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Tech.Rocks Summit 2021
Sobriété numérique : du discours aux impacts concrets pour l'IT d'entreprise
- Marie Bellocq (Co-fondatrice, Share It)
- Frédéric Bordage (Sustainable ICT and digital service eco-design consultant, Green IT)
- Hervé Dumas (Sustainability IT Director, L'Oréal)
- Olivier Rafal (Directeur du conseil de SFEIR, SFEIR)
Tech.Rocks Summit 2021 · 10 décembre 2021 · 44 min · en français
Résumé
Que veut dire « Green IT » au juste, et pourquoi devient-il urgent de s'en préoccuper ? Entre discours trompeurs, greenwashing, indifférence et surtout méconnaissance, le sujet reste difficile à appréhender. Les invités de cette table ronde aident à y voir clair et à comprendre comment agir concrètement pour inscrire l'IT dans une démarche de développement durable.
Summary
What does "Green IT" actually mean, and why is it becoming urgent to address it? Between misleading claims, greenwashing, indifference and, above all, lack of knowledge, the subject remains hard to grasp. The guests of this panel help clarify it and explain how to take concrete action to make IT part of a sustainable development approach.
Thèmes : Impact & numérique responsable
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Bonjour, je suis Olivier Rafal, directeur du conseil chez SFEIR. Je vous retrouve dans un instant avec Marie Bellocq, cofondatrice de Sherit, avec Hervé Dumas, Sustainability IT Director de L'Oréal. Nous aurons aussi Frédéric Bordage, initiateur du collectif GreenIT.fr, spécialiste de l'éco-design, qui va nous rejoindre en duplex. On se retrouve tout de suite? On y va? Bonjour, bienvenue sur cette table ronde Tech.Rocks Summit consacrée à la sobriété numérique. On va parler des discours environnementaux avec nos invités, mais on va surtout parler des impacts sur l'IT d'entreprise. On va essayer d'être concret. Je vous propose avant d'entrer dans le vif du sujet qu'on se présente. Marie, à toi, je te passe la parole. 30 secondes chacun, allez on y va. Super. Bonjour à tous et à toutes. Je m'appelle Marie Bellocq et après plusieurs années dans le digital, j'ai décidé de mettre la tech au service de l'intérêt général.
Et plus précisément, au service d'entrepreneurs sociaux pour faire de la tech un formidable levier pour aller plus vite dans la résolution d'enjeux sociaux et environnementaux. Donc, Share It, en deux mots, c'est une ESN qui va développer et coder des projets digitaux pour des startups sociales, pour les aider à démultiplier leur impact. Très concret. On a par exemple développé une solution pour traduire tous les mots dans le site internet en langue des signes ou une plateforme pour aider des personnes en précarité à retrouver un job. Et notre mission, on peut la réaliser grâce à des boîtes comme Accenture, comme Omnilog ou comme Octo. Qui vont dédier des ressources, donc des chefs de projet, des UX, UI designers, des développeurs sur le développement des projets tech. Et je remercie Olivier et toute l'équipe Tech.Rocks pour l'invitation. Je t'en prie Marie, le plaisir est pour nous. Tu vas représenter le côté un peu béotien sur le sujet de la petite entreprise ou de l'association qui se pose des questions, à l'opposé finalement d'Hervé, représentant de L'Oréal, Hervé Dumas,
avec un poste super intéressant, un challenge finalement, un poste que tu as pris il y a quelques mois, de Sustainability IT Director. Merci Olivier. Une nouvelle mission dédiée au sujet, au sujet au pluriel, autour des enjeux environnementaux et sociétaux du numérique au sein d'une entreprise, au sein d'une très grande entreprise. J'ai été précédemment CTO avec des expériences sur les infrastructures, toutes leurs facettes. Et maintenant, je suis effectivement ravi d'accompagner une filière d'entreprise, de travailler avec tout un écosystème de fournisseurs, de parties prenantes, experts, organisations non gouvernementales, de suivre aussi les mouvements des institutions publiques autour de ces enjeux environnementaux et sociétaux du numérique et de contribuer au mieux à cette transmission. mise en action au sein d'un grand groupe pour préparer un avenir, on va dire, équilibré, efficace, qui va mettre cette technologie
au service des ambitions cœur d'un groupe comme L'Oréal. Super, on va voir ça. Merci Hervé. On a aussi avec nous Frédéric Bordage en duplex. Merci Frédéric d'être avec nous. Frédéric, j'ai presque envie de dire on ne te présente plus sur le sujet du Green IT, mais je vais te laisser du coup la tâche de te présenter toi-même. Merci Olivier, bonsoir à toutes et à tous. Effectivement, je suis le fondateur de GreenIT.fr, qui est le collectif des experts à l'origine des démarches de sobriété numérique, de numérique responsable. Ça fait 17 ans finalement qu'on a les mains dans ce cambouis-là, de la rencontre entre le développement durable et le numérique. Et notre objectif, c'est de réconcilier la low-tech avec la high-tech pour économiser du numérique et pouvoir en léguer à nos enfants parce qu'on trouve que le numérique, c'est chouette. Mais comme il nous reste 30 ans de stock numérique devant nous, il va falloir qu'on trouve des solutions ingénieuses pour réduire les impacts environnementaux, sanitaires, sociaux à court terme, mais aussi surtout en économiser pour pouvoir en léguer simplement aux générations à venir.
Donc, c'est notre vocation. Et donc, nous sommes des experts mondiaux du sujet de la quantification des impacts environnementaux et de leur réduction. Merci Frédéric. Et moi, je suis Olivier Rafal, je suis directeur du conseil de SFEIR. Alors SFEIR, on est une entreprise qui accompagne les entreprises dans la modernisation de leur système d'information. Alors ça m'intéresse aussi du coup au premier titre, en fait, ces enjeux environnementaux, c'est comment faire en sorte, Moi, j'ai l'impression qu'on le fait façon M. Jourdain, finalement, d'accompagner quand on essaye de faire de l'éco-conception, on essaye de faire en sorte que les systèmes d'information modernes aient une... Non pas qu'ils aient une... conscience de l'impact environnemental, mais que les gens, les ingénieurs, aient cette conscience et essayent de faire des choses. Donc je voudrais vous amener déjà sur ce terrain-là, en fait, essayer de démystifier le sujet, parce qu'on entend beaucoup de bêtises sur la sobriété numérique, on entend beaucoup de choses, dont des bêtises, on va dire. Pour quelqu'un qui ne baigne pas dedans, on en discutait avant, Marie, quelqu'un qui ne baigne pas dedans, pour toi, quand on te parle, par exemple, sobriété numérique, qu'est-ce que ça t'évoque?
