Tech.Rocks Summit 2021

Du transistor à l'octet, où est passée l'éthique ?

Tech.Rocks Summit 2021 · 10 décembre 2021 · 50 min · en français

Résumé

L'industrie numérique mobilise aujourd'hui 10 % de l'électricité produite dans le monde et rejette près de 4 % des émissions globales de CO2. Au-delà du coût environnemental, des problématiques sociétales et géopolitiques restent encore plus méconnues : l'extraction des minerais nécessaires à nos appareils électroniques finance des conflits armés et repose sur le travail des enfants. Généralement conçus pour devenir vite obsolètes, ces équipements ont une durée de vie de plus en plus limitée et génèrent plus de 50 millions de tonnes de déchets électroniques par an. Côté logiciel, certaines applications sont développées sans aucune considération pour leur empreinte écologique ou sociétale, et bon nombre collectent des données personnelles qui alimentent des acteurs dont c'est le modèle économique. Pendant virtuel des puces électroniques, les SDK constituent la part abstraite et opaque des logiciels d'aujourd'hui. Comment, en tant que développeuses et développeurs, jouer un rôle pour contrer cette face sombre du numérique et aller vers des solutions plus vertueuses, éthiques et responsables ?

Summary

The digital industry today uses 10% of the electricity produced worldwide and emits nearly 4% of global CO2 emissions. Beyond the environmental cost, social and geopolitical issues are even less well known: mining the minerals our electronic devices need funds armed conflicts and relies on child labour. Usually designed to become obsolete quickly, these devices have ever shorter lifespans and generate more than 50 million tonnes of electronic waste a year. On the software side, some applications are built with no regard for their ecological or social footprint, and many collect personal data that feeds players whose business model depends on it. The virtual counterpart of microchips, SDKs are the abstract, opaque part of today's software. As developers, how can we play a role in countering this dark side of digital technology and move towards more virtuous, ethical and responsible solutions?

Thèmes : Impact & numérique responsable

Transcript complet

Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.

Bonjour, je suis Agnès Crépet de Fairphone et je vais faire un talk avec Esther Onfroy, qui est CEO de Defensive Lab Agency. On vous retrouve tout de suite! Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui avec Esther, on va vous parler d'éthique dans le numérique et on va voir comment le numérique peut être plus responsable et plus durable. Et donc pour ce faire, je vais commencer. Je m'appelle Agnès Crepet, je travaille chez Fairphone. Mon équipe travaille à essayer de maintenir les logiciels sur les téléphones sur le long terme. Donc on lutte contre l'obsolescence programmée ou non des téléphones d'un point de vue logiciel. J'ai cofondé aussi en France une société qui s'appelle Ninja Squad, qui fait du développement web et beaucoup d'open source.

Et du point de vue de mes activités extra pro, j'ai monté une conférence à Lyon qui s'appelle Mixit, qui donne une grande place à la tech et à l'éthique. Et je suis aussi dans le board d'une association qui s'appelle Duchesse, Duchesse France, qui est une asso qui travaille sur la visibilité des femmes dans la tech, essayer de promouvoir un petit peu le fait qu'elles soient présentes et qu'elles aient une importance. J'ai également en France une société qui s'appelle Ninja Squad, qui fait du développement web et beaucoup d'open source. Et du point de vue de mes activités extra-pro, j'ai monté une conférence à Lyon qui s'appelle Mixit, qui donne une grande place à la tech et à l'éthique. Et je suis aussi dans le board d'une association qui s'appelle Duchesse, Duchesse France, qui est une asso qui travaille sur la visibilité des femmes dans la tech, essayer de promouvoir un petit peu le fait qu'elles soient présentes et qu'elles aient une importance. J'ai également... cofondé en France il y a une vingtaine d'années, ça ne me rajeunait pas, un média qui s'appelle le Numéro Zéro, qui était un des premiers médias web participatifs et alternatifs à modération. Et je laisse la parole à Esther. Bonjour, je suis Esther Onfroy, je suis CEO et cofondatrice de Defensive Agency, qui est une société spécialisée en cybersécurité, notamment sur les téléphones portables. Et à côté de ça, je suis activiste et je passe énormément de temps à mener des enquêtes de fond sur les questions de vie privée et des droits humains. Et donc, à ce titre, j'ai cofondé diverses associations, dont Exodus Privacy, qui vise à apporter beaucoup plus de transparence dans l'écosystème Android et notamment le tracking qui est fait sur les applications mobiles.

Une autre association, ESCAP, fondée plus récemment, qui lutte contre l'utilisation des technologies dans les violences faites aux femmes. Et puis d'autres projets comme Pitus et Pyrnalysis, qui sont plus des projets à visée technique, pour notamment adresser des problématiques de threat intelligence en open source. Je conseille chacune et chacun d'aller voir toutes ces associations, parce que j'ai découvert des associations d'Esther il n'y a pas longtemps, et je suis tout le temps impressionnée par ces activités. Alors aujourd'hui, on va parler de numérique, un petit peu de face cachée du numérique. Je pense que vous avez entendu toutes et tous ces chiffres. Les impacts environnementaux du numérique, 4% des émissions. émissions de gaz à effet de serre, on parle même d'un doublement de l'empreinte carbone d'ici 2025, et 10% de la consommation électrique mondiale. Ces chiffres-là sont tout le temps sur la référence commune de comment on mesure des impacts environnementaux, donc principalement avec les émissions de gaz à effet de serre, mais je trouve ça un petit peu limitant.

Parce que les impacts environnementaux, c'est aussi la consommation d'eau, le fait d'utiliser des minerais, ce qu'on appelle des ressources abiotiques, donc des ressources non vivantes. Il y a une approche que j'aime bien qui s'appelle le MIPS. MIPS, ça veut dire Material Input Per Service Unit. C'est le nombre de matériaux qui est nécessaire d'avoir pour constituer un produit. Donc, par exemple, une puce de téléphone. Et si on regarde un peu les chiffres de cet indicateur, pour un smartphone qui pèse à peu près 150 grammes, 200 grammes, il faut 180 kilos de matière première, 180 kilos d'eau, etc. Tout compris. Donc le facteur est de 1200. Si on regarde pour une puce électronique ce facteur, on est à 16 000. Pour une puce qui fait 2 grammes, il faut environ 32 kilos de matériaux. Donc je préfère cet indice qui n'est pas uniquement référencé sur les émissions de gaz à effet de serre, mais qui prend en considération la consommation de ces autres ressources. A noter qu'en France, il y a un collectif qui s'appelle Green IT qui a également proposé ce genre de focus en mesurant vraiment ces différents aspects.

