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Podcast Tech.Rocks
S05E33 · De babylon.js à Microsoft : parcours d'un passionné de développement
- David Catuhe (Partner Group Engineering Manager, Microsoft)
- Brieuc Maitre (CTO, Brigad) — interview
Podcast Tech.Rocks · 26 novembre 2023 · 27 min · en français
Résumé
Épisode de la mini-série du podcast Tech.Rocks consacrée aux speakers du Tech.Rocks Summit 2023. Créateur de hand.js et surtout de babylon.js, David Catuhe est passionné de développement et de technologies. Chez Microsoft depuis plus de 12 ans, il y est aujourd'hui Partner Group Engineering Manager, à Seattle. Il revient sur son parcours professionnel, son départ pour les États-Unis et les raisons de son arrivée chez Microsoft. Enthousiaste et plein d'énergie, il aime manager avec empathie et bienveillance. Mais David n'est pas seulement un « geek » : depuis l'enfance, il aime l'heroic fantasy, la magie et la construction de mondes imaginaires, et il est l'auteur de « La Légion Zodiaque », paru en mars 2023.
Summary
An episode of the Tech.Rocks podcast mini-series featuring Tech.Rocks Summit 2023 speakers. Creator of hand.js and above all babylon.js, David Catuhe is passionate about development and technology. At Microsoft for more than 12 years, he is now a Partner Group Engineering Manager in Seattle. He looks back on his career, his move to the United States and why he joined Microsoft. Enthusiastic and full of energy, he likes to manage with empathy and care. But David is not just a "geek": since childhood he has loved heroic fantasy, magic and building imaginary worlds, and he is the author of "La Légion Zodiaque", published in March 2023.
Thèmes : Recrutement & carrière
Transcript complet
Transcription automatique, à relire : les noms propres peuvent être mal orthographiés.
Je suis très patriarcal dans mon approche de mes équipes. J'ai besoin d'être sûr qu'ils sont heureux. J'ai besoin d'être sûr qu'ils font quelque chose qu'ils aiment. Je n'ai pas pris de grosses décisions à part la majeure, qui était de dire, on va aux Etats-Unis. Parce qu'après, le reste, c'est les gars, ils viennent te dire, ce que tu fais, ça me plaît, est-ce que tu veux que je te paye pour le faire? Aujourd'hui, quand on est dans le monde du développement, il n'y a zéro limite. Honnêtement, vous pouvez aller où vous voulez, vous pourrez toujours revenir à faire autre chose, il y a toujours un back-up. Bonjour à toutes, bonjour à tous, bienvenue sur ce mini-podcast Tech.Rocks qui vise à présenter les intervenants que vous pourrez rencontrer au Summit. Je suis Brieuc Maitre, je suis CTO chez Brigad, je m'occupe de toutes les équipes techniques et data et aujourd'hui j'ai le plaisir de recevoir David. Bonjour David. Salut Brieuc, comment vas-tu? Écoute, ça va très bien. Je suis ravi d'enregistrer cette mini-série avec toi. Et donc, je te propose de lancer directement.
Est-ce que tu veux bien te présenter? Prénom, nom, est-ce que tu le fais au quotidien? Alors, je m'appelle David Catuhe, je suis né dans les Landes, je suis du Sud-Ouest, j'ai fait mes études à Pau puis à Toulouse. Et là aujourd'hui je travaille chez Microsoft à Seattle, donc vraiment à 8000 km de là où je suis né. Et je dirige deux équipes, l'équipe Babylon.js qui est un moteur 3D que j'ai créé en fait avant de rejoindre Microsoft qui fait de la 3D sur Internet. Alors ça peut paraître un peu général, mais en fait c'est pas du tout de la 3D pour faire des jeux vidéo. On fait des jeux vidéo avec notamment dans notre communauté, mais l'essentiel de l'usage de Microsoft de Babylon.js, c'est pour l'accélération des applications. Si vous utilisez Teams, SharePoint, Bing Maps, si vous utilisez PowerPoint, toutes ces applications utilisent un interne Babylon.js pour faire de l'accélération, du rendu et pour que l'application soit efficace. Et j'ai une autre application sous mon contrôle qui s'appelle Microsoft Stream. Et en général, pour la décrire assez simple, c'est toutes les vidéos qui existent dans le monde Microsoft et Office 365. Donc quand vous jouez une vidéo dans Teams, dans... Office, dans PowerPoint, SharePoint, etc.
