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Podcast Tech.Rocks
S03E20 · Parcours et lutte contre l'obsolescence logicielle des téléphones
- Agnès Crepet (Head of Software Longevity & IT, Fairphone)
- Didier Girard (VP Engineering, SFEIR) — interview
Podcast Tech.Rocks · 3 octobre 2021 · 22 min · en français
Résumé
Premier épisode de la série du podcast Tech.Rocks consacrée aux speakers du Tech.Rocks Summit 2021 : leur parcours, ce qui les anime au quotidien et la conférence qu'ils y donnent. Agnès Crepet, Head of Software Longevity & IT chez Fairphone, dirige le département d'ingénierie chargé de lutter contre l'obsolescence logicielle des téléphones. Elle raconte son parcours. Au Summit, elle intervient aux côtés d'Esther Onfroy, CEO de Defensive Lab Agency, sur l'éthique dans le numérique et principalement dans l'électronique, avec le talk « Du transistor à l'octet, où est passé l'éthique ? ».
Summary
First episode of the Tech.Rocks podcast series featuring speakers from the Tech.Rocks Summit 2021: their career paths, what drives them day to day and the talk they give there. Agnès Crepet, Head of Software Longevity & IT at Fairphone, leads the engineering department tasked with fighting software obsolescence in phones. She talks about her career. At the Summit, she speaks alongside Esther Onfroy, CEO of Defensive Lab Agency, about ethics in digital technology and especially in electronics, in the talk “From transistor to byte, where has ethics gone?” (“Du transistor à l'octet, où est passé l'éthique ?”).
Thèmes : Impact & numérique responsable
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Bonjour à toutes et à tous, nous vous proposons une série exceptionnelle d'épisodes de notre podcast autour des speakers du Tech.Rocks Summit 2021, la conférence faite par et pour les tech leaders qui aura lieu les 9 et 10 décembre prochains. Découvrez-en plus sur leur parcours et sur ce qui les anime au quotidien, ainsi que sur la conférence qu'elles et ils donneront. Pour vous inscrire au Tech.Rocks Summit, rendez-vous dans la description de cet épisode. Bonne écoute! Le leader du département d'ingénierie qui est en charge de lutter contre l'obsolescence logicielle des téléphones. C'est cette raison d'être de Fairphone qui assure le leadership et qui aligne tout le monde sur le fait que ce projet doit être un succès. Pour sourcer de manière propre, sans financement des conflits armés, notamment un minerai, c'est parfois des mois ou des années de lobbying. Bonjour à tous, Didier Girard, co-séau de SFEIR.
Je suis avec Agnès Crepet. Agnès, est-ce que tu peux te présenter? Oui, merci Didier. Déjà, merci pour l'invitation. Et donc oui, je peux me présenter. Je m'appelle Agnès Crepet. Jusqu'à il n'y a pas très longtemps, j'habitais sur Amsterdam. Je travaille pour une entreprise qui s'appelle Fairphone. Je suis également dans une entreprise qui s'appelle Ninja Squad. Fairphone, on va en parler, je pense, aujourd'hui assez longuement. C'est une boîte qui fait un téléphone équitable et durable. Et ça fait à peu près une petite vingtaine d'années que je travaille dans le secteur de l'IT. Sur des profils de postes plutôt techniques. Voilà. Ok, justement, je me posais la question un peu, qu'est-ce que tu peux nous éclairer sur ton cursus académique? Ouais, alors rien de très exotique. Je suis passée par la fac. J'ai fait des sciences cognitives avec une spécialité dans l'intelligence artificielle. Donc les sciences cognitives, c'est des sciences autour du cerveau. À l'époque, on devait choisir quand même une spécialité. Donc moi, j'avais fait des sciences avant, donc j'avais pris informatique. Mais avec moi, dans ma classe, tu vois, tu avais des gens qui avaient fait... Fait des neurosciences, des gens qui avaient plus un profil bio. J'ai fait ça à Lyon, Lyon 1, et à l'ENS à Lyon.
