Podcast Tech.Rocks

Le handicap en entreprise et l'accessibilité

Podcast Tech.Rocks · 6 décembre 2023 · 29 min · en français

Résumé

Épisode de la série du podcast Tech.Rocks consacrée aux speakers du Tech.Rocks Summit 2023. Sourde de naissance, bionique (deux implants cochléaires) et surtout développeuse fullstack Angular .NET passionnée de technologies, Emmanuelle Aboaf lutte chaque jour pour l'accessibilité. Elle parle du handicap en entreprise et rappelle les bonnes pratiques. Pour une tech accessible à toutes et tous : rendre accessibles ses applications internes et ses sites publics, se former à l'accessibilité et former les personnes handicapées à la tech.

Summary

An episode of the Tech.Rocks podcast series featuring Tech.Rocks Summit 2023 speakers. Deaf from birth, bionic (two cochlear implants) and above all a full-stack Angular .NET developer passionate about technology, Emmanuelle Aboaf fights for accessibility every day. She talks about disability in the workplace and recalls best practices. For tech that is accessible to all: make your internal applications and public websites accessible, train in accessibility, and train people with disabilities in tech.

Thèmes : Impact & numérique responsable

Site du Tech.Rocks Summit 2023

Transcript complet

Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.

Il faut savoir que selon les chiffres officiels, une personne sur six est handicapée en France. Ils représentent 12 millions de personnes handicapées, ce qui est énorme. C'est vraiment une bonne partie de la population française qui est handicapée. Chaque année, sur ma femme, sur moi-même, on allait intervenir dans l'école et on expliquait ce qu'était le handicap de notre enfant. Et notamment, on finissait toujours par« ce n'est pas transmissible, il n'allait pas l'attraper». À travers ma conférence, je voudrais déconstruire le fait qu'avoir une personne handicapée dans son milieu libre, ça ne doit pas être un problème si on met en place des aménagements de place. Bonjour à tous, je suis ravi de vous voir aujourd'hui pour vous parler d'une mini-série qu'on est en train de faire sur les speakers de Tech.Rocks Summit 2023. Et j'ai la chance aujourd'hui de pouvoir échanger avec Emmanuelle Aboaf. Et nous allons pouvoir échanger sur son talk qu'elle va pouvoir faire au Tech.Rocks Summit qui a lieu du 7 au 8 décembre 2023.

Je suis Jean-Laurent de Morlhon, je suis le VP Engineering de Docker. J'ai la chance de pouvoir piloter les équipes d'ingénierie de Docker depuis quelques années maintenant. Mais aujourd'hui, ce n'est pas de moi qu'on parle, c'est d'Emmanuelle. Emmanuelle, est-ce que tu peux te présenter? Merci Jean-Laurent, merci beaucoup de m'avoir invitée. Je m'appelle Emmanuelle Aboaf. Je suis développeuse depuis une dizaine d'années. Depuis peu, j'ai intégré la société qui s'appelle SHODO, qui nous est très militante sur les questions d'inclusion dans la tech, dans la diversité, la justice sociale, parce que c'est vraiment important d'aborder ces sujets-là dans le milieu de la tech. Je suis également sourde de naissance avec deux implants opéaires. Et en fait, les deux implants opéaires que j'ai, ce sont des appareils auditifs un peu plus développés. Je me considère un peu une myonie grâce à mes implants opéaires. Voilà la petite touche qui meurt là-dessus. Bon, super. Bon, alors, non seulement j'interview Emmanuelle, mais Emmanuelle Bionique.

Super. Bon, parfait. Emmanuelle. Qu'est-ce qui fait qu'on discute aujourd'hui pour ce podcast ? Alors certes, tu vas nous faire une intervention au Tech.Rocks Summit dans quelques jours. Ce n'est pas par hasard qu'on t'a invité aujourd'hui et qu'on t'a aussi invité à parler au Summit. Au Summit, je pense qu'il y a une vingtaine de speakers, donc il n'y a pas tant de monde que ça. Donc, j'ai envie de dire, quel est ton parcours qui nous a permis d'aujourd'hui de discuter tous les deux? Écoute, ça fait depuis peu que je suis oratrice. C'est vrai que j'ai commencé à me faire connaître seulement depuis l'année dernière. Et j'ai eu envie de prendre la parole pour parler d'inclusion dans la tête, notamment sur le sujet du handicap. Parce que c'est vrai que c'est un sujet, on n'en parle pas suffisamment. Et en fonction de mon expérience, parce que ça fait quand même une dizaine d'années que je suis dans le métier et j'ai pu voir tout ce qui s'est passé à travers mon expérience professionnelle et à travers l'expérience d'autres personnes, j'ai envie d'aborder le sujet.

