusqu'ici de ne pas être soumis à des circonstances suffisamment graves pour montrer ou ne pas montrer de la résilience. Dans ton travail, dans le cadre de la présidence d'Arte, dans la gestion de ce bateau, est-ce que tu dois faire preuve? De résilience. En tout cas, ce qui est sûr, et c'est ce dont on va parler, parce que moi j'étais assez surpris et heureux d'être invité au Tech Rock, mais ce dont on va parler, c'est qu'en réalité, il ne faut pas être l'objet des circonstances. C'est ça que je vais essayer de montrer, c'est-à-dire que potentiellement les circonstances, j'allais dire du secteur en général, de la technologie, n'étaient pas forcément favorables à Arte, que ce soit,

c'est un truc franco-allemand, une chaîne linéaire franco-allemande créée il y a 30 ans, et je pense qu'il faut essayer de jouer au judo avec nos circonstances, et de faire de ces circonstances qui peuvent de temps en temps apparaître comme contraires à la destinée qui peut être la nôtre, en faire en réalité des alliés pour aller plus loin. Alors justement, sans déflorer trop ton talk au Tech.Rocks, est-ce que tu peux nous donner un avant-goût justement de ce que tu vas développer avec Arte? Des mots-clés comme ça, histoire de nous mettre en appétit. Non, c'est ce que j'ai dit, c'est-à-dire que tous les vents auraient dû nous être contraires sur le papier. Ils nous étaient contraires sur le papier et pourtant je pense qu'on a bien avancé et qu'on continue à avancer. Et c'est cette idée-là finalement, c'est qu'est-ce qui s'est passé. Et parmi les vents contraires, il y avait cette idée que, venant d'une technologie désormais ancienne, tout bouleversement technologique devait nous être d'une certaine façon contraire. Et au contraire, on a fait de ce bouleversement technologique...

Pas seulement un allié, ce serait bien, ce ne serait pas juste. de le dire comme ça, mais je pense qu'on en a fait une partie intégrante en réalité de ce qu'on est devenu. Alors justement, tu me sers une transition parfaite puisqu'on parlait de technologie. La plupart de tes ouvrages, et ils sont nombreux, traitent justement de cet impact de la tech sur la sphère des médias, voire de l'information, parce qu'il n'y a pas que les médias, tu traites aussi beaucoup le sujet de l'information. Qu'est-ce qui te passionne autant dans ce sujet-là et en quoi pour toi c'est un sujet qui est central pour nos sociétés? Alors, d'une certaine façon, la tech ne m'intéresse pas du tout. Et d'une autre façon, elle me passionne. Parce que ce qui m'intéresse dans la tech, c'est comment elle modifie nos vies. C'est ça qui m'intéresse. La tech pour la tech, ça ne m'intéresse pas. sans doute décevoir beaucoup des gens qui m'écouteront, mais en même temps, la tech, dans ce qu'elle influence, change, modifie nos comportements, donc nos vies, nos façons d'être de façon personnelle ou nos façons d'être de façon collective, ça, ça me passionne absolument.

Et j'ai toujours été passionné, par les conséquences d'une invention technologique qui date de 1455, sur les deux ou trois siècles, qui ont suivi l'invention de l'imprimerie. Et en gros, ce qui nous arrive depuis 20-30 ans aujourd'hui, c'est un changement au moins aussi grand. Et ce que ça veut dire d'un point de vue anthropologique, historique, sociologique, donc évidemment médiatique, ça, ça me passionne. Et mon sujet, c'est ça. Et tu le vis, toi, à titre personnel? Évidemment. Ma vie n'a rien à voir, comme la vie de tous mes contemporains, à celle qu'elle était avant. D'où l'effet Madeleine quand tout d'un coup on projette un film dans lequel, ou on réalise même un film dans lequel les gens n'ont pas de téléphone portable, ne sont pas en lien avec Internet, se transmettent des messages de la main à la main, etc. Donc bien sûr que nos vies ont changé. Moi, l'autre sujet qui m'intéresse, c'est le tango qu'on peut jouer, nous, avec la tech. Tango, parce que dans... Dans cette fameuse expression américaine, il faut être deux pour danser le tango, c'est ça qui m'intéresse, c'est le tango qu'on fait avec la tech.

