Tech.Rocks Summit 2021

Le sens de la tech

Tech.Rocks Summit 2021 · 10 décembre 2021 · 23 min · en français

Résumé

Entre levées de fonds successives et accélération des modèles technologiques, le talk invite à prendre de la hauteur sur les enjeux cachés derrière la révolution numérique.

Summary

Between successive funding rounds and ever-faster technology models, the talk invites us to step back and look at the issues behind the digital revolution.

Thèmes : Impact & numérique responsable

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Bonjour, c'est Emmanuelle, fondatrice de The Bonbon Project. A tout de suite. Emmanuelle Duez est fondatrice et dirigeante de The Boson Project. Et Bugali, merci beaucoup d'être avec nous, Emmanuelle. Avec plaisir. Alors, certains s'interrogent sur le sens de la vie. Vous, c'est le sens de la tech. En tout cas, c'est le défi que je me suis donné pour cette intervention. Écoutez, tout un programme. J'ai hâte d'écouter tout cela. Merci. Bonjour à tous. Pour évoquer ce sujet du sens de la tech, a-t-elle seulement un sens et dans quel sens va-t-elle? Je me suis dit que j'allais me mettre dans la peau de l'entrepreneur que je suis, qui a monté plusieurs initiatives. Mon métier, c'est d'investiguer les entrailles des organisations et notamment des scale-up, notamment des entreprises du monde de la tech. Me mettre dans la peau de cet entrepreneur-là et refaire finalement presque un business plan en me posant à plusieurs reprises la question du sens de cette tech.

Alors quand on est un bon entrepreneur, on commence par une analyse de son marché. Et le marché aujourd'hui, qu'est-ce que c'est? Je vous donne quelques chiffres. Nous sommes en train de vivre la sixième extinction massive de la planète. C'est ce qu'on appelle l'holocène. Et pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, c'est l'homme. qui en est la cause. Selon la WWF, l'espèce humaine a annihilé 50% de la population animale depuis 1970. Il est possible que d'ici 2048, les océans soient totalement vides. La terre a perdu un tiers de ses sols fertiles au cours des 40 dernières années qui ont été épuisés par les herbicides, les pesticides, l'azote qui est issu de l'élevage intensif. On n'a jamais été aussi nombreux sur Terre. La population mondiale a quadruplé au cours du dernier siècle. Aujourd'hui, le modèle démographique mondial se stabilise et la population vieillit. Le nombre de centenaires à travers la planète devrait se multiplier par plus de 50 au cours de notre siècle, passant de 500 000 à 26 millions.

En 2100. De manière générale, les personnes de plus de 65 ans vont former la tranche la plus importante de la population mondiale. C'est donc tout un système de soins qu'il va falloir réinventer pour pouvoir s'occuper d'eux. On est dans une période de COP, donc j'imagine que vous avez entendu parler des cinq scénarii de température présentés par le GIEC, qui vont de 3,3 à 5,7 degrés. Et indépendamment de ces projections de température, certaines conséquences du réchauffement de la planète sont d'ores et déjà absolument irréversibles pour des siècles et des millénaires. C'est notamment le cas de la fonte des glaces et de la montée des eaux, quel que soit le rythme des futures émissions de gaz à effet de serre. Le réchauffement a rendu le dôme de chaleur dont on a parlé beaucoup au Canada 150 fois plus susceptible de se produire. Et puisqu'on est aussi... Dans un moment de pandémie, aujourd'hui, 70% des nouvelles maladies, Ebola, Zika et presque toutes les pandémies connues, sont des zoonoses, c'est-à-dire qu'elles viennent des pathogènes animaux. Et donc, elles sont dues au contact de plus en plus serré entre les animaux sauvages, les animaux d'élevage et les hommes, la modification de l'utilisation des terres, l'expansion et l'intensification de l'agriculture, etc.