Est-ce que véritablement ça t'évoque quelque chose déjà? Oui, bien sûr. Chez Charite, on fait de la tech et en parallèle, on développe des projets à vocation sociale. Et du coup, c'est extrêmement important de réussir à concilier les deux. Et donc, moi, je vais vous partager surtout mon expérience terrain, ce que j'ai pu observer avec bon nombre d'entrepreneurs sociaux qui essayent de développer des projets digitaux, mais qui sont face à des contraintes que vous rencontrez, je pense, même chez L'Oréal, des roadmaps qui sont bien remplis. Des équipes qui ont déjà beaucoup à faire et des budgets qui sont très serrés. Et donc la question vraiment, c'est comment réussir à concilier les deux? Peut-être juste un point de... Tu voulais rebondir? Non, vas-y, vas-y. Un petit point de contexte. Moi, ma compréhension, c'est qu'aujourd'hui, le numérique représente 3% des émissions de gaz à effet de serre. Et ça peut paraître un chiffre relativement bas, mais la problématique, c'est qu'il va y avoir une très forte augmentation et qu'on estime aujourd'hui à plus de 5%. Magellan, qui est un cabinet spécialisé en stratégie environnementale, explique qu'il faudrait qu'on a arrive à réduire de 6% par an notre croissance au global.
Alors déjà, est-ce que ça, je vais faire rebondir Frédéric, je pense, sur ces sujets-là. Est-ce que tu es d'accord, toi, avec ce chiffre-là? Parce qu'effectivement, on entend beaucoup de chiffres circuler. Est-ce que ce sont des chiffres que tu partages? C'est quoi, toi, ta vision? Tout à fait, dans notre dernière étude sur l'empreinte du numérique au niveau mondial, qui est la seule analyse du cycle de vie, donc la seule étude reposant sur un standard international qui a été réalisé, on observe un triplement des impacts du numérique entre 2010 et 2025, c'est-à-dire entre hier et vraiment demain matin quasiment. Donc trois fois plus d'impact environnementaux, c'est une croissance qui est démente. Heureusement qu'il n'y a que dans le numérique, parce que si c'était le cas dans le transport, notre alimentation, etc., on serait déjà effondré. Donc on constate une croissance effectivement extrêmement rapide des impacts du numérique. Et puis dernièrement, on a calculé un chiffre que je trouve intéressant, c'est que grosso modo, notre usage du numérique au bureau, donc dans un contexte professionnel, ça représente déjà 27% de notre budget carbone.
C'est énorme. Ça veut dire que simplement utiliser du numérique dans son entreprise, on a déjà consommé plus du quart de ce qu'on peut émettre sur une année pour rester soutenable, c'est-à-dire en dessous d'un degré 5. Alors là, on a quelques ordres de grandeur. Maintenant, on entend encore beaucoup de choses circuler entre les emails qu'il va falloir trier. arrêter la visio, enfin couper la caméra quand on fait de la visioconférence ou ce genre de choses. Beaucoup d'idées reçues, beaucoup de greenwashing aussi. Qu'est-ce qu'on doit retenir de tout ça si on dit on va essayer de démystifier le sujet là? Déjà, ne coupez pas cette caméra-là, sinon on va avoir un problème. Non, non, en fait, concrètement, trois quarts des impacts du numérique dans des pays développés comme la France sont directement liés à la fabrication des terminaux des utilisateurs, c'est-à-dire nos smartphones, nos télévisions, nos écrans, etc. Et donc, le sujet, il est là. Il est dans la fabrication de ces équipements et notamment l'extraction des minerais et leur transformation en composants électroniques. Donc, l'enjeu, c'est clairement fabriquer moins d'équipements qui durent plus longtemps.
C'est ça l'enjeu fondamental du sujet de la sobriété numérique. Et donc après, ce qu'on fait avec nos équipements, une fois qu'ils sont fabriqués, une fois qu'on a produit l'électricité, ça ne change plus grand-chose. Évidemment, il va falloir appliquer un certain nombre de gestes au quotidien pour ne pas surcharger, ne pas boucher les tuyaux Internet, parce qu'on voudrait tous en même temps regarder, je ne sais pas, le journal de 20 heures en direct via Notebox ADSL, etc. Mais au-delà de ça... Ce qu'on entend sur les usages est démesuré par rapport à l'impact que ça a. C'est tout à fait marginal, en fait, nos usages. Je vais me tourner vers Hervé, toujours sur l'idée de l'ordre de grandeur, pour voir quel est l'ordre de grandeur, le poids du numérique dans l'impact environnemental de L'Oréal. Juste avant de te... de te laisser parler là-dessus. Ce que j'ai entendu, moi, par exemple, sur Netflix, c'est grosso modo 50% de leur bilan carbone, c'est la production des séries. Et puis 47%, c'est les bureaux. Et finalement, l'IT, c'est 3%.
Est-ce qu'on est à peu près sur le même ordre de grandeur chez L'Oréal? Chez L'Oréal et dans beaucoup d'entreprises, ça dépend comment on regarde le sujet. Si on regarde sur l'ensemble des scopes, scope 1, scope 2, scope 3, à l'échelle d'un groupe comme... comme L'Oréal, c'est relativement marginal l'impact du numérique. Si on le regarde en comparaison par exemple avec notre outil industriel, nos usines et nos centres de distribution qui produisent plusieurs milliards de produits finis par an et qui sont dans une dynamique depuis de nombreuses années de réduction des impacts environnementaux, que ce soit sur l'énergie, donc l'émission de gaz à effet de serre, l'usage de l'eau et les ingrédients, avec des réductions extrêmement significatives tout en produisant plus de produits. On est déjà au double de cet outil industriel au niveau du numérique. Donc ça dépend comment on regarde les choses. Et comme le disait très bien Frédéric, la préoccupation, elle vient aussi de la dynamique. C'est un enjeu stratégique pour l'entreprise, le numérique.