Donc, c'est bien sur le handicap, sur l'accessibilité numérique, l'intelligence artificielle au service du handicap. C'est vraiment des sujets qui me tiennent à l'heure et qui sont vraiment d'actualité. Et vraiment, je milite pour qu'il y ait une meilleure inclusion des personnes handicapées au sein de la tech. Et non pas seulement dans la tech, il y a aussi d'autres secteurs d'activité. Il faut penser que ça ne se limite pas forcément à la tech. Je pense que c'est pour ça qu'on est venu me chercher. Merci beaucoup à Noémie. notamment de m'avoir invitée à donner ce sujet au sein de Tech.Rocks Summit, si vraiment je ne m'y attendais pas du tout. Et c'est vraiment un honneur pour moi de parler de tous ces sujets-là avec vous. Tu as commencé à en parler un petit peu, tu vis toi-même une situation de handicap de ton côté et quelque part tu présentes quand même aujourd'hui qu'il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas en situation de handicap et qui finalement ne font pas de speak ou n'ont pas la possibilité ou n'ont pas pris le choix d'être un speaker aujourd'hui.

Donc déjà, moi, je suis bluffé. Moi, j'ai une de mes enfants qui est en situation de handicap et moi, je l'avais fait lors des répétitions pour les auditeurs. J'avais fait venir mon enfant écouter Emmanuelle pour lui montrer, regarde, ce n'est pas parce que tu es en situation de handicap que tu ne peux pas faire des choses comme les valides. Elle était super motivée. Merci pour ça. Mais de manière plus générale, j'ai envie de dire, les gens ne savent pas trop ce que c'est que la situation de handicap. En général, ils pensent soit au petit logo bleu qu'on met sur les voitures ou des gars qui se déplacent en fauteuil roulant. Est-ce que tu peux nous parler un peu plus, pour les gens qui ne comprennent pas vraiment ce que c'est que le handicap et comment gérer ça? Comment tu peux nous expliquer ça à ta manière? Bien sûr, avec plaisir. Il faut savoir que selon les chiffres officiels, une personne sur six est en situation de handicap. Les handicapés en France représentent 12 millions de personnes handicapées, ce qui est énorme. C'est vraiment une bonne partie de la population française qui est handicapée. Et il faut savoir que l'handicap, ça ne concerne pas que le fauteuil roulant.

On estime que 90% des handicaps sont invisibles, ce qui est énorme. Donc oui, quand on voit l'handicap, on voit souvent des handicaps qui se voient. Comme le fauteuil volant ou les personnes avec une canne ou d'autres outils qui permettent de se déplacer au quotidien. Mais le handicap invisible ou sous-estime vraiment, parce qu'il y a plusieurs handicaps, par exemple la surdité avant de me connaître, avant que je parle, vous me voyez une personne normale, Vous ne savez pas que je suis sourde. J'ai certes un accent, on me croit que je viens d'un pays étranger. Donc, souvent, on me demande si je suis anglaise. Et je leur dis non, c'est un accent venant de ma surdité parce que j'ai dû apprendre apparemment depuis mon enfance. Et donc là, quand ils apprennent ça, les gens, ils sont stupéfaits. Tu es sourde. Et oui, la surdité, ça fait partie de la famille du handicap. Il y a aussi, par exemple, les personnes autistes. L'autisme est aussi un handicap.