C'est mon équipe qui s'occupe de faire la vidéo, avec une orientation très accessibilité. On fait un vidéo player un peu à la YouTube, mais orienté pour qu'il soit accessible à tous. Super intéressant. Et donc ces deux équipes, ça représente combien de personnes en management direct ou indirect? Alors en management direct, ça va être une cinquantaine de développeurs et en tout, on va fluctuer entre 500 et 600 personnes sur toutes les équipes. Est-ce qu'il y a quelque chose sur toi, en dehors de la technologie, qui serait intéressant de découvrir? La seconde face de ma pièce, la seconde face de ma coin, c'est que je suis un artiste et je fais des dessins de fantasy essentiellement, donc heroic fantasy. Et récemment, en février 2023, cette année, j'ai publié ma première nouvelle illustrée que vous pouvez trouver sur Amazon si vous cherchez David Catuhe. Elle s'appelle la Légion Zodiac et c'est une lettre d'amour au Chevalier du Zodiac pour ceux qui ont connu. Donc je l'ai complètement réinterprétée, ce n'est pas la même histoire mais c'est pareil, c'est des chevaliers avec des armures qui ont des super pouvoirs et qui sont issus du Zodiac.
J'ai regardé effectivement sur Amazon et je l'ai trouvé. Très bien, parfait. N'hésitez pas à jeter un œil. Donc technicien, manager de grandes équipes et artiste, je pense qu'on peut passer à ton parcours. Avec plaisir. C'est parti. Donc, tu as une carrière qui a 24 ans aujourd'hui. Est-ce que tu pourrais nous dire un petit peu le parcours de comment est arrivé cet intérêt, cette passion pour la tech et on va dire jusqu'à ton premier job? Dans une première partie. Voilà, très bien. J'ai commencé, j'étais tout petit, vraiment. C'était il y a très très très longtemps. Le gouvernement français a essayé de sauver Thomson en créant un projet qui s'appelle Informatique pour tous. Et de ce projet est née en fait une acquisition massive d'ordinateurs pour les écoles. Des Thomson TO7 et des Thomson MO5. Donc c'était des très très vieux ordinateurs. Pour la référence, ils avaient 7 kilos de RAM. 7 kilos, pas méga, pas giga, 7 kilos de RAM. Et j'en ai mis dans plein d'écoles avec des serveurs qui s'appelaient les serveurs Goupil, qui permettaient en fait de gérer les classes. Et moi, quand j'ai découvert ça à 9 ans, grâce à mon professeur de CM1 de l'époque, j'étais comme un fou.
Ça m'a ouvert vraiment, j'ai découvert un nouveau monde. Pour faire une histoire courte, j'ai voulu porter un jeu vidéo qui existait à l'époque, un jeu très simple dont il m'avait donné le listing. Je voulais le porter sur un Amstrad 464 cassette que je m'étais acheté. Et c'est là où j'ai découvert l'horreur qu'était le fait que les langages ne sont pas compatibles entre les systèmes. Donc j'ai écrit pendant presque trois mois des lignes de code dont je ne comprenais absolument rien, juste pour avoir mon jeu. Pour m'apercevoir au bout de trois mois, fin des vacances scolaires, que j'avais une syntaxe erreur à la première ligne que j'avais écrite. Je ne te dis pas, le bouleversement aurait pu carrément me donner des PTSD et me rendre fou, mais ça m'a motivé. Donc j'ai appris, j'ai demandé à mon professeur qu'est-ce qui s'est passé. Il m'a dit, voilà, leçon de vie numéro une, les ordinateurs et les processeurs ne sont pas les mêmes. J'ai donc appris à programmer le ZX qui était dans l'Amstrad. J'ai fait le portage et c'est comme ça que c'est né. Après ça, j'ai fait plein de coding parties où tu prenais ton ordinateur et ton... J'avais un tube cathodique sous le bras et j'allais partout en France dans des concours de programmation. Et j'ai fait mon premier moteur à l'âge de 18 ans que j'utilisais pour faire un moteur 3D, que j'utilisais pour faire mes coding parties.
J'ai fondé ma première boîte avec deux autres copains quand je suis sorti de la fac, donc on était en 99. Elle s'appelait BeWise, c'était une société qui était à Toulouse. On faisait du consulting sur les technologies Microsoft. Tu vois, déjà, j'avais ce petit feeling. On était une SS2I, en fait, spécialisée sur Microsoft. Et ça a été mon premier job, en fait. D'accord. Au-delà de l'expérience de développement de jeux vidéo, où ça, ce n'était pas vraiment un premier job, c'était plutôt un premier stage? Oui, disons que j'ai fait six mois pour faire un jeu vidéo dans une société bordelaise. Ça s'est mal passé, on va dire, parce qu'on était payé en passion et ça ne m'allait pas. Ça paraît faire. Donc ça, ton premier job, tu montes une boîte. Et entre ce premier job et Microsoft, est-ce que tu peux nous raconter un peu les différentes étapes professionnelles que tu as vécues? Oui, alors au début, on n'était pas nombreux. On était trois. Donc, il n'y avait pas vraiment de management. On prenait les contrats qu'on nous donnait. Et puis, la boîte a grandi. Quand j'en suis parti en 2011 et que j'ai vendu mes parts, on était 45. On avait deux structures, une à Toulouse et une à Aix-en-Provence. Donc, c'était une affaire dont, en 11 ans, on était fiers avec mes amis. Et j'ai fini. Par être le CEO de la boîte.