Et donc en tant que média, c'est le tango que nous on a fait et que nous on fait avec la tech. À la fois nous, comme entreprise média, nous, les auteurs, producteurs ou journalistes qui font les contenus, et puis nous, ceux qui nous regardent. Et donc comment tout ça modifie notre rapport, ça, ça m'intéresse. Récemment, tu étais président du comité de pilotage des états généraux de l'information et la tech a joué un rôle aussi majeur dans les recommandations. En quoi pour toi il faut aussi mettre des garde-fous sur l'invasion de la technologie dans le paysage informationnel français? Mais ce n'est pas l'invasion, c'est ça où je… La submersion peut-être? Non, la submersion c'est les messages qui nous submergent, mais en réalité on n'est pas envahi par la tech. Mais c'est comme un paysage qui change. La tech, elle change notre contexte général. C'est ça le truc. Il y a un philosophe espagnol qui s'appelle Ortega y Gasset qui a toujours dit« je suis moi dans mon contexte». À partir du moment où notre contexte a changé, notre moi a changé et donc notre nous a changé.

Et donc évidemment pour l'information, l'espace informationnel a changé parce que Parce qu'évidemment, la tech l'a fait changer, mais ce n'est pas la tech comme force extérieure. C'est la tech parce que nous l'avons adoptée. C'est ça qu'il faut voir. C'est-à-dire que ce n'est pas la tech, une force obscure qui arrive et qui prend la main sur l'information. Ce n'est pas comme ça que ça se passe. La tech a changé notre contexte. On a adopté. De nouveaux usages, et donc ça a modifié totalement l'espace informationnel. Et si j'avais à résumer en une phrase la façon dont notre espace informationnel a été changé, je dirais juste qu'on est passé du verbe positif ou actif, je m'informe, À la forme passive, je suis informé. C'est ça qui a changé la tech. Et par ce simple balancement des phrases, tout a changé. Mais dans le domaine de l'information, comme dans le domaine du divertissement, de la culture ou autre. Et ce dont on va parler, c'est sans doute, peut-être parce que Carte soit au Tech.Rocks, c'est quand même une surprise. Mais peut-être parce que moi je pense qu'aujourd'hui on ne peut plus avoir, on ne peut plus informer les gens, on ne peut plus participer à leur proposer à un moment donné un documentaire, une fiction ou informer les gens.

C'est autant un défi éditorial qu'un défi technologique. C'est les deux mêlés. Mais pourquoi tu dis que c'est une surprise qu'Arte soit au Tech Rock Summit? Pourquoi ça t'a surpris, toi? Parce qu'on est une télé. Et? Dans la tech, la télé, c'est un peu comme la diligence chez les constructeurs de Formule 1. Oui, mais est-ce qu'on ne peut pas être inspiré, justement, par d'autres univers, pour essayer de raffiner encore plus le sien? Non, mais je pense qu'on peut être inspiré, j'en sais rien, mais ça peut. Il y a deux choses, en tout cas, moi, c'est les deux choses dans lesquelles je vais parler. C'est-à-dire qu'à un moment donné, la tech n'est ni un ami ni un allié. La tech, c'est un contexte et donc à nous d'en profiter, y compris quand on est une, entre guillemets, vieille industrie. Ce qu'on n'est plus aujourd'hui, parce qu'Arte, c'est une plateforme, des chaînes sociales et autres. Et évidemment, on a cessé d'être une diligence. Mais la deuxième chose aussi, et peut-être que là, ça va peut-être enclencher une discussion intéressante, c'est que la tech n'est pas un champ autonome. De la même façon que je disais tout à l'heure, la tech, ce n'est pas une force obscure extérieure qui arrive et qui prend assaut à un moment donné de l'information, c'est la tech parce que nous l'avons adoptée.