Là aussi, c'est difficile de détecter la personne est autiste. Donc voilà, ça fait partie des handicaps invisibles. Et vraiment, on sous-estime et on voit les gens, qui ont une carte de mobilité à l'inclusion et qui marchent sur leur table de chambre, ils disent « mais non, tu n'es pas handicapé ». Alors, on peut avoir des maladies, un malheur des dents, des handicaps modernes, comme les personnes qui ont des tremblements ou un émaillé des parquissins, qui empêchent de se déplacer correctement et qui ne peuvent pas rester debout longtemps. Ils ont besoin de s'asseoir. Donc, ce n'est pas parce qu'on marche sur deux jambes et on a deux bras. Il va bien, intérieurement, on va bien. C'est vraiment, c'est ça, on dit invisible. Moi, j'avoue que j'avais été assez marqué. Mon enfant était à l'école et il y avait beaucoup de parents qui se demandaient quel type de handicap elles avaient. Et en fait, on se rendait compte qu'il y avait beaucoup de gens qui ne savaient pas du tout ce que c'était parce qu'ils n'ont pas été confrontés.

Donc voilà, ce n'est pas complètement leur faute. C'est une question de... Moi, j'avoue que je n'y connaissais rien jusqu'à y être confronté moi-même. Et en fait, on s'est rendu compte que quand on discutait avec les parents ou les profs, personne ne comprenait très bien ce que c'était. Et on a pris le parti, chaque année dans les écoles, il y a une réunion de pré-rentrée ou de post-rentrée où les profs expliquent un peu ce qui va se passer pour vos enfants. Et en fait, chaque année, soit ma femme, soit moi-même, on allait intervenir dans l'école et on expliquait ce qu'était le handicap de notre enfant. Et notamment, on finissait toujours par« ce n'est pas transmissible, vous n'allez pas l'attraper». Et en fait, quand je me suis rendu compte qu'on disait cette phrase-là et que les gens disaient« ça va alors», on s'est dit« c'est pas transmissible». se rend compte un peu du gap qu'il y a dans la compréhension de ce que c'est que le handicap. Avec ce sujet-là, j'avais envie de te poser des questions. Toi qui travailles en entreprise, qui as travaillé dans plusieurs entreprises, qu'est-ce que tu peux dire sur l'inclusion de personnes en situation de handicap? Peut-être, je ne sais pas, donner un peu de conseils à ceux qui sont dans cette situation-là pour… pour qu'ils puissent s'engager et le faire.

Oui, tout à fait. C'est vrai que l'antiquable, c'est un sujet qui est quand même, malheureusement, très méhonnue. Les gens ne sont pas suffisamment sensibilisés sur le sujet et sont très ignorants, parce que pour l'antiquable, c'est une haute notation négative. C'est pourquoi j'ai donné ma conférence au SCO, j'ai une personne handicapée dans mon équipe. En fait, cette phrase-là, c'est quelque chose qui se dit intérieurement, je dis tout, tout, ce que les gens disent tout bas. Ils apprennent qu'il y a une personne handicapée qui arrive dans leur équipe et qui panique. Et ça se passe, mais cette personne-là, elle va tout bousiller, il y aura des problèmes de communication, il faut mettre en place des aménagements, tout ça, ça va être compliqué. Et en fait, non. Et c'est pour ça qu'à travers ma conférence, je voudrais déconstruire le fait qu'avoir une personne handicapée dans son milieu, ça ne doit pas être un problème. Si on met en place des aménagements de poste, et ça, je l'ai vu au cours de ces dernières années, quand je suis arrivée sur le...

marché du travail, je ne connaissais rien à mes droits, ni il fallait faire. Et en fait, tout ce que j'avais, c'était un papier RUTH, pour ceux qui ne savent pas, c'est reconnaissance de travailleurs handicapés, qui me permettait d'avoir des aménagements de poste et donc d'être un travailleur handicapé pour bénéficier de ces aménagements de poste. Malheureusement, Enchantée, j'étais embauchée dans ma première entreprise, on m'a embauchée pour le HOTA. Pour ceux qui ne savent pas, le HOTA, c'est... Ça aura chez les entreprises à embaucher 6% de leurs effectifs. Des personnes handicapées. Et donc, c'est quand même un tout tranchant, c'est bien, parce que ça aura chez les entreprises à embaucher des personnes handicapées, mais en ne maîtrisant pas ce sujet-là, elles pensent que les personnes handicapées n'ont pas de compétences et donc elles vont mettre au plein air. Ou alors, elles vont préférer payer une contribution financière pour ne pas embaucher des personnes handicapées.