Certes, les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi la consommation de gaz à effet de serre. des énergies primaires, les ressources abiotiques et la consommation d'eau. La consommation d'eau, je pense que vous avez toutes entendu parler de ce qui s'est passé à Taïwan cet été, le fait qu'il y a eu une pénurie d'eau. Pourquoi? Parce que l'industrie des puces électroniques étant déjà mise à mal, le gouvernement a décidé de restreindre la consommation d'eau pour les populations locales, à la fois pour leur propre usage et l'agriculture. Donc on voit à quel point le numérique a une influence aussi. sur nos vies. Chose dont on parle moins, ce sont les impacts sociaux et sociétaux du numérique. Et aujourd'hui, on va mettre la lumière aussi là-dessus. Alors, même si le fait de mesurer les émissions de gaz à effet de serre, ça a ses limites, ce chiffre est quand même assez intéressant à mentionner. Si vous regardez la consommation en France, il y a à peu près 84% des émissions de gaz à effet de serre qui sont dédiées à l'utilisation, la production

d'appareils électroniques pour l'utilisateur et l'utilisatrice finale. Et 16% pour les data centers, pour les réseaux nécessaires à l'usage des appareils. Donc 84% sur la production d'appareils, c'est quand même beaucoup. Donc on a voulu, avec Esther aujourd'hui, se focaliser sur le mobile, puisqu'il représente une part importante des émissions de gaz à effet de serre. Donc, regardons un petit peu ce qui se cache derrière notre smartphone. Vous voyez un Fairphone et ma main, d'ailleurs, sur le slide. Donc, en termes d'industrie, on en est où sur la mobilité? On est à peu près à 1,5 milliard de téléphones qui sont vendus chaque année. Et ce n'est pas nouveau. Ce sont des chiffres qui sont présents depuis longtemps. Ce 1,5 milliard, on l'a déjà depuis 5-6 ans. Il y a eu une petite baisse pendant le corona. Mais les chiffres demeurent quand même assez importants. Les derniers chiffres montrent qu'on est en moyenne à 36 milliards d'appareils en activité aujourd'hui dans le monde. Et on s'attend même à une multiplication par 5 de ce chiffre d'ici 2025.

Donc c'est énorme. Pourquoi? Parce qu'en moyenne, la durée de vie d'un téléphone ne dépasse pas deux ans. On est à environ 20%, les chiffres exacts c'est plutôt 17-18% de ces appareils qui sont recyclés, donc ce n'est pas beaucoup. Et tout ça, ça résulte à quoi? Ça résulte en beaucoup de déchets électroniques. On dit souvent que les déchets électroniques, c'est le flux de déchets qui grandit le plus dans le monde à l'échelle planétaire. Et donc les derniers chiffres qui sont maintenant un peu datés, 2019, parlent de 54 millions de tonnes de déchets électroniques par an. Donc c'est beaucoup. Et vous imaginez bien aussi, je reviendrai à la fin de la présentation, ces déchets électroniques, ils finissent bien souvent pas chez nous, pas dans nos Western countries, mais plutôt en Afrique et en Asie, et sont bien souvent recyclés en des conditions pas forcément super. Aujourd'hui, dans notre talk avec Esther, quand on l'a préparé, on s'est dit on va prendre le cycle de vie de nos appareils pour lever le voile sur l'opacité de l'industrie électronique.

Donc, on va parler d'extraction des minerais qui sont nécessaires à tout ce qu'on trouve dans vos téléphones. On parlera d'assemblage du téléphone. On fera un gros focus sur l'usage en parlant des datas. Sur votre téléphone et ensuite on parlera de la fin de vie de votre téléphone. Alors, si on commence... sur l'extraction et sur la composition des téléphones. Il faut savoir qu'un téléphone, ce n'est pas une banane qui pousse sur un arbre, c'est un produit manufacturé, c'est fait par des humains, et c'est très compliqué. Il y a à peu près 200 composants dans un téléphone, et ces composants sont faits de minerais. Ces minerais, je pense que vous avez entendu parler de cobalt, par exemple, qui est nécessaire pour les batteries. Vous avez entendu parler peut-être aussi d'or ou de cuivre, des matériaux, des minerais assez utiles parce que c'est des bons matériaux pour la conduction électrique. Donc, on en retrouve dans les cartes mères. On parle aussi peut-être moins connu de tungstène, utilisé dans les microphones, ou de néodium. Le néodium, c'est un métaux qui est assez connu pour ses propriétés magnétiques. Et donc, on le retrouve, ce néodium, par exemple, dans les téléphones, mais également dans plein de solutions dites green, ces solutions dites bas carbone.

Je reboucle sur ce que je disais au début du talk sur le... La limite de ce qu'on appelle la mesure par les émissions de CO2. Donc on le retrouve, ce néodium, présent dans les éoliennes, à cause de ses propriétés magnétiques. On le retrouve aussi dans les voitures électriques. Et on retrouve d'autres minerais dans le photovoltaïque, donc ces fameuses solutions dites green. Et ce qu'on va vous présenter aujourd'hui, c'est la face cachée aussi de ces solutions-là. Puisque extraire ces minerais, ça a des conséquences environnementales et sociétales assez importantes. Alors, si on parle à nouveau de quelques chiffres assez intéressants, pour un seul téléphone, il faut à peu près... à peu près 70 kg de minerais bruts. Pourquoi un téléphone? Je l'ai dit tout à l'heure, c'est 150-200 grammes. Pourquoi une telle différence? Parce que l'or, vous ne le trouvez pas à l'état pur dans la nature. Vous le trouvez sous forme de minerais. Et ce minerai, il va falloir l'extraire, le traiter, le raffiner.