Et après, j'ai fait une année pour avoir une équivalence au diplôme d'ingé dans une école d'ingé à Saint-Etienne, qui s'appelle l'école des mines. Alors là, on est sur un truc beaucoup plus classique. J'ai laissé tomber un peu les sciences cognitives, l'intelligence artificielle, et je suis arrivée plus sur une formation d'ingénierie autour du génie logiciel, développement, etc. Donc, c'est plus là que j'ai vraiment appris à développer sur des langages divers et variés. Quand je faisais de l'IA, c'était plus... C'était plus du C. Donc ça, c'est pour le parcours académique, mais très exotique. Et donc après, à un moment donné, tu as trouvé ton premier job. Et donc, voilà, c'est quoi un petit peu ta carrière jusqu'à Fairphone? Ouais, alors premier job super boring. Encore aujourd'hui, je me dis, mais putain, comment j'ai fait pour faire ça? Mais ouais, pendant trois ans, j'ai bossé quand même pour un éditeur bancaire. Alors pas très boring côté technique, parce que finalement, ouais, c'était quoi, 2001, tu vois, donc ça ne rajeunit pas, donc ça fait 20 ans, oh my god. Tu vois, c'est une boîte où j'ai fait pas mal de R&D. Et à l'époque, on était déjà sur les prémices de Struts. tapestry, etc., les premiers frameworks ORM de mapping objet relationnel.
Donc, tu vois, il y a 20 ans, c'était cool, je pense, de bosser quand même sur des choses comme ça. Là aussi où j'ai commencé mes premiers vrais développements sur des stacks front et back. Principalement en Java. Je faisais aussi un petit peu de C, mais j'étais quand même sur une stack plutôt Java. Et puis, au bout de trois ans, j'ai voulu essayer le service parce qu'on était sur les prémices de Struts. Tapestry, etc., les premiers frameworks ORM de mapping objet relationnel. Donc, tu vois, il y a 20 ans, c'était cool, je pense, de bosser quand même sur des choses comme ça. Là aussi où j'ai commencé mes premiers vrais développements sur des stacks front et back. Principalement en Java. Je faisais aussi un petit peu de C, mais j'étais quand même sur une stack plutôt Java. Et puis, au bout de trois ans, j'ai voulu essayer le service parce qu'on était sur les prémices de Struts. Je trouvais que c'était quand même un peu triste de m'enfermer tout de suite dans un secteur business. Comme celui de la banque, qui m'éclatait en plus du point de vue métier, pas vraiment. Donc, je suis partie faire du service dans une boîte qui s'appelle SQLi, c'était cool. C'était cool du point de vue technique, parce que j'ai beaucoup appris, je suis restée vraiment sur des postes techniques aussi, un développeur, architecte, tout ça. Et puis, le service ayant ses limites, dans le sens où tu ne choisis pas forcément les clients tout le temps, tu vois. Je suis rentrée dans un labo d'homéopathie qui s'appelle Boiron, sur la région lyonnaise. Et là, pendant quelques années, j'ai eu un poste de tech lead, d'archi, où on développait en interne énormément de projets. C'était vraiment un poste intéressant parce qu'il n'y avait que du développement interne, avec évidemment des prestataires, mais en tout cas, c'était nous qui lisions les devs.
Et après, il y a eu des changements de stratégie interne où la DSI a préféré intégrer des outils faits sur étagère avec un peu moins de développement interne. Donc, je suis partie à ce moment-là parce que j'avais envie de continuer de faire plutôt des projets de dev et pas forcément des projets d'intégration. Qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là? Il y a eu un petit switch. C'est-à-dire que mon compagnon de l'époque, qui est toujours mon compagnon actuel d'ailleurs, on a décidé avec lui de faire un break. Donc, quand j'étais dans ce labo-là et de partir à Nantes, Voyager. Vu qu'il est développeur, j'étais développeuse, on était impliqués dans des réseaux de type Jug, Java User Group. Moi, je m'occupais du Jug de Lyon. Un des thèmes qu'on a fait sur ce voyage, ça a duré un an, on a arrêté de bosser un an, on a voyagé dans plein de pays, ça je pourrais t'en parler aussi. Mais le thème qu'on avait fixé à notre voyage, c'était d'aller rencontrer des développeuses et des développeurs all around the world pour voir un peu comment ça se passait pour elles et pour eux dans ces pays-là. Et pourquoi je parle de ce voyage? Parce que je pense que ça a été un petit switch quand même, un gros switch pour nous, pour moi comme pour lui.