Heureusement, ces situations-là évoluent petit à petit. En fait, les communications qui font autour de la SSEPH, par exemple, la semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées, qui a lieu chaque année, mais le handicap, il faut en parler toute l'année et non pas seulement cette semaine-là. Et donc, le haut tas, c'est important, mais c'est important aussi d'intégrer les employés handicapés au sein de l'entreprise. Pour qu'elle puisse faire son travail à tout le monde, mettre en place des aménagements de postes. Pour vous donner un exemple, après ma première entreprise, j'ai été embauchée dans une de Zestzy à l'époque, qui aujourd'hui s'appelle un ESN. J'ai mis longtemps à réclamer les aménagements de postes parce que je demandais à avoir une ou deux LPC qui est l'équivalent d'une interprète en langue des signes. La LPC est un moyen de communication pour les personnes sur les mains en tendance. La langue parlait en pétit.

J'avais demandé à avoir une O2 MPC pour suivre les réunions parce que c'était difficile pour moi de suivre les réunions en état de plusieurs. Tout le monde parle en même temps, tout le monde parle vite. Et on me disait, mais non, tu n'en as pas besoin, tu parles très bien, tu entends bien, tu nous fais répéter quand tu as besoin. Moi, ça me mettait même très mal à l'aise parce que je n'arrêtais pas de t'interrompre mes collègues pour qu'ils puissent répéter. Et ça me donnait une charge mentale. Mais à la fin des réunions, j'étais fatiguée. Un bout de deux heures, les réunions sur les lèvres, à essayer de suivre et tout ça. Au jour où il y a eu un séminaire de deux jours, et tu étais obligataire, j'ai dit, mais fais-moi venir quelqu'un parce que deux heures, mais deux jours, je ne pourrais pas. Alors, ils m'ont dit, oui, OK, on va te faire venir. Et là, ça fait toute la différence. Ils m'ont dit, mais Emmanuelle, si tu ne te reconnais pas, tu participes, tu poses des questions. Et la personne qui était venue me traduire les échanges, elle a profité pour faire la sensibilisation.

Elle me dit, ben oui, elle participe davantage parce que je suis là pour l'aider à transmettre toutes les informations qu'elle a besoin. Vous voyez, elle n'a plus besoin de faire répéter qui ce soit. Elle a tout compris et donc elle pose des questions pertinentes. Forcément, avec l'accessibilité, ça change tout. Et par la suite, ils ont compris et j'ai demandé, j'avais une odeuse à chaque fois, j'en ai besoin. Et depuis ce jour-là, j'ai compris. Il y avait besoin de faire un atelier de sensibilisation pour sensibiliser mes olé sur mes besoins, mais aussi de leur faire comprendre qu'on peut travailler ensemble tout en mettant en place… Certains nombres de règles, j'avais fait en entrant dans ma troisième entreprise, j'ai un service de transcription en temps réel ou deux pour suivre les réunions. S'il y a, je ne sais pas, ces aides-là, on va faire au centre de mettre en place ces règles-là, chacun parle à son tour. Ne parle pas trop vite, et si on veut interrompre, on fait des gestes, des signes pour dire stop, il y a un souci, ce genre de là.

Et mes collègues me disent, mais grâce à ces règles-là, tu fluidifies mes échanges. Ça m'aide, mais ça les aide aussi. Et au final, les aménagements de postes, ça me profite, mais ça profite aussi aux autres collègues. Donc, c'est pour ça, à travers cette conférence, je donne, j'explique que c'est vraiment important de travailler en équipe, de mettre en place les besoins de chacun en fonction de son handicap, parce que les besoins, ils sont différents, ils ne sont pas les mêmes. Et j'ajouterais, les aménagements de postes, en général, ils sont pris en charge par la chef-fille. Pour les entreprises privées et la FIP pour les entreprises publiques. Donc, tout est vraiment pris en charge. Moi, j'adore ce que tu viens de dire parce que déjà, moi, quand on me met deux heures en réunion, j'ai envie de m'échapper au bout de 45 minutes parce qu'effectivement, ça fait beaucoup d'informations et que c'est vrai que ça a une charge mentale qui est quand même assez importante. D'ailleurs, moi, par défaut, mon système de… de meeting, d'agenda, il met 25 minutes pour tout le monde. Je fais ça parce que je trouve que c'est une manière aussi d'être un tout petit peu plus efficace, on va un peu plus dans le truc. Donc voilà, tu as aussi évoqué le fait qu'il y avait des signes pour interrompre dans un monde remote, par exemple, aujourd'hui.