Donc c'était une petite structure, on n'était pas nombreux, mais bon voilà, on disait gérant à l'époque. Donc j'étais le gérant de la société. Et du coup oui, ça s'est fait naturellement au cours de ces 11 années, en fait t'as pas trop le choix quand c'est ta boîte, tu fais le ménage, tu fermes les lumières le soir, tu fais gérant, Tu fais tout, tu sais. Du coup, j'ai fini par gérer la boîte entre guillemets. On avait des chefs de projet, bien sûr, et tout. Mais je suis passé du statut de développeur qui ne faisait que du développement à celui de CEO qui ne faisait que de la gérance, en fait. Ça m'a fatigué, je vais te le dire honnêtement, parce que la pression, parce qu'une SS2I, tu vends du service, ce n'est pas facile d'être rentable quand tu vends du service parce que vraiment, tu n'as pas d'effet de levier. Tu ne peux pas prendre un logiciel et faire beaucoup d'argent sur ton logiciel. Quand tu vends des hommes, quand tu vends de l'intelligence, c'est dur de scale en fait. Et ça m'a vraiment épuisé à un point où ma femme, on s'est dit, tu sais quoi, allez hop. On change de vie et on va aux États-Unis. Pour aller aux États-Unis, ce n'est pas évident. Donc, on a fait un premier step à Paris où pendant trois ans, j'ai été évangéliste chez Microsoft. Donc, évangéliste, c'est un super avant-vente.
Tu vas faire des démos de produits technologiques, tu développes tes développeurs et tu vas montrer à tes clients comment ils peuvent utiliser la technologie de la boîte que tu représentes, en l'occurrence Microsoft. pour, par exemple, gagner plus d'argent ou être plus efficace. Donc, j'étais évangéliste trois ans en France avant de migrer aux États-Unis en 2014. J'ai eu mon visa pour venir ici. Tu passes d'évangéliste en France à évangéliste aux US. Et ensuite... Comment arrive justement cette prise de poste sur la partie plutôt Babylon.js et les équipes stream entre Evangelist et cette partie-là? Ça, c'est une histoire intéressante. Alors en France, j'avais une expérience de management aussi, puisque j'avais fini au bout des trois ans par être le chef des équipes. évangéliste. Donc, je gérais une petite équipe, je ne sais plus, de cinq ou six évangélistes, mais ce n'est pas vraiment... Ce sont des gens qui sont très intelligents, très compétents. C'est souvent des dieux du développement, donc tu ne les gères pas vraiment. Tu es juste vérifié qu'ils font bien leur déclaration de congé. Tu vois, ça se résume à ça, à peu près. Donc, quand j'arrive aux États-Unis, je suis embauché pour être évangéliste Edge.
Donc le nouveau browser qui sortait à l'époque. Et je fais ça pendant, grosso modo, deux ans. Mais en parallèle de tout ça, depuis le début de Microsoft et même après avoir quitté BeWise, je gardais sur le côté une activité open source où j'avais créé un nouveau moteur 3D qui s'appelait Babylon. JS, qui est un projet que je faisais le week-end et le soir, tu sais, ce genre de pet project que ça, quand t'es développeur, tu développes pas assez la journée, donc il faut que tu développes aussi le week-end. Et c'était un projet qui commençait à prendre, tu vois, il y avait de l'usage, il y avait une communauté que j'avais rassemblée et fédérée autour d'un forum, et c'était cool. Et puis un jour, un groupe de Microsoft, SharePoint, que vous devez connaître si vous utilisez Microsoft, me ping et me dit, écoute, on vient de s'apercevoir en fait, que Babylon.js, c'est un projet qui est géré par un Microsofti, et c'est amusant parce que nous, on s'en sert pour faire le rendu de SharePoint. Et ils me disent, en gros, si tu veux, on pourrait te payer pour faire ce que tu fais gratuitement aujourd'hui. Je dis, attendez, vous rigolez, c'est vraiment le rêve américain. Le mec qui vient sonner à ta porte, salut, c'est Rockefeller, je vais te donner des sous pour faire quelque chose que tu fais gratos. Du coup, je me dis, il est où le piège? Il n'y en avait pas. On a monté une petite structure dans Microsoft, on était deux, Sébastien Van Der Berghe et moi-même.