Ça accompagne l'ambition Beauty Tech en termes de vision chez L'Oréal. Et ça doit aussi s'associer, c'est tout notre travail, avec une autre ambition qui est le respect des limites planétaires, des enjeux environnementaux et sociétaux. Ça, c'est le plan L'Oréal pour le futur. Et donc, notre travail, c'est vraiment de faire la jointure sur les deux sujets pour délivrer au mieux. Comme le disait Frédéric, on a très, très envie de continuer et pendant longtemps à bien équiper nos utilisateurs, à utiliser le numérique qui est présent sur toute la chaîne de valeur. Et on n'est pas la seule entreprise, je pense, à vivre ça, qui est de plus en plus présent. L'importance de la donnée, l'importance du travail sous toutes ses formes hybrides qu'on connaît tous aujourd'hui et depuis de nombreux mois. une situation très particulière qu'on traverse. Tout ça, c'est un facteur d'accélération. Et la dynamique du numérique, qu'elle soit en entreprise ou à l'échelle mondiale, on parlait d'impact qui se multiplie par deux ou trois sur une quinzaine d'années, elle est à prendre en compte en fait, pour équiper la filière de l'entreprise, l'accompagner.
Pour bien traiter ces enjeux-là et continuer à délivrer de la meilleure façon possible les attentes stratégiques de l'entreprise, des différents métiers, pour que ce soit toujours une ressource de grande valeur qui va être traitée à son bon niveau. Continuer à créer de la valeur en minimisant l'impact environnemental avec le numérique. Mais pourquoi maintenant? Je disais en introduction, ton poste est très nouveau. Chez L'Oréal et puis dans l'ensemble des entreprises françaises finalement. Il y a une dynamique en cours que je partage avec de plus en plus de personnes qui sont maintenant dédiées au sujet. Pourquoi maintenant? Parce que je pense qu'on est rentré objectivement dans une décennie très particulière, que tout le monde en a conscience, ou de plus en plus de personnes en ont conscience, y compris l'écosystème tech, qui l'exprime à sa façon. Oui, des fois, il y a un petit peu de greenwashing. Oui, des fois, les prétentions carbone neutrale sont un peu exagérées par rapport au sous-ensemble de sous-ensemble de scope.
Mais c'est un début. Et en tout cas, ce qu'on peut constater, c'est effectivement, je pense que les... Les acteurs du numérique ont conscience de l'enjeu, tant sur l'énergie que sur les ressources. Ont pris des engagements jalonnés 2025, 2030 et au-delà. Et maintenant, notre rôle à tous, puisqu'on a vraiment tous un rôle à jouer par rapport à ça, c'est d'opérationnaliser ça pour une succession de progrès. Donc oui, on va certainement tendre vers un monde qui, pour des raisons réglementaires par exemple, mais aussi pour des raisons de volonté et de changement de business model, va évoluer sur les équipements. Je le souhaite vivement Frédéric. Mais en attendant, parce que ça peut être un temps un petit peu long, que les business models évoluent, etc. En attendant, il existe aussi de nombreux leviers d'action qui permettent de réduire l'impact, comme s'occuper de la data. On va essayer de les voir tout à l'heure, les leviers d'action. Je voudrais vraiment comprendre le pourquoi maintenant. Qu'est-ce qui fait que tout le monde s'en préoccupe aujourd'hui? Parce que la situation est critique en fait.
Marie, ça fait quoi un parcours personnel, si j'ai bien compris chez toi? Oui, totalement. Je pense qu'il y a une urgence. C'est-à-dire qu'on voit la date arriver qui devient de plus en plus proche. Avant, c'était 30 ans. Aujourd'hui, c'est 10 ans. Donc effectivement, moi, ça a été un choix personnel de me dire, je pense que je n'ai pas eu de déclic à proprement parler. Mais plutôt la multitude d'informations que je voyais, entre guillemets, me tomber dessus toutes les semaines sur tous les sujets et de se dire, en fait, ça ne suffit pas d'intervenir ponctuellement sur ces sujets. Il faut vraiment que je puisse mettre toute mon énergie et l'énergie de plusieurs personnes. au service de ce genre de sujet. Et pour moi, c'est vraiment de se dire, si on a envie que nos neveux, nos nièces, nos enfants puissent habiter un monde plus juste, plus équitable, et rien qu'une... Être dans des endroits et de la terre qui sont habitables, c'est extrêmement important d'agir maintenant. Et c'est ça peut-être qui est complexe, c'est de voir, de dire on a finalement 10 ans pour agir, et de réussir à découper ces enjeux de manière atteignable, pour que la marche à franchir ne semble pas extrêmement lointaine.
Et c'est ça que j'apprécie aussi. dans des acteurs comme L'Oréal, c'est de réussir à montrer le chemin, montrer la voie, de montrer que ça commence aussi par la technique des petits pas, et comme mis bout à bout, c'est extrêmement important. Frédéric, ce côté on a 10 ans pour agir, etc. Ça, c'est un discours que tu tiens aussi, ne serait-ce que sur les ressources pour faire du numérique, en fait. Oui, alors pour nous, l'horizon, c'est 30 ans. C'est globalement 2050. C'est 30 ans sur le réchauffement global. C'est 30 ans sur les ressources agnotiques. On a à peu près 30 ans de stock de métaux avec lesquels on fabrique nos ordinateurs, nos smartphones, mais aussi les éoliennes et les cuves électriques, etc. Et à la vitesse à laquelle on épuise ces réserves rentables, on a 30 ans devant nous. Et puis, en fait, on a moins 30 ans. Si on regarde la biodiversité qui s'écroule à un rythme, on est en plein, c'est le sixième épisode d'extinction massive de la vie sur Terre depuis déjà quelques décennies, ça a attaqué. Et donc, il y a effectivement une urgence à agir. Et alors nous, on n'est pas trop pour la théorie des petits pas, mais tant mieux qu'on ait des visions un petit peu pas identiques.