Je pense qu'absolument tout le monde fait ça. Enfin, tout le monde fait ça. En tout cas, pour avoir des réunions fluides avec des systèmes... De type Zoom ou Google Meet ou autre, on a les espèces de petites mains qu'on met sur nos logiciels pour dire« moi j'aimerais aussi avoir la parole à un moment donné». Et en fonction de la discipline des différentes entreprises, prise, ça se suit plus ou moins, mais moi je sais qu'à Docker, par exemple, quand je pose une question, enfin quand je dis une bêtise, je vois immédiatement une dizaine de mains qui se lèvent dans le meeting et je vois bien qu'il faut que je m'arrête de parler, que je passe la main. Donc ça aussi, c'est des choses qui sont assez utiles. Mais avant ça, moi, dans ma vie où je vivais dans des entreprises en me déplaçant dans les locaux, certaines réunions où on a envie de... De mettre en avant le respect de chacun de parler au bon moment. On avait une espèce de bâton de parole, donc c'est un espèce d'objet, ça peut être n'importe quoi, un feutre ou n'importe quoi, qu'on se passe, et c'est celui qui l'a, qui a le droit de parler, et les autres, personne, ils doivent se taire. Donc tous les exemples que tu as donnés, moi c'est des exemples que j'ai déjà vus en entreprise, qui ont été appliqués, pour tout un chacun. Et je trouve ça super que tu donnes ces exemples-là en disant, en fait, moi, j'en ai besoin.

Mais enfin, oui, effectivement. Tous ces exemples-là, ils sont bons pour les autres. Ton parent, c'est le parfait exemple qu'on a mis en place. Oui, que ce soit en présentiel ou en distanciel, ça marche vraiment très bien. Et vraiment, ça permet de défier les échanges. C'est vraiment… Mais là, il me disait, mais je n'avais jamais pensé avant et maintenant. Quand ils sont pas avec moi, ils n'hésitent pas à réutiliser ces règles-là, les bâtons de parole, parce qu'ils trouvent justement que ça rend les échanges de meilleure qualité. Je trouve ça super de faire participer tout le monde et de faire en sorte que tout le monde puisse échanger de manière plus fluide. Je suis très... On est handicapé, on n'est pas comme les autres. Enfin, je veux dire, par là, c'est que... On a des compétences comme tout le monde. Et on a aussi droit à la parole. On a aussi le droit de dire des choses qui peuvent être importantes pour le projet et pour l'IP.

C'est vraiment le fait, je te disais l'exemple, je ne participais pas beaucoup parce que le temps d'assimiler toutes les informations, de comprendre et tout ça, c'était difficile pour moi de suivre. Et maintenant, ma redécouverte à travers ça, avec l'aide, je puisse participer et me dire, ah oui, tu dis des choses pertinentes. Tout le monde a une voix, même les personnes handicapées ont une voix, ont des choses à dire. Oui, et puis quelque part, le handicap, moi, je le vois comme étant juste une facette d'une personne. Je ne sais pas, moi, par exemple, à Docker, on parle tous en anglais tout le temps. Il y a beaucoup de Français, il y a 50% de l'engineering qui est européen. Donc, j'ai des accents anglais, irlandais. Alors, en Angleterre, il y a un nombre d'accents absolument fabuleux. Là, plus vous montez vers le nord, moins, moins, je comprends. Vous avez des accents soit du sud de l'Europe, espagnol ou portugais, ou même des tournures de phrases un peu italiennes ou de l'Europe de l'Est, et sans parler exactement de tous les États-Unis. Bref, là où je veux en venir, c'est que finalement, dans la communication de chacun, notamment quand on doit tous s'adapter à une langue qui n'est pas notre langue native, avec laquelle on a appris, on a appris.