C'est-à-dire qu'en revenant de ce voyage d'un an où on a rencontré plein de gens différents, qui avait un métier similaire au nôtre, on s'est dit, ouais, ça ne matche plus vraiment qu'on fasse des boulots comme ceux qu'on faisait à l'époque, genre CS2I ou des grosses boîtes dans lesquelles on ne se reconnaissait pas vraiment. Et même moi, si je m'éclatais bien dans Slabou Pharma, ça restait quand même une grosse DSI où ta marge de manœuvre est quand même assez réduite. Donc, quand on est revenu, tu vois, professionnellement, on a monté notre boîte, une boîte qui s'appelle Ninja Squad, qui a fêté ses 9 ans en juillet. Et c'est rigolo parce que tu vois, les 6 mois après notre rentrée en France, on a monté notre boîte, acheté un appart et enchaîné deux mômes. Je pense que ça nous, au niveau perso, c'est intéressant de mentionner ça parce que je pense que ce voyage, il nous a aussi montré à quel point on était des personnes privilégiées. Quand tu es développeur, développeuse, c'est quand même pas très compliqué de trouver un job. Donc, premièrement, tu peux plus facilement trouver un boulot qui te plaît. Et nous, ce qui nous plaisait à l'époque, c'était d'avoir une certaine autonomie. indépendance et de bosser pour des projets qui nous éclataient. Donc Ninja Squad est né de ça. Notre liberté est quand même assez grande, parce que tu peux trouver, même si tu te plantes, tu peux facilement retrouver du job derrière.
Est-ce que tu peux dire que, quelque part, ce que j'entends, c'est qu'il y a vraiment un avant et un après tour du monde? Oui, carrément. Sur ce côté-là, on ne veut plus bosser pareil. Les compromis qu'on faisait jusqu'à présent, pourquoi les faire encore? C'est toujours un peu flippant de monter sa boîte, mais on était vraiment des clichés commercialement parlant. Moi, j'avais fait quelques avant-ventes en S62, mais ce n'était pas mon truc. Je ne m'estimais pas très forte là-dedans. Et puis, quand tu lances ta boîte et que tu commences à trouver des clients, en fait, il n'y a rien de très secret. Ce n'est pas non plus très compliqué. On avait un réseau avec les jugs, on connaissait quand même pas mal de monde. On avait monté aussi en France une conférence qui s'appelle Mixit, avec des potes et mon copain, tout ça. Donc, en fait, ce réseau en question nous avait quand même suffi pour trouver des clients. Quand bien même on se plantait, c'est ça que je veux dire, c'est que de toute façon, même si on se plantait, On se disait à l'époque que ce n'était pas très grave parce qu'on retrouverait tout le temps facilement un job alimentaire, étant privilégié du fait de bosser dans la tech sur des métiers. A priori, où ce n'est pas très compliqué de trouver des jobs, même quand c'est du job alimentaire.
Tu vois, ça a unlocké un truc, en fait, ce tour du monde-là. Parce qu'on a rencontré des personnes, notamment en Afrique et en Indonésie, qui nous ont montré ce que c'est que de prendre des risques, est-ce que c'est vraiment de vivre des situations plus compliquées que les nôtres. Les meufs qu'on a rencontrées en Indonésie, qu'on a invitées d'ailleurs à Mixit quelques années plus tard, Mila et Nettie, qui ont montré... une antenne Duchesse Indonesia, Duchesse étant un réseau de visibilité des femmes dans la tech. Ces meufs-là, elles finissaient leurs études, elles bossaient, elles montaient leur boîte en parallèle. Dès qu'elles avaient 3-4 jours, elles partaient en scooter faire le tour de l'île de Java pour apprendre à coder au môme dans les écoles perdues dans les forêts. Tu vois, quand tu es confronté à des gens comme ça, tu dis, ouais, la prise de risque est toute relative quand tu rentres dans des pays comme la France. Pareil pour le Togo, où on a rencontré un pote qui s'appelle Horatio, quelqu'un qu'on aime beaucoup, qu'on a aussi invité à Mixit. Et ouais, quand tu vois sa vie de développeur, aujourd'hui, il est en France, mais quand tu vois sa vie de développeur au Bénin ou au Togo, Lui, il a vraiment essayé de monter sa boîte là-bas.