Nous, on pense que là, on est en train de se faire piétiner par un troupeau d'éléphants et que l'urgence, c'est de courir en basket, en talons aiguilles, pieds nus, on s'en fout, il faut courir là maintenant. Il faut vraiment avancer vite et fort parce que pour nous qui manipulons les chiffres depuis 17 ans, C'est impressionnant de voir la vitesse à laquelle l'empreinte s'accroît. Et surtout, il y a encore une quinzaine d'années, on pensait... qu'on pourrait simplement régler le problème complètement du climat. Aujourd'hui, on se rend compte qu'on se bat pour ne pas partir dans des effets d'emballement délétères. Ça, c'est l'urgence environnementale. La situation s'est dégradée d'une façon considérable. Ça, c'est l'urgence environnementale. Je pense qu'on est assez d'accord là-dessus. Mais il y a aussi le contexte réglementaire, finalement. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les entreprises doivent s'y mettre parce que de toute façon, la législation les rattrape. Oui, alors en fait, nous, notre ADN, c'est l'expertise et l'intégrité. Chez GreenIT.fr, on a un collectif d'experts, donc on a les mains dedans.
Mais on est aussi un collectif citoyen et ça fait un paquet d'années qu'on met la pression au pouvoir public en France et en Europe. Et donc, on a la chance d'avoir été plutôt écouté sur une proposition de loi qui est devenue une loi, la loi qui vise à réduire l'empreinte environnementale du numérique en France. Donc, les sénateurs ont repris, puisque c'est issu du Sénat, ont repris pas mal de nos propositions. Il y en a d'ailleurs déjà dans la loi AGEC, il y en a dans la résolution du Parlement européen du 25 novembre 2020. Donc, on voit qu'en France comme en Europe, ça bouge et que les acteurs du numérique sont en retard par rapport aux législateurs. Ce qui est un peu réjouissant parce que ça veut dire que la société civile s'est vraiment emparée du sujet et qu'on est en train d'écrire des lois sur le sujet. Aux acteurs du numérique, à vous qui nous regardez, de rentrer, de sauter dans le train en marche et puis de nous aider à construire un avenir numérique qui soit numérique aussi, parce qu'on en a envie, mais qui soit plus enviable. Et de ne pas subir... les contraintes de la réglementation parce qu'on n'anticiperait pas assez. Il y a une urgence, il faut que le monde du numérique se réveille par rapport à ces attentes de la société civile.
Alors dernier point, ce qu'il faut préciser dans ton discours en général, c'est de dire, on ne le fait pas comme une contrainte, mais on le fait aussi comme un facteur de compétitivité finalement, de faire attention à cet enjeu environnemental. Ah oui, évidemment. Nous, il y a 17 ans, on était un peu, on prêchait dans le désert parce qu'on opposait un petit peu, disons, le volet profit. Il y a trois piliers dans le développement durable, il y a people, planet et profit. On a très vite changé notre fusil d'épaule parce que si on veut pouvoir transformer la société pour construire un monde plus enviable pour nos enfants, il faut s'appuyer sur le levier économique. Et aujourd'hui, nous, il n'y a pas un seul dossier, on ne parle pas de retour sur investissement, d'innovation, de création de valeur. On a des retours complètement dingues où des acteurs 100% numériques on enlève du numérique de leur offre pour leur permettre de conquérir par exemple des pays émergents et parce qu'ils ont enlevé du numérique ils ont associé de la low tech avec de la super high tech, de l'intelligence artificielle etc, ils vont peut-être devenir les leaders mondiaux de leur domaine, donc c'est ça qui nous intéresse, c'est de décliver la pensée du 100% numérique qui serait la seule solution et de montrer qu'il y a un monde hybride qui est en train de se créer, on va forcément nécessairement inéluctablement associer de la low tech avec de la high tech
parce que les stocks de matière sont vides et que le monde de demain sera inéluctablement plus low tech et donc on glisse vers ce monde là à nous de tirer profit finalement tirer parti de cette situation pour créer de la valeur. Alors Marie, on a bien compris, il y a un troupeau d'éléphants. Chez Arit, vous avez commencé à courir. Qu'est-ce que vous avez mis en place déjà, vous, concrètement, comme action sur ce volet-là? Oui, déjà, je partage totalement ton constat, Frédéric, sur le fait que c'est la production terminaux qui est le plus hautement responsable des émissions de gaz à effet de serre. Et en fait, nous, on... Ça fait à peu près un an et demi, donc on a beaucoup moins d'expérience que le collectif Green IT, où on a commencé à recenser toutes les initiatives sur le sujet. Parce qu'en fait, très concrètement, faire de la bonne tech, c'est compliqué. Et l'utiliser à bon escient, c'est encore plus compliqué. Et finalement, on a été rencontrer pas mal d'acteurs sur le sujet. Bien sûr, on s'est appuyé sur les ressources de Green IT, mais aussi des collectifs comme Magellan, comme Hop, Alt à l'obsolescence programmée.
Il y a énormément de ressources qui existent sur le sujet. Et on s'est aperçu de deux choses qui peuvent être très faciles à mettre en place pour des structures comme les nôtres et pour les structures qu'on va accompagner. La première, c'est de prolonger la durée de vie des équipements et d'acheter du reconditionné. Ça, tu l'as dit, c'est responsable à hauteur de 50% à peu près des émissions de gaz à effet de serre. C'est quelque chose qui est très facile à mettre en œuvre et qui, en plus, nous fait gagner de l'argent, puisque ça nous coûte moins cher. Et la deuxième chose qui fait vraiment partie de l'ADN de Charite, c'est de se questionner en permanence sur l'utilité du numérique. Nous, beaucoup de structures viennent nous voir en nous disant« je veux faire de l'intelligence artificielle, je veux faire de la blockchain, je veux une app hyper compliquée». Et donc, on essaie vraiment de se dire« est-ce que cette technologie, elle va être au service des utilisateurs et finaux? Et donc, la première chose, c'est questionner« est-ce que ça n'existe pas déjà? Est-ce que je ne vais pas créer quelque chose qui existe? ». Si effectivement, ce qu'on veut développer, parce que c'est important de continuer, la tech sert à ça, à servir le progrès. Si on se rend compte que, oui, cette fonctionnalité, elle est pertinente et qu'elle a du sens, la question, c'est comment je la fais dans une logique de MVP, donc Minimum Viable Product.