Alors, je continue mon étude de marché, puisque finalement, quand on est un bon entrepreneur, on essaie de capturer le besoin. Là, il y a un paquet de pain points que je viens de vous partager. Si on zoome un petit peu sur le monde de la tech, en se disant, OK, c'est quoi les pain points de la tech? Dans l'ère numérique, plus on dématérialise, en fait, et plus on utilise de matière et donc d'énergie, L'extraction de ces minerais est très coûteuse pour l'environnement. C'est ce qu'on appelle la pollution numérique et c'est une pollution importée en France puisqu'elle se fait ailleurs. Je vous donne un exemple. Avant même d'être utilisé, un téléviseur émet autant de CO2 qu'un aller-retour par Ennis en avion. À cette démesure énergétique, ça dose également la pollution des écosystèmes qui sont associés, notamment dans le cadre de l'activité minière. Je vais vous donner quelques exemples que vous connaissez probablement, mais en République démocratique du Congo, on parle de minerais de sang qui sont à la base du hardware dans la tech. En Amazonie brésilienne, des rivières polluées. En Chine, des rejets toxiques dans l'air, l'eau et le sol, etc.

Ce qui est intéressant de noter, c'est que la fin de vie de ces équipements tech, elle n'est pas plus reluisante, puisque aujourd'hui, selon l'ONU, il y a 75% des déchets électroniques qui échappent aux filières légales de recyclage. Et malheureusement, en fait, quand on essaye de recycler la plupart des... Des éléments, en fait le design empêche les éléments, notamment les métaux rares, d'être recyclés et donc de les récupérer. Si on va en un petit peu plus dans le phénomène de loop sur le monde de la tech et qu'on passe du hard au soft. La pollution engendrée par le fonctionnement du réseau Internet est très importante. Juste un élément, la consommation de streaming aujourd'hui, c'est 1% des émissions mondiales de CO2. Alors c'est moins que l'empreinte carbone qui est associée aux infrastructures, aux terminaux, mais c'est très préoccupant parce que c'est en explosion. Adossé à tout ça, il y a des conséquences humaines associées qui sont aussi autant de besoins sur lesquels on peut travailler quand on fait un bon business plan et qu'on est un bon entrepreneur.

Un tiers des emplois qui sont liés à la main-d'œuvre américaine, aujourd'hui 50 millions de personnes vont être transformées d'ici 2020 et seront donc robotisées et remplacées par de l'apprentissage artificiel et de l'intelligence artificielle. Donc un sujet d'obsolescence des compétences et de disparition des emplois qui va évidemment représenter une véritable problématique. Et puis probablement l'élément le plus intéressant, en tout cas le pain point qu'il faudrait adresser si on était un bon entrepreneur engagé qui se posait question sur le sens de la tech. Dans l'Union européenne aujourd'hui, un citoyen sur quatre est populiste. Selon The Guardian, sur les 20 dernières années, les partis politiques populistes ont triplé leurs votes partout en Europe. Donc voilà, j'ai fini ma première partie qui consistait à me dire« Ok, je suis un bon entrepreneur, j'essaye de comprendre les pain points du monde qui est le mien. » Et en fait, c'est ça, le monde qui est le mien. On est dans un monde du complexité infinie, inouïe. Il y a des penseurs et des auteurs extraordinaires comme Michel Serres. ou Edgar Morin qui ont essayé de le décrypter, ce monde.

Mais quand on est un bâtisseur... Comme le sont nativement des entrepreneurs, et qu'on essaye de chercher les pain points, les besoins à adresser, en fait, on n'en manque pas. Et je pense que les sujets que je viens d'évoquer sont les bons. Deuxième élément, j'ai fait mon étude de marché, j'ai une idée assez précise des macros enjeux à adresser. Et du coup, quel est mon avantage concurrentiel, mon avantage compétitif à moi qui suis à la tête de la startup tech? Le premier élément qui est le plus important, c'est que la tech, c'est un monde qui est en explosion. 89 des 100 plus grandes organisations mondiales aujourd'hui, ce ne sont pas des États-nations, ce sont des entreprises. Donc là, ça montre en creux, évidemment, l'extraordinaire pouvoir de l'entreprise aujourd'hui pour passer à l'échelle, l'impact qu'on appelle tous de nos voeux. Et les GAFAM, qui sont le groupe des cinq entreprises que vous connaissez bien, évidemment, sont valorisés aujourd'hui à 7 500 milliards de dollars, soit plus que l'ensemble des bourses de Ronex réunies.