C'est très compliqué, etc. Oui, on était vite conscients en rentrant chez nous que toute prise de risque, ce n'était pas grand-chose vis-à-vis de ces gens-là. Des risques qu'elles et eux prenaient. Qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, tu bascules chez Fairphone et qu'est-ce que tu fais dans cette boîte? Alors, en fait, tu vois, quand on est rentré, on monte Ninja Squad et tout. Donc, mon partenaire étant... Il bossait, lui, à plein temps dans Ninja Squad. Je ne souhaitais pas forcément... On ne souhaitait pas forcément tous les deux bosser tout le temps ensemble. Donc, moi, j'avais pris un job, en plus de Ninja Squad, dans une école d'ingé où j'enseignais. Et puis, il y a quand même un truc qui me manquait, de faire du projet autour de produits, etc., informatique, ça me manquait quand même, même si l'enseignement, ça m'a bien fait traiter. Et puis, on n'avait jamais eu forcément d'expérience à l'étranger aussi, tu vois. Donc, c'est un truc qui nous branchait bien. On avait voyagé, mais on n'avait pas bossé à l'étranger. Et puis, Ça faisait longtemps que j'avais envie de bosser sur une boîte produit. Jusqu'à présent, j'avais quand même principalement fait du service ou bossé pour un service informatique. C'est quand même bien différent que le job qui est celui de travailler sur un produit.
Je suivais Fairphone depuis longtemps. Il n'y a pas forcément, à mon sens, beaucoup de projets en Europe tech qui ont un impact sociétal, environnemental intéressant. Donc moi, je l'ai suivi depuis longtemps. Je vois ce poste qui sort. Je dis, ça correspondait à une époque où on est... On était prêts à bouger. On avait envie de bouger, c'était même pas prêt à bouger, on avait vraiment envie de bouger, on regardait déjà des choses. J'ai tenté et j'ai eu le poste. J'ai vraiment fait une candidature, trois personnes avaient dû me chercher. Des moments où on me demande, alors, t'as été recrutée par un headhunter? Non, pas du tout, j'ai fait une application. Avec ma lettre, mon motif et tout. Oui, mes codes, les assessments que tu fais, à l'ancienne, normale. Je n'ai pas eu du tout de voix particulière. Et j'ai eu le poste, donc cool, on a déplacé la famille sur un salon pendant trois ans. Et qu'est-ce que je fais là-bas? Je dirige l'équipe IT, ce qu'on appelle DSI en France. Mais je lead aussi, c'est ça qui est un peu plus intéressant peut-être pour notre discussion aujourd'hui, je lead le département d'ingénierie qui est en charge de lutter contre l'obsolescence logicielle des téléphones.
Tout le monde ne sait pas exactement ce que fait Fairphone et qu'est-ce que c'est que son histoire. Est-ce que tu peux nous en dire deux mots? Donc Fairphone, c'est né en 2010. Ce n'était pas du tout une boîte. En 2010, c'était une bande d'activistes néerlandais qui ont mené une campagne de sensibilisation autour des minerais dits de conflit. Les minerais de conflit, c'est les minerais comme l'étain, le tungstène, le tantal ou l'or. Ils sont officiellement au nombre de quatre. Et ces minerais-là, ce sont des minerais qui financent des conflits armés, notamment dans certaines régions africaines. Ces minerais-là, tu les retrouves en quantité dans tous les devices électroniques, ton téléphone, ton ordinateur, etc. Et donc, il y a des campagnes de sensibilisation qui se lancent en 2010 autour de ça, parce qu'il y a une loi américaine qui était passée à ce moment-là, autour de ces minerais dits de conflit. Et donc, cette bande d'activistes lance une grosse campagne de sensibilisation. Donc, quand je dis campagne, Ça reste un peu de lobbying, des pétitions, en tout cas absolument rien qui est relatif au fait de construire un device électronique. Et en 2012, ces personnes-là voient une certaine limite aux campagnes de sensibilisation. Ils et elles se disent« Non, mais il va falloir qu'on tape un peu plus loin.