Comment? Je fais des fonctionnalités qui sont vraiment utiles et pertinentes et qui vont servir mes utilisateurs finaux. Combien de solutions on connaît qui sont développées et où on n'utilise que 20%, 30% des fonctionnalités? Et donc ça, c'est quelque chose qui est extrêmement important et qui est dans notre ADN et qu'on vient questionner et challenger à chaque fois. Hervé, même question. L'Oréal aussi a pris conscience de ce troupeau d'éléphants. Et du coup, les actions concrètes, une fois qu'on se dit qu'il faut courir, il faut y aller, il faut faire quelque chose, on fait quoi? Je rejoins ce que dit Frédéric, mais avec des temporalités différentes. C'est-à-dire que Frédéric travaille depuis presque 20 ans maintenant sur le sujet, et très en avance, et certainement assez visionnaire sur ce qui va se passer dans les années à venir. Maintenant, dans une organisation, il faut mettre en mouvement. Donc la multiplication des actions, elle commence déjà par se préoccuper de l'ensemble de la filière IT et tech de l'entreprise et de l'accompagner. La première marche, c'est sensibilisation et formation, d'avoir un tronc commun de connaissances, un langage commun au sein de la filière.
Mais aussi ce langage commun, il va permettre de mieux dialoguer aussi avec l'ensemble des parties prenantes au sein de l'entreprise, nos clients internes, les différents métiers, les décideurs, etc. Et ça, c'est une démarche vraiment d'entreprise. Donc la filière, c'est quelque chose dont on s'occupe. C'est pas que l'IT, les RH sont concernés. Tous les métiers présents à nos côtés, RH, sourcing, achat, finance également, les experts de la data, les experts des infrastructures, des architectures, tous les métiers sont représentés. Et on veut embarquer tout le monde, vraiment, parce que tout le monde a un rôle à jouer. C'est là où, moi, je crois beaucoup aux petits pas et aux multiples contributions. Après, les business models vont changer, les contraintes vont évoluer. Oui, on est d'accord. Et il faut commencer à être dans l'action et être dans l'action sur tous les sujets, les sujets d'infrastructure, les sujets d'architecture, les sujets d'environnement utilisateur et avec notre écosystème, notre écosystème de fournisseurs. Il ne se passe rien dans le numérique d'entreprise sans qu'on travaille ensemble avec cet écosystème.
Et ça aussi, c'est notre rôle de relever progressivement et au bon niveau nos exigences dans les consultations, de mesurer les résultats, de s'occuper de l'ensemble du cycle de vie. Ça, c'est quelque chose qui est nouveau encore pour l'informatique d'entreprise. Et ça fait partie de notre programme de sensibilisation, d'accompagnement et de formation. Savoir ce qui se passe en amont, savoir ce qui se passe et quels sont les leviers d'action aussi dans la partie des impacts qui sont directement sous notre responsabilité, dans notre phase d'usage. Et ce qui se passe en aval, gestion de la fin de vie, la seconde vie, etc. Et ça, je trouve ça absolument passionnant pour l'ensemble des contributeurs de cette filière parce que ça enrichit leur panel de compétences. Je suis convaincu que ça va enrichir leur employabilité, de contribuer à la mise en place de guides d'éco-conception, de les mettre en œuvre, de mesurer le résultat, de dialoguer différemment aussi avec les responsables applicatifs, les responsables métiers qui ont aussi... cette préoccupation environnementale et sociétale.
Donc voilà, on rejoint après des sujets comme l'accessibilité, comme l'algorithmie aussi, pour éviter des biais dans les algorithmes. Il y a des capacités technologiques qui sont fantastiques, mais encore faut-il bien les pratiquer. Et ça, pour cette filière, je trouve que c'est une mission. Absolument génial, qui veut mettre en œuvre aussi, je pense, et c'est là où je suis relativement optimiste, On a vu sur 10-15 ans effectivement une amplification absolument incroyable. du numérique, d'où les impacts, l'amplification des impacts, il n'y a pas de magie, mais un niveau d'industrialisation, de savoir-faire, d'innovation fantastique. Si le centre d'intérêt évolue de cette filière, de toutes ses compétences, vers beaucoup plus de préoccupations sur attention aux ressources, attention à l'énergie, attention à l'eau, Il va y avoir des évolutions, des solutions de l'efficacité qui ne va peut-être pas résoudre l'ensemble de l'équation, mais qui va créer une dynamique de progrès et de résultats qui doit aussi être captée et se déverser dans le monde de l'entreprise, qui doit être aussi à l'initiative de ça.
Moi, je suis assez convaincu aussi qu'il y a une prise de conscience comme ça chez les gens, notamment dans les jeunes générations. Maintenant, comme tu dis, il faut mettre les organisations en mouvement. Frédéric, tu interviens en tant que consultant dans pas mal d'entreprises, justement. Comment on met les entreprises en mouvement? Quels sont, toi, tes premiers conseils? Moi, les premiers conseils, je vais rebondir sur ce que dit Hervé, c'est se former. Parce que comme 80 à 90% de ce qu'on entend, lit ou voit fait partie du greenwashing, sans se former et se dégreenwacher avant d'attaquer le sujet, on risque de ne pas l'attaquer par le bon bout, concrètement. Donc, je pense que c'est vraiment critique d'être bien formé et bien dégreenwacher, de bien remettre toutes les idées et les bases fondamentales en place avant d'attaquer le sujet. Pour moi, c'est l'essentiel, au point où aujourd'hui, j'ai la chance de travailler avec vraiment de très belles entreprises. La plupart du temps, aujourd'hui, on demande à nos clients de se former avant qu'on réponde à leur appel d'offres, littéralement. Sinon, on ne peut pas.