Et ces étapes ne se font pas naturellement avec simplement de l'eau, même si la consommation d'eau est assez importante, Ces étapes se font avec des produits bien souvent chimiques qui mettent à mal les environnements miniers où sont extraits ces métaux. D'où ce fameux coût environnemental via le MIPS qui est intéressant à prendre en compte. Et donc certains minerais sont en plus de ça dans des proportions vraiment minimes dans la roche. Donc le cuivre par exemple, on est à des proportions entre 0,4 et 2% de cuivre pur dans la roche. Donc il faut énormément de traitement pour arriver à obtenir l'état final qu'on va pouvoir incorporer dans un composant. Il y a une image que j'aime bien d'un auteur qui s'appelle Dylan Walsh, qui a fait une étude sur la quantité de métaux extraits dans une mine. C'est un artiste qui travaille en Afrique du Sud. Il a travaillé sur les mines d'Afrique du Sud, parce qu'il y avait beaucoup de mines jusqu'à récemment en Afrique du Sud.

Et donc, il représente une petite boule de cuivre qui fait certes 6 000 tonnes, 6 500 tonnes, mais par rapport à l'étendue de l'espace minier, c'est très peu. Et donc, ça montre à quel point l'industrie minière prend énormément de place, notamment dans les pays africains, et aussi une des plus dévastatrices au monde. Là, sur les images que vous voyez à l'écran, vous voyez des images qui ont été prises par des collègues à moi dans des mines en RDC, République démocratique du Congo, des mines de cuivre. Vous avez l'impression d'avoir un magnifique lac au fond de ce trou-là. Ce n'est pas un lac, c'est de l'acide. Vous imaginez aussi que cet acide va s'infiltrer dans les nappes phréatiques et polluer les agricultures environnantes. Et vous voyez aussi toute la journée passer ces camions remplis d'acide, puisque l'acide est nécessaire pour les mines de cuivre. Alors quelles sont les perspectives sur ces minerais? Les perspectives ne sont pas très réjouissantes. Là, je cite une étude d'Olivier Vidal de 2020 qui dit que la quantité cumulée de métaux qui sera nécessaire entre 2015 et 2050, c'est la même qu'on a utilisée de l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui.

Donc, ça nous fait poser des questions sur notre, pas addiction, mais le focus actuel sur ces technologies dites vertes. Si on regarde par exemple les accords de Paris, il faudrait, pour arriver au scénario de degré, il faudrait arriver à multiplier les batteries par... 1500%, multiplier la production du photovoltaïque ou de l'éolien par 250 ou 300%. Donc, il est légitime de se poser des questions. Tout à l'heure, je montrais cette mine avec un espèce de lagon bleu qui est en fait de l'acide sulfurique. Ça, c'est une mine industrielle. Vous voyez que l'espace est très large, il y a des caillons qui passent, etc. La réalité, notamment en Afrique et en Asie, c'est que les mines sont industrielles, mais aussi artisanales. Les mines artisanales, c'est bien souvent des familles qui ont besoin d'un moyen de subsistance et qui vont creuser un trou. dans leur espace de vie. Et la problématique avec les mines artisanales, c'est qu'il y a énormément de problématiques sur les personnes qui vont travailler dans ces mines.

Donc, moins de conditions de sécurité adéquates, etc. Donc, c'est souvent ce que vous voyez sur l'image ici, souvent des personnes qui vont prendre des risques en creusant des tunnels, des risques d'éboulement. Bien souvent en utilisant des enfants, en fait. Je reviendrai sur le travail des enfants tout à l'heure, puisque les trous ne sont pas très gros. Et les conditions aussi de protection des mineurs sont quand même assez faibles. Et donc, c'est le cas des mines artisanales, moins dans les mines industrielles. Néanmoins, là-dessus, c'est très compliqué. Cette problématique des mines artisanales est assez compliquée. On ne peut pas, le fait de vouloir interdire les mines artisanales, ça veut dire que vous coupez des revenus à ces mineurs-là, à ces personnes qui travaillent dans les mines. Et donc, la position qu'on a chez Fairphone, on n'est pas les seuls, c'est la position aussi de beaucoup d'ONG, c'est de ne pas se cacher la face sur cette réalité-là et de plutôt travailler avec les populations locales pour arriver à trouver des alternatives. Si jamais on veut que les gamins aillent à l'école, il faut arriver aussi à subventionner des programmes pédagogiques, etc.

Il y a très, très peu d'industries qui font ça aujourd'hui. Donc là, j'ai parlé des mines artisanales, des problématiques sur les mineurs. Évidemment qu'il y a aussi la problématique des conflits armés. Je pense que la plupart d'entre vous est peut-être sensible déjà à ça, puisque ça fait une petite... dizaines d'années qu'on parle de ces problématiques-là, notamment encore une fois en RDC, au Congo, où beaucoup de mafias sont présentes et permettent difficilement aux populations locales de vivre de leurs revenus en tant que mineurs. À l'heure actuelle, il y a quatre métaux qui sont soi-disant tamponnés, labellisés minerais de conflit. Donc l'étain, le tantal, le tungstène et l'or. En réalité, il y en a beaucoup plus. Et le problème de les labelliser, ça vient plutôt des États-Unis qui ont essayé. peut-être au départ avec une bonne conscience de faire quelque chose aux seminaires de conflit en les interdisant, en disant aux produits, aux producteurs, manufacturiers de dire, si vous les utilisez, faites attention qu'ils ne viennent pas de pays qui financent des conflits armés.

Et ça, le problème, c'est un peu comme les mines artisanales, c'est que si vous cachez le voile et que vous allez par l'interdiction, eh bien, il y a un paquet de gens sur place qui n'ont plus de moyens de subsistance. Donc, il faut mieux aller sur place et travailler avec les gens plutôt que de rester dans nos bureaux des Western Countries et de promulguer des interdictions. J'en ai parlé juste avant, le travail des enfants, une grosse réalité. L'industrie minière, c'est un des premiers employeurs d'enfants au monde. Si je prends juste l'exemple du Congo, que je connais mieux, on est à peu près au Congo sur 255 000 mineurs, adultes et enfants, sur l'exploitation du cobalt. Le cobalt, pour information, la moitié de la production de cobalt a lieu en RDC, au Congo, mondial. Et sur ces 255 000 mineurs, vous avez 40 000 enfants. Donc c'est énorme. Et le travail d'enfant est par référencé. Un enfant qui meurt dans une mine, c'est beaucoup moins compliqué qu'un adulte parce que souvent, ils ne sont pas déclarés. Donc, le travail des enfants est une vraie réalité.