On a tous une forme de handicap, entre guillemets, autour de l'utilisation des mots, les tournures de phrases. On a tous un niveau plus ou moins fort là-dedans. Et ça se ressent fortement dans les échanges. Quand quelqu'un a un petit peu de mal à converser parce qu'il utilise l'anglais, mais pour lui, c'est un peu plus difficile, il est un peu moins fluide, on s'en sort quand même. Et ce n'est pas parce que la personne a moins travaillé son anglais que d'autres ou a moins eu d'expérience que sa valeur de ce qu'il apporte à l'équipe n'est pas moins importante. Et donc, je fais un parallèle un peu distant, parce qu'effectivement, l'apprentissage d'une langue, ça n'a rien à voir avec le handicap. Mais quand on essaie tous de se mettre à un niveau qui est équivalent, je trouvais que ça avait une certaine forme de parallèle autour, en tout cas, du respect, de la bienveillance autour des autres, parce qu'on peut comprendre que chacun a apporté quelque chose et on se met au niveau de celui à qui on a envie d'échanger pour en récupérer ce dont on a besoin, en tout cas l'information. Oui, parce que ça, c'est vraiment important de travailler en équipe, qu'ils aient besoin, qu'ils soient handicapés ou handicapés.

J'ai des amis qui m'ont raconté des anecdotes vraiment hallucinantes. Une amie m'avait dit, j'ai eu droit à une remarque, elle m'a dit, c'est normal, tu travailles moins vite, tu es handicapé. Ce genre de réflexion qui est malheureusement validiste, il faut le dire, parce que le validisme, c'est vraiment une forme de discrimination vis-à-vis du handicap. Je pense que les personnes handicapées, elles ont moins de compétences que les personnes valides. Alors qu'on a fait des formations pour suivre, on a fait des études pour apprendre des métiers pour tout le monde. Le seul souci qu'il y a, c'est la hausse des préjugés des connaissances autour du handicap. Les gens croient qu'on est handicapé et du coup, on va moins vite, on est moins efficace, on est moins productif, il faut donner moins de travail et on est tout le temps fatigué. La partie fin, en fait, Ça peut se comprendre pour certaines personnes, mais il ne faut pas nous infantiliser, il ne faut pas nous ménager parce qu'on a un handicap.

Au contraire, on est là, on travaille, on est ravis de là, on est embauchés pour nos compétences. J'ai d'ailleurs à ce sujet, j'ai une amie, une dame qui m'a raconté qu'elle est allée en entretien, en entretien d'embauche, et elle a dit à la fin, c'est bien, Vous êtes handicapé, vous êtes une femme et vous êtes racisé. L'embauché pour ces trois critères, je trouve ça hallucinant. Et Tannal, il lui a dit, mais non, je suis là pour mes compétences. Le reste, c'est tout binef. C'est du bonif. Oui, on remplit d'autres formes de quotas en faisant ça, c'est horrible. C'est ça. Et malheureusement, il y a une forme de discrimination dans tous les secteurs. C'est le sexisme, le racisme, le vaïdisme. On ne rentre pas dans les critères de la société. Il y a une forme de biais, que ce soit conscient ou inconscient, de la part des gens. Tu dis, ben oui, les personnes, elles ne sont pas un mois, je vais les considérer moins qu'un mois.