Je veux dire, sinon, on nous demande d'organiser des journées pour supprimer les mails. On a autre chose à faire, concrètement. Il y a quand même l'avenir de nos enfants qui est en jeu. Et donc, d'abord, se former. Et ensuite... Clairement, quand on a un sponsor, le CTO ou le COMEX, ça aide vraiment, un sponsor qui vraiment joue son rôle, ça aide vraiment à déclencher la démarche au sein de l'entreprise. Mais je pense qu'au final, le paramètre le plus intéressant pour activer la démarche, à la fois la mettre en œuvre et l'accélérer, c'est que le COMEX soit convaincu. Que c'est bankable, c'est-à-dire qu'il y a du retour sur investissement, il y a de la marge derrière, il y a de la valeur ajoutée. Et c'est pour ça que nous, on travaille globalement sur deux sujets qui ont été évoqués, l'un par Marie qui est le réemploi, parce que c'est un sujet, c'est un levier très efficace pour réduire des impacts, et très facile quelque part à mettre en œuvre. Pas si simple, mais quand même globalement facile. Le deuxième sujet qui a été évoqué par Hervé, j'adore ton nouveau job title, je ne sais pas comment on dit en français,
ta nouvelle fonction, c'est de faire rencontrer l'IT, le développement durable et l'offre de l'entreprise, parce que là, il y a un potentiel de création de valeur ajoutée, mais aussi de réduction d'impact qui est vraiment énorme. Ça, quand le COMEX l'a compris, quand les décideurs de l'entreprise l'ont compris. Alors là, on peut appuyer sur le bouton de la rencontre entre numérique et développement durable. Et en général, ça commence à avancer très simplement. Malheureusement, il y a encore une opposition entre des écolos bobos et puis la Startup Nation quelque part, des écolos bobos décroissants et la Startup Nation. Et on se bat depuis des années pour qu'il y ait une rencontre justement entre les deux mondes, parce que c'est au milieu que l'histoire va s'écrire, c'est évident. Est-ce qu'il y a des spécificités liées à la taille de l'entreprise, peut-être au secteur d'activité? On ne fait pas pareil dans une PME, une start-up que dans un grand groupe? Alors quand on éco-conçoit un service numérique, c'est-à-dire qu'on le conçoit de façon à ce qu'il ait moins d'impact environnemental, mais aussi globalement plus responsable, comme le disait Hervé, en tenant compte de l'accessibilité numérique, de la vie privée, tout un tas d'autres facettes.
C'est plus facile dans une startup parce que c'est une plus petite structure et souvent on a directement accès aux décideurs et donc les décisions sont plus rapides, ça va plus vite pour faire évoluer. Parfois on les choque, on les bouscule. Quand on leur demande de virer la moitié du numérique de leur solution, ça les perturbe. Mais du coup, on a un accès direct au patron et donc ça va vite. Sur les plus grosses structures, c'est plus difficile de remettre en cause toute l'offre de l'entreprise parce qu'il y a beaucoup plus de strates de décision. Par contre, elles ont en général une démarche qui est plus structurée, plus industrialisée sur l'ensemble du système d'information. Donc, on va plus vite sur les produits et les services numériques avec les startups, mais on va plus profond avec les grandes entreprises sur leur infrastructure et la gestion globale du système d'information. si j'avais à les caractériser. Alors, ceci étant dit, je pense à beaucoup de gens qui nous regardent, beaucoup de CTO qui nous regardent et qui sont dans des entreprises qui n'ont pas forcément beaucoup de moyens et qui vont se dire« mais je n'ai pas le temps, je n'ai pas les ressources, je n'ai pas le temps de me former». Est-ce que c'est ça finalement le premier obstacle?
Parce que la prise de conscience, tout le monde l'a, je pense, mais après... Est-ce que ça prend plus de temps de se dire je vais m'en occuper? Pour l'instant, non, non. Pour moi, pour l'instant, non. Jusqu'à maintenant, on pouvait faire semblant. Aujourd'hui, on ne peut plus, la société civile, un niveau d'exigence sur le sujet qui n'est plus du tout le même qu'il y a 15 ans. Et aujourd'hui, on a tous compris qu'il y avait vraiment une urgence. Et donc, les parties prenantes de l'entreprise la challengent de plus en plus. Et c'est un vrai moteur pour déclencher le sujet au sein des organisations. Donc, pour moi, il n'y a pas de problématique de moyens. Si on veut avancer, on peut le faire. Alors après, évidemment, quand on est une entreprise comme L'Oréal et qu'on a un ancrage dans la vraie vie avec des usines, des produits, etc., souvent, ces profils d'organisation sont plus matures et vont plus vite. C'est souvent des organisations qui ont déjà une empreinte physique du fait de leur activité, qui sont en avance sur le sujet, concrètement. Alors justement, nous, on avait discuté, Hervé, il y a quelque temps, de FinOps, comment on met en place du cloud et comment on peut essayer de réduire finalement son empreinte avec ça.
Je voudrais qu'on aille un petit peu plus justement sur ce côté solution technologique. Qu'est-ce qu'on peut mettre en œuvre concrètement pour essayer de réduire son empreinte environnementale? Le cloud s'en fait partie. Tu citais d'autres choses. Il y a deux grands blocs assez communs dans la plupart des entreprises, dont historiquement le numérique n'est pas le cœur de métier. En termes de répartition d'empreintes, je pense que Frédéric ne va pas forcément hurler, mais on va dire de l'ordre d'une moitié qui est liée à l'environnement utilisateur. Si on prend l'ensemble du cycle de vie, après on peut distinguer ce qui se passe en phase de production, de ce qui se passe en phase d'usage et potentiellement en gestion de fin de vie. Et puis une autre moitié. autour de la partie invisible, en fait assez intangible, qui est la fameuse dématérialisation vue des utilisateurs, mais qui est une autre façon de matérialiser, avec tout ce qui est réseau et capacité de calcul et de stockage. Et donc, ça constitue quand même de très beaux blocs de dynamique de progrès potentiel. Et si on prend la partie réseau data center, effectivement, là encore une fois, j'aime bien utiliser le mot cycle de vie, c'est que les entreprises partent tous d'une situation donnée où à un moment, effectivement,
je vois, on amplifie typiquement la dynamique de Move to Cloud chez L'Oréal parce qu'on est arrivé à une fin de cycle de vie d'un certain nombre de solutions historiquement en place, sur lesquelles on n'a pas envie forcément de réinvestir sur des équipements dédiés, etc. Et on veut pratiquer au mieux l'usage d'infrastructures partagées, qu'on essaye de sélectionner au mieux et qu'on essaye de pratiquer au mieux. Donc, il y a des pratiques typiquement qui résonnent avec ce que tu disais au niveau du framework FinOps, qui est plein de bon sens, en fait. C'est ne pas gaspiller, utiliser au mieux, automatiser le plus possible, de bénéficier d'un maximum d'indicateurs, de mesures qui permettent aussi de mieux dialoguer avec les métiers, avec les responsables applicatifs en disant voilà ce que je vous propose, n'ayez pas peur, je vais automatiser ça, on va faire du start-stop ici, on va optimiser telle solution de stockage pour aller vers... plus du cold storage qui est moins impactant, avec des fournisseurs qui commencent à nous partager des mesures opérationnelles.