On a commencé l'équipe Babylone. Donc vraiment, on était payé pour faire la continuité du moteur. 3D, je n'ai pas d'autres mots que ça. Ils m'ont dit, voilà, parce que nous, Microsoft, on veut parier dessus. C'est un beau modèle que d'être open source, pas de problème, sauf que vu que c'est un projet comme SharePoint, puis par la suite PowerPoint, puis par la suite Bing Maps, etc. Aujourd'hui, j'ai 60 projets Microsoft chez Microsoft qui utilisent Babylon d'une manière ou d'une autre. Donc des manières évidentes, genre en Bing Maps, le rendu 3D, c'est Babylon, évidemment. Mais quand tu es dans Teams et que tu fais flouter les fonds d'écran, que tu fais des petites réactions et qu'il y a des icônes qui apparaissent, ça aussi, c'est Babylon. Et donc tout ça, ça a démarré par un groupe chez Microsoft qui dit, on va faire un projet de 3D. va partir sur un projet open source, mais on a besoin d'être sûr que ce projet open source ne va pas s'arrêter dans trois semaines. Ça peut arriver, open source, personne n'est payé pour les maintenir, du coup, ça ne leur allait pas. Donc, il crée cette petite structure où on est deux. Et bon an, mal an, on a recruté plus de monde parce qu'il y avait plus de projets Microsoft qui arrivaient. Donc, la maintenance était de plus en plus importante. Moi, j'avais mis juste une seule règle, c'est que le projet reste open source, le projet reste gratuit et 50% des fonctionnalités sont définies par la communauté.
50% par Microsoft, ils payent mon salaire, c'est logique, et 50% par la communauté. Donc ça permettait d'avoir un projet qui gardait une stature open source. Et aujourd'hui, on va bientôt passer le milliard de téléchargements. On a des... Genre Nike, Ferrari, Adobe, qui utilisent ça. Aujourd'hui, Funko Pop, on a appris ça hier. Les petites figurines Funko Pop, là, où tu peux customiser, elles utilisent Babylon. Quand tu achètes des chaussures, c'est Nike. Leur simulateur pour choisir la chaussure, c'est Babylon. Donc vraiment, ça a été un projet excellent. On a fini à 12. Aujourd'hui, on est 12 développeurs qui maintiennent le socle Babylon. Et quand mon manager de l'époque voit qu'on grandit l'équipe, que ça se passe bien, que les gens sont heureux, il me dit, est-ce que tu ne veux pas en plus prendre un nouveau projet qu'on va lancer chez Microsoft, qui s'appelle Microsoft Stream, qui va consister à faire un YouTube pour l'entreprise. Donc un YouTube, un player vidéo qui va être accessible, qui va respecter la vie privée, qui va faire partie du pack Microsoft 365. On a dit pourquoi pas. Et c'est celui-là qui a énormément grossi, puisqu'aujourd'hui, c'est la majorité entre 500 et 600 développeurs.
Tu vois, c'est 480 sont sur stream, on va dire, et une douzaine sont sur Babel. Donc en fait, dans ton parcours, tu auras été développeur, tu auras été chef d'entreprise, tu auras été évangéliste à faire des présentations et des démos à des centaines de personnes. Ensuite, tu es redéveloppeur et maintenant manager de grandes équipes. Si tu devais citer des moments ou des rencontres avec des personnes ou des découvertes qui t'ont orienté dans ces choix de passer de l'un à l'autre et de pouvoir revenir aux autres, je pense que c'est assez fréquent dans la carrière des technophiles d'avoir des opportunités. Et parfois, peut-être qu'on va se limiter ou peut-être on va se dire, ah non, si je vais là-bas, je ne pourrai peut-être pas revenir à ce que je faisais. Comment toi, tu as vécu ça? Qu'est-ce qui a motivé tes choix? Peut-être des personnes, des projets? Comment ça s'est passé? Le plus gros choix que j'ai fait, honnêtement, c'est de venir aux Etats-Unis. Celui-là, se déraciner, mettre 8000 kilomètres entre là où tu habites et là où est ta famille et toi, Ça a été grâce essentiellement au fait que c'était dur. Je pense que c'est toujours dur d'investir en France.