Le secteur du numérique français aujourd'hui, parce que vous pourriez me dire, oui, mais Emmanuelle, nous, on n'a pas cet avantage, on n'est pas les GAFAM, nous qui sommes derrière notre écran, et vous auriez raison. Mais sachez qu'en France, en fait, le secteur du numérique, c'est 6% du PIB, c'est 150 milliards d'euros, soit plus que la banque, l'assurance et l'aéronautique. Sachez également que plus d'un Français sur deux utilise tous les mois les produits de la French Tech et que pour les plus jeunes d'entre nous, c'est un usage qui est quotidien. Donc ça veut dire que l'avantage compétitif de ma start-up tech, c'est d'être au cœur de la vie des gens et d'avoir un effet de taille, un effet de masse qui fait qu'on peut emporter des transformations, des transitions qui sont extrêmement fortes. Donc un pouvoir économique, mais également un pouvoir idéologique, un pouvoir politique qui est très important et dont les acteurs de la tech sont parfaitement conscients. Je vous en donne une petite preuve. Les géants du numérique ont investi et investissent chaque année 97 millions d'euros pour essayer d'influencer la politique européenne.

La big tech, comme on l'appelle, dépense chaque année davantage que les secteurs de la pharma, de l'industrie automobile ou de la finance en lobbying pour essayer de façonner un monde de la norme et un monde politique en réalité qui leur convienne le mieux. Donc un pouvoir politique, un pouvoir idéologique avec toute la philosophie libertarienne qui énerve le monde de la tech, mais sans la légitimité démocratique, évidemment, ce qui alerte un certain nombre de penseurs, notamment issus des sciences humaines. Et pour terminer, en fait, ce moment de mon business plan sur mon avantage compétitif, je vais paraphraser Spider-Man,« With great power comes great responsibility». Et justement, en fait, ma startup tech qui a un pouvoir absolument immense, qui est démentiel dans le monde d'aujourd'hui, est-ce qu'elle a pris la mesure? mesure de la responsabilité qui est la sienne. J'en sais rien. En tout cas, les révélations récentes de France Hogan dans les Facebook Files donnent plutôt une coloration de la réponse qui peut être apportée.

Vous avez vu, j'imagine, qu'il y avait des rapports qui existaient et qui montraient bien qu'Instagram et C'était Connu ont des conséquences extrêmement toxiques pour une jeune femme sur trois. Donc, est-ce qu'il crée du mieux? Point d'interrogation. Est-ce qu'à la tête de ces entreprises, On a agi en conscience, point d'interrogation. Au niveau politique, le changement global d'algorithme de Facebook depuis 2018 a poussé le personnel politique à aller dans la radicalité, dans la radicalisation des propositions de valeur, en polarisant les opinions et en créant les phénomènes de bord que l'on connaît à l'heure actuelle. L'augmentation du populisme, évidemment, mais également le retour en arrière des démocraties au niveau global. Donc, j'ai un marché. Qui ne manquent pas de pain point à adresser et qui ne sont pas des sujets de comment est-ce que j'essaye de répondre aux petits besoins le plus individuel possible, de livrer en moins de deux minutes un dentifrice partout sur la planète, mais qui sont des problématiques de transition sociale, sociétale, environnementale, politique, sociologique, majeure, comme jamais dans l'histoire de l'humanité.

Donc quand on a un bon entrepreneur et qu'on se pose la question de l'enjeu à adresser, Il n'y a que ça, des véritables enjeux à adresser. Ensuite, quand on se dit« Ok, je suis à la tête de la startup tech et qu'on regarde son avantage compétitif», on se rend compte qu'en fait, il est gigantesque, cet avantage, puisque c'est un monde qui est en croissance, qui est en explosion. C'est un monde qui a un impact absolument colossal. C'est un monde qui est, d'un point de vue global, extrêmement présent, mais d'un point de vue micro, à l'intérieur de la vie de chacun d'entre nous. Maintenant... Je continue mon business plan et je rentre à l'intérieur de mon entreprise tech, de ma startup tech, en me disant, OK, j'ai un avantage concurrentiel en termes de positionnement sur le marché. Et quels sont mes actifs stratégiques ? Et mes actifs stratégiques, alors là, évidemment, c'est la militante The Boson Project qui sort de ce corps. Les actifs stratégiques, en fait, c'est les hommes et les femmes qui composent chacune de ces boîtes, que ce soit des petites techs ou que ce soit des énormes licornes ou les GAFAM dont je viens juste de parler. Il n'y a pas d'autres... Talent en fait que le talent qui est niché à l'intérieur des organisations qui permet de faire la différence et de créer in fine ces innovations ces pas de côté ces transformations dont nous avons tous besoin donc il n'y a pas d'autres talents à l'intérieur de les entreprises que le corps social le corps social de