Pour être légitime, pour changer de l'intérieur les pratiques de l'industrie électronique, il faut…» être dedans. Et pour être dedans, il faut faire des choses, des devices électroniques. Donc, il et elle lancent une campagne de crowdfunding en 2013, qui sera l'une des campagnes de crowdfunding les plus successives européennes, d'ailleurs, sur les dix dernières années. Il lance une campagne en disant, on voudrait essayer de faire un téléphone durable, un téléphone qui n'inclut pas aussi, surtout, des minerais dits de conflit. Est-ce que ça vous branche? Et la campagne marche très bien. Il et elle se retrouvent avec quelques millions sur leur compte en banque, un peu paniqués. Pour la petite histoire, il n'y a vraiment pas de gossip derrière parce qu'il le dit lui-même, mais Baz Banable, le créateur, un des principaux membres fondateurs, fait deux burn-out sur l'année 2013, 2014, 2015. Je pense que je n'étais pas là à l'époque, mais c'est vraiment un truc de fou ce qui est arrivé à ces gens-là parce qu'ils se retrouvent avec beaucoup d'argent d'un coup. Avec un projet énorme, mais face à une réalité qui n'est pas forcément évidente, parce qu'ils ne savaient pas forcément fabriquer un téléphone.
Parce que fabriquer un téléphone, ce n'est pas forcément une chose évidente. Donc, il fallait qu'ils recrutent, qu'ils sont quatre personnes adéquates, etc. Donc, c'est un projet qui est vraiment parti très vite, avec un projet qui est vraiment parti très vite. Premier téléphone qui s'appelle le Fairphone 1 qui sort en 2013, fin 2013. Donc, en 11 mois, il le sort, ce qui est quand même assez incroyable. C'est incroyable. Quand j'entends ça, je me dis, mais sachant qu'ils n'étaient pas du domaine, c'est assez fou. Non, non, non. Après, ils ont recruté une personne qui était très compétente. Mais oui, c'est un truc de fou. Je dis souvent, il n'y a pas longtemps, on m'interrogeait là-dessus, je disais si Fairphone n'avait été lancé que par des ingénieurs, le projet n'aurait jamais eu lieu. Ils n'y seraient pas allés tout simplement. Non, ils n'y seraient jamais allés. Même moi aujourd'hui, tu vois, avec mon vrai profil ultra cartésien et tout ça, même moi aujourd'hui, après neuf ans, L'histoire à 9-10 ans, je me dis que c'est incroyable qu'ils aient fait ça. Bref, et donc de 2013, le premier téléphone sort, Fairphone 1, 50 000 exemplaires. Chouette téléphone dans le sens où il y avait vraiment un gros boulot sur la supply chain, l'approvisionnement des minerais. Donc, il y avait l'étain et le tungstène qui étaient conflict-free, donc sans financement des conflits armés.
Ça ne paraît rien, c'est que deux métaux, mais en fait, pour sourcer de manière propre, Donc, sans financement des conflits armés, notamment, un minerai, c'est parfois des mois ou des années de lobbying. Donc, c'est des gens sur place qui vont bosser avec les populations locales pour essayer de ne plus bosser que les mafias. C'est très, très compliqué. Je dis souvent aussi que les héros et héroïnes de Fairphone, ce n'est pas nous, ce n'est pas ceux qui bossent sur la partie technique, c'est plus les gens qui vont faire le lobbying dans des pays comme des pays africains ou en Asie, parce que c'est vraiment, vraiment compliqué. Et Fairphone, ça part de là. C'est vraiment la volonté de changer les pratiques pour éviter de financer des conflits armés. pour éviter qu'il y ait des enfants dans la supply chain aussi. Donc des enfants qui minent les métaux dont je parlais, par exemple. Et le Fairphone 2 sort deux ans après, donc 2015. On est sur un produit qui est modulaire par rapport au Fairphone 1. C'est-à-dire que là, il y a vraiment une volonté montrée claire de la boîte de faire un produit qui dure. Donc de changer les normes dans le sens où, Je parle surtout de la stack Android.