Amnesty International parlait au niveau mondial d'à peu près un million d'enfants mineurs. Et encore une fois, les interdictions strictes n'amènent à rien. Il faut vraiment arriver à travailler sur place avec les gens. pour arriver à construire des alternatives avec ces personnes. Et non pas présager aussi de ce qui pourrait être des bonnes conditions de travail pour ces gens-là. Alors, les conflits géopolitiques existent aussi. Les minerais sont surtout récemment à l'origine de beaucoup de conflits. En 2019, la Chine avait fait peur à Trump en disant j'arrête l'exportation des terres rares, terres rares absolument. Nécessaires dans la fabrication de beaucoup de composants électroniques. Mais plus récemment, vous avez un gros fabricant taïwanais de puces qui s'appelle TSMC, si je ne me trompe pas. Et donc, ce gros constructeur taïwanais, a été mandaté par l'État taïwanais pour aller dealer des vaccins contre le coronavirus avec l'Allemagne contre des puces.

C'était la politique vaccins contre puces. Donc on voit très bien que ces minerais, que le deal autour des minerais, que le deal autour des composants électroniques rentrent dans les relations géopolitiques entre pays. Et là, je viens de citer un exemple de business. Mais je peux vous citer aussi l'exemple de l'ancien président de Samsung qui était emprisonné pour corruption avérée en Corée du Sud. Donc, pour qu'il soit emprisonné, que ce soit avéré, ça a mis du temps à tout un tas de gens d'arriver à cette situation-là. Il y a eu tout un tas de consortiums, tout un tas d'entreprises américaines qui ont lutté. Pour qu'il soit libéré dans la période... de pignerets de puces pour qu'ils retournent à son poste et qu'ils puissent continuer à alimenter le monde de puces. Et ça s'est passé l'été dernier. Donc on voit bien que le rôle de ces minerais et de l'industrie électronique en général est essentiel dans les relations géopolitiques aujourd'hui. Là, j'ai parlé d'extraction, on va parler maintenant d'étape suivante, c'est l'assemblage.

Donc une fois que vous avez ces minerais, que vous avez des composants électroniques, il va falloir les assembler. Et cette étape essentielle dans la supply chain et téléphone se fait principalement en Chine, même si récemment, il y a d'autres pays qui rentrent en jeu, comme la Birmanie, l'Inde. Ça se passe encore principalement en Chine. Là, vous avez une image de l'entreprise Foxconn, qui est la première entreprise chinoise à l'export. 1,3 million d'employés, donc c'est énorme. On parle de ville Foxconn. Énormément de femmes dans les lignes de production, vous en voyez sur la photo ici. En Inde, elles sont 90% sur les lignes de production Foxconn. Et les conditions de travail sont très très dures. Je pense que vous avez toutes et tous entendu parler des campagnes de suicide dans les usines Foxconn il y a une dizaine d'années. Donc les conditions de travail devenaient tellement dures que vous avez plusieurs vingtaines de travailleurs qui se sont mis sur les toits de l'usine Foxconn, qui ont sauté. Et qui sont tous morts, pour essayer justement de faire prendre conscience de ces problématiques dans ce genre de boîte.

Il y a eu quelques articles dans les médias occidentaux, mais finalement très nombreux. Plus récemment, Foxconn a aussi été alpagué sur le travail des ados de 14 ans pour arriver à respecter la deadline du dernier iPhone. Ce n'est pas le dernier, c'est l'avant-avant-dernier. Apple employait beaucoup d'ados en disant qu'ils étaient interns, donc stagiaires. En fait, ils étaient juste employés, ils bossaient comme les adultes. Je vous conseille de lire, si c'est quelque chose qui vous intéresse, un super bouquin de Jenny Chen, qui est une ouvrière de Foxconn, qui a survécu à sa tentative de suicide. et qui explique de l'intérieur comment ça se passe chez Foxconn. Elle focalise pas forcément que sur Foxconn, d'ailleurs, c'est bien de le souligner, c'est pas forcément que Foxconn, c'est aussi beaucoup d'autres entreprises en Chine. Et elle explique les moyens aussi de subsistance et de lutte au sein de ces usines, parce qu'il y en a quand même certaines. Alors justement, c'est quoi les moyens de lutte? Le premier truc, en tout cas, nous, on essaie de faire chez Fairphone, c'est de ne pas présager de ce qu'est une bonne condition de travail pour ces personnes-là, mais c'est de le co-définir.

Et quand vous discutez avec les personnes sur les lignes de production, avec ces femmes, elles vont vous dire que le nerf de la guerre, c'est quand même le salaire. Avec notre point de vue d'occidentaux, on pourrait dire« Oh là là, mais ces personnes travaillent trop». Quand vous creusez la chose, on s'aperçoit que le problème, c'est le salaire. Ces personnes sont mal payées. Aujourd'hui, le salaire minimum en Chine est de 253 euros. Quand on a fait un sondage Fairphone avec notre usine, on s'est rendu compte que les personnes qui étaient sur les lignes de production voulaient... Beaucoup plus, donc 650 euros, pour arriver à un revenu dit décent qui leur permettrait de vivre correctement. Donc on l'a fait, on a donné ce salaire-là aux personnes sur la ligne de production. Ces personnes-là ont décidé de partager d'ailleurs l'intégralité de cette somme avec tous les travailleurs de l'usine, parce que la ligne de production Fairphone, c'est juste 10% de l'usine. Donc on voit aussi qu'il y a une démarche assez intéressante de leur côté. Et ce qu'on dit, c'est que tout ça, ça a coûté quoi à Fairphone? Ça a coûté 1,85 dollar. par téléphone. Donc si vous payez 1,85$ en tant que fabricant de téléphone, de plus sur votre téléphone, si vous acceptez d'augmenter votre prix ou de consacrer 1,85$ de votre prix d'achat sur ça, vous pouvez payer convenablement les gens.

Donc on a beaucoup communiqué là-dessus parce que notre volonté, c'est évidemment que d'autres fassent la même chose. Je vais passer la parole à Esther pour la partie usage. Merci. Donc moi, je vais parler des usages du téléphone. Donc une fois qu'il est sorti des lignes de production, peut-être embarquer deux, trois vies d'enfants au passage et qu'on ressort de la boutique après l'avoir acheté. Qu'est-ce qu'on en fait? Donc un téléphone sorti d'usine, il a besoin... d'avoir ce qu'on appelle un operating system, un système d'exploitation. Aujourd'hui, il y a deux acteurs majeurs au niveau du système d'exploitation mobile. Le premier en termes de part de marché étant Google avec Android, le second étant Apple avec iOS. Alors auparavant, on avait une certaine pluralité, il y avait un peu plus d'acteurs présents sur ce secteur-là. Aujourd'hui, on n'a que les deux majoritaires qui restent et qui vraiment prédominent, notamment avec iOS uniquement sur les équipements fabriqués par Apple.