Avoir une SS2I, ça m'a pompé à force, ça m'a usé parce que tous les mois, c'était dur de se dire est-ce que je vais pouvoir payer les salaires, etc. Je suis très patriarcal dans mon approche de mes équipes. J'ai besoin d'être sûr qu'ils sont heureux. J'ai besoin d'être sûr qu'ils font quelque chose qu'ils aiment. Et c'était dur à maintenir quand c'est toi qui es le CEO d'une petite structure et qu'il n'y a pas beaucoup de moyens, tu vois. Et que tous les mois, tu dépends de tes forces de vente pour être sûr que tu as des contrats, que tu n'as pas d'intercontrat, etc. Du coup, ça, ça m'a usé. Ma femme ayant vu ça, elle me dit un jour, tu sais quoi, on est dans les pas d'enfants, on se barre, on se barre, fais autre chose. Tu es développeur, tu peux être développeur n'importe où dans le monde, et c'est un beau métier pour ça. Je peux être développeur à Bangkok, en Australie, aux États-Unis, et c'est presque l'image d'Epinal, mais tu sais, on fait tourner le globe, on va là. Nous, on savait qu'on voulait aller aux États-Unis parce qu'on a toujours été bercé de séries télé américaines, etc. Et on voulait essayer ça. Et comme tu l'as dit, finalement, tu es développeur. Tu mets une ligne de plus sur ton CV, comme quoi tu as travaillé chez Microsoft. Si tu veux revenir en France, tu n'auras pas de mal à trouver du job. Donc, on y va. Ça a vraiment été ma femme qui, à la première, m'a poussé.
Moi, je ne voulais pas. Je suis super conservateur. Je n'aime pas le changement. Et elle me dit, mais t'es con, vraiment, on y va. Bon, du coup, on y est allé, je l'ai écouté, j'ai bien fait. Et ça a été mon plus gros changement. Et honnêtement, après tout le reste, j'ai surfé la vague. C'est-à-dire que j'étais en France, les évangélistes, ça marchait bien, tu vois. Et j'ai de la gouaille, j'aime bien parler, ça marchait bien. J'aime bien mon travail. Du coup, un jour, mon chef m'a dit, est-ce que tu ne veux pas gérer les équipes de développeurs? Je dis, ben ok. Tu vois, vraiment, je crois que les rencontres, en fait, elles sont faites au fur et à mesure. J'ai presque envie de te citer Astérix et de te dire, la vie, c'est fait de rencontres, tu vois. C'est ça, en fait, vraiment. Mais je n'ai pas pris de grosses décisions à part la majeure, qui était de dire, on va aux États-Unis. Parce qu'après, le reste, c'est les gars, ils viennent te dire, ce que tu fais, ça me plaît. Est-ce que tu veux que je te paye pour le faire? Vraiment, c'était ça. Je n'ai pas été chercher. Oui, mais on pourrait dire aussi que tu vois, avec tes copains, on prend la décision de monter une boîte, donc quasiment sur ton premier job ou ton deuxième job après l'expérience du jeu vidéo. C'est aussi, en fait, une série d'opportunités, mais d'apprises de risques.
Et en fait, voilà, si on veut entreprendre, si on veut avancer, il ne faut pas hésiter à saisir ces opportunités-là. Mais c'est vrai, aujourd'hui, quand on est dans le monde du développement, il y a zéro limite. Honnêtement, vous pouvez aller où vous voulez, vous pourrez toujours revenir à faire autre chose, il y a toujours un backup. J'étais assez frileux quand j'étais jeune parce que je n'avais vraiment aucun argent. J'étais boursier quand j'étais étudiant. Mon premier salaire, en fait, je vais raconter quelque chose. J'espère qu'il y a prescription. J'ai fait des fausses fiches de paye pour pouvoir acheter ma première voiture. Parce que normalement, c'était un CDI pendant six mois et ils ne font pas de prêts, etc. Donc j'ai fait des fausses fiches de paie, comme c'était ma boîte de toute façon. Tout ça, si tu veux, c'était super dur, c'était compliqué. Et j'avais un état d'esprit un petit peu frileux. Et au fur et à mesure du temps, en vieillissant, je m'aperçois qu'on a la chance dans le monde de l'informatique, dans le monde de la tech, de pouvoir faire ce que l'on veut, qui n'a pas vraiment de conséquences négatives. Demain, tu veux aller suivre une boîte, un gars va proposer un projet complètement fou. Là, ce n'est pas une blague. J'ai été approché par une boîte de Dubaï qui utilise Babylone pour faire des courses de chevaux virtuelles. Et du coup, tu ne paries plus sur des vrais canassons, tu paries sur des faux canassons qui sont en virtuel.
Ça marche de ouf. Et ils voulaient que j'aille à Dubaï, vivre là-bas et acheter. Mais si j'avais voulu, bon là j'ai une petite fille de 8 ans, donc là c'est un peu plus compliqué maintenant, je me suis enraciné, encrouté, mais il y a 9 ans de ça, allez on va vivre à Dubaï, on verra bien, pourquoi pas tu vois. Mais non, je te trouve toujours très jeune et très fringant. C'est beau. Tu as noté que mes cheveux ont migré du haut vers le bas. Je ne sais pas s'il y aura une image sur le podcast. C'est que du haut, je crois. Ils découvriront ça en venant voir ta présentation au Summit, justement. Venez voir où est-ce qu'on part si mes cheveux. C'est ça. On en a discuté. Chez Tech.Rocks, on aime bien, dans notre communauté, le partage en tant que tech leader, parce qu'on a tous souvent les mêmes problématiques. Mais c'est vrai que toi, tu as été leader d'un point de vue expertise technique, et puis après, leader d'un point de vue managérial et vision d'une entreprise technique, et maintenant plutôt dans l'organisationnel et dans le management, on reviendra dessus après. Pour toi, c'est quoi un peu ta vision d'un tech leader? Avec justement toutes ces facettes possibles. Je dirais que ma vue personnelle d'un tech leader est coupée en deux grosses parties.