du monde de la tech de ma start up tech en fait il est très jeune puisque la moyenne d'âge est beaucoup plus basse que dans le reste des des économies et il est composé il va être davantage encore demain composé de ce qu'on appelle la fameuse génération Z qui a moins de 25 ans, qui est aujourd'hui massivement dans le monde de la tech et qui va rentrer massivement dans le monde du travail dans les années à venir. Alors la bonne nouvelle, c'est qu'on sort nous d'une étude sur les moins de 25 ans à l'échelle européenne, menée main dans la main avec L'Oréal, et qui nous raconte plein de choses extraordinaires sur les actifs stratégiques de ma startup tech. Le premier élément que ça dit, c'est que c'est une génération qui a trois qualificatifs, elle est résiliente, Elle est sensible et elle a un impératif d'utilité qui est chevillé au corps. Finalement, à la différence de ma génération, qu'on appelle les millenials, et que le monde de la tech connaît très très bien, puisque les millenials sont nés avec les... les années 80, donc avec l'explosion du digital. C'est pour ça que Michel Serres les a appelés la petite poussette.

C'est la population, la première cohorte générationnelle mondiale qui a façonné d'autres manières de faire du business et qui a permis l'explosion et l'expansion de ce monde de la tech. À la différence des millenials, qui sont des digitales natives, qui sont les bébés du digital. La génération qui arrive, ce sont les bébés de la transition environnementale. Ce qui provoque en fait comme rapport à l'engagement, comme rapport à l'existence, comme rapport au travail, une différence de taille. Si pour nous, l'alpha et l'oméga, c'était la quête de sens, qui pouvait prendre plein de définitions différentes, mais qui a fait de nous des affranchis du système, du système de l'entreprise traditionnelle, pour lui préférer le système de la start-up, pour lui préférer des mondes parallèles, pour essayer de trouver du sens, et la définition qu'on en donnait du sens, et qu'on en donne toujours, c'est l'épanouissement, qu'il soit personnel, qu'il soit professionnel, ou qui change en fonction des moments de vie. Là, on est face à un impératif d'utilité et absolument pas à une quête de sens. Le sentiment d'urgence, il est extrêmement fort.

Et le sujet, ce n'est pas de s'épanouir. Le sujet, c'est d'être en capacité de répondre à la question suivante. Est-ce que dans ce que je fais au quotidien, c'est pourquoi je consacre 10 heures par jour, je peux répondre à la question, c'est utile à moi, c'est utile aux autres, c'est utile au monde. Ce glissement des bébés millenials au bébé de la crise environnementale, de la quête de sens à l'impératif d'utilité, il va à... façonner très probablement un monde de la tech pour demain qui n'aura rien à voir avec le monde de la tech d'hier, parce que sans prise en compte de la puissance de ces nouvelles aspirations à l'intérieur des organisations à court terme, on n'aura pas les talents pour les faire tourner. Et à long terme, on n'aura pas la possibilité, la matière grise d'inventer les mondes de demain. Donc cet actif stratégique, ces fameux Z, même si je n'aime pas trop les qualificatifs générationnels, en tout cas cette génération qui arrive, qui est éco-anxieuse. Plus de 75%. C'est à mes yeux, en fait, le principal actif du monde de la tech. C'est la raising army pour pouvoir opérer les grandes transitions à l'intérieur des business models qui sont aujourd'hui percutées par les turbulences sociales, sociétales et environnementales.