Et Android qui pour le coup se retrouve sur les téléphones fabriqués par divers fabricants. Et donc, une fois qu'on a cet operating system qui est installé sur le téléphone, ça va permettre à des entreprises ou à des personnes de développer des applications dites mobiles, parce qu'elles vont tourner sur des téléphones mobiles, des téléphones portables. Et donc aujourd'hui, la recette de fabrication d'une application mobile est assez simple, c'est assez classique, ça reste du logiciel. Donc on va écrire du code, on va rajouter des images, etc. Et puis, bien souvent, on va vouloir adosser à cette application mobile un business model. Et le business model le plus courant actuellement sur mobile, que ce soit pour de l'iOS ou pour de l'Android, ça va être la monétisation des données. Que ce soit monétisation directe ou indirecte des données, c'est-à-dire, par exemple, l'affichage de publicité ciblée.

C'est-à-dire que vous allez développer une application qui va embarquer des SDK, Software Development Kit, fournis par exemple par Facebook, par Google et puis bien d'autres, qui vont en fait vous permettre d'afficher de la publicité dans l'application que vous êtes en train de développer. Et en fait... L'application que vous venez de développer va dialoguer potentiellement avec vos serveurs à vous parce que le métier propre de votre application, c'est faire quelque chose qui nécessite... de discuter avec vos serveurs à vous, mais elle va aussi discuter par exemple avec les serveurs de Google si vous avez choisi de mettre de la publicité venant de Google dans votre application. Et donc plus la publicité va être ciblée, plus la personne qui regarde l'écran de votre application va être tentée de cliquer, voire de passer à l'achat, et donc plus vous, vous allez gagner d'argent. Alors du coup, La publicité, on la connaît déjà depuis très longtemps sur le web.

Et parfois, on se dit, quand même, je ne comprends pas pourquoi je vois cette publicité-là. Aujourd'hui, que ce soit sur mobile, sur le web, etc., il y a une volonté de l'industrie de la publicité d'avoir... Un processus, un chemin unique de nos vies. C'est-à-dire de pouvoir nous identifier aussi bien en ligne qu'hors ligne. Savoir ce qu'on a acheté dans un supermarché ou dans un magasin en réel, tout comme ce qu'on va avoir acheté dans un magasin. En ligne. Et donc pour ce faire, aujourd'hui, comme l'a dit Agnès, il y a énormément de téléphones mobiles sur la planète, et en fait bien souvent, un téléphone est associé à une personne. Et donc si on a un moyen technique d'identifier ce téléphone, on est à peu près sûr de savoir identifier la personne qui l'utilise ou qui l'a acheté. Et donc, pour ce faire, les entreprises qui vont valoriser la donnée, pouvoir monétiser de la donnée, vont surtout vouloir identifier les personnes en se basant sur

des identifiants techniques d'un téléphone, mais ça va être aussi en utilisant notre adresse mail, notre numéro de téléphone. postales, etc. Et puis, collecter ainsi tout un tas d'informations rattachées à ces différents identifiants-là. Comme ça, si plus tard, on voit que dans tel magasin physique, vous avez ouvert une carte de fidélité avec telle adresse mail et que c'est la même adresse mail que vous utilisez comme compte de sauvegarde sur votre téléphone portable, eh bien, il sera toujours possible de refaire le lien entre les deux. Donc l'objectif, c'est vraiment ça. Du coup, j'ai parlé de ce business model qui est basé sur la monétisation, sur la valorisation des données, que ce soit à travers la pub ou la revente de données collectées. Alors, juste un chiffre, en 2020, le revenu mondial de la publicité en ligne, alors que ce soit sur le web

ou sur les téléphones portables, ça représentait presque 650 milliards de dollars. Sur 2020, Le revenu mondial de la publicité, c'est juste énorme, à mes yeux en tout cas. Au mien aussi. Bon, au moins on est raccord là-dessus. Exactement. Et du coup, qui sont ces entreprises derrière la publicité? Qui sont ces entreprises qui vont collecter de la donnée pour mieux nous connaître, mieux nous cibler? Eh bien, sans grande surprise... On va retrouver en tête de liste Google, puis Facebook. Vous avez par exemple le diagramme. Le graphique qui est à droite, qui est issu des statistiques faites par Exodus Privacy, où en fait, plus de 50% des applications qu'on a analysées embarquent au moins un tracker, au moins un SDK de Google qui va collecter de la donnée sur les personnes qui utilisent ces applications-là. Et puis, le diagramme à gauche représente, en fonction de l'Operating System, quelles sont les entreprises qu'on va le plus retrouver en termes de collecte de données.

Sans surprise, on va retrouver Alphabet ou Google, que ce soit sur Android ou iOS. On va retrouver, bien entendu, Facebook. Et sur iOS, on va aussi retrouver Apple, qui a sa propre régie publicitaire, sa propre mécanique de valorisation et de monétisation des données. Et donc, on a vu qu'en fabriquant une application, on peut assez facilement afficher de la publicité en incluant un SDK, par exemple le SDK de Google. Ce SDK de Google va être en charge de collecter de la donnée pour savoir qui est derrière l'écran et pouvoir mieux cibler la publicité qui va être affichée. Donc là, c'est la collecte de premier niveau de la donnée. Mais ce qui se passe ensuite, c'est que les entreprises qui collectent ces données-là vont les revendre à d'autres entreprises, notamment des entreprises qu'on appelle des data brokers. Le business des data brokers, c'est d'acheter des données et de constituer des profils individuels les plus précis, les plus complets sur nous, individuellement.