Je mets un point d'honneur encore aujourd'hui à ce que je reste technique. Je vais faire mon Jean-Claude Van Damme, je suis désolé, je galère depuis tout à l'heure pour trouver le mot en français, donc je vais te le donner en anglais. Relevant, en fait, ce que je veux dire par là, c'est que quand je discute avec mes équipes, je ne veux pas être perdu techniquement. Aujourd'hui, j'ai atteint le grade de partner chez Microsoft. Donc, partner où, si ça parle aux gens, en fait, je suis intéressé aux revenus financiers de Microsoft. Donc, ça me donne un statut et un grade qui considère que je fais partie de l'extended LT de Microsoft. En gros, mon salaire et tous mes revenus sont indexés sur la réussite de Microsoft. Donc, c'est un pari que tu fais, un pari entre guillemets. Du coup, tu gagnes bien quand Microsoft gagne bien et tu perds beaucoup quand Microsoft perd beaucoup. Ça, j'ai atteint ce statut-là et j'aurais pu ne l'atteindre qu'en étant sur du people management. Ça se voit beaucoup. Mais je considère que quand tu discutes avec tes équipes, s'ils vont t'embrouiller techniquement, Et pas volontairement. Tu n'es plus quelqu'un de rentable, tu n'es plus quelqu'un qui est à sa place.
Je ne sais pas si tu connais cette théorie qui dit que tu montes jusqu'à ton niveau d'incompétence, en fait. La loi de Peter. Exactement, la loi de Peter, tout à fait. Et je ne veux pas ça. Du coup, ce que je fais, c'est que tous les vendredis, je développe sur Babylon, je continue. Je suis encore de ceux qui ont le plus de pull requests sur Babylon aujourd'hui, parce que je veux rester relevant. Donc, je suis dans le monde du web, et je veux que quand un de mes ingénieurs m'explique que React 18 n'est pas la bonne solution, pour notre entreprise, je veux comprendre pourquoi. Donc, être un tech leader, pour moi, c'est tech, la première partie. Tu dois rester tech. Et peut-être que des gens vont, certainement que des gens ne seront pas d'accord avec moi, certainement qu'ils te diront que ce n'est pas possible. Je suis la preuve vivante que c'est possible. Tu peux continuer à rester tech. Je peux encore aujourd'hui faire une review de PR ou discuter de performance sur le player de stream avec mes équipes sans problème. Je ne vois pas comment tu peux diriger des équipes si tu ne comprends pas ce qu'ils font. Comprendre au sens strict du terme. Et la deuxième partie, c'est leader. Un leader, pour moi, c'est quelqu'un que tu suis. Ce n'est pas quelqu'un qui ordonne, c'est quelqu'un que tu suis de bonne grâce. Et pour que tu sois quelqu'un que tu suis de bonne grâce, il faut que tu inspires la confiance à tes équipes.
Parce qu'ils pensent que quand tu vas prendre une décision, sans qu'ils aillent réfléchir, c'est la bonne décision. J'ai un management très personnel qui est que je ne fais aucun forcing. Je pourrais, mon statut me permettrait de faire du forcing, mais ce n'est pas l'armée. Et encore l'armée, tu sais, quand les gens suivent leur sergent, ils le suivent la plupart du temps parce qu'ils croient que c'est la bonne décision. Donc en fait, c'est même un peu comme à l'armée. Du coup, aujourd'hui, tech leader, pour moi, c'est ces deux aspects-là. C'est être quelqu'un qui pense à ses équipes dans le sens, ils doivent être heureux, ils doivent te faire confiance, et dans le sens technique. C'est-à-dire qu'ils doivent comprendre que quand tu prends une décision, genre il y a quatre ans de ça, on a basculé tout stream de Angular vers React. Grosse décision, gros coup pour Microsoft. C'est des millions de lignes de code à migrer, et c'était pour une bonne décision. Et aujourd'hui, on en est tous contents, mais il fallait qu'à l'époque, les équipes, tu leur dis, tu sais quoi? Tu as passé deux ans à développer ça. On va tout jeter. Tu vas tout recommencer. Il faut qu'ils aient confiance en toi, tu vois, parce que sinon, tu perds des gars. L'informatique est un milieu extrêmement compétitif en termes d'acquisition des talents.