Sur la stack iOS, c'est un peu différent. Apple est plutôt un bon candidat sur le secteur. Et si tu prends les téléphones Android, durabilité et pas vraiment au rendez-vous. Ça compte téléphone à une durée de vie en moyenne de deux ans, deux ans et demi. Ce qui n'est quand même pas énorme. Et donc ça, ça produit énormément de déchets électroniques. On parle de 50 millions de tonnes par an qui sont produites. Et donc la volonté de Fairphone, c'est de lutter contre ça et de faire des téléphones qui durent. Et pour qu'ils durent, ces téléphones, la première chose qu'il faut le faire, c'est qu'ils soient réparables. Donc que tu puisses facilement ouvrir ton téléphone, même si tu n'es pas expert, que tu puisses remplacer ta batterie, ton écran et n'importe quel module qui est abîmé ou qui est usé. Donc Fairphone 2, premier téléphone modulaire du marché. Où tu as plusieurs modules, six modules que tu peux changer facilement, et avec aussi une première ambition de faire du software qui dure. Donc le Fairphone 2, il est toujours en usage aujourd'hui, c'est-à-dire que les gens l'utilisent toujours. Moi, dans mon équipe, vraiment, c'est le produit sur lequel on bosse le plus. Fairphone 2, on sort des mises à jour d'Android récentes sur ce téléphone qui est sorti en 2015.
Donc, Fairphone, c'est ça. C'est à la fois d'essayer de cleaner la supply chain pour faire en sorte qu'il n'y ait plus d'exactions sociétales, mais aussi, du point de vue environnemental, de faire un téléphone qui dure. Et faire un téléphone qui dure, c'est qu'il soit facilement réparable et supporté d'un point de vue logiciel par nous. C'est vraiment un super projet. Quand on parle, on sent tout ce qui t'anime pour bosser pour cette entreprise. Moi, j'aurais une question, c'est monter un tel projet, ça nécessite quand même un certain leadership. Comment ça tourne du point de vue du leadership? comme faire fun. Je crois qu'il y a une centaine de personnes. Pour moi, c'est tout petit. Je me dis, faire des téléphones en étant sans, c'est déjà incroyable. Et je me dis, à la base de ce projet, il va y avoir quand même de sacrés leaders. Écoute, les fondatrices, fondateurs sont évidemment des gens très inspirants. Je dis souvent que tu t'emmerdes rarement à la machine à café. Il y a des chances que tu rencontres des gens à la machine à café avant le corona. Très inspirante. Et les personnes qui ont fondé la boîte, il y en a encore qui sont aujourd'hui chez Fairphone, toujours. Et elle lead évidemment des départements spécifiques.
Il y a notamment un gars qui s'appelle Miguel Ballister qui, lui, lit de la partie produit. Il a longtemps bossé sur le fait de cliner la supply chain, etc. Donc, oui, forcément, il est fondateur, il est cofondateur, il est toujours là dix ans après. C'est quelqu'un qui a un certain leadership naturel. Mais bon, moi, ce que j'ai tendance à dire, ce qui m'a vraiment surprise quand je suis rentrée dans cette boîte, ce n'est pas les leaders. J'ai bien kiffé les fondateurs et fondatrices, ils sont très inspirants, etc. Ça, je l'ai dit. Mais il y a vraiment une auto-organisation qui est assez forte. C'est la première boîte où j'ai pratiqué l'holacratie. Vraiment, il y a un fonctionnement tel qui fait que, c'est assez naïf ce que je vais dire, mais c'est vraiment quelque chose que j'ai vécu. C'est-à-dire que les gens se responsabilisent énormément. Moi, je lis d'une équipe d'ingénieurs, j'ai vraiment très peu de management à faire. Il y a vraiment une autogestion très forte. Je pense que les gens qui rejoignent un projet comme ça, Il y a une telle passion et une telle volonté de faire que ce projet marche qu'il y a... un alignement un peu naturel. Je ne dis pas que c'est le pays des bisounours. Moi, il y a des collègues avec qui je ne suis pas en phase sur des aspects.