Parmi les données que l'immense majorité des data brokers vont avoir, il va bien sûr y avoir l'âge, le genre, notre métier. Nos niveaux de revenus, potentiellement notre orientation sexuelle, notre religion, Est-ce qu'on est en bonne santé ou pas, etc. Alors on sait qu'il y a certaines données, par exemple la religion, en tout cas en Europe, c'est interdit de collecter cette information-là. On ne peut pas demander à quelqu'un dans une application« quelle est votre religion? » pour ensuite prendre cette information-là, l'envoyer sur un serveur et puis la revendre après. Et donc, lorsqu'un data broker a déduit ou décidé que vous étiez de telle religion plutôt que d'une autre, ça va être une information qui va être déduite, qui va être inférée, pas quelque chose qui aurait été déclaré forcément par la personne. Et en fait, ces data brokers, ensuite, pour qui? travaille-t-il? Il achète des données, il revend des données.

Il le revend à qui? Principalement au secteur de l'assurance, notamment aux États-Unis, énormément. Mais ça arrive en France et en Europe. Les banques, sociétés de crédit, par exemple. Aux hôpitaux pour faire des études épidémiologiques par exemple, à certaines instances gouvernementales, notamment pour des questions d'antiterrorisme ou que sais-je. Et donc les deux principaux aujourd'hui dont on parle, en tout cas en ce moment, c'est Axiom, et Oracle. Alors, Axiom est en vert, mais c'est juste pour le différencier d'Oracle sur les slides, mais ce n'est pas mieux. Et donc, on a toute une industrie qui se focalise sur la donnée qui, à l'origine, émane, par exemple, de nos téléphones portables, et puis alimente toute une industrie. Et c'est ce qu'on appelle aujourd'hui le surveillance capitalism.

Un exemple très récent en France, c'est que le fisc a annoncé que désormais, il allait utiliser Google Maps pour détecter les piscines et les bâtisses non déclarées. Parce qu'on ne peut pas faire confiance aux gens, donc on va plutôt faire confiance aux photos satellites de Google. Donc voilà, auparavant, le fisc avait lancé une expérimentation qui se basait sur nos profils Facebook pour savoir si le niveau de vie qu'on affichait sur Facebook était le même que celui qu'on affichait dans notre feuille d'imposition, déclaration d'impôt, etc. Mais on a aussi, et ça c'est une enquête à laquelle j'ai participé pour le Wall Street Journal il y a quelques années maintenant, des applications qui, consciemment ou inconsciemment, envoyaient des informations extrêmement sensibles, notamment à Facebook. Et ce qu'on avait révélé avec le Wall Street Journal, c'est que certaines applications de suivi de grossesse, par exemple, envoyaient le nom de l'enfant à naître à Facebook.

Et en fait, via une autre enquête que j'ai faite, j'ai mené auparavant, notamment avec Privacy International, sur l'histoire des shadow profiles de Facebook, ces fameux comptes fantômes, il s'est avéré que même si l'enfant n'est pas encore né, il a déjà un profil Facebook. Etc. Puis plus récemment, lors d'une enquête, on a révélé que des applications, principalement des applications plutôt ciblant un public musulman, embarquer un SDK qui était développé par l'entreprise qui s'appelle Xmod. Et cette entreprise-là vous rémunère pour que vous intégriez son SDK dans votre application. En échange de quoi, le SDK va collecter notamment énormément d'informations de geolocalisation, de façon très très fréquente au cours de la journée, etc. Et en fait, il s'est avéré, on l'a démontré, que les données collectées par Xmod étaient revendues par Xmod à un sous-traitant de l'armée américaine.

Et je pense que toutes et tous, on connaît le niveau de racisme américain, surtout en ce moment. Donc, voilà. Vous avez fait les gros titres des journaux, en tout cas d'une certaine presse, mais le grand public n'a que peu vent de ce genre d'affaires. Donc, on a tout un tas de données qui sont collectées sur nous au fil du temps. Là, pendant qu'on se... parle, etc. Mais du coup, si vous cherchez vos données, n'ouvrez pas votre poche ou votre sac à main. Vos données ne sont pas là. Elles sont stockées sur les data centers des géants d'Internet. Et donc, par exemple, pour Google et Facebook, plutôt tournez-vous vers la Californie, par exemple. Vos données sont plutôt là que dans votre poche. En tout cas, dans votre poche, il y en aura bien moins que ce que Google ou Facebook et bien d'autres ont sur vous, sur moi, sur nous. Alors, nos vies sont de plus en plus numériques, de plus en plus numérisées, de plus en plus connectées.

Les téléphones sont toujours de plus en plus puissants, toujours plein de capteurs, etc. Et ça permet certaines formes de violence, dite violence numérique. Et donc, par exemple, il y a des entreprises qui ont pour business model de vendre des applications d'espionnage. d'espionnage, mais entre nous, entre potes ou dans la famille, etc. Et il y avait cette entreprise Fireworld qui, bien heureusement, n'existe plus, a coulé, ça c'est chouette, qui, dans sa campagne marketing, disait« Si vous voulez savoir si votre fils est gay, espionnez son ordinateur. Ou savoir si votre femme vous trompe, espionner son téléphone. C'est quand même pas mal. Enfin, je ne sais pas. Moi, je n'ai pas d'enfant, mais peut-être le plus simple, c'est de leur demander s'ils sont pédogouines. Enfin, je ne sais pas. Ça paraît beaucoup plus simple que d'acheter une application à 20 balles, mais bon. Bref, bien entendu, ce genre de campagne publicitaire en France est totalement illégale.

Et l'entreprise, en tout cas, n'a pas fait long feu. Et donc, notamment avec l'association ESCAP, qui lutte contre l'utilisation des technologies numériques dans les violences faites aux femmes, on a rejoint une coalition internationale qui s'appelle Coalition Against Talk-A-Ware, StockAware, ce sont ces fameuses applications d'espionnage, où en fait, votre ex-conjoint violent utilise ça pour savoir où vous êtes à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, etc. L'objectif de cette coalition-là, c'est que d'une part, l'industrie des antivirus, détectent ce type d'applications et les indiquent comme des virus informatiques, mais aussi que la gendarmerie et que tout le législatif suivent aussi pour que ces pratiques soient encadrées et surtout rendues illégales. Alors, on a vu les impacts que ça peut avoir sur nous en tant qu'individus ou au sein d'une famille.