D'ailleurs, j'en parle dans ma session, c'est un sujet qui me tient à cœur. Et tu as plusieurs leviers pour les retenir, bien sûr l'argent, mais bon, tu sais, quand tu t'appelles Google ou Microsoft ou Apple ou Facebook, l'argent, ça devient, attention, ce que je dis là, pour nous lever des pincettes, mais ce n'est plus le nerf de la guerre, puisque tout le monde peut payer au même niveau. Le nerf de la guerre, c'est que... c'est que les gens disent, moi je veux aller bosser pour cette personne, parce que cette personne est inspirante. Donc c'est ça un tech leader. On est d'accord. Très bien. Donc, technique et leader, les deux parties sont toujours importantes pour toi. Il n'y a pas de souci. Pour y arriver, selon toi, quelles sont les qualités à avoir? Il faut être technique, c'est-à-dire qu'il faut aimer la technique. Il faut aimer lancer ton navigateur, appuyer sur F12, ouvrir la console, aller naviguer dans le profiler, comprendre pourquoi tu as 3 kilos de téléchargement de JavaScript qui ne devrait pas être là. Ça, ça doit t'exciter. Moi, quand j'ai mes équipes qui viennent me dire« là, on galère, est-ce que tu peux venir jeter un coup d'œil? » Mais je suis comme un petit pinson, j'adore ça. Et la deuxième qualité, c'est être humain. Il n'y a pas d'autre mot. Mon objectif, c'est que les gars soient heureux. Les gars au sens guys américain, je ne fais pas de distinction sexe ou quoi que ce soit.
Les personnes de mes équipes doivent être heureuses. C'est vraiment ça pour moi qui fait que tu réussis. C'est quand ton objectif, c'est qu'ils soient heureux. Quand ton objectif, c'est que tu fais partie de l'équipe avec eux, c'est gagné. Est-ce que tu as, on en a un peu parlé, des inspirations au quotidien? Alors pas forcément des ouvrages, je sais que tu n'es pas un grand fan d'ouvrages de motivation, mais sur des concepts qui t'inspirent pour au quotidien, toi fonctionner, te motiver, motiver tes équipes? Les inspirations, je pourrais citer un livre, c'est celui de l'art de la guerre de Sun Tzu. C'est vraiment celui que j'aime parce que même s'il est un peu galvaudé de nos jours, il a écrit des choses pour la guerre qui marchent pour une boîte, en tout cas pour une boîte comme Microsoft, où on est en compétition et si tu pousses le curseur du mot compétition assez loin, tu peux... en guerre économique. Donc ça, c'est une inspiration. C'est vraiment considérer un peu le champ de bataille, faire confiance à tes généraux, éviter que deux corps d'armée ne soient en confrontation. Il y a une image qui a circulé pendant très longtemps de Microsoft, je ne sais pas si tu la vois, ce même, où Microsoft, c'était des petits groupes qui se tiraient dessus avec des petits pistolets, parce qu'en fait, chaque groupe était tellement en silo,
qui fonctionnait presque en autonomie et qui ne considérait pas la grande image, la big picture. Ce genre de choses-là, moi, ça m'inspire parce que je le vois et je le voyais et je le vois encore tous les jours où il est facile pour un groupe de faire une communauté. Une communauté, tu vois, ça va être jusqu'à 20, 30, 40 personnes. Mais sentir que tu fais partie d'un groupe de 200 000 personnes, c'est dur. C'est même pas humain en fait. Même le patriotisme, quand tu sens que tu fais partie d'un groupe comme la France, c'est quelque chose qui n'est pas facile à établir. Alors la France s'est construite sur certaines valeurs. Tu vois par exemple aux États-Unis, comme ils n'ont pas vraiment d'histoire, ils se sont construits autour d'autres valeurs que celles de la France. Et c'est aussi dur de créer ce sens-là. Donc tout ça, ça m'inspire moi vraiment. Il n'y a pas un ouvrage en particulier, c'est plus comment est-ce que je vois les politiques se mettre en place, comment est-ce que je vois les corps d'armée fonctionner, comment... Les analogies finalement avec des groupes de personnes qui ont un but commun, et comment est-ce que tu arrives à faire fonctionner ça. Je cherche un titre de livre que j'ai adoré, qui était sur l'histoire de l'humanité, je vais essayer de le retrouver pendant qu'on parle, mais sinon je le dirai pendant ma conférence, c'était une bande dessinée en fait qui avait été faite d'un gars qui expliquait comment l'humanité est passée de quelques petits groupes de chasseurs-cueilleurs, qui étaient quatre ou cinq, à des groupes comme...