Et puis, il y a aussi une histoire de niveau. Je veux dire, moi qui ai embauché, je ne sais pas, des centaines et des centaines d'ingénieurs aujourd'hui dans ma carrière, le niveau des gens, ou en tout cas l'expertise des gens, elle se découvre au fur et à mesure que la personne travaille avec nous. Et deux personnes qui sortent de la même école, avec des expériences, on va dire. similaires, on va avoir des niveaux complètement différents. Et ça, c'est quelque chose avec lequel on vit en permanence, c'est-à-dire la différence de niveau ou d'appétence pour certains sujets, c'est des choses qu'on apprend quand on travaille avec les gens. Moi, je sais qu'à Docker, on essaie d'avoir des gens qui restent un long moment à travailler avec nous parce que justement, on veut arriver à faire en sorte que chacun grandisse dans l'entreprise, mais aussi que chacun puisse exprimer ce qu'il ne connaît pas, à l'apprendre et ensuite avancer vers autre chose. Donc, cette différence de niveau, je pense qu'elle est à peu près dans tout. Je sais que par exemple, dans l'échelle, on a une ladder, on a une échelle qui permet de dire aux ingénieurs s'ils sont niveau 1, niveau 2, niveau 3, jusqu'au niveau 8. Et à chaque niveau d'expertise, on a une forme de compétence qui est censée être exprimée. Bien sûr, tout ça a une part de subjectif, mais c'est pour dire qu'effectivement, quand on embauche quelqu'un, même à un niveau particulier, on se dit que ce sera sûrement un staff engineer, quelqu'un qui est niveau 4, parce qu'il correspond bien aux critères de ça.

Donc, il travaille en équipe, il a déjà géré des projets par lui-même, etc. Même dans une échelle comme ça, qu'on essaie de cadrer les gens, on se rend compte qu'il y a une différence de niveau qui est fantastique. Et notre idée à nous tous, c'est bien sûr de prendre ces gens-là et de les amener au niveau du dessus, parce qu'effectivement, ça bénéficie à l'entreprise de l'autre côté. Donc, c'est quelque chose, encore une fois, que je fais un parallèle avec la vie des valides. Justement, je voudrais juste compléter, parce que justement, c'est bien de vous amener à aider les gens à évoluer de leur poste, mais ça, l'évolution de l'arrière est problématique chez les personnes... handicapés parce que pour avoir des formations, pour pouvoir évoluer, il faut suivre des formations. Et pour ça, les formations, soit c'est accessible, il y a des budgets pour les formations, mais aussi des budgets pour l'accessibilité. Et il y a des personnes qui se retrouvent coincées parce que justement, ils ne peuvent pas évoluer, il n'y a pas de ménagement au fond. Par rapport à ces formations, par rapport à ces évolutions, et du coup, ils voient leur collègue évoluer, tandis qu'eux, ils sont restés au point mort, ils n'évoluent pas.

Petit à petit, ils sont mis au pléiade parce que justement, ils n'évoluent pas. Et ça, je trouve ça hallucinant. Ce n'est pas parce qu'on a un handicap qu'on ne peut pas évoluer et il faut mettre en place tout un tas de formations qui soient accessibles pour les permettre d'évoluer, d'apprendre, d'être… au même niveau de tout le monde. Et quelque part, je pense que si on veut faire un parallèle avec ton intervention au Tech.Rocks Summit, justement, où tu vas nous parler d'intelligence artificielle et de handicap, moi, j'avais été assez bluffé parce que tu nous as parlé d'un certain... Je veux dire, la formation, c'est une chose, mais quelque part, les outils qui se profilent à l'horizon, auxquels on va tous avoir accès ou ont pour partie déjà accès, c'est assez extraordinaire. Moi, je suis reparti de là en étant assez bluffé par les choses que tu nous avais un peu montrées. Qu'est-ce que tu pourrais dire aux auditeurs, là, pour leur donner envie de venir te voir, nous raconter ton sujet autour de l'intelligence artificielle et le handicap. Il faut savoir que c'est une idée qui m'est venue depuis quelques temps. Parce que moi, je dis... Je dis des sous-titres automatiques pour mes réunions.

Elles ne sont pas parfaites, certes, mais ça mène à poursuivre. Par exemple, là, on est en train de faire le podcast, je lis sur TV, mais aussi j'utilise le sous-titrage en direct avec Windows 11 pour pouvoir suivre, parce que verser les lèvres, ça me demande de l'énergie, je peux rater certaines informations. Donc, le sous-titrage automatique m'a aidée à suivre. Et donc, ça me permet d'en pléter. Voilà, mais il y a un des progrès à faire, c'est sûr. Et c'est vrai, à partir de là, ça m'a dit, mais l'intelligence artificielle, c'est génial, ça va aider beaucoup de personnes, notamment les personnes handicapées. Et donc, avec ma binôme d'un an, je me suis dit, mais j'aimerais bien créer un sujet autour de l'intelligence artificielle et handicap. Toi, tu es développeuse sourde spécialisée en intelligence artificielle. Tu pourrais m'aider à créer ce truc-là. Et c'est parti de là que tous les deux, on a créé cette conférence pour pouvoir justement sensibiliser les personnes autour du handicap et l'intelligence artificielle.