Mais du coup, qu'est-ce que ça donne au niveau de nos démocraties? Le fait qu'on sache autant de choses sur chaque personne qui compose une société. c'est qu'aujourd'hui, on a des entreprises qui se spécialisent dans le marketing politique. Avant, on a eu du marketing pour nous vendre des chaussettes. Maintenant, on a du marketing pour nous vendre des hommes et des femmes politiques. Et donc, par exemple, Nation Builder, qui a déjà été utilisé lors de la dernière campagne présidentielle par certains candidats ou certaines candidates pour nous cibler sur les réseaux sociaux, pour nous envoyer des messages qui... Vont nous plaire, vont nous inciter à voter pour telle ou telle personne, ou au contraire, nous inciter à ne pas aller voter. Et je vais repasser la parole à Agnès qui va nous parler de Digital Colonialism. Donc Esther, tu nous as parlé de ce que ça peut donner à l'échelle individuelle, le fait de se faire traquer nos datas, ce que ça pouvait donner à l'échelle d'une nation. Maintenant, qu'en est-il à l'échelle internationale, entre pays?

Là, on parle d'une application qui s'appelle Free Basics, qui initialement s'appelait Internet.org, et qui est une application qui a été lancée par Facebook, dont l'objectif premier, Tech for Good, c'était d'apporter la connectivité à des pays qui n'avaient pas l'infrastructure. Par exemple, en Afrique et en Asie, encore une fois, mais aussi en Inde. Et donc l'idée, c'était à travers un consortium mené par Facebook, mais également avec des fabricants de puces, des opérateurs téléphoniques, de pouvoir apporter une solution gratuite, en tout cas très peu chère, à des utilisatrices et utilisateurs finaux pour avoir accès à Internet. Free Basics, initialement, c'était en gros un outil que les gens pouvaient utiliser à travers Facebook avec un nombre de sites limités, mais optimisés lorsque la connexion n'était pas très puissante. La problématique avec cette solution d'accessibilité pour pays du Sud, c'est que forcément, avec Facebook, il ne faut peut-être pas s'attendre à...

avoir des informations diverses et variées. Évidemment que Facebook a été accusé, comme sur d'autres sujets, de divulguer des fake news, en tout cas de ne pas les contrôler. Et ce qui est vachement intéressant avec Freebases, c'est qu'il y a beaucoup de personnes localement qui ont lutté. Contre le développement de Freebases. Donc là, on voit des personnes en Inde qui appellent justement à l'interdiction de Freebases en clamant justement le fait d'avoir un Internet neutre et l'interdiction de l'outil, qui certes était gratuit, mais arrivait à des catastrophes inter-pays ou même locales dans un pays comme l'Inde, avec beaucoup de tensions entre communautés, etc. La solution a été abandonnée à un moment donné par Facebook, mais a tenté de réapparaître, notamment à travers d'autres applications avec d'autres noms. Récemment, on peut aussi citer l'exemple des Rohingyas.

Donc pareil, l'application a été développée en Birmanie. d'une manière peut-être un peu plus dure, parce que moins de sites étaient disponibles et beaucoup plus de fake news ont été divulgués en Birmanie, et notamment ciblant les populations musulmanes. Et ce qui est intéressant dans ce cas-là, dans ce triste cas, c'est que Facebook a reconnu sa faute en 2018. Il y a un article qui est paru avec justement Facebook qui clamait qu'effectivement, le rôle de Free Basics, en Birmanie, a pu expliquer le fait que les Rohingyas ont été chassés de la Birmanie. Donc ce cas n'est pas intéressant pour les populations, mais intéressant parce que c'est la première fois que Facebook a assumé un petit peu sa faute. Si on s'éloigne de la Birmanie ou de l'Inde ou de l'Afrique, le réseau QAnon a été... 70% montés par les recommandations Facebook.

Donc ce problème, on va dire, à l'échelle interplanétaire, existe aussi et nous atteint directement. Mais je pense qu'il est tout aussi, enfin, beaucoup plus important, pardon, dans ces pays-là. Le massacre des Rohingyas, c'est quand même quelque chose qui a marqué. Les années 2014 à 2016. Donc là, on a parlé de l'extraction, de l'assemblage. Esther a parlé longuement de l'usage. Maintenant, il est temps d'aborder la question du recyclage. C'est une partie que j'aime bien parce que le recyclage, on entend parler un peu à toutes les sauces et c'est un peu la solution que beaucoup d'entreprises qui font des appareils électroniques clament en disant non mais... Acheter un nouveau téléphone, on recycle l'ancien. Alors d'une, le recyclage des téléphones est très compliqué, ça faut le savoir, quelle que soit la marque. Parce que, souvenez-vous de ce que je disais au début de la conférence, vous avez des composants très petits, beaucoup de minerais, donc c'est très compliqué de démanteler un téléphone, c'est moins compliqué de démanteler une télé, par exemple.

En Europe, vous avez à peu près 700 millions de téléphones qui dorment dans les tiroirs. Et quand bien même vous les récupérez, l'étape de récupération du minerai est compliquée. Et donc ces 700 millions, ça représente à peu près trois fois le nombre de téléphones vendus en Europe annuellement. Donc, j'ai parlé du cas où on arrivait à... récupérer ces téléphones, des cas où on n'arrivait pas à les récupérer. Alors quels sont les chiffres? On a à peu près 8% des téléphones qui finissent dans les poubelles, les poubelles ménagères. Donc ça c'est triste. Donc j'appelle chacune et chacun à ne pas faire ça, essayer de le recycler dans les filiales officielles. Vous avez à peu près entre 17 et 18% des téléphones qui sont recyclés de manière officielle. J'y reviendrai tout de suite après. Vous avez à peu près 20% des téléphones qui finissent de manière illégale dans certains pays pour être recyclés. J'y reviendrai aussi tout de suite après. À plus de 50%, 54% de téléphones, on ne sait pas ce qui se passe.

Alors certains finissent dans d'autres filières, pas forcément de recyclage mais de réutilisation, ce qui peut être pas mal. Mais en tout cas, on n'a pas de traçabilité de ces téléphones-là. Ce qui se passe sur le cas de l'exportation illégale, ou peut-être de ce qui n'est pas connu, c'est que ces téléphones finissent bien souvent en Asie et en Afrique, et sont la cause d'énormément de dégâts environnementaux et sociétaux. Alors pourquoi environnementaux? Parce que quand le recyclage est mal fait, ça produit énormément d'émissions de gaz à effet de serre et c'est très toxique aussi pour les personnes qui recyclent ces éléments de manière illégale. Donc là, vous avez une photo de Aboglochi, qui est une des plus grosses décharges mondiales de déchets électroniques. Aboglochi, c'est au Ghana. Ce n'est pas très loin. de la capitale du Ghana. Et donc là, vous avez des hectares entiers. Avant, c'était un lac. Maintenant, ce n'est plus un lac. C'est vraiment une décharge flottante, flottante parce qu'elle est sur le lac initialement.