Les pays, tu vois. Et comment est-ce que tu arrives à faire ça? Comment est-ce que tu arrives à finalement unifier tous ces groupes-là? Parce qu'au début, c'est la guerre, ils ont accès à l'arbre fruitier et pas toi, tu vas leur marcher sur la gueule pour aller chercher l'arbre fruitier. Alors que finalement, stratégiquement, il vaut mieux s'allier avec eux. Du coup, tu crées une défense autour de l'arbre fruitier. Sauf que ce n'est pas naturel pour lui-même. Donc ça, ça m'inspire beaucoup. D'accord, donc des inspirations très martiales sur des objectifs en commun, des équipes avec un but, de la coordination, de la collaboration pour arriver à l'objectif et à la mission. Très clair pour moi. On a pas mal tourné autour du pot. Je te propose de présenter à nos auditeurs et à nos auditrices le sujet de ta conférence et de quoi tu vas nous parler lors du Summit. Eh bien écoute, très bien. Mon sujet, c'est comment gérer les équipes distribuées. Il se trouve que les équipes de Babylon et Stream sont réparties sur les sept continents. J'ai déjà en Australie, en Chine, en Inde, en Serbie, en Europe, aux États-Unis, au Brésil, au Mexique, j'en ai partout. Et le but de ma session, ça sera vraiment, encore une fois, de voir comment est-ce qu'on peut rassembler cette équipe-là, quels sont les outils que j'utilise au quotidien pour faire fonctionner jusqu'à 600 personnes ensemble sur un but commun.
Comment est-ce que j'aborde la gestion des meetings, par exemple, qui est un sujet intéressant. Quand tu as 24 heures de décalage horaire avec quelqu'un, quand toi il est lundi et que l'autre personne il est dimanche, qu'est-ce que tu fais? Tous ces sujets-là sont à aborder. Également la gestion de la satisfaction des utilisateurs, mes utilisateurs qui sont mes employés, etc. Comment Stream et Babylon fonctionnent? Ne rentrons pas trop dans les détails. Du contenu pour la présentation. Et donc du coup, justement, pourquoi c'est un sujet qui te tient à cœur? Pourquoi tu as voulu faire une présentation autour de ça? En fait, c'est ma vie. Aujourd'hui, 8 heures par jour, c'est ma vie. 8 heures par jour, je me demande, est-ce que cette personne qui est à Brisbane, au fin fond de l'Australie, sur la côte sud-est de l'Australie, comment est-ce que je fais, moi qui suis à plus de 14 000 kilomètres de cette personne, comment est-ce que je fais pour être sûr que cette personne est heureuse, qu'elle travaille bien, qu'elle a ce qu'il faut pour être efficace, comment je fais ça? Et tous les jours, Je me pose cette question. Qu'est-ce qu'une personne qui sera à Tech.Rocks peut gagner justement à venir? Est-ce que c'est pour tout le monde?
Est-ce qu'il faut avoir une équipe de 500 personnes? Ou est-ce que ça marche si on est quelques personnes à travailler à droite à gauche? Pourquoi les gens viennent t'écouter? J'indexe sur la distance, mais tu peux avoir 10 personnes dans le même bureau et avoir exactement les mêmes problèmes que moi, honnêtement. Parce que du coup, ce n'est plus la distance le problème, ça va être peut-être la différence de niveau. Ou la différence d'attente. Tu sais, avec les différentes générations, chaque génération, les Gen Z, les Gen W, les Gen X, les boomers, ont tous des attentes différentes. Donc l'indexation se fait plus sur la distance entre deux personnes, pour être quelle différence sur laquelle tu travailles toi, mais la différence ça peut être la distance en âge, la distance sur les attentes, la distance sur la vie que tu veux espérer, etc. Ma présentation s'indexera de la même manière, avec finalement quasiment les mêmes outils, quelle que soit la différence que tu veux anéantir pour créer un groupe cohérent. Très bien. Merci beaucoup, David. On arrive à la fin de cette petite série. Vous l'aurez compris, nous avons quelqu'un qui a eu un parcours avec des dizaines de facettes, qui a géré des équipes et des métiers très différents et qui, aujourd'hui, va pouvoir vous partager son expérience sur la gestion de grandes équipes distribuées.
Et il y aura aussi des takeaways pour les gens qui ont tout simplement de la gestion d'équipe à faire avec les contraintes qu'on connaît de nos jours et qui, potentiellement, aussi des contraintes que vous pouvez rencontrer dans vos métiers au quotidien. Merci encore David. Avec grand plaisir. Pensez bien, on se retrouve tous pour le Tech Rock Summit 2023. 8 décembre prochain. Merci de nous avoir rencontrés et au plaisir de vous voir sur le Summit. A bientôt. A bientôt. Merci beaucoup.