Cette jeune génération, donc résiliente, sensible, qui porte au fond de ses tripes un impératif d'utilité, elle a trois valeurs cardinales par rapport au monde du travail. Et là encore, je descends d'un cran. Je suis allée du monde au monde de la tech, à mon entreprise telle qu'elle est composée. Allons maintenant dans le backbone, dans le software. Les combats portés par cette jeune génération, c'est l'inclusion, le respect et l'intégrité. Et là, quand on parle du monde de la tech, ça soulève des véritables enjeux sur la manière dont on produit du code, sur la manière dont on pense la tech, de manière inclusive, de manière respectueuse. Ce qui est intéressant sur le sujet de l'inclusion, c'est que c'est un mot qui a été choisi par des baby-boomers ou par des millennials pour qualifier quelque chose et qui est finalement assez mal à propos. Parce que quand on sonde ces jeunes générations, il ne s'agit pas d'inclusion, au sens d'inclure la différence, il s'agit de non-exclusion absolue, ce qui n'est absolument pas la même approche, puisque la moindre exclusion est considérée comme étant amorale.

Ce qui veut dire que le rapport à la différence, le rapport à la diversité, il doit être profondément... à l'intérieur de ma startup tech, de mon monde tech que je chevauche en ce moment même, étant à l'intérieur évidemment du hardware, du software, dans l'intelligence qui va produire le code, le projet, le produit, l'utilité de ces entreprises par rapport au monde. Le sujet de l'intégrité aussi, il est super intéressant, puisque finalement, on est face à une jeune génération qui essaie de résoudre la schizophrénie qui est la nôtre. La nôtre, je parle en tant que jeune femme de 35 ans, où on peut être des talents hyper exigeants à l'intérieur de l'entreprise, en considérant qu'on veut de l'éthique, qu'on veut de la transparence, qu'on veut de la confiance, qu'on veut de l'impact, mais en étant en tant que consommateur à des années-lumières, en fait. De toutes ces exigences. Et finalement, en vivant assez bien avec cette approche complètement schizophrénique de notre rôle à jouer dans une société en pleine transformation. La jeune génération dont on parle, elle est pleinement consciente de cette schizophrénie et elle a à cœur de tenter de la résoudre.

Et donc, il n'y a pas de force des talents et de force des clients, de force des collaborateurs et de force des consommateurs. C'est une seule et même armée qui, demain, va probablement œuvrer à l'intégrité. À l'intérieur des entreprises et probablement à l'intérieur de ma startup tech. Donc les actifs stratégiques, c'est ça, ce sont eux, c'est ceux qui font aujourd'hui la majorité de votre corps social, c'est ceux qui feront l'intégralité de votre corps social demain et qui sont porteurs de ces combats et plus que ces combats en fait. Ils ont cette génétique chevillée au corps. Le sujet, ce n'est pas le sens, ce n'est pas le kiff, ce n'est pas le cool, ce n'est pas le fric. Le sujet, c'est l'utilité dans un monde dont on a conscience que les ressources sont finies et dans un monde dans lequel on a conscience que l'entreprise est le principal levier d'impact pour pouvoir faire basculer le système. Maintenant qu'on s'est dit ça, je continue et j'arrive presque à la fin de ma démonstration. Quelles sont les opportunités à saisir? Si je fais un bon SWOT, je suis un bon entrepreneur, j'ai compris qu'il y avait un certain nombre de besoins, j'ai compris que j'avais une position de choix pour y répondre, j'ai compris que j'avais en interne une raising army qui était prête à mener les combats.

Quels combats peut-on mener? Quels sont les signaux faibles qui sont en train d'émerger? Comment est-ce qu'on peut avoir un temps d'avance sur ces sujets? Là, je voulais vous partager trois éléments qui sont du food for thought pour essayer de penser la tech de demain. En tout cas, moi qui suis à la tête de la startup tech, c'est ça que je vais aller chercher à craquer. Le premier, c'est qu'à la faveur de la pandémie, ces deux années hyper bizarres, en fait, qui ont suspendu les entreprises, on s'est rappelé au niveau mondial qu'en fait, le véritable enjeu à très court terme qui va nous faire repartir, qui donne envie de nous engager dans une entreprise ou dans la société, c'est l'autre. L'autre avec un grand A. Ce qui a manqué à la faveur des confinements successifs, c'est l'altérité. Et c'est encore plus frais sur les jeunes générations. Et derrière ce sujet d'altérité, en fait, il y a quelque chose qui est affiché sur le fronton de la République française qui s'appelle la fraternité. Alors qu'est-ce que c'est que la fraternité qui, à mon avis, est un des combats pour lesquels il faut se battre dans les années à venir? et qui doit innerver absolument impérieusement le monde de la tech. C'est un concept révolutionnaire, un sursaut de défense et de survie, l'œuvre d'une sensibilité commune qui œuvre en retour elle-même.