Et donc le parce que nous l'avons adoptée est extrêmement important. Et donc la tech, elle ne vaut, elle n'existe que parce qu'à un moment donné, des humains l'adoptent ou la rejettent ou s'y soumettent ou au contraire la domptent. C'est ça qui est intéressant à chaque fois. Est-ce que ça voudrait dire en creux qu'on est co-responsable aussi des dérives? de la tech parce qu'on l'a adopté justement ? Mais la tech ne dérive pas, c'est nous qui dérivons. Elle ne dérive pas plus qu'elle ne garde le cap. Jusqu'à présent, je n'ai pas un secteur autonome qui décide de par lui-même. Il y a des forces logiques, mais ce serait comme dire, est-ce que la finance ne dérive pas? Mais derrière la finance et les marchés financiers, il y a des êtres humains qui ont décidé de quoi et comment transformer ces marchés financiers. Donc eux peuvent dériver, oui. Comme le feu, ça brûle ou ça éclaire suivant l'usage qu'on en fait, en quelques mots, c'est ça? Non, mais ça, c'est votre conclusion. Dans ton dernier ouvrage, Rire avec le diable, tu racontes un moment de ta vie de jeune journaliste correspondant au Chili, où lors d'une interview avec Pinochet, tu as ri

à l'une de ses plaisanteries, non sans culpabilité, ce que tu racontes extrêmement bien dans cet ouvrage, mais ce qui est intéressant aussi, c'est que dans ce texte, tu files la métaphore de la dictature en te focalisant sur Pinochet, mais pour analyser aussi la manière dont les textes nous traversent. Est-ce que tu peux nous expliquer ce que tu voulais signifier par là? Moi, j'ai été marqué par un livre de Sergei Gouriev, qui est un politiste, qui s'appelle« Spin Dictators», qui a montré que la nouvelle forme de conquête du pouvoir des hommes forts, entre guillemets, passe justement, on va dire, par… par l'exploitation de nos émotions et de nos colères via les réseaux. Et que d'une certaine façon, alors ça c'est moi qui le dis, autrefois la prise de pouvoir par la force brutale, aujourd'hui... peut être remplacé pour ce type d'homme ou ce type d'homme de pouvoir, parce que c'est souvent des hommes et rarement des femmes, pour ce type d'homme de pouvoir, par l'utilisation de nous, via la tech, mais c'est nous, via la tech, dans l'utilisation de ces réseaux. Et c'est donc sur cette double interrogation que j'ai voulu écrire en réalité.

Parce que, comme je le disais, Et c'est la seule idée dont ils n'auront plus besoin de venir, mais qui viennent quand même, que je défends d'autres écrocs ce mythe, c'est qu'en réalité, la tech, elle est ce qu'on en fait nous. La façon dont on l'utilise, à la fois individuellement et collectivement. Donc la façon dont aujourd'hui, Nous tous pouvons faire levier d'une certaine façon pour ce genre de conquête de pouvoir. Je parlais de Bolsonaro au Brésil, on pourrait parler d'autres, ou même du scrutin qui va avoir lieu en novembre aux États-Unis. Mais évidemment, c'est cette question-là. Et en fait, du coup, ça tirait le fil de« mais comment est-ce qu'on peut se faire avoir? » de façon empathique, de façon émotionnelle, par ce genre de personnes qui peuvent être en même temps tout ce qu'on déteste. Et du coup, ça m'a rappelé un événement ancien que je raconte dans le livre. C'est pour ça que c'est d'autant plus important qu'on t'entende le 3 décembre prochain, parce que tu es face à une communauté de tech leaders, pour qui ça va être passionnant d'avoir aussi ce regard-là, cette co-responsabilité qu'ils endossent également dans leur métier de tous les jours.

Donc, tu nous as donné envie d'écouter encore pendant des heures. ce talk du 3 décembre prochain. Je te remercie infiniment, Bruno, du temps que tu nous as consacré. Et nous, nous ne sommes pas surpris de te voir au Tech.Rocks Summit. Nous sommes ravis. À très vite. À bientôt.