Et vous avez des quantités énormes de téléphones, de télés. Sûrement un de vos téléphones a fini là-bas. Et des gens qui essayent de récupérer ce qu'ils peuvent sur ces appareils-là. Il n'y a pas que des téléphones, il y a aussi des télés, etc. Et pour revenir aux problématiques sociétales, vous avez beaucoup d'enfants. Encore une fois, pourquoi ? Parce que c'est moins compliqué de brûler un câble de cuivre et de récupérer le cuivre et de laisser le plastique que de faire du recyclage à la pointe, etc. Donc vous avez beaucoup d'enfants qui travaillent là et qui, pour survivre, se baladent dans la décharge et essaient de récupérer ce cuivre. Donc on voit bien que le recyclage a un certain nombre de problématiques. Donc qu'est-ce qu'on peut faire? Recycler propre, c'est mieux. Le conseil que je peux donner, c'est déjà d'aller dans une filière officielle de recyclage pour avoir des chances qu'il soit recyclé correctement. Mais l'idée, c'est peut-être de ne pas recycler votre téléphone. Il y a une campagne qui a été faite en début d'année lors du Earth Day par iFixit, qui est un collectif que j'aime beaucoup.

C'est des gens qui font beaucoup de tutoriels en ligne pour inciter les gens à maintenir leur appareil en vie et à les réparer. Et donc, leur compagne, lors du Earth Day Do Not Recycle, a fait son effet. Beaucoup de gens disaient, pourquoi? C'est cause de délire, évidemment, que c'est bien recyclé. Eh bien, non. Je veux dire, oui, potentiellement, mais vous avez vu que les chiffres parlent d'eux-mêmes. Dans certains cas, ça peut être bien, mais dans la majorité des cas, ça pose quand même beaucoup de problématiques. Donc, la clé, c'est de maintenir vos appareils en vie. Quand vous achetez un téléphone, quand vous achetez une nouvelle télé, déjà, posez-vous la question si vous avez vraiment besoin de le faire. Et ensuite, essayez de regarder si ce téléphone, cette télé a des pièces détachées sur le long terme et facilement réparables. Depuis peu en France, depuis janvier 2021, on a... Cet indice de réparabilité, qu'est-ce qu'il est ? Je pense que ce qui va progresser, c'est bien, mais au moins, vous avez cette indication-là qui peut vous aider dans votre choix. Donc, vous avez plein d'associations comme Common en France qui essayent de travailler justement à aider les gens à garder leur appareil.

Donc, la clé, elle est vraiment là. Parce qu'encore une fois, le recyclage, ça peut être aussi l'appel du pied des sociétés capitalistes à vous faire rentrer dans un cycle de consommation extrême, à vous faire acheter tout le temps un nouvel appareil. Donc, il faut qu'on soit vigilante et vigilant sur ces points-là. Par rapport à la problématique de faire durer les appareils. Alors, sur le papier, c'est chouette. On peut être content d'acheter un téléphone seconde main sur n'importe quelle plateforme en vogue du moment. Mais c'est très dur. Au niveau logiciel, par exemple, ça c'est mon job chez Fairphone, faire durer un logiciel sur un téléphone, c'est compliqué. Il y a plein de téléphones que vous achetez en seconde main qui ne sont pas maintenus au niveau logiciel. Et ne pas avoir un logiciel qui est à jour sur votre téléphone, Le résultat est d'avoir un téléphone non sécure. Donc, c'est compliqué. Pourquoi? Parce que vous avez des fabricants de puces qui n'ont pas forcément un support long terme sur tous leurs produits, sur toutes leurs puces. Et vous avez Google, derrière Android, je parle plutôt des solutions Android ici, qui ne va pas maintenir ses versions Android pendant des années.

Donc, vous vous retrouvez un peu le cul entre deux chaises, entre le fabricant de puces et le fabricant d'OS, qui, de leur côté, n'ont pas forcément une politique alignée. pour de la solution long terme. Chez Fairphone, on essaye de le faire sur la... Si ça s'étend sur les téléphones des plus vieilles générations. Mais c'est vrai qu'on aimerait vraiment bien que d'autres suivent la marche, puisque c'est clé d'avoir un logiciel à jour et sécurisé pour garder votre téléphone longtemps. 20% des téléphones ne sont plus utilisés à cause d'un problématique logiciel. C'est les derniers chiffres que donne la Commission européenne. Il est l'heure de la conclusion. Donc, on vient de finir un peu le cycle de vie de notre téléphone. On a pris cet exemple du téléphone parce qu'on le trouvait assez judicieux pour montrer un petit peu la face cachée du numérique et de montrer le coût environnemental et sociétal de cette industrie-là. On pense que le numérique est foncièrement politique.

Les deux sont liés. On a parlé des problématiques géopolitiques. Tout à l'heure, Esther a parlé aussi de certains outils qui vous permettent de voter pour un candidat et pas l'autre, etc. Donc, c'est éminemment politique. Prendre conscience de ça, c'est essentiel à nos yeux. Et si on analyse un peu ce qui se passe au niveau de notre pays, au niveau politique, on pourrait nous faire croire que la technique est une solution. À la transition écologique. C'est un peu le discours de notre président du mois d'octobre. Avec tout ce qu'on vient de voir, il est légitime à nos yeux d'être vigilants sur cet aspect, sur l'aspect de se dire que la tech peut sauver le monde, parce qu'on pense que la tech est une solution, mais en aucun cas la solution pour sauver la planète des problématiques au niveau du climat, par exemple. Avoir un avion bas carbone. Est-ce que c'est vraiment mieux que d'investir dans le réseau ferroviaire?

Je n'en suis pas sûre. Donc on finira sur cette image d'un... Un podcast que j'aime beaucoup qui s'appelle Tech Won't Save Us. Si la tech est un outil, elle n'est en aucun cas la solution pour sauver le monde de demain. Merci beaucoup pour votre attention pour ce talk et on se retrouve tout de suite pour les questions réponses.