C'est ça la fraternité. La fraternité, ce n'est pas la solidarité. La fraternité, ce n'est pas un truc qu'on affiche sur le mur en se disant qu'on croit en telle ou telle valeur bullshit. La fraternité, c'est qu'on se met d'accord sur des valeurs qui nous animent, on se met en mouvement pour passer des mots aux actes. La fraternité, c'est un idéal à atteindre, c'est un nouveau récit politique. Et si la texte targue de faire de la politique, alors c'est sur ce sujet-là qu'elle doit aller. Il y a un deuxième sujet sur lequel elle doit aller, c'est la notion d'éthique. Le poète Pierre Réveil dit, on a donné cette définition absolument sublime dans les années 50, l'esthétique du dedans. Et la tech est malade de ça. Elle est malade de ne pas être éthique au sens aligné entre le business model et le modèle social, entre la fabrique à performance. Et la fabrique à engagement. Comment peut-on décemment livrer n'importe quoi en moins de cinq minutes avec des gens qui sont payés une misère au lance-pierre et dont on paupérise en fait toute une population, voire toute une génération? Il y a un besoin impérieux d'alignement des planètes entre la raison pour laquelle on fait du fric et la manière dont on génère de la performance en interne.

Et puis le dernier élément, qui est probablement un des combats dans lequel le monde de la tech va s'inscrire demain, c'est le sujet de la révolution de la valeur. Aujourd'hui, la plupart des entreprises, et justement pas celles de la tech, sont en prise avec un énorme enjeu. Comment peut-on passer d'un modèle de croissance, et on parle de croissance pour des tumeurs, à un modèle de développement? Et on parle de développement pour l'embryon, c'est-à-dire la capacité à créer du mieux, à créer du bien, à créer du commun sur le temps long. La vraie question qui est la nôtre aujourd'hui, le vrai enjeu à capturer pour le monde de la tech, c'est celui de la performance durable et donc de la capacité à se mettre dans un système qui promeut le développement, puisque la tech elle-même en fait est dans un monde fini. Les ressources de la planète s'appliquent également à elle. Voilà les trois sujets qui sont autant de business émergents demain. Et pour terminer... Ma massive value proposition, puisque tout ça m'amène au produit que j'ai envie de vendre en tant qu'entrepreneur de ce monde tech. Ma massive value proposition, c'est celle que je partage avec un certain nombre de grands dirigeants et notamment de grands dirigeants militaires.

C'est que moi, je crois au leadership et le leadership de demain et toutes les études convergent sur ce sujet. Il tourne autour de trois notions. Le courage. Le courage de renoncer, le courage de dresser un cap dans l'incertitude sur l'autel de ses convictions et le courage de penser long terme dans un monde où on a besoin de projeter la performance de nos organisations sur les 30 prochaines années. La propension en tragique, donc la capacité à identifier tous les scénarios. Et ce que je vous ai partagé en introduction sur l'état du monde n'est rien de moins qu'une liste de chiffres factuels pour qualifier le marché dans lequel nous sommes à l'heure actuelle. Et puis la fantaisie comme une propension à se saisir de la joie, qui à mon avis est une aptitude qui est impérieuse, extraordinairement utile aujourd'hui, dans un contexte où 75% des jeunes générations dont j'ai beaucoup parlé sont éco-anxieuses et attendent des leaders, en fait, ce sursaut de défense et de survie, ce concept révolutionnaire pour se mettre en mouvement et changer le monde de la tech. Merci infiniment, Emmanuelle.

Quel discours! Mais vaut-on Emmanuelle, en fait, clairement? Donc on a compris que... La tech avait véritablement un sens, en tout cas devait tendre vers une recherche d'utilité profonde pour s'inscrire dans les grands enjeux de demain. Merci infiniment. Je crois que vous avez de nombreuses questions qui sont tombées sur le chat. Donc, vous allez vous empresser d'y répondre. Avec plaisir.