Il y a des choses qui sont géniales à utiliser, mais attention, il y a aussi des biais, malheureusement, autour de l'intelligence artificielle. Nous savons que l'IA est le reflet de la société, mais l'IA est créée par des gens qui créent des algorithmes, qui entraînent l'IA avec des données. Et on l'a dit, il y a une connaissance autour du handicap sur le sujet, et les biais sont ressentis dans l'IA. Pour donner un exemple, je ne vais pas spoiler ma conférence, bien évidemment, mais on demande sur un moteur de recherche, une œuvre, de me chercher une image, genre personne handicapée, et le moteur de recherche va me sortir des images de personnes en fauteuil roulant. Or, comme je l'ai dit, 80% des handicapés sont invisibles. Il n'y a pas eu de fauteuil roulant. Et cette recherche-là, elle s'est répertoriée sur l'intelligence artificielle. Je lui posais la question, à min-journée, par exemple, Génère-moi une personne handicapée, ça m'a généré des personnes à fauteuil roulant.

Donc, c'était intéressant d'aborder ces aspects-là, l'impact des outils automatiques dans la vie des personnes handicapées, mais aussi des biais qui peuvent se révéler parfois dangereux. Oui, et tout ça, ça s'applique, tu le vois toi sous le prisme des outils pour personnes qui sont en situation de handicap, mais quelque part, ces histoires de biais, ça s'applique pour absolument l'ensemble des sujets. Donc, je pense qu'on peut… Voilà, moi, c'était dans ce point-là où j'avais vraiment… Alors, moi, je l'ai déjà vu, et pas vous, mais je vous invite tous à venir voir Emmanuelle le 7 et 8 décembre prochain pour assister à sa conférence. Juste pour que les auditeurs comprennent bien, là, Emmanuelle a un système de reconnaissance automatisée qui permet de retranscrire à chaque fois que je parle, je dis quelque chose, c'est retranscrit devant elle de manière numérique, avec le texte qui s'affiche. Donc voilà, elle utilise déjà les outils là maintenant, en tout cas des outils qui sont disponibles, mais il y a des outils bien plus, on va dire, hype et fancy que l'intégration par défaut de Windows 11. En tout cas, moi, j'ai été ravi de faire cette petite conversation avec toi aujourd'hui.

J'espère qu'on a donné envie aux gens de venir te voir. Je te remercie d'avoir passé le temps à passer ce sujet. C'est un sujet qui n'est pas forcément facile toujours d'aborder et qui dérange des fois un petit peu. Là, les gens n'ont pas très envie toujours de voir le handicap et tout ça. Donc, je pense que c'est super bien. Donc, un grand merci. Merci à toi, Jean-Laurent, pour cet entretien. Ça m'a fait très plaisir de discuter avec toi, d'échanger sur le sujet. Vraiment, c'est un sujet qui me tient à cœur. J'adore mon métier, je suis développeuse et les nouvelles technologies qui émergent petit à petit. Vraiment, l'avenir pour moi est très excitant, surtout avec l'intelligence artificielle. Et vraiment, c'est un plaisir de parler de ce sujet-là et de présenter cette conférence au Tech.Rocks Summit. Merci Emmanuelle. Donc le Tech.Rocks Summit, on se retrouve tous à Tech.Rocks Summit en 2023, les 7 et 8 décembre prochains. C'est une conférence pour les CTO. Moi, je suis VP Engineering, ils m'ont invité quand même, donc vous pouvez aussi venir. Et globalement, c'est une conférence pour les tech leaders.

Donc, je serai sur place, Emmanuelle sera sur place. On a hâte de vous revoir là-bas le 7 et 8 décembre prochain. Merci beaucoup.