Donc ça, qui vont accompagner un peu comme sur le FinOps, on travaillait avec les mesures de billing des cloud platforms. Là, on va commencer à travailler avec des mesures d'équivalence CO2 et de voir aussi quelle dynamique de modernisation ça peut apporter aux entreprises. C'est-à-dire que la première marge du move to cloud, c'est souvent une forme de lift and shift qui peut être fait de manière extrêmement performante et c'est tout à fait noble comme activité. Et puis après, il y a le cycle de vie des services numériques. Et là, il y a des dynamiques de modernisation potentielle où on voit d'ores et déjà qu'un certain nombre de services avec un niveau d'abstraction beaucoup plus élevé et qu'on trouve uniquement sur les plateformes cloud peut être potentiellement extrêmement efficace parce qu'il colle de manière... C'est une forme d'éco-conception pour moi, Frédéric. C'est vraiment... Il colle dynamiquement aux usages, à l'intensité de l'usage. Intensité d'usage qui, sur de nombreux services numériques, est totalement imprévisible. Donc, qu'est-ce qui se passe dans la réalité historique? C'est comme c'était imprévisible, eh bien, on est en surcapacité permanente.
On est en surcapacité permanente. Et donc, mieux utiliser des capacités qui, en plus, si potentiellement elles sont partagées à l'échelle, peuvent être plus efficaces. Il y a quelques mesures, quelques rapports qui commencent à démontrer ça. Et surtout, ce qui est très vertueux, c'est qu'il y a une dynamique sur les cloud service providers qui commence à... Délivrer de la donnée à leurs clients, de la donnée numérique. d'usage avec des méthodologies qui sont assez claires de mesure et qui permettent de manière opérationnelle, comme sur le FinOps, de commencer à voir les résultats concrets de replatforming, de resizing, de start-stop, etc. Et qui nous permettent de progresser. De progresser. Donc Frédéric, je sais que toi tu as un bilan plus mitigé, une vision plus mitigée du cloud, en disant qu'il faut quand même faire attention. On peut créer une VM d'un claquement de doigts. Il faut faire attention à ne pas avoir un usage raisonné, encore une fois. C'est ça ton idée? Oui, c'est tout le principe de la sobriété numérique.
Si on est sob, c'est pour économiser cette formidable ressource, ses impacts. Et souvent, la problématique, elle n'est pas tant technique que de bonne gestion. Et le cloud n'a pas été forcément bien géré au début avec des processus ou des procédures de déprovisionning, par exemple, mises en place. Ce qui fait qu'effectivement, il suffit d'un claquement de doigts littéralement pour déployer une VM. Et une fois qu'elle est déployée, on n'a plus trop envie de la descendre. On n'a pas envie de se faire taper sur les doigts par les utilisateurs. Donc pour nous, le cloud, il y a un gros effet rebond qui d'ailleurs est démontré et qui a été étudié. On sait qu'aujourd'hui, il y a à peu près 30% des VM qui sont des zombies. Et donc, le cloud, c'est une très bonne solution. C'est une solution intéressante techniquement. Par contre, si on se rémunère cet effet rebond, Voilà, il faut de la gouvernance, tout à fait, il faut une saine gestion du cloud. Et après, par contre, on n'a pas d'études qui démontrent que le cloud, c'est green, au sens où ce qu'on redondait avant sur deux machines au sein d'un même data center, maintenant, on redonde carrément sur deux data centers, voire jusqu'à six copies dans six data centers différents.
Et donc, très probablement qu'il y a des situations où le cloud va vraiment permettre d'améliorer la performance environnementale. Et d'autres, on va la dégrader notablement. Et pour l'instant, on n'a pas encore une vision franchement précise et transparente sur le cloud. Mais tout ça est en train de se mettre en place. Faire attention à ça, la bonne gouvernance, on parlait de FinOps justement, il y a aussi la gestion du cycle de vie des équipements utilisateurs, la gestion des écrans. Comment on gère ça chez L'Oréal et puis ensuite côté Chérit? Alors notre ambition, elle est vraiment effectivement sur l'ensemble du cycle de vie. Donc on a des travaux en cours avec nos fournisseurs en place pour une bonne mesure et une bonne gestion de notre catalogue d'équipements. Ça, c'est une très belle dynamique pour qu'on puisse suivre dans le temps, au fur et à mesure des évolutions des modèles, des plateformes, etc. Les progrès aussi, tant sur les ressources, l'usage de matériaux recyclés, etc., que sur les émissions associées de gaz à effet de serre en phase de production.
Donc, bonne gestion de notre catalogue. Ça, c'est vraiment un ancrage fort. Dans notre phase d'usage, on travaille beaucoup sur le paramétrage qui favorise aussi la durée de vie du produit, sa performance, l'expérience utilisateur. On essaye d'allonger la durée de vie. d'usage au sein de l'entreprise et on travaille sur un passage à l'échelle pour tout ce qui va être deuxième vie de matériel fonctionnel, tout type, pas seulement la partie utilisateur, mais tous les équipements réseau, les équipements data center qu'on a encore, etc. Et ça, c'est extrêmement important. Ça rejoint aussi des sujets sociétaux avec des ambitions de donation, de remise en état et puis de réduire la fracture numérique partout où on opère. Parce qu'il y a des besoins, comme le disait Frédéric et Marie aussi, il y a des besoins de reconditionner, il y a des besoins en équipement et qu'il faut qu'on arrête de jeter systématiquement.