Ça fait partie du truc. On reste des humains. Mais il y a un leadership naturel, auto-organisationnel, qui est assez fort. Et donc, du coup, des leaders d'équipe qui sont en posture assez basse, en fait. Ce que tu veux dire, c'est que la raison d'être, Quelque part, c'est cette raison d'être de Fairphone qui assure le leadership et qui aligne tout le monde sur le fait que ce projet doit être un succès. Oui, exactement. Disons qu'il y a… Quand on demande aux gens de faire fun, aux employés de faire fun, de participer à, je ne sais pas, penser la stratégie 2023. Je pense à ce truc-là, ça a été fait en 2020. La CEO, qui est une femme assez cool, qui s'appelle Eva Gowens, Elle avait lancé des ateliers participatifs, ce qu'on fait dans beaucoup de boîtes. Qu'est-ce que vous pensez de notre futur? Mais en fait, il faut voir ces ateliers. C'est un truc de fou. J'ai l'impression d'être dans le monde associatif militant politique. J'ai fait beaucoup d'associatifs. Je t'ai dit, j'ai cofondé Mixit et tout ça. Je fais partie des Duchesses. Même dans le milieu culturel aussi, j'ai fait beaucoup de choses dans le milieu culturel.
J'ai l'impression d'être là-dedans. C'est une boîte où tu retrouves cette espèce de passion que tu vois dans le milieu militant politique associatif. La CEO demande aux gens de partager leur point de vue sur la stratégie de la boîte dans trois ans. Ça fuse, ça se retrouve. Après le meeting, ça dit non, non, mais là, on n'est pas allé assez loin, il faut qu'on continue à bosser là-dessus. Donc, tu vois, tu as cette espèce d'engagement assez naturel. et une volonté du conscientius qui est quand même assez forte. Ça, je pense qu'il y a aussi l'esprit dutch néerlandais qui aide. C'est-à-dire que je trouve que quand même, c'est un peu caricatural ce que tu dis, je n'aime pas trop faire de généralité sur les gens, mais quand même, j'ai senti quand j'ai bossé aux Pays-Bas, cette culture du conscientius où, bon... Business first un peu. J'ai peut-être des idées très fortes, mais quand même, si je vois que la majorité penche plutôt de ce côté-là, je baisse un peu ma garde. Donc, il y a aussi peut-être une mentalité du pays qui joue, mais je pense que c'est... principalement le but ultime de Fairphone qui aide justement, qui facilite cette auto-organisation, avec du coup un leadership qui n'est pas très fort. Je lis d'une équipe, je pense que je représente vraiment le leader standard Fairphone, c'est-à-dire un leadership assez naturel et avec une posture assez basse.
Ok, en tout cas hyper intéressant. Donc du coup, tu vas venir parler, tu interviens à Tech.Rocks, au Tech.Rocks Summit. Et de quoi tu vas nous parler? Et puis, est-ce que tu peux nous donner un petit peu trois choses, un peu un teaser de ce qu'on va apprendre lors de ton intervention? Oui, donc déjà, je vais faire le talk avec quelqu'un d'autre, Esther Onfroy, qui a plus une spécialité autour de la cybersécurité, reverse engineering, etc. Donc, on a envie de parler de la face cachée. Donc, on va parler, évidemment, j'irai un peu plus loin que ce que je fais aujourd'hui sur la partie Fairphone. Donc, on va parler de la face cachée du hardware, de ce qui se cache derrière la chaîne de fabrication de nos téléphones. On va parler aussi de la partie software. Donc, une fois que le téléphone est sorti de l'usine, quel est son usage, les problématiques d'usage. On va parler de data, etc. Et on finira le cycle de vie du device en parlant de l'aspect recyclage, réusage, etc. Donc le fil conducteur de notre talk va être sur l'éthique dans le numérique et principalement dans l'électronique, en prenant comme fil rouge le cycle de vie des appareils qu'on a entre nos mains.
Donc, j'espère que les personnes qui seront présentes... Nous allons apprendre beaucoup sur la face cachée du téléphone qu'on a tous dans notre poche. Et on espère donner des pistes sur comment on peut changer les éléments dont on va parler ensemble. Les éléments plutôt noirs, que ce soit d'un point de vue sociétal ou environnemental. Super, j'ai envie d'entendre ce talk. Ça me donne très envie d'assister au Summit. Je vais te remercier, moi, pour le moment et l'échange qu'on vient d'avoir. Je suis vraiment content de t'avoir interviewé. Avec plaisir. Oui. Et puis donc, on se retrouve au Tech.Rocks Summit 2021 pour les 9 et 10 décembre. Yes, notre talk, ce sera le 10 décembre. Voilà, donc on se retrouve avec plaisir. Merci à toi, Agnès. Merci, Didier. Ciao.