C'est-à-dire que l'ensemble de la filière, qui est vraiment basée sur une économie très, très linéaire historiquement, de tech make west, doit gagner en circularité, commence à en prendre conscience. On peut dire tardivement, oui, peut-être, mais elle est moyen de passer à l'action. Et moi, de manière vraiment... Positivement favorable, je vois des mouvements en cours, d'évolution de business model, de faire exactement ce que je disais, Fred, de faire un argument commercial de mon produit va durer longtemps. Et j'ai compris pourquoi ça allait être profitable aussi pour mon business. Marie, je pense que ça fait écho aussi aux fameux 17 objectifs de développement durable des Nations Unies. C'est ça l'idée pour Sherit? Oui, tout à fait. Moi, je pense que vous avez évoqué pas mal d'idées intéressantes, notamment la notion de faire moins pour faire mieux, ou peut-être même faire moins pour faire plus. Plus pour être plus efficient, pour aller plus à l'essentiel.
Et on est dans un contexte où on manque cruellement de temps. On a envie d'intervenir sur beaucoup de sujets, mais la réalité, c'est que les journées durent. que 24 heures. Et donc, nous, on va aussi s'appuyer sur des outils qui existent et qui nous permettent de nous aider à mesurer la performance d'un site Internet. En fait, c'est extrêmement important de comprendre que si on a un code qui est court, qui est clair et qui est bien documenté, c'est ça la sobriété finalement. Et en fait, elle va vraiment servir à tout le monde. Et donc, quand on a peu de moyens, c'est bien de s'appuyer sur les bonnes ressources et les bons outils. Il y a par exemple Lighthouse qui fait ça, mais il y en a d'autres aussi qui permettent de mesurer les empreintes carbone environnementales. Alors, ce n'est peut-être pas des mesures parfaites et tout le monde n'est peut-être pas d'accord, mais en tout cas, ça a le mérite. de se poser les bonnes questions et de se dire, tiens, quand je vais avoir telle action, quel impact ça va avoir ? Et la manière dont vous le prenez, par exemple, quand nous, nos startups sociales choisissent un hébergeur, ce n'est pas anodin. Et on doit être exemplaire, même si finalement, on ne gère pas le volume de données de L'Oréal. Et du coup, de venir s'interroger de... Le serveur, où est-ce qu'il est basé? Avec quelle énergie fonctionnent ces serveurs? C'est extrêmement important et c'est vraiment tout ça qu'on va venir regarder. Donc finalement, en fait, c'est des questions très basiques.
Ça ne demande pas plus de temps. C'est vraiment du bon sens de faire plus vite en allant à l'essentiel. Je vais prendre ça pour un mot de conclusion parce qu'en fait, on est déjà à la fin de la table ronde. C'est passé super vite. Tu voulais peut-être rajouter en 15 secondes, on va faire un petit tour de table. Si tu devais, là, en 15 secondes, 30 secondes, dire encore un mot, est-ce que tu aurais un message à faire passer? Oui, je pense qu'on a abordé beaucoup de sujets. Moi, mon message, c'est que c'est un sujet complexe et qu'on a envie en tout cas de le démocratiser, de le simplifier pour permettre à chacun de s'investir et de faire des choses très concrètes. Et je pense que la chose vraiment à retenir, c'est pour moi les devices et le fait vraiment de prolonger l'utilisation. En France, un téléphone mobile, si mes chiffres sont exacts, et je crois que ça vient d'ailleurs de GreenIT.fr, il dure en moyenne un an et demi en un de ses huit ans. Et donc, je pense qu'on a une belle marge de progrès et que c'est vraiment des actions très simples et concrètes qui peuvent changer la donne pour les années à venir. Hervé? J'ai beaucoup aimé, je vais rebondir sur le bon sens, passer le bon sens à l'échelle. Je pense que ça fait partie de nos ambitions.
faire évoluer et utiliser le savoir-faire, l'expertise de ce domaine professionnel, de cette filière, au service de cette préoccupation environnementale et sociétale. Et là, je pense que vu la... Il y a des capacités et des leviers d'action absolument formidables si on se met en mouvement dans la bonne direction. C'est simple, tu as les éléphants derrière, tu cours par là. Vu ce qui a été réalisé ces dernières années, en termes de progrès, d'industrialisation, de technologie, etc., je ne vois pas pourquoi toutes ces expertises, si elles sont bien orientées, n'arriveraient pas à réduire tout ça et à en faire quelque chose de beaucoup plus durable, beaucoup plus soutenable. Frédéric, tu partages cet optimisme aussi? Oui, de toute façon, parce qu'on se lève le matin, autant être optimiste. Et donc, moi, ce que je vis au quotidien depuis 17 ans, c'est que c'est très créatif, c'est fun, il y a beaucoup de bienveillance.
Donc, c'est un super domaine, la rencontre entre le numérique et le développement durable. Moi, j'ai juste un message, il faut redevenir ingénieux. Aujourd'hui, quand on envoie un mail, on utilise autant de puissance informatique que toute la puissance informatique d'un NASA pour emmener la mission Apollo sur la Lune, littéralement. Pour envoyer un mail simplement aujourd'hui. Donc on est devenu idiot et fainéant, et donc il faut se réapproprier cette techno qu'est le numérique, et vraiment en tirer la quintessence. Je pense qu'on a une marge de progrès qui est absolument considérable. Donc voilà, c'est redevenons ingénieux. Et être ingénieux, c'est super fun au quotidien parce que c'est redevenir les MacGyver quelque part du sujet. Donc c'est être inventif, créatif. C'est l'esprit du hacking. C'est hacker la techno pour la pousser dans ses retranchements. Et donc c'est vraiment un sujet qui est réjouissant intellectuellement au quotidien. C'est bon, je ne sais pas comment le dire autrement. On a des ingénieurs face à nous, je suis sûr qu'ils vont relever le défi. C'est un très bon point, ça amplifie le sens de nos actions en fait. Je vous remercie tous les trois, merci beaucoup.
Et puis on va rester encore un petit peu pour répondre à vos questions en ligne. Au revoir.
